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La connectivité au service de l’emploi dans le monde : comment les TIC élargissent les perspectives professionnelles

10 septembre 2013

LES POINTS MARQUANTS
  • Les technologies de l’information et de la communication (TIC) transforment le monde du travail, en créant de nouveaux débouchés et en renforçant l’innovation et l’inclusion de marchés du travail toujours plus globaux.
  • Trois tendances sous-tendent cette évolution : une connectivité accrue, les possibilités de télétravail et d’externalisation et la mondialisation des compétences.
  • Un nouveau rapport réfléchit aux moyens politiques de maximiser l’impact positif des TIC sur l’emploi.

Quand Gopal Maharjan, frais émoulu d’une école d’ingénieurs du Népal, s’est mis en quête d’un travail sur Katmandu, le résultat a été plutôt décevant. Jusqu’à ce qu’il entende parler de CloudFactory, une plateforme de « microtravail » en ligne. Avec quelques amis, il décide alors de déposer une candidature groupée sur le site. Leur profil plaît et les jeunes gens sont embauchés à mi-temps pour effectuer toutes sortes de tâches – numérisation d’anciennes données rédigées à la main, suivi des reçus de supermarchés, voire transcription d’informations médicales. Le groupe rencontre régulièrement le personnel de CloudFactory pour discuter de son travail et se perfectionner.

« Ce boulot m’a énormément aidé », raconte Gopal. « Je ne me sens plus décalé par rapport à mes amis qui travaillent parce que, moi aussi, je gagne ma vie. Ma famille est très favorable à cette solution, qui me permet d’avoir une activité productive au lieu de perdre mon temps ».

Partout dans le monde, les TIC révolutionnent le monde du travail, en ouvrant de nouvelles perspectives professionnelles et en renforçant l’innovation et l’inclusion de marchés du travail toujours plus globaux.

Selon une nouvelle note d’orientation de la Banque mondiale, La connectivité au service du travail dans le monde : comment les TIC élargissent les perspectives professionnelles, trois tendances sous-tendent cet essor mondial des emplois dans les TIC :

  • le développement de la connectivité – plus de 120 pays affichent désormais un taux de pénétration de la téléphonie mobile supérieur à 80 % ;
  • l’informatisation accrue de l’activité professionnelle – le télétravail et l’externalisation sont devenus des pratiques banales de nos jours dans le monde ;
  • la mondialisation des compétences – grâce à leur maîtrise de l’anglais, l’Inde et les Philippines sont deux pôles majeurs pour l’externalisation des tâches et font des émules, car il s’agit d’un secteur porteur de croissance.

« Les TIC exercent une influence sur l’emploi à la fois en tant que secteur créateur d’emplois et en tant qu’outils pour accéder à de nouvelles formes d’activité professionnelle, de manière innovante et plus souple », souligne Chris Vein, responsable l’innovation à la Banque mondiale pour le développement des TIC dans le monde. « Les nouveaux débouchés professionnels dans les TIC sont importants parce que tous les pays cherchent à créer davantage d’emplois de qualité avec des retombées économiques et sociales positives pour les travailleurs comme pour la collectivité ».

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Les nouveaux débouchés professionnels dans les TIC sont importants parce que tous les pays cherchent à créer davantage d’emplois de qualité avec des retombées économiques et sociales positives pour les travailleurs comme pour la collectivité. Close Quotes

Chris Vein
Responsable l’innovation à la Banque mondiale pour le développement des TIC dans le monde

Les TIC ouvrent de nouvelles perspectives pour créer des emplois et remédier ainsi au chômage. Songez que, dans le domaine des applications pour téléphones portables, une entreprise qui fournit l’Apple store par exemple, accède ainsi aux plus de 500 millions de titulaires d’un compte.

Les TIC rapprochent les actifs des emplois. Les bourses du travail en ligne, qui mettent en relation candidats et employeurs du monde entier, aideraient près de 12 millions de personnes à se faire embaucher. Des sites comme Babajob en Inde, Duma et M-Kazi au Kenya ou Souktel au Moyen-Orient et en Afrique du Nord proposent des services de recherche d’emplois par Internet ou via les technologies mobiles. À l’instar de Souktel, qui cible les communautés à faible revenu, ils améliorent l’inclusion sur les marchés de l’emploi.

Les TIC permettent également d’opter pour des formes d’emploi et de travail inédites et plus souples :

  • les contrats en ligne, surtout pour les entreprises de faible taille, s’appuient sur les TIC pour élargir à la planète entière l’accès aux offres d’emplois. Des services comme oDesk ou Elance connaissent un beau succès : en 2012, quelque 2,5 millions d’annonces y ont été publiées, pour des tâches allant de la rédaction de courrier aux services clientèle à la conception de logiciels ;
  • les plateformes de microtravail comme CloudFactory, MobileWorks ou Samasource permettent de décomposer des processus complexes en tâches distinctes de moindre envergure (saisie et vérification de données, conception-rédaction de textes ou création graphique par exemple) qui sont confiées à des travailleurs, indépendamment de leur lieu de résidence. Pour les analystes, ce marché – qui représente 1 milliard de dollars actuellement – pourrait atteindre les 5 milliards à l’horizon 2018.

Si les TIC créent des opportunités, elles posent aussi des difficultés inédites pour les employés et les employeurs. Bon nombre de postes dans ce secteur sont temporaires ou contractuels, ce qui prive les titulaires d’accès à une couverture sociale (assurance médicale ou pension de retraite par exemple). Mais, et c’est surtout vrai des jeunes, ils sont un tremplin vers des carrières plus formelles et leur procurent un revenu supplémentaire.

« Le secteur des TIC offre de réelles perspectives de gains, même s’il existe un certain nombre de risques et d’obstacles. Son impact sur l’emploi est inéluctable – et bénéfique pour les étudiants, les travailleurs, les employeurs et les gouvernements, qui doivent s’y préparer », affirme Siddhartha Raja, spécialiste de la question à la Banque mondiale et auteur principal de la note d’orientation.

Pour maximiser ces retombées positives, les auteurs recommandent aux décideurs de privilégier cinq « systèmes » habilitants, à panacher en fonction du contexte national :

  • le capital humain : un vivier de travailleurs ayant les compétences TIC requises ainsi qu’une sensibilité et des aptitudes générales qui leur confèrent un avantage concurrentiel sur les marchés du travail ;
  • les infrastructures : une connectivité universelle aux TIC, l’accès à l’électricité et aux transports et des infrastructures d’appui à l’innovation et la conversion technologique des PME ;
  • les systèmes sociaux : des réseaux de confiance et de reconnaissance pour les travailleurs et les employeurs, des amortisseurs sociaux et des dispositions pour minimiser les éventuelles conséquences négatives des emplois dans les TIC ;
  • la finance : des systèmes efficaces et responsables garantissant les paiements en temps voulu et l’accès à des fonds de soutien à l’innovation et l’esprit d’entreprise ;
  • la réglementation : un environnement porteur créant des débouchés professionnels et renforçant la flexibilité du marché du travail tout en protégeant les droits des travailleurs.