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Faciliter l’éclosion des PME en Côte d’Ivoire

19 juin 2013

LES POINTS MARQUANTS
  • Le « guichet unique des formalités d’entreprises » a été formellement inauguré en décembre 2012 et le premier tribunal de commerce en Côte d’ Ivoire est désormais opérationnel.
  • Le délai pour créer une entreprise en Côte d’Ivoire est de 48 heures aujourd’hui contre 32 jours par le passé.
  • Une unité de lutte contre le racket a été également mise en place pour combattre la corruption

ABIDJAN, le 19 juin 2013_ Au sortir de la crise post-électorale qui a ébranlé le pays fin 2010, les autorités ivoiriennes n’ont eu d’autre choix que de repenser leur stratégie de reconquête des investisseurs, ces derniers ayant délaissé la Côte d’Ivoire depuis plus d’une décennie du fait de l’instabilité politique et sociale qui caractérisait le pays.

Les petites et moyennes entreprises (PME) ont, en particulier, payé un lourd tribut. Des milliers d’entreprises ont été contraintes, entre 2002 et 2010, de mettre la clé sous la porte, provocant une augmentation du chômage surtout chez les jeunes. En novembre 2009, la Banque mondiale  avait accordé un  don de 15 millions de  dollars US dans le cadre du « projet d’appui à la revitalisation des petites et moyennes entreprises de Côte d’Ivoire » (PARE-PME), projet dont la mise en œuvre fut interrompue pendant six mois lorsqu’éclata la crise post-électorale de  novembre 2010. Ce programme est mise en œuvre en synergie avec « le programme d’amélioration du climat des Affaires » de l’IFC, unité du Groupe de la Banque Mondiale chargée du secteur privé.

Nouvelle offensive en faveur des PME

De son classement à la 177eme position  dans la dernière édition de Doing Business (qui classe les pays en fonction de la facilité d’y faire des affaires), la Côte d’Ivoire n’est guère fière. Tel était le message véhiculé par  le Premier ministre Daniel Kablan Duncan lors de la première réunion avec le groupe de travail interministériel qu’il préside sur l’amélioration du climat des affaires de la Côte d’Ivoire qui  a qualifié la situation d’ « inacceptable ».

Quelques semaines après cette réunion, ce fut au tour du directeur des opérations de la Banque mondiale en Côte d’Ivoire, Madani Tall, de donner le ton, lors d’une visite de terrain auprès des 6 principales institutions ayant bénéficié de l’appui du PARE-PME : Le guichet unique du CEPICI (centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire) ;   la mutuelle de crédit et de financement des PME (MCF-PME) ;  l’unité de lutte contre le racket (ULCR) ; le  tribunal de commerce d’Abidjan ;  le bureau du comité de concertation public-privé (CCESP)  logé  dans les locaux du ministère de l’Industrie: «  J’ai bon espoir que la  Côte d’Ivoire, avec toutes ses mesures, va avoir  un environnement des affaires de classe internationale pour mobiliser des investissements majeurs surtout en termes d’emplois», estimait-il lors d’une conférence de presse au siège de  l’association pour la promotion des exportation de Côte d’Ivoire (APEX-CI). « Le guichet unique est une invitation à l’investissement», a-t-il ajouté.

Alléger les procédures administratives

Le guichet unique des formalités d’entreprises, opérationnel depuis décembre 2012, a en effet pour objet d’alléger les procédures administratives liées à la création d’entreprises. Aujourd’hui, il ne faut plus que 48 heures pour créer une entreprise en Côte d’Ivoire contre 32 jours par le passé. Les coûts de création d’une entreprise ont été également ramenés sous  la barre des 200 000  francs CFA (soit 395 dollars environ) contre  661 000  francs CFA auparavant.   

Plusieurs fois repoussée du fait de la crise post-électorale, l’inauguration le 26 mars dernier  du nouveau siège de la « Mutuelle de crédit et de financement des petites et moyennes entreprises » (MCF-PME) montre que la Côte d’Ivoire est déterminée à redonner confiance aux entrepreneurs. Les difficultés de financement des PME étaient l’un des obstacles entravant la croissance des petites entreprises.

Parmi les bénéficiaires de la MCF-PME, Kouassi Adolphe KOUADIO dirige une PME spécialisée dans les technologies avancées de laboratoire et l’ingénierie de procédés de traitement des eaux. Mr Kouassi  gère en ce moment  un contrat de représentation d’une compagnie américaine qui fabrique des instruments lourds de toxicologie, c’est-à dire des instruments qui servent à attester que les produits agricoles (cacao, cola, ananas, etc.) qui sont exportés vers les pays de l’OCDE, ne contiennent pas d’espèces toxiques (par exemple des traces de pesticides).

Avant la création de son  entreprise, les laboratoires utilisateurs de ces instruments lourds de toxicologie (multinationales, acteurs du secteur agricole) faisaient venir les ingénieurs assurant les services liés auxdits instruments d’Europe ou d’Amérique. «  Aujourd’hui, nous assurons la même qualité de service tout en étant à Abidjan, à proximité de leurs laboratoires. La réalité est qu’aucune banque ne finance un domaine spécialisé qu’elle ne connaît pas, surtout s’il est le domaine d’une start-up. Nous avions donc des commandes qui dataient de plus de douze mois sans un début de réalisation, alors que nous nous étions engagés à les honorer en deux  mois », témoigne-t-il. « Mes relations avec ma clientèle étaient au bord de la rupture quand je me suis adressé à la MCF-PME pour solliciter un financement de mes bons de commande ».

Aujourd’hui, grâce à un prêt de 15 millions de la MCF-PME de fonds de roulement, cet entrepreneur estime avoir sauvé un volume de marché de 54 millions de Francs CFA en quatre mois.

L’appui direct aux PME inclut aussi un programme d’assistance technique et d’accompagnement à l’entreprenariat qui cible les jeunes.  Environ 260 jeunes sélectionnés pour ont été épaulés par IDA (Association internationale pour le développement), à travers le fonds fiduciaire SPF) et IFC (à travers le programme « business edge ») pour la réalisation de leur business plan.

Lutter contre la corruption

L’ouverture  du tribunal de commerce en octobre 2012 et la modernisation en cours du registre de Commerce et de Crédit Mobilier (RCCM) indiquent aussi que le cadre juridique est en train de s’améliorer.  Le tribunal est  composé de juges professionnels (magistrats de carrière) et de juges consulaires issus du secteur privé.

 Le 10 mai dernier, cinquante opérateurs économiques désignés par la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire (CCI-CI) comme juges consulaires au sein du tribunal de commerce d’Abidjan (TCA) ont prêté serment. À ce jour, le tribunal a rendu environ 1700 décisions. Dans un souci de transparence, toutes les décisions rendues sont publiés sur le site Internet du tribunal

Opérationnelle depuis 2011,  l’unité de lutte contre le racket (ULCR) s’attelle pour sa part à réduire l’impact de la corruption sur l’économie du pays. L’unité a même mis en place un numéro vert afin de dénoncer toutes les pratiques  de racket.

Enfin, le gouvernement a confirmé l’élaboration d’une stratégie de développement des PMEs ainsi que d’une politique industrielle pour mobiliser les investissements privés dans les secteurs porteurs.  On le voit donc, l’horizon est plus que dégagé pour que le secteur privé reprenne  le chemin de la croissance et la création d’emploi.