| Population | 10,123,787 | 2011 |
| PIB | $7,346,156,702 | 2011 |
| Croissance du PIB | 5.5% | 2011 |
| Inflation | 8.4% | 2011 |
| Plus de données » | ||
Le tremblement de terre d'une magnitude de 7.0 qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010 a exacerbé les défis actuels et a tué plus de 230 000 personnes. Les dommages et pertes sont estimés à environ 8 milliards de dollars, ou 120% du PIB. En savoir plus »
Un monde sans pauvreté est à notre portéeJe vous remercie. C'est toujours un plaisir de visiter une grande institution universitaire engagée dans la préparation des dirigeants de demain.Je suis ici po... Afficher plus + ur vous parler de l'avenir, de la possibilité de créer un monde débarrassé des fléaux de la pauvreté et de la marginalisation économique.Mon message est le suivant : un tel monde est à notre portée. Mais pour réussir nous devons prendre certaines décisions difficiles et changer notre façon de travailler ensemble.Pour comprendre l’opportunité historique qui nous est offerte, et ce que nous devons faire pour transformer l’histoire, je voudrais commencer par quelques observations sur l'état du développement dans le monde aujourd'hui et les perspectives à moyen terme.Panorama du développement dans le monde Je constate tout d'abord que la crise qui a paralysé l'économie mondiale au cours des quatre dernières années et demie ne manifeste pas encore de signes évidents d’accalmie. De si nombreuses « pousses vertes » ont fleuri et dépéri ces deux dernières années que nous devons rester prudents en évaluant l’avenir. Comme le démontrent les événements survenus récemment à Chypre, il est trop tôt pour crier victoire. En même temps, il y a de plus en plus de raisons de penser que nous sommes sur la bonne voie, même s’il est évident que certaines difficultés nous attendent.Les conditions du marché en Europe se sont améliorées depuis les turbulences du printemps et de l'été derniers. Grâce à la détermination des dirigeants européens à contenir l'instabilité financière, de nombreux indicateurs de risques sont retombés aux niveaux observés pour la dernière fois au début de 2010, c'est-à-dire avant l'apparition des craintes au sujet de la viabilité budgétaire de la zone euro. Même si les décideurs européens doivent être salués pour ces améliorations, il importe de reconnaître que l’injection de liquidité fait seulement gagner du temps ; elle ne règle pas le problème. Il reste à prendre de nombreuses autres décisions difficiles concernant les politiques budgétaires et bancaires.Dans l'économie réelle, on observe quelques faibles signes d'une reprise en cours. Dans les pays à revenu élevé, les contrecoups du rééquilibrage budgétaire continuent de peser sur la croissance, mais nous avons peut-être franchi un cap. Ici aux États-Unis, les marchés du logement et du travail s'améliorent (plus d'un million de nouveaux emplois ont été créés dans l'économie américaine au cours des six derniers mois), mais force est de constater qu’une incertitude persiste quant à l'impasse sur la politique budgétaire. En Europe, on prévoit que le PIB va se contracter de 0,2 % cette année, et certaines des difficultés devraient encore persister jusqu’à la fin de 2013 et au début de 2014.Quand nous regardons la situation économique des pays en développement, les perspectives sont plus prometteuses. Ils devraient afficher cette année une croissance de 5,5 % ; selon nos prévisions, cette croissance devrait s'accélérer pour atteindre 5,7 % et 5,8 % en 2014 et 2015, respectivement. Des entreprises dynamiques et compétitives se créent et prospèrent dans l’ensemble du monde en développement, qu'il s'agisse de petites entreprises émergentes ou de multinationales.J'ai visité récemment Chengdu en Chine, où j'ai rencontré une femme d’affaires nommée Zhang Yan. Il y a quelques années, elle nourrissait le grand rêve de créer une entreprise, mais n'avait pas accès au financement. Elle a pu obtenir un prêt de 10 000 dollars dans le cadre d'un programme de financement établi par une banque locale à l'intention des femmes d'affaires et appuyé par la Société financière internationale, le guichet des prêts au secteur privé du Groupe de la Banque mondiale. Mme Zhang s'est servie de son prêt pour ouvrir un garage automobile ; aujourd'hui, elle dirige une entreprise dynamique qui emploie plus de 150 personnes. Je viens juste de recevoir un email d’elle ce week-end. Elle envisage d’ouvrir un troisième garage et continuera de promouvoir la responsabilité sociale en recrutant et en formant des femmes qui n’ont pas eu accès auparavant à des bons emplois. Son histoire est semblable à celle de millions de personnes ambitieuses dans le monde entier : quand on leur donne l'occasion de réussir en affaires, elles la saisissent. Ensuite, elles créent des emplois et des opportunités pour leurs voisins.Cette croissance du secteur privé a des retombées spectaculaires sur le développement, surtout quand elle est combinée à des actions plus efficaces en faveur des pauvres menées par les pouvoirs publics, les bailleurs de fonds internationaux et la société civile. Aujourd'hui, l’extrême pauvreté est en recul. En 1990, 43 % des habitants des pays en développement vivaient avec moins de 1,25 dollar par jour. En 2010, soit 10 ans plus tard, nous estimons que le taux de pauvreté à l'échelle mondiale a chuté à 21 %. Le premier objectif du Millénaire pour le développement, qui consiste à réduire de moitié l’extrême pauvreté, a été atteint cinq ans avant à l’avance.Et les progrès accomplis dans le secteur social sont sans doute encore plus remarquables. Durant la dernière décennie, 8 millions de personnes atteintes du sida ont été soignées aux antirétroviraux. Le nombre annuel de décès attribuables au paludisme a chuté de 75 %. Le nombre total d'enfants non scolarisés a diminué de plus de 40 %.À l’avenir, nous sommes convaincus que les conditions sont réunies pour que perdure la solide performance dans les pays en développement. Mais nous ne saurions tenir pour acquis les taux de croissance élevés. Pour maintenir des taux de croissance de 6 %, voire 7 ou 8 % comme bien des économies durant la période d'expansion qui a précédé la crise, il faudra persévérer dans les réformes. Par exemple, les pays doivent continuer à améliorer la qualité de l'éducation, de la gouvernance et du climat des affaires, à moderniser leurs infrastructures, à garantir la sécurité énergétique et alimentaire, et à renforcer l'intermédiation financière.Par ailleurs, de nouveaux risques apparaissent. En particulier, à moins de prendre immédiatement des mesures audacieuses, il y a tout lieu de craindre qu'un réchauffement désastreux de la planète anéantisse la majeure partie des progrès que nous avons enregistrés.Le changement climatique n'est pas simplement un problème écologique. C'est une menace fondamentale au développement économique et à la lutte contre la pauvreté.D'après un récent rapport du Groupe de la Banque mondiale, si nous ne prenons pas des mesures dès maintenant pour réduire les émissions dangereuses, la température moyenne de la planète augmentera de 4 degrés Celsius (soit plus de 7 degrés Fahrenheit) d'ici à la fin de ce siècle.Si la planète se réchauffe de 4 degrés, le relèvement du niveau de la mer atteindra 1,50 mètre, mettant en danger plus de 360 millions de citadins. Les zones touchées par la sécheresse passeront de 15 % des terres cultivables à l'échelle mondiale aujourd'hui à près de 44 %, l'Afrique subsaharienne étant la plus durement touchée. Des phénomènes météorologiques extrêmes surviendront à une fréquence dévastatrice, entraînant des coûts exceptionnels en vies humaines et en argent. Et ce sont les populations pauvres, c'est-à-dire celles qui sont le moins responsables du changement climatique et le moins capables de financer l'adaptation, qui en souffriront le plus.Un deuxième défi crucial à moyen terme est celui des inégalités. Bien souvent, la simple mention de l’inégalité provoque un silence embarrassé. Nous devons rompre le tabou du silence sur ce problème difficile mais éminemment important. Même si l'expansion économique rapide des pays en développement se poursuit, cela ne signifie pas que tout le monde en bénéficiera automatiquement. Assurer une croissance inclusive est à la fois un impératif moral et une condition essentielle pour un développement économique soutenu.Malgré les avancées spectaculaires de la dernière décennie, nous savons que 1,3 milliard environ de personnes vivent encore dans une extrême pauvreté, 870 millions de personnes ont faim chaque jour, et 6,9 millions d'enfants de moins de cinq ans meurent chaque année.Quelles conclusions pouvons-nous tirer de cet aperçu général du développement dans le monde ? Pour ma part, j'en tire deux enseignements essentiels en ce qui concerne le travail du Groupe de la Banque mondiale.Accélérer la fin de l’extrême pauvretéLe premier enseignement est le suivant : il est temps de s'engager à éliminer l’extrême pauvreté. Nous sommes à un tournant de l'histoire, où les succès des décennies antérieures et les perspectives économiques de plus en plus favorables se conjuguent pour offrir aux pays en développement une occasion, la toute première, de mettre fin à l’extrême pauvreté en une génération. Il nous incombe désormais de répondre à ces circonstances favorables par des objectifs clairement définis et une action résolue afin de tirer parti de cette opportunité historique.Nous savons qu'il ne sera pas facile d'éliminer la pauvreté. Au cours des prochaines années, à mesure que nous avancerons vers cet objectif, la tâche sera de plus en plus ardue, car les personnes encore pauvres seront les plus difficiles à atteindre.Certaines vivent dans les régions densément peuplées des pays émergents comme l'État indien de l’Uttar Pradesh, que j'ai visité le mois dernier et qui représente 8 % des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans le monde. Les populations de cet État ont tant de besoins, notamment d'infrastructures améliorées, de systèmes éducatifs plus solides préparant les élèves à l’entrée dans la population active, et d'une meilleure intégration des femmes et des autres groupes vulnérables au marché du travail.D'autres personnes prises au piège de la pauvreté vivent dans des pays confrontés à des cycles de fragilité. Une forte proportion croissante de pauvres vit dans des États fragiles ou en situation de conflit, où les besoins de développement et les obstacles à celui-ci sont généralement les plus importants. Les États fragiles doivent être au premier plan et au cœur de tout programme visant à mettre fin à l’extrême pauvreté.Le développement est difficile dans les États fragiles, mais avec des solutions innovantes, le progrès réel est possible. Je l'ai constaté en Afghanistan il y a trois semaines. Par exemple, nous sommes en train d'aider à former des volontaires afghans à l'utilisation de téléphones intelligents adaptés au GPS avec appareil intégré pour surveiller des projets d'irrigation dans leurs communautés, ce qui renforce leur sentiment d’appropriation. Leurs photos sont désormais transmises chaque jour à nos bureaux de Kaboul. Les appareils ont aussi une fonction que James Bond apprécierait : un bouton permettant d'effacer toutes les données, notamment les photos et les rapports, au cas où les travailleurs sont interrogés à un poste de contrôle. En Afghanistan, malgré la persistance des problèmes de sécurité et un environnement miné par la corruption, de nombreuses entreprises envisagent aujourd'hui la possibilité d'investir dans les mines, l'énergie et les transports. L'aéroport international regorge d'avions commerciaux -- ce qui représente un changement marquant par rapport à la situation qui prévalait il y a une décennie. De surcroît, 27 % des députés sont des femmes, une évolution encore plus remarquable par rapport au passé.L'expérience de la communauté des bailleurs de fonds en Afghanistan illustre les risques élevés de l'activité dans les États fragiles. Mais nous voyons de plus en plus comment la coordination des efforts de la communauté internationale et des administrations locales peut produire des résultats porteurs de transformation. Nous sommes en train d'accumuler des enseignements sur la façon d'assurer la sécurité, la stabilité politique et le développement économique. Le mois prochain, M. Ban Ki-moon, Secrétaire général de l'ONU, et moi-même visiterons ensemble la région des Grands Lacs en Afrique de l'Est dans le cadre d'une coopération visant à mettre en pratique ces enseignements de façon plus généralisée. Je voudrais être clair là-dessus, j’ai travaillé dans les États fragiles et en situation de conflit pendant la majeure partie de ma vie d’adulte et la poursuite du renforcement de l’action du Groupe de la Banque mondiale dans ces pays constituera l’une de mes plus grandes priorités.Promouvoir une prospérité partagéeEn plus d'accélérer l'élimination de l’extrême pauvreté, je pense que le deuxième enseignement pour notre époque est que la lutte contre l’extrême pauvreté ne suffit pas. Nous devons travailler collectivement pour aider toutes les personnes vulnérables partout à s'élever bien au-dessus du seuil de la pauvreté. Au Groupe de la Banque mondiale, cette priorité accordée à l’équité est au cœur de notre mission qui est de promouvoir une prospérité partagée.Au cours des neuf derniers mois, j'ai entendu dire à maintes reprises que les dirigeants clairvoyants du monde entier sont préoccupés par l'inégalité et l'exclusion.Ils veulent créer des possibilités économiques pour leurs citoyens vulnérables, et apporter la croissance aux pauvres et aux personnes relativement défavorisées, que ceux-ci vivent avec un dollar, deux dollars ou dix dollars par jour. Ils veulent aider les personnes qui viennent seulement d'échapper à l’extrême pauvreté à obtenir les ressources dont elles ont besoin pour accéder à la classe moyenne. Et ils veulent assurer la pérennité des résultats obtenus au cours des dernières décennies, sur les plans social, budgétaire et environnemental.En Tunisie en janvier dernier, j'ai rencontré des dirigeants de la société civile qui étaient à l'avant-garde du mouvement qui a lancé le Printemps arabe. Leur message était clair : si la prospérité n'est pas largement partagée, si elle ne repose pas sur un processus de développement mettant à contribution tous les membres de la société, et plus particulièrement les femmes et les jeunes, les tensions pourraient monter jusqu'au point de rupture.De même, je crois fermement que la prospérité doit être partagée, non seulement entre les particuliers, les collectivités et les nations, mais aussi entre les générations. Si nous ne prenons pas immédiatement des mesures pour freiner le changement climatique, nous léguerons à nos enfants et petits-enfants une planète méconnaissable.Le Groupe de la Banque mondiale travaille actuellement sur une stratégie renforcée visant à consolider ses interventions en matière de lutte contre le changement climatique et à catalyser une action urgente des partenaires mondiaux à l'échelle nécessaire. Nous explorerons un certain nombre d'idées audacieuses telles que de nouveaux mécanismes de soutien et de connexion des marchés du carbone ; des projets politiquement réalisables d'élimination des subventions aux combustibles fossiles ; des investissements accrus dans une agriculture intelligente sur le plan climatique ; et des partenariats innovants pour bâtir des villes propres. Nous examinons notre travail dans chaque secteur pour nous assurer que tous nos projets reflètent l'urgence de combattre le changement climatique. Nous pouvons encore éviter que la température mondiale augmente de 4 degrés si nous élaborons des plans et menons une action concertée qui soit à la mesure du défi auquel nous sommes confrontés. Il me semble que les efforts que nous avons déployés jusqu’à présent pour lutter contre le changement climatique ont été trop circonscrits, à petite échelle et non coordonnées. Nous pouvons mieux faire.Deux objectifs pour orienter l’action du Groupe de la Banque mondialeMaintenant, je vais vous dire de façon plus précise comment le Groupe de la Banque mondiale se mobilise pour éliminer l’extrême pauvreté et stimuler une prospérité partagée.Nous allons adopter deux objectifs pour orienter notre stratégie. Ce ne sont pas des objectifs que le Groupe de la Banque mondiale réalisera lui-même. Ce sont des objectifs qu’atteindront nos partenaires, c'est-à-dire nos 188 pays membres, avec le concours de l’ensemble de la communauté internationale du développement.Le premier objectif est de mettre fin à l’extrême pauvreté à l'horizon 2030. Cet objectif étant désormais à notre portée, nous voulons fixer un calendrier volontariste pour concentrer nos efforts et en maintenir un sentiment d’urgence.L'horizon 2030 est particulièrement ambitieux. Si vous en doutez, imaginez que le premier objectif du Millénaire pour le développement était de réduire de moitié la pauvreté absolue sur une période de 25 ans. Pour atteindre l'objectif de 2030, nous devons réduire la pauvreté mondiale de moitié une fois, la réduire de moitié une deuxième fois, et la réduire pratiquement de moitié une troisième fois, le tout en moins d'une génération. Si les pays peuvent le faire, la pauvreté absolue sera ramenée en deçà de 3 %. Nos économistes ont fixé ce seuil parce qu’en deçà de 3 %, la nature du défi de la pauvreté changera fondamentalement dans la plupart des régions du monde. La priorité passera des mesures structurelles de grande envergure à des actions sporadiques de lutte contre la pauvreté visant des groupes vulnérables bien précis.D'après notre équipe, trois facteurs seront nécessaires pour obtenir ce résultat extraordinaire.Premièrement, pour atteindre notre objectif, il faudra accélérer les taux de croissance observés au cours des 15 dernières années et, en particulier, assurer une croissance forte et soutenue en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne. Deuxièmement, il faudra déployer des efforts pour promouvoir l’inclusion et réduire les inégalités et pour s'assurer que la croissance entraîne la réduction de la pauvreté, surtout par la création d'emplois. Et troisièmement, il faudra éviter ou atténuer les chocs éventuels tels que les catastrophes climatiques ou de nouvelles crises alimentaires, énergétiques ou financières.La réalisation de ces objectifs nécessitera un surcroît de ressources. Cette année, le Groupe de la Banque mondiale négocie avec ses partenaires la reconstitution des ressources de l'Association internationale de développement (IDA), notre guichet de financement pour les 81 pays les plus pauvres. Avec l'assistance de l'IDA, des centaines de millions de personnes ont échappé à l’extrême pauvreté. L'une de mes plus grandes priorités consiste à réaliser une solide reconstitution des ressources de l'IDA.Il faudra déployer des efforts extraordinaires pour atteindre cet objectif de 2030. Quelqu'un, quelque part, pourrait-il douter que le jeu en vaille la chandelle ? Quiconque a vécu avec moins de 1,25 dollar par jour refuserait-il de se joindre à moi aujourd'hui pour vous dire qu'il est temps d'éliminer l’extrême pauvreté ? Quiconque a vu les bidonvilles de Johannesburg, d'Addis-Abeba, de Dacca ou de Lima refuserait-il de s'engager à promouvoir une vie meilleure pour tous ceux qui y vivent ? Y a-t-il quelqu'un ici aujourd'hui qui ne voudrait pas effacer cette tâche qui ternit notre conscience collective ?Mais nous savons qu'il ne suffit pas de mettre fin à l’extrême pauvreté. Nous devons en plus nous employons à accroître les revenus des 40 % les plus pauvres des habitants de chaque pays.La priorité accordée aux 40 % les plus pauvres