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L'efficacité énergétique, moteur d'un développement urbain sobre en carbone

19 novembre 2013

LES POINTS MARQUANTS
  • Un nouveau projet de la Banque mondiale vise à aider 50 villes à identifier des projets susceptibles d'améliorer leur efficacité énergétique et à renforcer leurs capacités en la matière.
  • Cette initiative met à profit les enseignements tirés des évaluations de l'utilisation de l'énergie en milieu urbain pour faire des économies, améliorer les services municipaux et réduire les émissions.
  • Elle s'inscrit dans le cadre d'une démarche plus globale de la Banque mondiale visant à aider les villes à planifier et financer un développement urbain durable.

La récente explosion du secteur de la construction dans la ville de Nairobi illustre parfaitement les défis auxquels sont confrontées les villes en expansion rapide des pays en développement. Construits à la va-vite, les nouveaux bâtiments étaient bien souvent extrêmement énergivores, et les services municipaux avaient toutes les peines du monde à répondre à la demande d'énergie. Sollicitée par les autorités du pays, la Banque mondiale a établi un profil énergétique de la zone métropolitaine de la capitale kenyane entre novembre 2012 et mars 2013. Celui-ci a révélé que la ville pouvait réaliser d'importantes économies en améliorant l'efficacité énergétique des bâtiments ainsi que le système public d’approvisionnement en eau.

Cette situation est bien connue : l'expansion économique, les pressions exercées par la population et les restrictions budgétaires entraînent souvent un développement rapide et désordonné des services et des infrastructures, ce qui enferme les villes dans un cycle de surconsommation des ressources. Heureusement, une grande partie de la solution est également bien connue et bien comprise : il faut optimiser la consommation d’énergie, autrement dit promouvoir l'efficacité énergétique.

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L'efficacité énergétique est le moteur d'un développement urbain durable. Elle touche pratiquement tous les aspects des services municipaux : éclairage, transports, bâtiments, électricité, chauffage, eau et déchets ménagers. Close Quotes

Rohit Khanna, Program Manager for The World Bank’s Energy Sector Management Assistance Program (ESMAP)

Rohit Khanna
Responsable du Programme d’assistance à la gestion du secteur énergétique (ESMAP) de la Banque mondiale

La Banque mondiale collabore depuis de nombreuses années avec des municipalités pour évaluer leur utilisation de l'énergie et améliorer le fonctionnement des services municipaux. Une nouvelle initiative de la Banque s'appuie sur ces enseignements pour aider les villes à identifier les opportunités d'amélioration dans tous les secteurs, et à intégrer la question de l'efficacité énergétique à leur planification stratégique et à leurs opérations.

Conçue pour « transformer l'efficacité énergétique des villes », l’initiative CEETI (selon son acronyme en anglais) aura pour objectif de renforcer les capacités des pouvoirs publics à développer des plans de maîtrise de l'énergie et à mettre en œuvre les projets associés, de fournir aux autorités municipales une assistance à la promotion d’investissements prometteurs dans ce domaine, et d'aider les villes à accéder aux sources de financement.

Pendant les trois premières années — une phase initiale dotée d'un budget de 9 millions de dollars — ce projet ciblera jusqu'à 50 villes ayant un important potentiel d'amélioration de l'efficacité énergétique.

L'objectif global est de tirer parti des gains d'efficacité énergétique pour aider les villes à réaliser des économies et à améliorer leurs services tout en réduisant la pollution locale et les émissions de gaz à effet de serre. L'initiative CEETI est pilotée par l'ESMAP, en collaboration avec le service chargé des technologies de l'information et de la communication de la Banque mondiale et l'Institut de la Banque mondiale (WBI) (a).

« Par le biais de la CEETI, la Banque mondiale peut apporter son appui aux autorités municipales tout au long du processus d'évaluation, de planification et de financement des projets de maîtrise de l'énergie, et aider les villes à gérer leur utilisation de l'énergie sur le long terme », explique M. Khanna.

L'initiative CEETI a été annoncée à Barcelone le 18 novembre, à l'occasion d’une conférence sur l'innovation urbaine destinée aux responsables d’entités municipales et organisée par la Banque mondiale dans le cadre de l’événement CitiSense.

Dans sa première année, le programme appuiera l'intégration de la planification de l'efficacité énergétique dans les prises de décision, renforcera les capacités des urbanistes, favorisera la formation et les échanges entre les villes, et facilitera les partenariats avec des sources de financement publiques et privées. Au cours de la deuxième et de la troisième année, les villes recevront une assistance technique dédiée pour développer des programmes d'investissement ciblés en faveur de l'efficacité énergétique, conduire des études de préfaisabilité, et renforcer leurs politiques et leurs institutions. Dans le même temps, un concours pour l'innovation incitera les développeurs d'outils technologiques à créer des applications répondant aux problèmes de terrain auxquels les villes des pays en développement sont confrontées.

La Banque mondiale n’en est pas à ses débuts en matière d’assistance aux villes. Depuis trois ans, elle utilise un outil d’évaluation rapide des profils énergétiques qui permet aux agglomérations d'identifier rapidement les domaines dans lesquels elles pourraient améliorer leur efficacité énergétique, de cibler les secteurs les moins performants et de hiérarchiser les interventions. Cet instrument, développé par l'ESMAP (a) sous l’acronyme TRACE, a été déployé dans 27 villes d'Afrique, d'Asie, d'Europe de l'Est et d'Amérique latine.

« L'initiative CEETI intègrera une importante composante de renforcement des capacités, sachant qu’elle pourra s’appuyer sur des produits du savoir tels que le ‘mode d’emploi’ de l'outil TRACE qui fournissent une base solide pour accélérer la généralisation de l'efficacité énergétique dans les villes », explique Neeraj Prasad, responsable des questions climatiques au WBI.                                                                                              

Pour ne citer qu'un exemple, à Gaziantep, en Turquie, l'outil TRACE a permis d'identifier plus de 50 millions de dollars d'économies annuelles potentielles en adoptant notamment les mesures suivantes : amélioration d'une station municipale de traitement de l'eau, extension des réseaux de transports publics et modernisation des bâtiments municipaux.

Cette initiative de l'ESMAP s'inscrit dans le cadre d'une démarche plus globale de la Banque mondiale visant à aider les villes à planifier et financer un développement urbain durable, notamment via l'Initiative pour des villes vivables et sobres en carbone (LC2). L'initiative LC2 propose un ensemble d'activités de soutien favorisant un développement urbain « climato-intelligent » et peut aider les villes à réaliser pleinement leur potentiel de réduction des émissions.

Fonctionnant conjointement, ces programmes de la Banque mondiale fournissent un large éventail de solutions à ses clients. Par exemple, à Rio de Janeiro, l'outil TRACE a permis d'identifier deux investissements présentant un fort potentiel d'amélioration de l'efficacité énergétique : un réseau d'éclairage public plus efficace grâce à l'utilisation de LED, et des opérations de modernisation des bâtiments municipaux (notamment les écoles et les hôpitaux) pour économiser l'énergie. Dans le futur, l'initiative CEETI fournira, quant à elle, une assistance technique pour mettre en œuvre le portefeuille de projets de maîtrise de l'énergie relevant du programme de développement sobre en carbone de Rio.