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Une stratégie sur dix ans pour soutenir le développement de systèmes de protection sociale en Afrique subsaharienne

18 décembre 2012

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LES POINTS MARQUANTS
  • La protection sociale, qui comporte des programmes d’assistance sociale et d’assurances sociales, est un puissant outil de réduction de la pauvreté et de la vulnérabilité
  • La Banque mondiale a mis en place une nouvelle stratégie sur dix ans pour la protection sociale en Afrique (2012-2022)
  • Il s’agit d’aider les gouvernements à mettre en place des systèmes nationaux de protection sociale















WASHINGON, 18 décembre 2012 -- La protection sociale, que l’on considérait autrefois comme l’apanage des pays à revenu moyen ou élevé, est de plus en plus mise en œuvre dans les pays d’Afrique à faible revenu, où les responsables politiques voient en elle un outil puissant de réduction de la pauvreté, de la vulnérabilité et des inégalités sociales.

La crise des denrées alimentaires, la crise du pétrole et la crise financière de 2008 ont amplement démontré le rôle d’amortisseur de choc conjoncturel joué par la protection sociale pour les ménages faibles et vulnérables. Les pays d’Afrique dotés de filets de sécurité bien en place ont, par exemple, été en mesure de dispenser rapidement de l’aide à ces ménages lorsque c’était nécessaire.

Par exemple, en Éthiopie, des centaines de milliers de personnes ont pu résister à la sécheresse qui a récemment frappé de l’Afrique grâce au programme bien établi de filets de sécurité productifs associant des versements d’argent en faveur des ménages pauvres à du travail temporaire rémunéré dans le cadre de projets comme la réhabilitation de terres ou la construction de routes.

La protection sociale fait également office d’outil de consolidation de la paix pour les pays sortant de conflits. Le Fonds de développement communautaire du Soudan et le Fonds d’action sociale du nord de l’Ouganda ont beaucoup fait pour aider les familles à faible revenu à retourner dans leurs villages qui avaient été abandonnés pendant les périodes de conflit, en construisant ou en remettant en état les routes, les écoles et les centres de santé, et en assurant l’approvisionnement en eau et l’électrification à partir d’énergie solaire.

Au Rwanda, le gouvernement attribue en partie le déclin rapide du taux de pauvreté, qui est passé de 57 % en 2006 à 45 % en 2011, au programme de transferts de fonds et de travaux publics « Vision 2020 Umurenge ».

Une stratégie pour instaurer de meilleurs systèmes de protection sociale en Afrique

Quand 47,5 % des personnes en Afrique subsaharienne vivent toujours avec moins de 1,25 dollar par jour, et que les chocs et les catastrophes naturelles se multiplient en ce début de siècle mouvementé, la protection sociale est plus importante que jamais.

Quoiqu’en moyenne le budget consacré à la protection sociale augmente dans tous les pays, les niveaux globaux de dépense et de couverture demeurent bas sauf dans quelques pays, pour la plupart à revenu moyen. Il est donc important de continuer à renforcer la capacité des gouvernements à coordonner et mettre en place des programmes de protection sociale intégrés.

Consciente à la fois d’un intérêt accru pour la protection sociale en Afrique aujourd’hui ainsi que des difficultés rencontrées par les pays pour la mettre en œuvre efficacement, mondiale a élaboré une nouvelle stratégie de protection sociale (2012-2022) pour l’Afrique. Cette stratégie orientera l’assistance apportée par aux pays qui n’ont pas de politiques établies de protection sociale et soutiendra leur évolution vers des systèmes robustes, coordonnés et efficaces.

Cette stratégie, qui s’appuie sur de nombreuses consultations effectuées auprès de gouvernements et d’organisations de la société civile en Afrique, présente une vision unifiée pour la protection sociale et détaille le choix des instruments, des mécanismes de financement et des dispositifs institutionnels pour la protection sociale.

Protection sociale et croissance économique vont de pair

Les programmes de protection sociale peuvent avoir un effet positif direct sur les familles pauvres dans la mesure où ils étoffent le capital humain et la productivité en améliorant leur santé, leur niveau d’instruction et  leurs qualifications. Ils aident également les familles à étoffer leur patrimoine matériel et ont un certain nombre d’autres effets favorables sur les activités économiques d’un pays, notamment par leurs retombées ou leurs effets multiplicateurs.

Selon Ritva Reinikka, directrice du développement humain pour l’Afrique à mondiale : « Les systèmes de protection sociale, lorsqu’ils sont bien pensés et correctement mis en œuvre, peuvent déboucher sur un développement de l’activité économique, stimuler les marchés locaux et même contribuer à faciliter l’adoption de réformes économiques à long terme impopulaires mais indispensables au changement ».

Un bon exemple d’un système de protection sociale contribuant à la transformation fondamentale d’une économie est fourni par l’île Maurice, qui s’est métamorphosée d’une économie de monoculture associée à des niveaux élevés de pauvreté à une économie de forte croissance avec des niveaux de pauvreté peu élevés. Son système d’assurance sociale et ses filets de protection ont permis de protéger les personnes pauvres des effets à court terme de cette évolution et d’instituer une cohésion sociale indispensable à la mise en œuvre d’une réforme essentielle.

Comme l’explique Lynne Sherburne-Benz, responsable du secteur de la protection sociale en Afrique, « Le coût des programmes qui assurent la protection de la personne et génèrent des opportunités est raisonnable même pour les pays à faible revenu puisqu’il ne représente que 1 à 2 % du PIB. Ces programmes reviennent beaucoup moins cher qu’une aide ponctuelle d’urgence et, à long terme, l’absence de protection sociale, a, au contraire, un coût élevé, notamment sur les femmes et les enfants».