intègre les deux éléments d'une prospérité partagée : l'impératif de la croissance économique, combiné à un profond souci d'équité. Elle nécessite que l’on se soucie non seulement de l'essor des économies en développement, mais directement du mieux-être des couches les plus pauvres de la société. C'est un objectif important pour tous les pays.Bien que nos efforts soient particulièrement axés sur les pays ayant le moins de ressources, notre travail ne se limite pas aux pays pauvres. Nous intervenons dans tout pays où il y a des pauvres.La tâche n’est pas facile, mais elle peut être accomplie. J'étais récemment au Brésil, où j'ai vu comment des politiques publiques bien conçues peuvent réduire de façon spectaculaire les disparités de revenus. Le Brésil a accru l'accès à l'éducation et mis en place un programme de transferts conditionnels en espèces qui relève les revenus des ménages très pauvres. D'autres pays peuvent adopter et adapter de telles stratégies efficaces pour combattre l'inégalité dans leur propre contexte. Le succès peut se généraliser.Le Groupe de la Banque mondiale sera là pour aider les pays à mettre fin à la pauvreté et pour stimuler la prospérité partagée, d'au moins quatre façons.D'abord, ces objectifs nous permettront d'établir un ordre de priorité dans la sélection des projets où notre action peut avoir le plus d'impact. Ils enrichiront considérablement nos Stratégies de partenariat avec les pays, documents de politique détaillés définissant nos objectifs pour chacun de nos pays partenaires.Par exemple, la semaine prochaine nous soumettrons à notre Conseil des administrateurs notre nouvelle stratégie de partenariat avec l'Inde, la première du genre conçue dans l'optique de ces deux objectifs. La contribution de l'Inde dans l'élimination de la pauvreté dans le monde pourrait être phénoménale. Au cours des cinq dernières années, près de 50 millions de personnes ont été affranchies de la pauvreté en Inde. Mais, pour la génération suivante, nous estimons qu'avec des efforts concertés, 300 millions de plus parmi les personnes vivant en Inde pourraient échapper à l’extrême pauvreté.Deuxièmement, nous allons suivre de près et observer les progrès accomplis vers ces objectifs d'élimination de la pauvreté et de promotion de la prospérité partagée, et rendre compte chaque année des résultats obtenus et des écarts à combler.Troisièmement, nous utiliserons notre pouvoir de mobilisation et de sensibilisation pour rappeler continuellement aux décideurs et à la communauté internationale les dispositions à prendre pour atteindre ces objectifs.Récemment, plusieurs personnalités politiques courageuses se sont engagées à mettre fin à la pauvreté dans leur pays, notamment Dilma Rousseff du Brésil et Joyce Banda du Malawi. De même, le Président Barack Obama des États-Unis et le Premier ministre David Cameron du Royaume-Uni ont adopté l'objectif d'éliminer l’extrême pauvreté à l'échelle mondiale. Ces engagements audacieux requièrent de l'action. Le Groupe de la Banque mondiale sera un défenseur infatigable et un partenaire loyal en encourageant les décideurs à tenir leurs promesses envers les pauvres.Et quatrièmement, nous nous emploierons à échanger avec nos partenaires des connaissances sur les solutions permettant d'éliminer la pauvreté et de promouvoir une prospérité partagée.Pour atteindre leurs objectifs de développement, les pays auront besoin de politiques avisées et de financements suffisants. Mais ils devront aussi améliorer l’exécution, c'est-à-dire la manière d'appliquer les politiques sur le terrain afin d'obtenir des résultats.Les pays sollicitent de plus en plus le Groupe de la Banque mondiale pour les aider à résoudre les difficultés au niveau de l’exécution. Ils nous disent que le nombre d'enfants inscrits dans leurs écoles atteint des niveaux records, mais les tests montrent qu'un trop grand nombre d'entre eux ne savent ni lire ni écrire en cinquième année d’études. Ils nous parlent des projets de nouvelles stations d'épuration, de nouvelles routes ou de nouveaux ponts ont été approuvés, mais ne sont toujours pas réalisés après plusieurs années. Ce sont des défaillances en matière de prestation et, pour de nombreux pays, ce sont les plus grands obstacles au développement.C'est pour cela que nous travaillons avec les pays et les partenaires pour établir ce que nous appelons une science de la prestation pour le développement. En parvenant à maturité, ce nouveau domaine fournira aux praticiens du développement des connaissances, des outils et des réseaux d'appui. Il les mettra en rapport avec leurs pairs du monde entier, qui pourront les aider à résoudre des problèmes en temps réel. Un exemple récent est celui des ingénieurs modernisant le réseau électrique en République de Géorgie qui ont reçu des conseils de leurs homologues du Chili qui ont relevé des défis similaires.En favorisant systématiquement ces connexions, la science de la prestation rehaussera l'impact des experts en résolution de problèmes à l'intérieur et à l'extérieur du Groupe de la Banque mondiale. Ce sont les intervenants de première ligne qui cherchent les moyens de fournir de l'énergie solaire à un demi-million de Mongols nomades, qui aident des villageois du Costa Rica à reconstruire après un tremblement de terre, ou qui conçoivent un montage financier susceptible de relancer un chemin de fer en difficulté en Afrique de l'Est.En assurant la promotion du nouveau domaine qu'est la science de la prestation, nous aiderons nos partenaires à apprendre les uns des autres et à maximiser l'impact de chaque dollar dépensé pour enrayer la pauvreté et promouvoir la prospérité.Conclusion : Quel type de monde léguerons-nous à nos enfants ?Pour terminer, permettez-moi de relever que ce vendredi marque les 1 000 jours qui nous séparent de la fin de 2015, date butoir pour la réalisation de tous les huit objectifs du Millénaire pour le développement. Les progrès accomplis à cet égard sont impressionnants, mais ils restent inégaux selon les populations et les pays. Nous devons profiter de ces 1 000 derniers jours pour mener une action urgente en vue d’améliorer les vies des enfants et de leurs familles.En nous préparant, nous devons également nous concentrer sur les étapes suivantes et sur la manière de maintenir sans relâche cette concentration dans les années à venir. De concert avec ses partenaires, le Groupe de la Banque mondiale est en train de préparer un programme ambitieux pour l'après-2015. En fait, je serai à Madrid ce week-end pour rencontrer les dirigeants de toutes les institutions des Nations Unies sous la direction du Secrétaire général Ban Ki-moon. Nous allons plus précisément nous employer à déterminer la façon dont nous pouvons œuvrer de concert en tant que système multilatéral pour accélérer les progrès au cours des 1 000 derniers jours.Mais nous savons tous que les défis qui nous attendent sont considérables et que le progrès n’est jamais inévitable. Cela me revient lorsque je repense à un moment lors du mouvement des droits civiques des Noirs américains il y a exactement 50 ans ce mois.En avril 1963, Martin Luther King était arrêté à Birmingham, en Alabama, pour avoir dirigé une vague de protestations visant à forcer les autorités locales à accélérer les réformes pour mettre fin à la ségrégation. De nombreux dirigeants religieux blancs modérés, des personnes qui se considéraient comme des alliées de la lutte en faveur des droits civiques, désapprouvaient ce qu’ils qualifiaient de tactiques « extrémistes » de M. King. Le jour de son arrestation, un groupe d’ecclésiastiques modérés publia dans le Birmingham News une lettre dans laquelle ils soutenaient que toutes les personnes sensées savaient que les Noirs américains finiraient par acquérir leurs droits, mais que M. King avait agi de manière « malavisée et inopportune » en voulant forcer le changement avant que le moment ne soit venu.Dans sa « Lettre de la prison de Birmingham », M. King répondait que l’attitude des blancs modérés traduisait une « tragique idée fausse » que le temps apportera inévitablement le progrès. M. King écrit, et je cite : « Le progrès humain n’est ni automatique ni inévitable ; il procède des efforts inlassables des hommes [et des femmes]. » Fin de citation.L’injustice ne disparaîtra pas de manière « inévitable ». L’injustice, écrit-il, doit être « déracinée par une action solide, persévérante et déterminée » stimulée par l’« urgence du moment ».En fixant des objectifs pour notre organisation, des objectifs pour notre effort collectif en vue de mieux servir les pauvres et les vulnérables, nous devons réfléchir à l’exemple de Martin Luther King.Nous fixons des objectifs précisément parce que rien n’est inévitable. Nous fixons des objectifs pour défier les obstacles externes, mais aussi pour défier notre propre inertie. Nous fixons des objectifs pour rester alertes face à l’« urgence du moment », pour aller constamment au-delà de nos propres limites. Nous fixons des objectifs pour éviter de tomber dans le fatalisme ou la complaisance, deux ennemis mortels des pauvres.Nous fixons des objectifs afin que, chaque jour, chaque heure, nous puissions nous assurer que nos actions sont en phase avec nos valeurs les plus profondes, celles que nous pouvons affirmer sans honte devant l’histoire. Si nous agissons aujourd'hui, si nous poursuivons sans relâche ces objectifs consistant à mettre fin à l’extrême pauvreté et à stimuler une prospérité partagée, nous aurons la possibilité de créer pour nos enfants un monde qui ne se définit pas par des disparités criardes, mais par des possibilités illimitées. Un monde viable où tous les ménages ont accès à une énergie propre. Un monde où chacun mange à sa faim. Un monde où personne ne meurt d'une maladie évitable.Un monde sans pauvreté.C'est ce monde que nous voulons tous pour nous-mêmes, pour nos enfants, nos petits-enfants, et toutes les générations futures.Comme M. King l’a dit, « Il est toujours temps de faire ce qui est juste. » L’opportunité est droit devant nous. Nous pouvons et nous devons saisir l’arc de l’histoire pour le tendre en direction de la justice.Je vous remercie. Afficher moins -
