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Accroître les investissements publics dans l’agriculture en Afrique

13 octobre 2013

LES POINTS MARQUANTS
  • En Afrique, la croissance agricole est essentielle pour réduire la pauvreté.
  • La majorité des investissements publics ne procurent pas de ressources adéquates au secteur de l’agriculture.
  • Le CAADP, programme de développement de l’agriculture en Afrique, vise à passer la vitesse supérieure

WASHINGTON, 13 octobre 2013 - Comment augmenter la productivité agricole de l’Afrique et les investissements publics dans un secteur qui emploie jusqu’à 70 % de la population du continent ? C’est la question à laquelle les ministres de l’Agriculture et des Finances de l’Afrique subsaharienne ont tenté de répondre au cours de deux événements parallèles organisés en marge des Assemblées annuelles 2013 de la Banque mondiale et du FMI.

« En Afrique plus encore que dans d’autres régions du monde, la croissance agricole joue un rôle crucial  dans la lutte contre la pauvreté et la promotion d’une croissance partagée », a expliqué Makhtar Diop, le vice-président de la Région Afrique de la Banque mondiale, aux ministres présents. « L’activité économique dans le domaine de l’agriculture représente entre 30 et 40 % du produit intérieur brut (PIB) et comme l’ont démontré certains pays étrangers, améliorer  la productivité agricole est un moyen efficace de réduire la pauvreté,  l’impact étant près de trois fois supérieur lorsqu’on cible le secteur agricole par rapport aux autres secteurs».

La première table ronde, qui a eu lieu le 9 octobre dernier, en présence de ministres de l’agriculture africains, s’est intéressée au programme CAAP (ComprehensiVe Africa Agricultural Development Programme),  programme de développement de l’agriculture africaine. Lancé par les dirigeants des pays africains en 2003, le CAADP a pour but d’encourager les gouvernements à accroître leurs investissements dans le secteur agricole et à affecter 10 % de leur budget national au secteur agricole. La table ronde était animée par la Banque mondiale, la Commission de l’Union Africaine (CUA) et le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).

« Depuis 2003, le CAADP a démontré que les institutions africaines peuvent travailler ensemble pour s’attaquer aux principaux enjeux auxquels est confronté le continent. Des pays comme le Burkina Faso, l’Éthiopie, le Ghana, la Guinée, le Malawi, le Mali, le Niger et le Sénégal ont déjà tous atteint ou dépassé l’objectif de 10 % fixé par le CAADP », a souligné Sari Soderstrom, chef de secteur pour le département  développement durable de la Région Afrique de la Banque mondiale. « De notre point de vue, la mise en œuvre de ce programme a été bénéfique pour tous. Le CAADP a aidé la Banque mondiale à harmoniser ses priorités et à renforcer ses partenariats stratégiques afin d’avoir un impact optimal sur le développement».

Depuis 2003, 32 pays ont élaboré des plans nationaux d’investissement dans l’agriculture qui définissent des priorités pour répondre aux objectifs du CAADP. En moyenne, les dépenses publiques dans l’agriculture ont augmenté de plus de 7 % par an dans l’ensemble de l’Afrique (plus de 12 % par an dans les pays à faible revenu) et ont plus que doublé depuis le lancement du CAADP, reflétant une meilleure reconnaissance du secteur agricole en tant que moteur de la croissance et de réduction de la pauvreté.

Étendre la portée du CAADP

Abebe Haile Gabriel, directeur de l’économie rurale et de l’agriculture de l’Union africaine (UA) a indiqué que son organisation a désigné 2014 comme l’ «Année de l’agriculture et de la sécurité alimentaire». Parallèlement, en 2014, l’UA lancera également son nouveau plan pour le CAADP, intitulé « Maintenir la dynamique du CAADP ».

Il a également annoncé qu’un nouveau programme de financement pour le CAADP, un deuxième Fonds d’affectation multidonateurs (FAMD), sera mis en place et géré par la Banque mondiale. Ce Fonds accordera des dons aux institutions africaines et financera de l’assistance technique. Dans sa prochaine phase, le CAADP mettra l’accent sur l’exécution, a-t-il ajouté. « Nous aimerions profiter de l’occasion pour demander à nos partenaires de soutenir la prochaine phase du CAADP qui sera très intéressante ».

La prochaine phase du CAADP mettra l’accent sur de nouveaux enjeux tels que la création de plateformes plus solides pour l’élaboration de politiques en matière d’agriculture, la stimulation du développement du secteur privé dans l’agriculture et l’apport d’un soutien à l’agriculture intelligente sur le plan climatique, à l’éducation, à la sécurité alimentaire et à l’amélioration de la nutrition.

