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Tunisie : rapport de suivi de la situation économique (avril 2016)


Selon le dernier Rapport de suivi de la situation économique (avril 2016), la croissance du PIB devrait se redresser légèrement à 1,8 %.

Les tensions sociales qui ont marqué la première moitié de 2015, ainsi que les effets combinés de trois attentats terroristes dramatiques, ont été les principaux moteurs de la performance économique de la Tunisie en 2015. La croissance du PIB n’a atteint que 0,8 % grâce à de bons résultats dans la production agricole (+9,2 %), en particulier la production d’olives, tandis que la plupart des autres secteurs de l’économie ont reculé ou stagné. Les grèves conjuguées aux troubles sociaux dans les régions minières (phosphate) et le déclin durable de la production pétrolière et gazière ont entraîné un net repli dans les industries chimiques (-5,3 %) et le raffinage du pétrole (-18,2 %) et un recul global des industries non manufacturières (-4,1 %). Après une accélération notable au cours de la première moitié de 2015, l’inflation mesurée par l’IPC a ralenti progressivement pour s’établir à 4,1 % (d’une année sur l’autre) vers fin 2015, atteignant un taux moyen annuel de 4,9 %, le même que l’année précédente. Le taux de chômage reste élevé à 15,4 %, en particulier pour les femmes (22,6 %), les diplômés universitaires (31,2 %) et les jeunes (31,8 %).

Pour la première fois depuis 2011, le déficit budgétaire a été maîtrisé en dessous de 5 % du PIB en 2015, à la faveur d’une forte baisse des prix internationaux du pétrole et, de fait, d’une diminution des subventions à l’énergie. Les recettes totales se sont contractées à 23 % du PIB, contre 23,9 % en 2014, mais à un rythme plus lent que les dépenses, reflétant la mollesse de l’activité économique. Les dépenses publiques sont restées dominées par les dépenses de fonctionnement, dont une masse salariale qui a augmenté de 13,4 % du PIB (contre 12,8 % en 2014) pour atteindre près de 50 % des dépenses totales. Les dépenses d’investissement ont continué d’être comprimées, indiquant une exécution lente des investissements. La dette publique a atteint 52 % du PIB en 2015 (contre 40 % en 2010).

Le déficit du compte courant est resté élevé, à 8,7 % du PIB en 2015. Le déficit commercial a été ramené à 11,3 % du PIB en 2015, contre un niveau record de 13,7 % du PIB en 2014, ce qui correspond à la décélération de la demande intérieure privée et à la baisse des prix internationaux de l’énergie. Malgré des exportations exceptionnelles d’huile d’olive, les exportations totales ont diminué en raison d’une faible production dans les secteurs des mines et de l’énergie, et des faibles résultats dans le secteur manufacturier. Les importations se sont contractées sous l’effet de la forte baisse des prix internationaux du pétrole et de la faible demande des équipements et machines importés. Les arrivées de touristes et les recettes touristiques ont chuté de 30,8 et 35,1 %, respectivement, ce qui traduit un environnement sécuritaire peu favorable. Les envois de fonds depuis l’étranger ont également diminué. Les apports d’IDE ont augmenté de 9 % en 2015, et les réserves de change brutes de 200 millions de dollars pour s’établir à 7,5 milliards de dollars à la fin de 2015, représentant 4 mois d’importations.

Les perspectives économiques immédiates dépendent de l’impact persistant des atteintes à la sécurité et des tensions sociales qui ont marqué une grande partie de 2015 et le début de 2016. Dans un scénario favorable, la croissance économique devrait repartir à moyen terme. La croissance du PIB devrait se redresser légèrement à 1,8 % en 2016, avec la reprise de la production de phosphate. Le double déficit devrait être de -8 % du PIB (compte courant) et -4.4 % du PIB (équilibre budgétaire). Dans un scénario qui combinerait la poursuite des réformes structurelles, le renforcement de la sécurité et l’amélioration de la situation régionale (notamment un début de normalisation en Libye), une plus grande stabilité sociale, et une augmentation modérée de la demande extérieure, la croissance économique devrait s’accélérer à 2,5 % en 2017 et à 3 % en 2018. Les pressions budgétaires devraient continuer à croître, avec une augmentation des dépenses courantes exacerbée par la hausse annoncée des salaires à compter de 2016 et de nouveaux recrutements dans les forces de sécurité et de défense. Le compte courant est susceptible de bénéficier de la reprise progressive des envois de fonds et de l’échange de services, et il fléchirait progressivement pour tendre vers 7,8-7,5 % du PIB en 2017-2018. Le service de la dette devrait atteindre 4 % du PIB par an sur la période 2016-2018.


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