Nous proposons, dans les lignes qui suivent, quelques-unes des observations faites ce jour par le Président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, lors de la réunion du Groupe des 20. Ces obse... Afficher plus + rvations ont été formulées lors de la Séance 1 sur le thème : Risques de dégradation de l’économie mondiale.« En considérant les choses sur le long terme, je m’en voudrais de ne pas souligner les graves conséquences sur les perspectives économiques si nous ne nous attaquons pas aux problèmes sérieux posés par le changement climatique. Loin de n’être que des risques, ces problèmes représentent de réelles conséquences.J’ai également conscience que les questions liées au changement climatique ne font généralement pas partie des dossiers des ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales. Ce qui, j’en ai la ferme conviction, constitue une erreur. Et pour souligner mon propos, il nous suffit d’observer ce qui se passe dans notre pays hôte. Cet hiver, par exemple, Moscou a enregistré des chutes de neige record. Les climatologues nous disent qu’avec le réchauffement de la planète, les précipitations intenses et d’autres épisodes météorologiques extrêmes se multiplieront de plus en plus. Il y a tout juste deux ans et demi, une vague de chaleur extrême en Russie a coûté la vie à 55 000 personnes. Les Russes auront donc été témoins de deux épisodes météorologiques extrêmes exceptionnels (canicule et froid) ces dernières années. Nous ne parlons pas d’un risque qui pourrait se matérialiser dans 50 ans, mais de risques qui se concrétisent aujourd’hui. Aucun pays, riche ou pauvre, n’est à l’abri des effets des catastrophes liées au climat. En Thaïlande, par exemple, les inondations de 2011 ont occasionné des pertes d’environ 45 milliards de dollars, soit environ 13 % du PIB du pays. Les effets de cette catastrophe traversent les frontières et perturbant les chaînes d’approvisionnement internationales. Les dégâts et pertes dus aux catastrophes naturelles ont plus que triplé au cours des 30 dernières années. Des années d’efforts de développement sont souvent anéanties en quelques jours, voire quelques minutes.Si nous avons vu des pays développés se mobiliser pour faire face aux tempêtes de neige et à des phénomènes comme l’ouragan Sandy, les pays en développement quant à eux disposent d’encore moins de ressources pour réduire les coûts économiques et humains de ces catastrophes. Au sein du Groupe de la Banque mondiale, nous intensifions notre travail sur l’atténuation des effets du changement climatique, l’adaptation à la modification du climat et la gestion des risques de catastrophes. Je souhaite vivement que le G20 accorde une plus grande attention à ce que nous devons faire face au changement climatique, qui est un danger tout à fait réel et présent. » Afficher moins -
« Lutte contre la corruption dans un contexte mondial : la volonté d’agir »Chers collègues, amis et partenaires de développement,Il est opportun que nous nous retrouvions ici, car, depuis 1962, le CSI... Afficher plus + S repousse les frontières pour trouver des solutions pratiques aux grands problèmes, particulièrement ardus, de notre époque. Le plus fréquent et le plus persistant de ces problèmes est peut-être celui de la corruption, thème de notre rencontre d’aujourd’hui. Il y a peu, de nombreux spécialistes du développement pensaient qu’on ne pouvait pas faire grand-chose contre ce problème. Dans les années 90, les mentalités ont toutefois fini par évoluer sous l’effet de plusieurs facteurs, dont la fin de la guerre froide et l’essor d’ONG mondiales telles que Transparency International.Pendant cette période, des données de plus en plus abondantes ont commencé à montrer que la corruption avait des répercussions néfastes sur le développement. Les recherches effectuées par la Banque et d’autres entités ont démontré l’existence d’une relation négative entre croissance et corruption. La corruption agit comme un impôt régressif qui pénalise les populations les plus pauvres et les entreprises les plus petites. Elle restreint l’accès des citoyens les plus vulnérables aux services et va de pair avec des services publics de piètre qualité. Elle coûte cher aux entreprises. Enfin, selon certaines estimations, entre 20 et 40 milliards de dollars sont ainsi volés chaque année aux pays en développement.La Banque mondiale joue un rôle important dans le développement du programme d’action mondial en faveur de l’intégrité et de la bonne gouvernance depuis le discours que James Wolfensohn a prononcé en 1996 sur le « cancer de la corruption » lors des Assemblées annuelles de la Banque. Pour moi, les propos de Jim ont la même pertinence aujourd’hui qu’il y a seize ans lorsqu’ils ont été prononcés pour la première fois.« La corruption détourne au profit des riches les ressources destinées aux pauvres, elle alourdit les charges des entreprises, fausse la répartition des dépenses publiques et décourage les investisseurs étrangers… c’est un obstacle majeur à un développement sain et équitable », avait déclaré Jim à l’époque.C’est pour moi un privilège de pouvoir m’exprimer sur la façon dont la Banque luttera contre la corruption durant mon mandat. Permettez-moi de commencer par une double mise au point.Tout d’abord, le programme de la lutte contre la corruption est une sous-composante importante du mouvement plus large en faveur d’une gouvernance de qualité et doit être appréhendé dans ce contexte. En matière de développement et de croissance solidaire, peu de questions importent davantage que la bonne gestion des affaires publiques. Les institutions publiques fournissent aux populations des prestations essentielles telles que les services de santé et d’éducation, dont les pauvres sont particulièrement dépendants. La corruption sape et entrave toutes ces fonctions et constitue de ce fait un obstacle majeur au développement. C’est dans ce contexte que la lutte contre la corruption a été et restera l’une des grandes priorités de la Banque.Ensuite, comme l’indique la récente mise à jour de la stratégie élaborée par la Banque mondiale pour promouvoir la gouvernance et endiguer la corruption, une grande partie des activités de la Banque dans ce domaine consiste à gérer — plutôt qu’à éviter — les risques. Nous devons être présents dans les contextes et les environnements qui ne figurent pas en bonne place dans les indices mondiaux de bonne gouvernance. Nous devons lutter contre la pauvreté là où le cadre juridique du combat contre la corruption et les activités illicites souffre d’imperfections et où le fonctionnement des institutions publiques — quand elles existent — laisse peut-être à désirer. Nous devons encourager le personnel à prendre des risques et à innover dans l’intérêt du développement, mais à condition que les risques soient soigneusement évalués au départ et bien gérés durant la mise en œuvre. Lorsque des problèmes surgiront — ce qui ne manquera pas d’arriver —, nous devrons agir rapidement et de façon décisive.Il est important de prendre des sanctions. Pour vous donner une idée du problème, nous avons fait le bilan, la semaine dernière, des enquêtes de la Banque mondiale sur les abus commis dans le cadre de ses projets. D’après ces recherches, nous avons mené à bien 609 enquêtes et procédé à 250 exclusions au cours des quatre années et demie qui viennent de s’écouler. J’ai demandé aux services compétents de la Banque d’examiner ces données et d’en dégager des leçons de manière à ce que nous puissions mieux moduler les risques et intégrer ces enseignements aux décisions opérationnelles que nous prendrons à l’avenir.Il ne faut jamais confondre notre volonté de travailler dans des situations difficiles et notre capacité à prendre des risques mesurés avec une propension à tolérer des actes de corruption dans le cadre de nos projets et activités. Je voudrais dire ceci haut et fort : le Groupe de la Banque mondiale pratique une tolérance zéro à l’égard de toute forme de corruption mise à jour dans le cadre de ses projets et activités.Où tout cela nous mène-t-il ? Devons-nous éviter les interventions à haut risque et priver les populations pauvres d’avantages potentiellement considérables ou devons-nous plutôt prendre des risques calculés et des mesures de sauvegarde appropriées et aller de l’avant ? Ma réponse est que nous devons prendre des risques pour obtenir des résultats en matière de développement, mais nous devons le faire en gardant les yeux ouverts et en essayant d’atténuer ces risques autant que possible.Parfois, cependant, les choses tournent mal et nous devons alors faire preuve de fermeté. C’est ce qui s’est passé dans le projet de pont sur le fleuve Padma. Les autorités n’ayant pas suffisamment réagi à une corruption manifeste, nous avons annulé un crédit de 1,2 milliard de dollars en juin de l’année dernière.Je me garderai bien de préjuger de la situation, car les procédures juridiques et autres doivent suivre leur cours. Nous ne pouvons pas envisager de financer le pont tant que n’auront pas été remplies certaines conditions visant à renforcer la surveillance du projet et à attester qu’une enquête pénale exhaustive et équitable est en cours. Je vous dis cela en étant conscient de l’importance que cet ouvrage revêt pour la population et l’économie du Sud-ouest du Bangladesh. Pour eux, ce projet est un pont de première importance vers de nouvelles perspectives.Pour autant, nous continuons de travailler au Bangladesh. Notre portefeuille comprend actuellement une trentaine de projets représentant des engagements d’un montant d’environ 4,3 milliards de dollars. Notre tolérance zéro à l’égard de la corruption ne veut pas dire que nous perdons de vue le tableau d’ensemble du développement.Les bonnes institutions disposent de systèmes et de mécanismes de contrôle et font preuve de rigueur pour prévenir des déconvenues. À la Banque mondiale, la Vice-présidence de l’Intégrité apprend aux membres du personnel de l’institution et à leurs interlocuteurs dans les pays clients à déceler les signaux d’alarme dans le secteur des marchés publics, et nous sommes en train de mettre au point un logiciel qui permettra d’automatiser ces procédures. En 2010, la Banque a lancé l’initiative International Corruption Hunters Alliance qui a pour objectif de réunir les responsables d’organismes nationaux de lutte contre la corruption, des procureurs et des auditeurs afin qu’ils puissent échanger leurs connaissances et se soutenir moralement.