publication 23 novembre 2017

Note de conjoncture économique : Madagascar résiste aux chocs

Dernier numéro: 
  • Novembre 2017
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Photo : CARE International Madagascar


LES POINTS MARQUANTS

  • L’économie malgache devrait progresser au rythme de 4,1 % en 2017, confirmant la tendance positive observée l’an dernier.
  • Cette croissance est essentiellement tirée par la vigueur des exportations de produits textiles et par l’expansion des travaux publics, liée en partie aux besoins de reconstruction.
  • La consolidation de cette tendance repose sur la poursuite des efforts visant à améliorer les performances des entreprises publiques, à renforcer l’environnement des affaires et à juguler la corruption.

MADAGASCAR, 23 novembre 2017‒La septième édition de la note de conjoncture économique de Madagascar, intitulée en anglais Coping with shocks, souligne la vulnérabilité de l’île de l’océan Indien aux chocs climatiques, et en particulier aux épisodes de sécheresse et aux épisodes cycloniques, tout en mettant en lumière sa capacité de réaction rapide face aux catastrophes naturelles.

La croissance économique devrait en effet progresser au rythme de 4,1 % en 2017, malgré la survenue d’une grave sécheresse, qui aurait touché 1,14 million d’habitants, puis du cyclone le plus puissant depuis 13 ans. Selon les estimations de la Banque mondiale, les pertes provoquées par le cyclone Enawo se chiffreraient à 400 millions de dollars, soit près de 4 % du produit intérieur brut (PIB) ; un tiers de ces pertes concerne le secteur public, et les deux autres tiers les ménages et le secteur privé.

Le PIB par habitant devrait néanmoins progresser au rythme de 1,3 % en 2017, et poursuivre sur cette voie à moyen terme, ce qui indique que la croissance économique est en phase avec la croissance démographique. On estime que Madagascar comptait au total 24,8 millions d’habitants en 2016.

La sécheresse a lourdement pesé sur l’activité agricole, faisant chuter de quelque 20 % la production de riz, aliment de base de la population malgache. La croissance de l’agriculture devrait ainsi fléchir de 0,3 % par rapport à 2016. Cependant, les effets de ce ralentissement sur la contribution du secteur agricole à la croissance économique générale n’ont pas été aussi prononcés que durant les années précédentes, en grande partie grâce à la flambée des cours de la vanille.

La production hydroélectrique a, elle aussi, été pénalisée par la sécheresse. L’État a dû porter sa subvention à la JIRAMA, la compagnie publique d’eau et d’électricité, de 74 à 133 millions de dollars afin de couvrir la hausse des achats de fioul lourd pour le fonctionnement des centrales. Parmi les autres dépenses qui ont grevé le budget de l’État, figure un versement exceptionnel de 89 millions de dollars à Air Madagascar, afin de permettre le remboursement d’emprunts dans le cadre d’une restructuration visant à améliorer les résultats opérationnels de la compagnie aérienne nationale.

La croissance économique actuelle de Madagascar reste toutefois supérieure à sa moyenne sur dix ans (jusqu’en 2016), période marquée par une crise politique (2009-13) et une hausse annuelle du PIB réel limitée à 2,7 %. Aujourd’hui, le principal moteur de cette croissance est le secteur tertiaire, avec le soutien des travaux publics et des activités connexes telles que le commerce, les services et le transport.

L’expansion des travaux publics, en particulier, s’explique notamment par les reconstructions d’urgence nécessaires après le passage dévastateur d’Ewano, cyclone de catégorie 4 qui a frappé la Grande Île au mois de mars dernier. Le secteur secondaire devrait également poursuivre son essor, avec des exportations textiles qui devraient rester vigoureuses après la réintégration de Madagascar dans l’AGOA (African Growth and Opportunities Act), l’accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Afrique.

L’inflation s’accentue, mais est encore maîtrisée : de 7 % à la fin de 2016, le taux d’inflation a culminé à 8,6 % en mai 2017, essentiellement sous l’effet du renchérissement des denrées alimentaires et des logements, puis s’est tassé à 8,2 % en août. La banque centrale continue d’endiguer les pressions inflationnistes en resserrant la liquidité et en relevant son taux directeur.

Globalement, malgré ces difficultés, les prévisions tablent sur une croissance économique positive à moyen terme, qui pourrait atteindre 5,1 % du PIB en 2018, avant de s’établir, en moyenne, à 5,3 % sur 2019-2022. L’intensification des activités de travaux publics devrait largement y contribuer.

« Mais ces prévisions dépendent de la détermination à préserver la stabilité politique et à poursuivre les réformes importantes », explique Coralie Gevers, responsable des opérations de la Banque mondiale pour Madagascar. « Il faudrait en particulier s’attacher à améliorer les performances des entreprises d’État afin de moins solliciter les ressources publiques, ainsi qu’à renforcer l’environnement des affaires et à enrayer la corruption. »

Le dossier spécial de la note de conjoncture économique, consacré à l’environnement institutionnel, fait état de l’amélioration de la situation, constatée dans la dernière Évaluation des politiques et des institutions nationales (plus connue sous son acronyme anglais « CPIA ») de la Banque mondiale.

Selon les indicateurs de la Banque mondiale, la qualité des institutions malgaches ne cesse de progresser, surtout en matière de protection sociale et de gestion budgétaire, depuis le retour à l’ordre constitutionnel en 2014. La notation CPIA du pays est passée de 3,0 en 2013, lorsque les performances du pays étaient au plus bas, à 3,2 en 2016.


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