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Haïti réforme l'environnement des affaires pour stimuler la reconstruction et la création d'emplois

05 novembre 2012

Haïti réforme l'environnement des affaires

Les piles de t-shirts Calvin Klein fondent à vue d’œil à mesure que les clients affairés de Cotsco se ruent sur les étagères comme s’il s’agissait de l’accessoire le plus branché de la saison.

Tout Américain qui se respecte possède quelques t-shirts blancs dans sa garde-robe mais ceux-ci, faits de coton finement tissé, sont vraiment une affaire.

Rares sont les clients qui remarquent l’étiquette « fabriqué en Haïti » – un label d’excellence dans l’un des secteurs les plus disputés des États-Unis, l’industrie textile, et qui semble offrir de nouveaux débouchés aux entrepreneurs et investisseurs de cette île des Caraïbes.

Codevi, le fabricant des t-shirts Calvin Klein et d’autres grandes marques, emploie plus de 6 000 Haïtiens dans son usine de Ouanaminthe – une contribution significative pour assurer des emplois à plein temps dans un pays où 80 % de la main-d’œuvre travaille, soit comme indépendant, soit dans le secteur informel.

Décideurs, experts et citoyens ordinaires, tout le monde reconnaît que la partie occidentale d’Hispaniola ne pourra vraiment retrouver des perspectives stables à long terme et, dans l’immédiat, renouer avec la croissance que si elle peut offrir des emplois de qualité à sa population.

Le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, entend bien relayer ce constat lors de son premier déplacement en Haïti depuis qu’il a pris les rênes de cette institution multilatérale.

M. Kim soulignera l’importance des projets qui dopent l’emploi auprès des hauts dirigeants haïtiens et, notamment, du président Michel Martelly et de son Premier ministre, Laurent Lamothe. Il réitérera ce message tout au long de ses rendez-vous avec les chefs d’entreprise lors de deux jours qui viennent.

« Alors que le relèvement de Haïti a été impressionnant, la reconstruction du pays et son développement imposent un effort soutenu et constant de longue haleine. La Banque mondiale s’est engagée à soutenir Haïti dans sa transition entre la reconstruction d’urgence et le développement économique, afin de créer de nouveaux débouchés pour tous », a déclaré Jim Yong Kim.

Les investissements privés dans le secteur des services, qui tend à créer un maximum d’emplois, redémarrent.

Parmi les opérations importantes récentes réalisées par des firmes étrangères en association avec des acteurs locaux, la centrale électrique inaugurée par le coréen E-power, la zone industrielle de Codevi, l’arrivée de l’opérateur télécom vietnamien Viettel et les investissements du fonds de capital-risque Leopard. Ces projets, largement soutenus par la Société financière internationale (IFC), créent des milliers d’emplois bien rémunérés sur l’île.

Mais cela ne suffit pas. Le secteur informel continue d’attirer la majorité des 4 millions d’Haïtiens en âge de travailler. Composé pour l’essentiel de micro et petites entreprises non déclarées, le secteur informel verse des salaires de misère et offre des conditions de travail précaires – signe, selon les experts, de sa faible productivité et de l’absence d’économies d’échelle.

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Jim Yong Kim
Président de la Banque mondiale

Les Haïtiens le savent, qui se sont lancés dans une série de réformes pour améliorer l’environnement des affaires et le climat de l’investissement – deux piliers incontournables pour une économie moderne.

Ce plan table sur trois volets fondamentaux : la mise en place d’infrastructures fiables, la révision des réglementations et le développement de l’accès aux financements pour ceux qui créent des emplois, à savoir les petites et moyennes entreprises.

Le coût de création d’une entreprise en Haïti est plus de huit fois supérieur à la moyenne régionale, selon l’édition 2013 du rapport Doing Business. Haïti se classe au 173e rang sur les 185 pays étudiés pour la facilité de la pratique des affaires.

Les réformes visent les secteurs offrant le plus gros potentiel de croissance et de création d’emplois : le BTP, le tourisme, l’industrie légère, l’industrie du vêtement et l’agriculture. Tous peuvent s’appuyer sur les avantages compétitifs du pays, notamment un vivier de main-d’œuvre important et non exploité, la proximité d’avec les grands marchés mondiaux, des accords de libre-échange avec les États-Unis, l’Europe et le Canada, des atouts culturels et touristiques uniques et un système financier sain.

Les zones économiques intégrées – qui regroupent des pôles industriels, commerciaux et résidentiels – sont une composante majeure de la stratégie du gouvernement visant à promouvoir la croissance et à créer des emplois formels.

Selon une étude récente de l’IFC, ces zones pourraient créer plus de 380 000 emplois à l’horizon 2030.

Pour Juan Buchenau, spécialiste senior du secteur financier, « Haïti doit avoir une stratégie double en matière d’emplois – de promotion de la création de nouveaux emplois stables et formels et d’amélioration des conditions de travail dans le vaste secteur informel ».

Mais les obstacles à l’investissement – en particulier dans l’industrie du vêtement, l’industrie légère, le BTP et le tourisme – doivent être éliminés si l’on veut doper l’économie formelle en Haïti, souligne M. Buchenau.

Il s’agit notamment des cadres réglementaires et institutionnels qui régissent les transactions sécurisées, les règles en matière d’insolvabilité et les zones économiques intégrées.

À côté de la production textile, le tourisme est la seule autre activité pouvant offrir des emplois de qualité aux Haïtiens. Le Nord suscite les convoitises des investisseurs et des entrepreneurs qui y développeraient bien une nouvelle Mecque du tourisme.

Le parc national historique, qui abrite la fameuse citadelle Henri et le Palais de Sans-soucis, ou encore la cité ancienne de Cap-Haïtien, sans oublier les magnifiques plages et les manifestations culturelles sont autant d’atouts, parmi de nombreux autres, pour attirer les visiteurs.

L’une de ces plages septentrionales, Labadie, a été donnée en concession à Royal Caribbean Cruises International jusqu’en 2050. Chaque année, plus de 700 000 passagers débarquent sur ce rivage, faisant de cette station balnéaire la première source de recettes touristiques du pays depuis 1986.

Mais les retombées directes pour l’économie locale sont minimes. La plupart des touristes ne quittent pas cette enclave, faute de moyens de transport et d’infrastructures de loisir adaptés ou d’attractions en bon état. Ces contraintes rebutent aussi les touristes de Port-au-Prince ou de la République dominicaine voisine, qui ne s’aventurent que rarement dans le Nord.

M. Buchenau pense, comme d’autres experts, que la simple levée de ces obstacles permettrait de créer plusieurs milliers d’emplois.

Ensemble, les investissements et les activités de conseil de l’IFC appuient la création de 5 000 nouveaux emplois ainsi que la sauvegarde de 5 000 postes existants.