À l’époque, le sénateur Leahy s’est adressé aux membres de l’Alliance et a insisté sur les conséquences d’un échec de la lutte contre la corruption. Selon lui, si nous fermons les yeux sur le problème — dans n’importe quel pays —, nous manquons à notre devoir envers nos concitoyens et les populations des pays que nous cherchons à aider, nous compromettons la primauté du droit national et international et nous nuisons à nos intérêts à long terme.Nous devons tirer les enseignements des mesures de répression et de prévention prises par les autorités nationales : le Brésil est intervenu de façon radicale pour améliorer la sécurité dans les favelas infestées par la drogue ; en Italie, l’administration des impôts a recours à une méthode peu orthodoxe, appelée Redditometro, pour démasquer les fraudeurs ; en Inde, le gouvernement travaille à un projet de loi sur la lutte contre la corruption.Ces attaques contre la corruption, ainsi que les travaux réalisés par Leonard et notre Vice-présidence de l’Intégrité, sont des maillons essentiels d’une chaîne plus étendue visant à promouvoir la bonne gestion des affaires publiques, la probité et l’efficacité du développement. Plus généralement, notre récente stratégie en faveur de la gouvernance et la lutte contre la corruption, approuvée à l’unanimité par le Conseil en mars 2012, fixe six objectifs pour combattre la corruption et promouvoir la bonne gouvernance :intégrer plus systématiquement les questions de gouvernance dans les instruments de la Banque ;fournir un appui aux institutions nationales compétentes et transparentes ;mettre plus l’accent sur les résultats ;chercher davantage à gérer les risques ;améliorer la gouvernance mondiale, notamment en appuyant les importantes discussions engagées au sein du G-8 et du G-20, ainsi que des démarches telles que l’Initiative pour la restitution des avoirs volés (StAR) et l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (EITI) ;faciliter la mise en œuvre du programme d’action sur la gouvernance dans l’ensemble des opérations de la Banque.En matière de gouvernance et de lutte contre la corruption, nos pratiques doivent être soigneusement définies à l’aide de données et d’analyses fiables — de manière à mieux tirer parti de la « science de la prestation » que j’ai évoquée à de nombreuses reprises. Notre équipe doit mieux exploiter les connaissances informelles et implicites sur la façon de procéder à des réformes dans le secteur public et le domaine de la gouvernance — en particulier dans des situations difficiles comme celles qui prévalent dans les États fragiles et les pays touchés par un conflit — et doit mieux communiquer ces connaissances à notre personnel et aux partenaires de développement. Nous devons nous concentrer plus sur la résolution de problèmes concrets que ce n’est le cas dans le cadre du modèle traditionnel des « pratiques optimales » du développement institutionnel.Permettez-moi de vous raconter une brève histoire. L’année dernière, je me trouvais en Haïti où j’ai rencontré un groupe de dirigeants du secteur privé. Je connais bien l’histoire du pays, car j’y ai travaillé de nombreuses années pour le compte d’une ONG, Partners in Health, que j’ai cofondée. Haïti a une longue tradition de capitalisme de coterie qui permet à un petit nombre de personnes proches du pouvoir d’accaparer la quasi-totalité des bienfaits du commerce et des affaires. Il s’agit là d’une forme fréquente et insidieuse de corruption qui ne peut plus durer. C’est ce que j’ai dit à ces dirigeants du secteur privé durant notre rencontre : le capitalisme de copinage doit être démantelé afin que le système économique devienne plus solidaire et s’ouvre aux femmes, aux jeunes et aux entrepreneurs. Sinon, Haïti ne pourra pas réussir.Lors d’une visite récente à la Banque mondiale, Bono a déclaré que la corruption était « le plus meurtrier de tous les fléaux ». Cette déclaration semble avoir surpris de nombreuses personnes, mais c’est un fait que la corruption tue souvent le développement — lentement et sans bruit.Lorsque la corruption s’infiltre dans le secteur social, cela signifie qu’un hôpital sera construit sans l’équipement essentiel à la survie des patients ou qu’une école sera bâtie sans que les enseignants puissent être correctement rémunérés. Cela signifie que des routes seront construites sans glissières de sécurité ou, dans certains cas, ne seront pas construites du tout. Et qui paiera pour tout cela ? Ce sont les pauvres qui payent, parfois de leur vie. La corruption vole les pauvres. Elle les prive d’un avenir meilleur.Je demande sans cesse au personnel de la Banque mondiale d’« infléchir l’arc de l’histoire ». Ce ne sera pas facile, car, comme nous le savons tous, la corruption a une très longue histoire. Mais sachez qu’une des grandes priorités de mon mandat de président du Groupe de la Banque mondiale consistera à promouvoir le programme de lutte contre la corruption que Jim Wolfensohn a si bien formulé durant sa présidence et à l’adapter aux défis actuels que constituent le partage de la prospérité et l’éradication de la pauvreté.Je vous remercie de votre attention. Afficher moins -
En l’honneur de nos hôtes japonais, j’aimerais commencer par quelques mots dans leur langue.Mina-sama Kon-Nichiwa. Okagesama-de, Sekai Ginkou-noSousai Toshite Hajimete-no Soukai-deSendai-nimo Ik... Afficher plus + i, Mina-sama-noYasashisa-to Tsuyosa-ni Fure,Subarashii Kizuna-wo Tsukuru Koto-gaDeki-mashita.Arigato Gozai-mashita. [Bonjour à tous. Grâce à votre aide, j’ai pu participer à mes premières Assemblées annuelles et visiter Sendai en tant que président de la Banque mondiale. J’ai été touché par votre gentillesse et impressionné par votre résilience. Je me réjouis que nous ayons pu développer un merveilleux Kizuna. Je vous en remercie.]J’ignore si mes remarques ont été traduites. Si elles ne l’ont pas été, tant pis ! Je tiens tout d’abord à vous remercier.Je remercie la population et les autorités japonaises d’avoir rendu possible la tenue de ces Assemblées absolument remarquables. Après la terrible tragédie du 11 mars 2011, le Gouvernement japonais nous a prouvé à tous la force de caractère du peuple nippon en insistant pour que ces Assemblées soient l’occasion de faire en sorte que tous les pays — notamment les pays en développement — aient accès à tous les outils dont ils ont besoin pour gérer les risques de catastrophes naturelles. Nous lui en sommes très reconnaissants. J’aimerais remercier Christine pour son leadership et les propos éloquents qu’elle a tenus à la séance plénière. Je remercie aussi le Président du Comité du développement, Marek Belka, pour son leadership et sa contribution.Je tiens également à féliciter mes collègues européens. L’Union européenne a suscité de nombreuses questions durant les dernières années. En lui décernant le prix Nobel de la paix, le comité Nobel nous rappelle à quel point l’Union a contribué à façonner l’Histoire dans un sens positif.C’est la première fois que je participe aux Assemblées en tant que président de la Banque mondiale. Lors des échanges que j’ai eus avec les Gouverneurs, les Ministres, les représentants de la société civile et de nombreuses autres parties prenantes, j’ai été impressionné par la profondeur et la diversité des points de vue. En fait, un grand nombre d’entre nous a pris à cœur la campagne que nous avons lancée sur le thème « Que faut-il faire ? » et m’ont dit directement et précisément ce qu’il convient de faire ! De nombreux participants portaient nos T-shirts noirs frappés d’un slogan simple : « Éliminons la pauvreté ! »Ce message — « Éliminons la pauvreté ! » — est ce à quoi je pense tous les jours lorsque je fais mon travail de président du Groupe de la Banque mondiale. Je réfléchis à ce slogan et à l’objectif consistant à promouvoir une prospérité partagée de manière à ce que les familles et les jeunes puissent espérer connaître un avenir meilleur dans lequel ils auront accès à de bons emplois, aux services de santé et à une éducation de qualité.Le contexte économique actuel est difficile et très déconcertant. Je suis convaincu que le Groupe de la Banque mondiale a un rôle à jouer dans tous les pays du monde et que tous les pays du monde peuvent collaborer avec la Banque mondiale pour résoudre certains des problèmes les plus ardus qui se posent en matière de développement. Je veux que la banque du savoir qu’est la Banque mondiale devienne une banque de solutions — un centre d’échanges d’idées venant du Nord et du Sud sur les moyens les plus efficaces de fournir des services à ceux qui en ont le plus besoin. Permettez-moi de souligner combien il est important, dans les circonstances actuelles, de continuer à donner la priorité aux pays en développement. Le monde dans lequel nous vivons compte encore plus d’un milliard de personnes en situation d’extrême pauvreté. Nous devons tous travailler pour que les progrès impressionnants accomplis par l’Amérique latine, l’Afrique et l’Asie depuis une génération ne soient pas anéantis aujourd’hui. Ces dernières années, la croissance des pays en développement a représenté plus de la moitié de la croissance mondiale. Il est dans l’intérêt de tous que ces pays continuent de croître et de contribuer aussi activement à l’activité économique mondiale.Je remercie une fois encore nos hôtes japonais et je termine en mentionnant le nom de la lauréate du concours organisé par la Banque mondiale à l’attention des élèves des écoles secondaires afin de trouver un slogan sur le thème du développement. La gagnante du concours, choisie parmi plus de 1 600 concurrents, et Mlle Mayu Muto, étudiante au lycée Yoshida de la préfecture d’Hiroshima.Son slogan était le suivant : « Hinkon-de Kimi-no Mirai-wa Jama Sasenai ».« Nous ne laisserons pas la pauvreté compromettre votre avenir. » Je vous remercie de votre attention. Afficher moins -