« Nous assistons à un renforcement des institutions dans l’ensemble des pays d’Afrique que le soutien du CAADP a rendu possible », a déclaré Estherine Fotabong, directrice de la mise en œuvre et de la coordination des programmes du NEPAD. « Ce programme a été véritablement positif et nous souhaitons qu’il continue à être financé. Il nous a permis de mettre sur pied des programmes portant sur l’égalité des sexes, le changement climatique et le rôle des femmes dans l’agriculture », a précisé madame Fotabong.

Luis Riera-Figueras, conseiller principal de la Commission européenne, et Tjada McKenna, d’USAID, qui participaient également à la table ronde ont eux aussi exprimé leur soutien à la poursuite du CAADP. « J’ai vu les résultats du CAADP sur l’amélioration de la santé et sur d’autres questions qui vont bien au-delà de l’agriculture. Je pense que ce programme contribue de manière importante à l’amélioration des conditions de vie », a affirmé Luis Riera-Figueras.

Accroître les investissements publics dans l’agriculture

À l’occasion d’une autre table ronde des ministres africains le 10 octobre, les ministres se sont entretenus sur la nécessité d’accroître les dépenses publiques dans l’agriculture en Afrique subsaharienne ». Les ministres ont évoqué les progrès réalisés en matière d’amélioration de leurs politiques de dépenses dans l’agriculture ainsi que les mesures qui ont été prises pour améliorer la qualité de leurs décisions en matière d’affectation des ressources afin que l’agriculture bénéficie d’un financement adéquat.

« L’agriculture a pris la place qui lui revient au sein des discussions sur les politiques de développement », a déclaré Abebe Haile Gabriel lors de la table ronde du 10 octobre. « Un certain nombre de pays tels que le Burkina Faso et le Ghana ont fait des progrès encourageants pour l’amélioration tant de leurs investissements publics que de leur productivité agricole. »

Clement Kofi Humado, ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture du Ghana a déclaré : « Depuis 2009, nous avons enregistré des résultats supérieurs à la cible d’investissement du CAADP, avec une moyenne nationale de 16 % en 2010 et de 11,20 % en 2011». Il a fait remarquer que « le Ghana est l’un des rares pays qui a bénéficié du processus d’examen des dépenses publiques et nous nous fondons actuellement sur les conclusions de cet examen pour élaborer notre budget et nos programmes pour 2014».

Parallèlement, le Ghana doit améliorer la part des investissements affectée à l’agriculture, a ajouté le ministre. Exprimant un sentiment partagé par un certain nombre d’autres ministres présents à la table ronde, monsieur Humado a souligné : « Nous avons besoin de davantage de financement pour atteindre nos objectifs du CAADP, mais où trouver cet argent ? Notre budget est mobilisé sur des priorités concurrentes telles que l’éducation et la santé».

Mahama Zoungrana, ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire du Burkina Faso, a indiqué que son pays a aussi atteint les objectifs du CAADP avec des investissements dans l’agriculture atteignant 14 % en 2012. «Nous avons également enregistré des hausses satisfaisantes de la production et des revenus des familles », a-t-il noté. « Toutefois, comment pouvons-nous poursuivre cette croissance alors que nous devons faire face à un taux de croissance démographique de 3,2 % et d’autres défis tels que le changement climatique qui a fait diminuer notre production agricole» ?

Mahama Zoungrana a également encouragé les participants à envisager la prise de mesures pour améliorer la capacité de chaque pays à produire des statistiques financières. « Améliorer l’allocation budgétaire en agriculture nécessite de combler nos lacunes au niveau de nos statistiques. Ces lacunes font qu’il est difficile pour nous de bien gérer cette allocation. Cette question devrait être incluse dans les discussions sur les politiques de développement », a-t-il dit.

Makhtar Diop a partagé l’avis des ministres qui affirmaient que des améliorations en matière de collecte et d’analyse de données seraient vraiment bénéfiques pour accroître la qualité des allocations budgétaire en agriculture. « J’insiste sur ce point », a-t-il dit.

Un certain nombre de ministres ont évoqué la nécessité d’une participation accrue du secteur privé dans les investissements et la productivité du secteur agricole.

Monsieur Diop a exprimé son soutien envers la déclaration de l’UA pour que 2014 soit l’« Année de l’agriculture et de la sécurité alimentaire de l’UA » et envers son nouveau plan pour le CAADP. « Nous avons l’intention de travailler avec vous pour qu’on n’en reste pas au stade des mots et que des mesures effectives soient prises à la suite pour réveiller le « géant endormi » qu’est l’agriculture africaine », a conclu monsieur Diop.