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L’envoyé spécial de la Banque mondiale espère faire de Haïti un modèle pour la reconstruction

06 mai 2010

WASHINGTON DC, 6 mai 2010 – Riche de sa longue expérience internationale et de son engagement en faveur des questions sociales, le nouvel envoyé spécial de la Banque mondiale en Haïti, Alexandre Abrantes, définit sa mission comme une aide à la reconstruction du pays pour en faire un modèle dans la région.

M. Abrantes, 58 ans, a été nommé à ce poste en avril. Il a déclaré que les axes sous-tendant cet objectif étaient une bonne gestion gouvernementale et une forte participation communautaire, deux piliers mis en avant par la Banque pour soutenir la viabilité à long terme de Haïti bien avant le séisme du 12 janvier qui a fait plus de 230 000 victimes.

Ce spécialiste de la santé publique et ancien chef des opérations dans plusieurs états fragiles d’Afrique, et plus récemment au Brésil, a défini un programme ambitieux qui comprend des efforts immédiats visant à mieux gérer le risque de catastrophes, à étendre les filets de sécurité du pays et à rétablir les capacités du gouvernement à fonctionner de manière efficace tout en améliorant sa gouvernance à long terme.

M. Abrantes s’appuiera sur le pouvoir fédérateur de la Banque et son savoir-faire en matière de reconstruction afin d’encourager tous les acteurs, locaux et internationaux, à unir leurs efforts pour faire de Haïti un modèle de coopération internationale avec une forte participation locale.

« Notre contribution en termes d’argent est relativement faible comparée à celle d’autres donateurs comme les États-Unis, le Canada et l’Union européenne, mais c’est notre expérience à l'international et notre capacité à rassembler les différents intervenants qui constituent notre véritable contribution, » précise Alexandre Abrantes, rappelant que plus de 750 000 haïtiens ont déjà bénéficié des projets communautaires de la Banque, qui représentent une part importante de son travail en Haïti.

Les leçons de son expérience au Brésil

Dans le cadre de son programme ambitieux, dont la mise en œuvre a déjà commencé, il prévoit d’adapter son expérience des instruments de protection sociale au Brésil au contexte haïtien dans l’espoir d’apporter aux victimes du séisme l’aide dont ils ont tant besoin.

M. Abrantes note que le programme brésilien de Transferts conditionnels en espèces (TCE) Bolsa Familia, qui a aidé plus de 12 millions de familles à lutter contre la pauvreté, constitue un modèle intéressant de coopération sud-sud qu’il compte appliquer en Haïti. Les programmes TCE offrent aux familles un revenu de base en échange de leur promesse de scolariser leurs enfants et de les emmener régulièrement chez le médecin pour des visites de routine. Il ajoute que des programmes similaires consacrés aux enfants en bas âge, comme les initiatives de Développement du jeune enfant, ont été lancés en Haïti dans le cadre de l’intervention rapide de la Banque après le séisme.

« Nous avons les compétences permettant de rétablir les filets de protection sociale et je suis persuadé que nous pourrons aider nos partenaires haïtiens à le faire, » déclare M. Abrantes, ajoutant que parmi les autres programmes envisagés figure une initiative visant à créer des emplois et à garantir un revenu malgré un contexte difficile.

Un autre projet reposant sur l’expérience du Brésil vise à renforcer la responsabilité financière du gouvernement haïtien grâce à des systèmes transparents de passation des marchés et de gestion financière, des initiatives qui avaient déjà été adoptées mais qui ont été interrompues par le séisme.

Afin de préparer le terrain, la Banque a déjà contribué à la reconstruction de l’appareil d’État, à commencer par sa capacité à recevoir et à effectuer des paiements, qui a été ébranlée par la catastrophe. Selon le rapport conjoint d’Évaluation des besoins post-désastre sur les dommages liés au tremblement de terre en Haïti, la majorité des édifices ministériels et gouvernementaux ont été détruits et 30 % des cadres de l’administration publique ont trouvé la mort. La valeur des biens physiques détruits (logements, écoles, hôpitaux, bâtiments, routes, ponts, ports et aéroports) a été estimée à 4,302 milliards de dollars, soit 55 % du coût total de la catastrophe.

La bonne réputation de la Banque est un atout

Alexandre Abrantes, ancien médecin devenu administrateur, au tempérament posé et s’exprimant avec assurance, est convaincu que ces objectifs ambitieux pourront être atteints grâce à la confiance qu’inspire la Banque sur le plan moral.

« La Banque est considérée comme un symbole de garantie, c’est une entité qui a un pouvoir d'influence à plusieurs niveaux, » précise-t-il.

L’un de ces niveaux d’influence, et non des moindres, prend la forme du siège occupé par la Banque au comité directeur du fonds fiduciaire où elle est chargée de s'assurer que les projets sont conformes à la stratégie de reconstruction globale du gouvernement. La Banque supervise également les décisions financières en tant qu’agent financier du fonds fiduciaire multi-donateurs.

Le rôle élargi de la Banque dans la reconstruction du pays présente d’une part une opportunité unique de poser les bases d’une nouvelle Haïti, plus résistante aux risques et socialement inclusive, mais s’accompagne d’autre part de nombreux défis selon M. Abrantes.

L’un des principaux défis sera la coordination entre un grand nombre de donateurs aux objectifs différents.

« Il s’agit d’une organisation plutôt complexe qui comprend l’état souverain de Haïti dont les capacités opérationnelles ont été limitées par la récente catastrophe. Il faut donc faire preuve de diplomatie, » reconnaît M. Abrantes.

Mais Alexandre Abrantes ne manque ni de compétences diplomatiques ni de passion pour son travail, des atouts indispensables pour mener à bien la mission qui lui a été confiée.

« Aujourd’hui, ma mission est de me consacrer corps et âme à Haïti, » conclut-il.