Merci de votre présence. Je sais que beaucoup d’entre vous ont déjà assisté à des Assemblées annuelles alors que, pour moi, c’est une première – et je me réjouis de rencontrer les Gouverneurs et nos a... Afficher plus + ctionnaires.J’aimerais commencer par remercier les autorités et la population japonaises, qui ont accompli un travail remarquable en amont de ces réunions et dont l’hospitalité est tout simplement extraordinaire.La date retenue n’est pas neutre, puisque l’année 2012 marque le 60e anniversaire des liens, profonds, que la Banque mondiale et le Japon ont tissés au fil du temps.Le Japon est devenu l’un de nos clients dans les années 1950 et 1960, quand il a contracté 863 millions de dollars de prêts pour financer 31 projets de premier plan, comme le Shinkansen, le barrage de Kuroyon et l’autoroute de Tomei. Aujourd’hui, il est notre deuxième actionnaire et le troisième donateur de l’Association internationale de développement, le fonds de la Banque mondiale pour les plus pauvres. Au-delà de la réussite évidente de ce pays, comment ne pas saluer son immense générosité ?Mais il y a plus : le Japon a toujours partagé avec le reste du monde les connaissances et l’expérience retirées de son évolution, qui fait de lui l’un des grands pays développés.J’assistais hier justement au Dialogue de Sendai, une rencontre qui affiche cette philosophie de partage et d’échange. Les autorités nippones nous ont demandé d’utiliser notre pouvoir de mobilisation pour les aider à diffuser les enseignements retirés du séisme et du tsunami de mars 2011 en termes de gestion du risque de catastrophes. Souvent, un drame sert de déclencheur à des améliorations. Mais cette grande nation qu’est le Japon préfère s’emparer des catastrophes pour partager des leçons avec d’autres.Le monde où nous vivons est interconnecté, nous le savons. Ce qu’un pays apprend peut s’appliquer à l’autre bout de la planète. Les événements qui touchent une région du monde – l’Europe par exemple – peuvent avoir d’immenses répercussions ailleurs.Nous traversons une période difficile. Les prix alimentaires restent instables et élevés, les pays à haut revenu ont du mal à redémarrer et les nouvelles locomotives de la croissance que sont les pays en développement risquent d’être contaminées par l’incertitude grandissante de l’économie mondiale.Les indicateurs publiés ces dernières semaines ne prêtent guère à l’optimisme. Chacun souffre en période d’incertitude, mais les pauvres sont les plus touchés, qui n’ont pas – ou peu – d’amortisseurs et de ressources et vivent au jour le jour. La mission du Groupe de la Banque mondiale est de faire en sorte que la croissance dont ont bénéficié les pays en développement d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie ces cinq dernières années ne cale pas sous l’effet de la dégradation de la situation.La Banque mondiale souhaite organiser un dialogue autour des obstacles et des solutions à l’éradication de la pauvreté. D’où la campagne organisée en amont des Assemblées, « Quelles solutions pour éradiquer la pauvreté ». Grâce aux médias sociaux et aux vidéos, nous recueillons des idées et des commentaires venus du monde entier. Rien de tel pour une réflexion collective autour de résultats concrets et pratiques !Parce qu’au final, ce que nous voulons, ce sont des résultats. Je l’ai rappelé à mes équipes : « comment faire pour modifier de manière radicale le cours de l’histoire et mettre fin à la pauvreté absolue plus vite que ne le prévoient les scénarios habituels ? ».C’est à nous d’avoir un effet catalytique sur la pauvreté. Et je suis heureux de voir que le personnel du Groupe de la Banque mondiale est déterminé à jouer le jeu : oui, nous pouvons infléchir le cours des choses. C’est pour cela que nous nous avons rejoint la Banque, pour lutter contre la pauvreté et faire la différence. Pour quelqu’un comme moi, qui a travaillé dans des contextes de grande détresse matérielle, je retrouve dans la mission fondamentale de cette institution le combat de toute une vie.Cela fait 104 jours que j’occupe ce poste de président. Autant je me réjouis de voir les évolutions de la Banque mondiale en matière d’ouverture, de résultats et de responsabilité, autant je suis convaincu que nous pouvons faire plus. Être plus réactifs. Et privilégier les résultats concrets. Je vais profiter de ces journées pour présenter mes futurs axes d’action mais aussi pour écouter nos actionnaires et réfléchir à des solutions qui permettront d’engager des réformes efficaces.Je vous remercie de votre attention. Afficher moins -
« Vaincre le sida et la pauvreté »Excellences, collègues et amis, mesdames et messieurs, Lorsque l’on examine l’histoire du sida, il est difficile de dire que le cours de l’épidémie a commen... Afficher plus + cé à s’inverser à un moment précis : la vérité est que nous inversons péniblement la tendance, étape par étape, depuis 30 ans.À pratiquement chaque étape, ce sont les militants et leurs communautés qui ont montré la voie. Ce sont les militants et les communautés qui ont défini des méthodes de rapports sexuels protégés et qui ont promu l’utilisation du préservatif, les programmes d’échange de seringues et pratiquement toutes les méthodes de prévention comportementale que nous appliquons aujourd’hui. Ce sont les militants qui ont transformé les processus de développement et de réglementation des médicaments et qui ont fait participer les patients à la recherche clinique — grâce à quoi les délais d’homologation des médicaments ont été réduits de moitié dans l’hémisphère nord. Ce sont les militants qui ont commencé, à Durban, en 2000, à faire pression pour faciliter l’accès aux antirétroviraux dans les pays en développement. Ce sont eux qui ont insisté, et continuent d’insister, pour que ces médicaments soient disponibles à des conditions abordables pour tous ceux qui en ont besoin partout dans le monde.Et c’est grâce à leur connaissance approfondie des groupes les plus touchés par le sida qu’a été créée la dynamique en faveur de la santé et de la dignité des homosexuels, des travailleurs du sexe et des toxicomanes qui s’est étendue à toutes les régions du monde.TASO en Ouganda, ACT UP aux États-Unis, TAC en Afrique du Sud, Grupo Pela Vida au Brésil, le collectif des avocats en Inde, le Réseau thaïlandais des utilisateurs de drogues et d’innombrables autres organisations de ce genre ont lancé ensemble un des mouvements les plus extraordinaires que le monde ait jamais connus. Souvenez-vous que l’acronyme « ACT UP » signifie « AIDS Coalition to Unleash Power ».Ce mouvement est né d’une réaction de colère, d’une soif de justice. Il vise essentiellement à donner libre cours aux forces de la solidarité humaine et scelle depuis 30 ans des alliances pour élargir cette solidarité afin de n’exclure personne.Le mouvement s’est agrandi pour inclure les pouvoirs publics de pays tels que le Brésil et le Botswana, des organismes des Nations unies, des pays donateurs et des bailleurs de fonds visionnaires et les programmes de traitement révolutionnaires des ONG ; ce même mouvement est à l’origine des efforts qui ont conduit au lancement de l’initiative « 3 millions d’ici 2005 » et à la création du PEPFAR et du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Grâce à cet effort collectif, des progrès remarquables ont été accomplis dans la lutte contre le sida. La prévalence a fortement diminué dans de nombreux pays, les nouvelles stratégies de prévention sont très prometteuses et plus de huit millions de personnes suivent un traitement aujourd’hui. Au moment où nous nous réunissons à Washington, nous avons le sentiment que la victoire contre le sida est à notre portée, une idée qui nous paraît — à moi-même et à bien d’autres — moins irréaliste, moins saugrenue que l’initiative « 3 millions d’ici 2005 » il y a à peine une décennie.Aujourd’hui, c’est la première fois qu’un président de la Banque mondiale prend la parole à la Conférence internationale sur le sida. Je suis ici parce que je sais ce que ce mouvement est capable de réaliser. Je suis ici pour vous faire une promesse et vous présenter une requête.Je promets que la Banque mondiale travaillera sans relâche avec vous tous pour poursuivre le combat contre le sida jusqu’à la victoire. Et je vous invite à vous joindre à moi pour mobiliser la force morale et les enseignements pratiques que le mouvement de lutte contre le sida a engendrés en vue d’accélérer la bataille engagée contre un autre fléau mondial : la pauvreté.En tant que première institution mondiale de développement, la Banque mondiale se préoccupe de tous les aspects du développement, de toutes les dimensions du problème synthétisées dans les huit objectifs du Millénaire pour le développement. Nous savons que les enjeux du développement sont interdépendants. Pourtant, nous abordons souvent ces problèmes de façon fragmentée, en limitant notre vision et nos résultats. Or, il est essentiel