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Une plateforme en ligne pour les cyclistes de Beijing

01 novembre 2012

Autrefois « royaume de la bicyclette », la Chine voit disparaître sa culture emblématique du vélo. Une plateforme en ligne récemment mise en place recueille les commentaires du public sur l’environnement cycliste à Beijing.

LES POINTS MARQUANTS
  • Autrefois « royaume de la bicyclette », la Chine voit disparaître sa culture emblématique du vélo.
  • Une plateforme en ligne récemment mise en place recueille les commentaires du public sur l’environnement cycliste à Beijing.
  • Des volontaires ont testé la fonctionnalité et l’interface de cette plateforme et fait circuler l’information sur les médias sociaux.
MULTIMÉDIA

Jian Gemin, ingénieur à Beijing, va travailler à bicyclette tous les jours. Mais depuis quelques années, il remarque que la ville, où le nombre de véhicules vient d’atteindre les 5 millions, se fait moins accueillante pour les cyclistes.

Il a donc salué l’arrivée de cette nouvelle plateforme en ligne (http://www.ourtransport.net), qui recueille les commentaires des résidents sur les conditions de circulation à vélo dans Beijing, et s’est porté volontaire pour en tester la fonctionnalité et l’interface.

Cette plateforme est un projet pilote imaginé par le Beijing Transport Research Center (BTRC) en collaboration avec l’ONG environnementale Friends of Nature (FON) et le service interactif Ushahidi, avec le concours de la Banque mondiale. C’est une première étape vers l’amélioration de l’environnement cycliste de la ville. Les résidents rendent compte de ce qui va et de ce qui ne va pas via le web, des applications de smart phone, des SMS ou les médias sociaux.

« C’est un moyen novateur de collecter de l’information auprès du public, explique Deng Xiaoyong, assistant du chef de programme chez BTRC. Cette plateforme permet de toucher beaucoup plus de monde que les méthodes classiques de collecte des réactions du public. Nous espérons contribuer ainsi à la formulation d’une politique des transports verte. »

En mai de cette année, 50 étudiants de l’université Tsinghua se sont portés volontaires pour la première vague de tests, menée sur le campus et aux alentours. Puis le périmètre de l’essai a été élargi en octobre.

Le dimanche 21 octobre, un événement organisé conjointement par les quatre partenaires du projet a réuni 70 volontaires de tous horizons, venus pour en savoir plus sur cette plateforme et l’essayer.

Ces volontaires ont également échangé des idées sur la manière de renforcer la sécurité routière et de rendre la route plus accessible aux cyclistes. Ils ont aussi partagé leurs souvenirs du bon vieux temps où la Chine était le « royaume de la bicyclette ».

« Lorsque j’étais petit, j’allais partout à vélo, se souvient Zhao Liman, l’un des fondateurs de Smarter Than Car, groupe qui fait la promotion de la culture cycliste, mais regardez les gamins d’aujourd’hui… C’est si triste de constater qu’une grande partie de cette culture du vélo, emblématique de la Chine, est en train de disparaître. »

Du lundi au mercredi, les volontaires avaient pour mission de rendre compte de leurs trajets à bicyclette entre leur domicile et leur lieu de travail.

En chemin pour le bureau, Jian Gemin a emprunté des tronçons de route dépourvus de piste cyclable, ou, pire encore, vu des voitures garées sur les bandes réservées aux vélos. Il a pris des photos et envoyé l’information à la plateforme.

« C’est l’un des nombreux agacements qui conduisent les gens à abandonner le vélo », constate-t-il.

Kong Fanxue, une autre volontaire, est gérante d’une société immobilière. Les bons jours, elle parcourt à bicyclette tout le trajet jusqu’à son bureau, ce qui lui prend presque une heure. Lorsqu’il fait mauvais temps, elle pédale jusqu’à la station de métro la plus proche et continue en métro.

Lundi, sur le chemin du travail, de beaux râteliers à vélos disposés devant un immeuble de bureau ont attiré son attention. Elle a envoyé sa trouvaille, avec ses coordonnées GPS, à la plateforme pour diffuser l’information. « Les cyclistes ont souvent du mal à savoir où garer leur vélo en toute sécurité », explique-t-elle. Elle est certaine que si les parcs à vélos étaient plus nombreux et plus adaptés, davantage de gens auraient envie d’aller au travail à bicyclette.

Pendant les trois jours d’essai, la plateforme a reçu plus de 110 de ces rapports, par différentes voies. Tous les rapports générés par les usagers sont localisés et visualisés sur une carte que les autres peuvent consulter et commenter.

Les volontaires ont également été encouragés à poster des messages à propos de cette plateforme sur Sina Microblog (l’équivalent chinois de Twitter) : plus de 800 tweets/retweets et 400 commentaires ont été enregistrés.

« Aujourd’hui, les cyclistes forment une catégorie vulnérable, et si la société ne leur permet pas de s’exprimer, ils le resteront toujours », a écrit Li Bo, ancien Secrétaire général de FON et militant écologiste bien connu en Chine, sur Sina Microblog. Guo Jifu, directeur général de BTRC, a retweeté son message, ajoutant : « les catégories vulnérables devraient avoir le droit de s’exprimer – rejoignez la plateforme ‘ourtransport’ ».

Après cet événement, tous les participants ont reçu un questionnaire leur demandant de donner une note à leur expérience ainsi qu’à la plateforme elle-même.

Ces notes, conjuguées aux rapports reçus jusqu’ici, permettront de préparer les étapes suivantes.

« De toute évidence, à Beijing, tant les institutions que les individus expriment la volonté de mieux comprendre et de planifier les besoins des cyclistes », a déclaré Ke Fang, spécialiste principal des transports urbains à la Banque mondiale.

À l’heure où ce premier essai pilote prend fin, la Banque et ses partenaires vont chercher comment donner suite à ces travaux, à Beijing et, il faut l’espérer, dans toute la Chine.