Cette page en :
  • Français

ARTICLE

Le haut débit pour favoriser l’économie numérique au Mali

29 août 2011

BAMAKO, le 29 août 2011 — Pays sahélien enclavé, le Mali s'est lancé depuis plusieurs années dans la réforme du secteur des télécommunications, avec comme objectif principal le décollage d'une économie numérique.

Le groupe de la Banque mondiale a engagé avec le gouvernement du Mali un dialogue sectoriel visant à promouvoir la croissance du secteur des télécommunications, et notamment à accroître l’offre de services haut débit (ou large bande) : ceci constitue un objectif clé de développement du secteur des télécommunications dans ce pays comme dans l’ensemble de la sous-région.

L’assistance de la Banque a ainsi été fournie à travers la modernisation du cadre juridique et réglementaire des télécommunications, l’ouverture du secteur aux opérateurs privé, l’élaboration d’une stratégie d’accès universel visant à étendre l’accès aux services de télécommunications et des TIC aux zones rurales et éloignées et aux citoyens maliens de toute condition.

Aujourd’hui, après l’expansion considérable du mobile, le haut débit apparait comme le principal relais de la croissance et du développement du secteur pour les années à venir. L’existence d’un réseau en fibre optique national est une condition nécessaire pour diffuser le haut débit sur l’ensemble du territoire malien.

A ce jour, certains tronçons ont été réalisés par les opérateurs du secteur privé. D’autres ont été construits à l’initiative du gouvernement, et ont pour vocation à être exploités en partenariat avec les opérateurs et les fournisseurs d’accès à Internet du secteur privé. Suite à une réunion qui a eu lieu à Kigali en 2007, le ministère en charge du secteur a en effet engagé une discussion avec les opérateurs et les bailleurs de fonds pour réaliser d’ici fin 2012 les tronçons manquants du backbone en fibre optique national et vers les sept frontières du pays. Il s’agit ici des tronçons que les opérateurs n’envisagent pas de réaliser individuellement. Le Mali cherche ainsi à réduire la fracture numérique sur son territoire et à se positionner comme une plateforme de transit entre pays de la sous-région pour l’accès à la capacité des câbles sous-marins de l’Atlantique.

La réalisation de tronçons financés par le gouvernement implique de mener une réflexion sur les modes de gestion les plus appropriés pour cette infrastructure fibres optiques. Une étude a ainsi été réalisée à la demande du gouvernement du Mali. Récemment partagée dans un atelier avec les acteurs clés du secteur, elle a permis de mettre en évidence, à partir d’études de cas, les avantages et inconvénients des différents modèles possibles pour la réalisation et la gestion des infrastructures fibre optique.

« Le spectre des modèles possibles va de celui dont le risque est exclusivement (ou quasi exclusivement) porté par les pouvoirs publics, comme en Tanzanie, au Kenya ou au Rwanda, à celui dont le risque est partagé dans un partenariat public-privé, comme c’est le cas au Burundi, en France ou au Brésil », selon Michel Rogy, Conseiller en matière de politique TIC à la Banque mondiale. Dans le contexte spécifique du Mali, pour la gestion des tronçons déjà financés par le Gouvernement, « trois modèles restent envisageables : le modèle de la société nationale du haut débit (Kenya), le modèle opérateur d’opérateurs (Rwanda) et le modèle consortium/partage d’infrastructure (Burundi) ». En tenant compte des objectifs que pourrait se donner le gouvernement (cohérence avec la politique sectorielle, impact sur la valorisation de la 3ème licence, impact sur l’intensité de la régulation, propension du secteur privé à utiliser l’infrastructure, difficultés de mise en place du modèle), seuls deux modèles paraissent appropriés a priori : le modèle opérateur d’opérateurs et le modèle consortium/partage d’infrastructure. Et Michel Rogy de souligner : « il est important que l’ensemble des acteurs du secteur soit associé à la réflexion sur le modèle le plus approprié dans le contexte spécifique du Mali ».

Vers l’élaboration d’un cadre concerté

Ce contexte est caractérisé par une accélération des investissements des deux opérateurs ORANGE et SOTELMA/MALITEL dans le haut débit au niveau de leurs boucles locales mobiles et fixes, ainsi que dans leurs backbone nationaux et dans l’accès à la capacité des câbles sous-marins. Les offres 3G sont lancées ou sur le point d’être lancées ; les offres ADSL sont disponibles sur Bamako et dans les capitales régionales.

Fin 2010 il y avait environ 30 500 clients haut débit fixe (ADSL ou CDMA) et 8 000 clients haut débit mobile (3G). Un forfait 1G en Internet Mobile est commercialisé à environ 9900 F CFA / mois (environ $US 25 / mois) et une connexion à 256 kbit/s en WiMAX à environ 25 000 F CFA / mois (environ $US 63 / mois).

A partir des études de cas, un atelier sur les différents modèles possibles pour la réalisation et la gestion des infrastructures fibre optique financées par des investissements publics, a formulé des recommandations « pour une prise de décision avisée, adaptée au contexte malien et conforme à l’intérêt général ».

Les participants ont aussi recommandé d’encourager la connexion entre les différents tronçons privés et publics pour des questions de redondance et pour éviter la fracture numérique, d’instaurer un dialogue entre les acteurs du secteur et d’assurer le suivi par le Comité de régulation des télécommunications (CRT) et le Cabinet du Ministre pour identifier, dans les meilleurs délais, la solution la plus appropriée pour la phase 1 du projet gouvernemental (modèle opérateur d’opérateurs avec prestataire technique privé ou modèle consortium/partage d’infrastructure).

Ils recommandent également d’élargir la discussion aux modèles français et brésilien pour la phase 2 du projet gouvernemental et de mettre en œuvre rapidement la stratégie d’accès universel approuvée par le gouvernement, afin de générer du trafic pour les différents tronçons du backbone national, notamment ceux financés par les pouvoirs publics dans les zones a priori peu rentables.