d’appliquer à la réduction de la pauvreté les leçons tirées de l’offensive contre le sida. En éliminant les cloisonnements existant entre ces deux démarches, nous entamons un processus qui ira beaucoup plus loin. En fin de compte, nous multiplierons les échanges de connaissances et d’expériences entre tous les secteurs du développement et nous accélérerons les progrès dans les domaines de l’éducation pour tous, de la santé maternelle et infantile, de la viabilité de l’environnement et de tant d’autres de nos autres objectifs. Permettez-moi d’expliquer comment la Banque mondiale exploite ses atouts dans le domaine du sida. La Banque mondiale a pour mission de promouvoir la prospérité et d’éliminer la pauvreté dans le monde entier. Elle prête son concours aux pays sous forme d’aide financière, mais aussi en mettant à leur disposition ses connaissances et ses capacités d’analyse, souvent aussi importantes que ses opérations de financement. En 2000, durant la présidence de Jim Wolfensohn, la Banque mondiale a travaillé avec un grand nombre d’entre vous pour mobiliser le premier milliard de dollars contre le sida. En matière de santé, l’avantage comparatif de la Banque se situe dans le renforcement des systèmes. Dans ce secteur, notre stratégie consiste principalement à aider les pays à créer des systèmes de santé durables à même d’obtenir de bons résultats au profit des pauvres. Nous aidons aussi les pays à mettre en place des mécanismes de protection sociale susceptibles d’atténuer les répercussions de phénomènes tels que les chocs économiques et les maladies catastrophiques (comme le sida) sur les familles et les populations. La Banque mondiale, par exemple, apporte son aide aux pouvoirs publics pour leur permettre de mettre en œuvre des financements basés sur les résultats consistant à récompenser financièrement les établissements de santés locaux qui parviennent à accroître la fourniture de services essentiels et à améliorer la qualité des prestations. Prenons l’exemple du Burundi : à la suite de l’adoption, à l’échelle nationale, d’un modèle de financement axé sur les résultats destiné à améliorer l’action contre le sida, le nombre de femmes enceintes séropositives qui reçoivent des antirétroviraux pour prévenir la transmission du VIH de la mère à l’enfant a augmenté de 65 % en l’espace d’une année à peine. Nous le savons, le VIH est plus qu’un problème médical. Les répercussions économiques et sociales du sida sur les individus, les familles et les populations sont dévastatrices. C’est pourquoi la protection sociale est, elle aussi, une composante essentielle d’une approche globale de la lutte contre le sida. Chaque année, 150 millions d’habitants de la planète basculent dans la pauvreté en raison de la hausse de leurs dépenses de santé et de la diminution de leurs revenus sous l’effet des maladies, dont le sida. À ce jour, la Banque a aidé 40 pays à renforcer leurs programmes de protection sociale, y compris les régimes d’assurance-maladie, les pensions de vieillesse et les programmes de transferts monétaires qui viennent compléter les revenus des familles pauvres. Notre objectif est de permettre à tous les pays de disposer de programmes de protection sociale de base adaptés à leurs besoins.La réussite du combat contre le sida est tributaire des partenariats. À titre très personnel, je m’engage à renforcer les alliances multilatérales de la Banque mondiale avec ONUSIDA et le Fonds mondial, ainsi que nos partenariats avec des organismes techniques de l’ONU tels que l’OMS et l’UNICEF, et notre collaboration avec le PEPFAR et d’autres entités bilatérales. En outre, la conclusion avec la société civile de partenariats solides, capables de donner des résultats au profit des pauvres, sera une caractéristique de ma présidence. Nous nous appuierons sur les enseignements de l’initiative MAP de la Banque, imprégnée de l’idée selon laquelle la capacité des programmes à aider les populations pauvres et vulnérables dépend en grande partie de la participation de la société civile. La proportion de la population des pays en développement vivant avec moins de 1,25 dollar par jour était de 22 % en 2008, soit moins de la moitié du pourcentage enregistré en 1990. L’objectif du Millénaire pour le développement consistant à réduire de moitié l’incidence de l’extrême pauvreté est atteint, mais 1,3 milliard d’êtres humains vivent encore dans le plus complet dénuement. C’est intolérable. Nous pouvons et nous devons éliminer la pauvreté absolue de notre vivant. Dans cette optique, nous devons échanger notre savoir-faire par-delà les frontières des institutions et des divers domaines du développement. Et nous devrons utiliser ce savoir-faire pour mettre en place des systèmes capables de répondre durablement aux besoins de l’humanité.La bataille contre le sida a montré au monde comment contrer une atteinte massive à la vie et à la dignité humaines. Il est de notre devoir de faire en sorte que les enseignements de la bataille contre le sida éclairent et améliorent les efforts que nous déployons pour atteindre d’autres objectifs sociaux, à commencer par l’éradication de la pauvreté. On observe déjà une telle démarche dans certains domaines. Les autorités de certains pays et leurs partenaires utilisent de façon stratégique les connaissances et les ressources concernant le sida pour tout à la fois vaincre l’épidémie et promouvoir un programme d’action contre la pauvreté. Le Rwanda, par exemple, s’est servi des fonds et des connaissances techniques affectés à l’offensive contre le sida par la Banque mondiale, le Fonds mondial et d’autres parties prenantes pour renforcer son régime d’assurance-maladie (les mutuelles) — qui suscite une grande admiration — et développer l’enseignement secondaire et professionnel. Au Rwanda, les ressources consacrées à la lutte contre le sida contribuent aux investissements stratégiques dans le capital humain qui sont un moteur des remarquables progrès économiques accomplis par le pays. Cette approche est l’exception, mais elle peut devenir la règle : notre capacité à construire des systèmes et à produire des résultats en serait alors considérablement accrue.Comme le montre l’exemple du Rwanda, les pays qui ont obtenu de bons résultats sont ceux qui ont traité la question du sida comme un problème de système. Ils ont fait face à l’épidémie en renforçant les systèmes de distribution de biens sociaux essentiels et ont intégré ces systèmes pour répondre globalement aux besoins de leur population. La mise en place de systèmes, c’est précisément ce que la Banque mondiale fait de mieux. Cela fait plusieurs dizaines d’années que nous faisons fonctionner des systèmes dans l’intérêt de tous, mais plus particulièrement au profit des pauvres. Je souhaite que la Banque anime les efforts déployés à l’échelle planétaire pour associer les connaissances en matière de systèmes avec des valeurs morales claires en vue d’aider les pays à résoudre les problèmes les plus difficiles auxquels ils sont confrontés.Du combat contre le sida se dégagent clairement deux pistes pour l’action contre la pauvreté : l’ouverture et l’innovation. Les pays qui ont obtenu les meilleurs résultats contre le sida on fait preuve de transparence au sujet de l’épidémie. Ils ont échangé des informations avec le plus grand nombre, lutté contre les préjugés et encouragé le débat public. Ils ont rejeté l’option du secret et dissipé les craintes irrationnelles. Ce sont là des leçons pour l’action contre la pauvreté. À la Banque mondiale, nous intégrons encore plus les enseignements de la bataille contre le sida à notre action tandis que nous continuons de combattre la corruption, d’accroître la transparence et de partager librement nos données. Si l’on passe en revue les 30 dernières années, on s’aperçoit que la riposte contre le sida a engendré une innovation permanente : accélération des protocoles d’homologation des médicaments ; délégation des tâches au sein des équipes médicales ; associations médicamenteuses à dose fixe ; recrutement d’accompagnateurs dans le cadre de la fourniture de services communautaires. Il faudra encore innover dans les années à venir pour mener à bien l’offensive contre le sida. En tant que président de la Banque mondiale, je souhaite insuffler le même esprit d’innovation dans le combat pour le développement économique solidaire. Je suis persuadé que nous pourrons accomplir de grandes choses si nous parvenons à transférer le savoir-faire et l’esprit du mouvement de lutte contre le sida à l’action contre la pauvreté.Sur le front de l’initiative « 3 millions d’ici 2005 », j’ai pu constater tous les jours que les responsables de la mise en œuvre des programmes axés sur le VIH apportaient des solutions innovantes à des problèmes pratiques : gestion des chaînes d’approvisionnement, ressources humaines, participation des populations locales à l’évaluation des programmes, etc. Mais, avons-nous suffisamment essayé d’organiser, d’analyser et d’appliquer ces connaissances. Les avons-nous mises à profit partout où elles peuvent entraîner des transformations ? Nous savons tous ici qu’il faudra encore surmonter de sérieux obstacles pour vaincre le sida. Nous sommes réunis à Washington parce que nous sommes déterminés à remporter ce combat. Nous concevons notre mission à travers le prisme de la solidarité qui a inspiré un militantisme civique très ambitieux — que nous percevons tous aujourd’hui dans cette salle — dans le domaine du sida. Dès le début de la contre-attaque contre l’épidémie, les premiers militants savaient qu’ils devraient affronter les forces structurelles des préjugés, de l’exclusion sociale et de l’injustice économique. Leur volonté de mettre un terme à une injuste souffrance humaine était aussi forte que la souffrance elle-même. Nous devons tous faire preuve d’une telle ambition.Le mouvement de lutte contre le sida a ravivé des valeurs qui illustrent le type de développement mondial pour lequel nous nous battons : un développement basé sur la solidarité, le courage, le respect de la dignité de tous les êtres humains et une exigence continuelle de justice. Si nous donnons libre cours à la force de ces valeurs, nous pouvons surmonter n’importe quel obstacle dans la bataille pour la justice économique et sociale. Si nous donnons libre cours à la force de ces valeurs, nous pouvons léguer à nos enfants un monde affranchi de la pauvreté et du sida.Nous pouvons, nous devons éliminer le sida. Le défi auquel nous sommes confrontés est redoutable, mais, en vous regardant aujourd’hui, je peux véritablement voir la fin du sida. Faisons tout pour que cela se réalise ! Merci. Afficher moins -
M. JIM YONG KIM : Bonjour à tous.C’est pour moi un honneur de commencer à exercer aujourd’hui la présidence du Groupe de la Banque mondiale. Je prends mes fonctions à un moment crucial pour l’économie... Afficher plus + mondiale.Je tiens tout d’abord à remercier mon prédécesseur, Robert Zoellick. Bob a accompli un travail fantastique au cours des cinq dernières années et m’a légué une institution très solide.J’ai travaillé parmi certaines des populations les plus pauvres du monde durant la majeure partie de ma vie adulte. Dans le cadre de mes activités, j’ai appris que la Banque mondiale est l’organisme de développement le plus important au monde. Je me sens à la fois impressionné et inspiré par le fait de prendre la relève aujourd’hui en tant que président de l’institution.Au cours des derniers mois, j’ai eu le privilège d’avoir avec de très nombreux employés de la Banque mondiale des discussions qui m’ont permis de réaliser que la Banque était non seulement l’organisme de développement le plus important au monde, mais aussi un mouvement. Ici à Washington et dans une centaine de bureaux-pays dispersés dans le monde entier, les employés de l’institution cherchent de façon passionnée à atteindre le double objectif consistant à promouvoir la prospérité et à éradiquer la pauvreté. Je suis très enthousiaste à l’idée de me mettre au travail et je tiens aujourd’hui à assurer chacun d’entre vous présent ici que nous continuerons de travailler à la Banque mondiale avec passion, en innovant et en faisant preuve de rigueur analytique, en partenariat avec les autorités nationales, les organisations de la société civile, le secteur privé et, surtout, les populations pauvres que nous voulons servir.Je vous remercie de votre attention. J’ai hâte de commencer. Afficher moins -
Je voudrais souhaiter la bienvenue à Marek Belka, le nouveau président du Comité du développement. J’ai un profond respect pour ce que la Pologne a accompli au cours des 20 dernières années, ainsi que... Afficher plus + pour l’action de Marek au service de son pays et de l’Europe. Je me réjouis donc qu’il puisse partager, dans le cadre du Comité du développement, les enseignements tirés de son expérience au plan national et à titre personnel. Je voudrais également remercier Christine pour sa gestion avisée du FMI à un moment de toute évidence crucial pour l’économie mondiale. La prochaine réunion du Comité du développement se tiendra au Japon avec un nouveau Président : Jim Yong Kim. Je suis convaincu qu’il fera un excellent travail. Je tiens aussi à exprimer mes remerciements aux membres du Comité du développement. Je me félicite que nos actionnaires approuvent les efforts déployés par le Groupe de la Banque mondiale pour renforcer l’appui à la mise en place de dispositifs de protection sociale efficaces et viables au plan budgétaire, notamment les programmes de transferts monétaires conditionnels, de travaux publics et d’alimentation scolaire. Lors des réunions internationales, nous entendons beaucoup parler de systèmes de protection financière à l’échelle mondiale, et nous devons accorder le même degré d’attention aux dispositifs de protection de la personne humaine. Nous savons que les institutions d’une taille trop importante pour faire faillite représentent un danger. Mais n’oublions pas qu’au-delà du discours sur les systèmes financiers, la réglementation et les pare-feux, ce sont les personnes qui sont trop importantes pour être mises en faillite. Les actionnaires souhaitent que nous continuions de mettre en œuvre des approches pluridimensionnelles pour aider les pays en développement à faire face au renchérissement et à la volatilité accrue des prix alimentaires. Je me réjouis que les actionnaires soutiennent l’orientation vers des partenariats renforcés et innovants avec les pays à revenu intermédiaire, qui abritent 70 % des pauvres de la planète. Une tâche essentielle à cet égard est de développer les infrastructures pour doper la croissance future, notamment grâce à des partenariats public-privé. Les actionnaires ont approuvé la stratégie de la Banque dans le domaine du savoir, qu’il concerne les systèmes de protection sociale, les biens publics mondiaux ou le dialogue sud-sud. La reprise mondiale dépend de la mise en place de mesures d’incitation appropriées pour attirer les financements privés, et le Groupe de la Banque mondiale joue un rôle moteur dans l’élaboration de politiques publiques qui favorisent l’innovation, l’investissement et la création d’emplois par le secteur privé. L’IFC, qui est l’institution du Groupe chargée des opérations avec le secteur privé, a obtenu d’excellents résultats en ce qui concerne les financements novateurs, les services d’assistance technique, les investissements et la mobilisation d’autres acteurs. Au bout du compte, le meilleur filet de protection, c’est un emploi. Enfin, je me félicite que les Ministres aient approuvé notre Programme de modernisation et l’accent mis sur les résultats, l’ouverture et la responsabilité. Ils ont salué le travail accompli jusqu’ici et appelé au maintien de la dynamique. Il est plus que jamais essentiel de continuer d’apporter un appui aux pays en développement pour les aider à éviter les écueils qui se profilent à l’horizon. Je voudrais, en conclusion, remercier tout spécialement le personnel du Groupe de la Banque mondiale, notamment les membres de l’équipe de direction, dont j’ai pu apprécier les talents et la diversité. Ces professionnels remarquables, venus des quatre coins du monde, mettent leurs idées, leur énergie et leur détermination au service de nos clients et de nos actionnaires. Cela a été un honneur pour moi de servir avec eux, et je leur adresse tous mes vœux de réussite. Je vous remercie. Afficher moins -
Bienvenue et merci à vous tous d’être venus aujourd’hui.Ces Réunions de printemps vont être mes dernières en tant que Président du Groupe de la Banque mondiale, et j’aimerais donc commencer par exprim... Afficher plus + er des remerciements :aux ministres qui nous ont apporté leur appui et qui ont travaillé à nos côtés ;à notre Conseil des Administrateurs, qui a travaillé sans relâche pour aider notre équipe de direction à moderniser cette importante institution multilatérale ;à l’excellente équipe de direction que je suis fier d’avoir contribué à mettre en place et à diriger ; etaux membres du personnel du Groupe de la Banque mondiale basés à Washington et à travers le monde : ils sont tout à la fois motivés, déterminés et désireux d’avoir un impact ; ils constituent un atout phénoménal et représentent ce qui se fait de mieux dans les 170 pays dont ils proviennent aujourd’hui.Ces cinq années ont été assez bien remplies.Je crois pouvoir dire que mon mandat au Groupe de la Banque mondiale a comporté trois phases :une phase de redressement au sortir d’une période quelque peu troublée ;une transition rapide vers un mode d’appui à grande échelle, plus rapide et plus souple pour nos pays clients dans le contexte des crises alimentaire, énergétique et financière — en termes purement financiers, un effort de l’ordre de 250 milliards de dollars ;et le début de la modernisation du Groupe de la Banque mondiale dans une perspective d’avenir.Cet effort de modernisation en cours sera un élément important de l’exposé que je ferai en fin de semaine devant le Comité du développement et des entretiens que j’aurai avec nos Gouverneurs. Grâce à la première grande augmentation de capital que la BIRD ait connue en plus de 20 années et aux deux reconstitutions records des ressources de l’IDA pour un montant total de plus de 90 milliards de dollars, je me félicite de pouvoir confier à ceux qui vont me suivre une Banque bien dotée en ressources et assortie d’une notation AAA. Cela dit, il nous faut constamment réfléchir à l’avance à la façon de mobiliser des ressources — que ce soit pour répondre à l’intérêt croissant que suscitent IFC et le développement du secteur privé, pour aider les plus pauvres, ou pour faire face à l’évolution des besoins de nos pays clients à revenu intermédiaire, où vivent encore les trois quarts des personnes qui ont moins de 2 dollars par jour pour subsister. Notre programme de modernisation a pour élément moteur notre focalisation sur nos clients et l’attention que nous prêtons à leurs besoins prioritaires, par opposition à une approche surannée où tout est dicté d’en haut. Et cette modernisation met en jeu une rigoureuse optique de résultats, d’ouverture et de responsabilité. C’est pourquoi nos initiatives de libre accès à l’information, aux données et au savoir finiront peut-être par constituer l’héritage le plus important de ces cinq dernières années. Ces mesures sont essentielles au processus de démocratisation du développement. Et ces mesures posent les bases pour le renforcement de la responsabilité sociale, la lutte contre la corruption et l’établissement d’une meilleure gouvernance. L’année dernière, j’ai avancé l’idée selon laquelle la Banque mondiale et les autres composantes du multilatéralisme doivent reconnaître que des investissements au niveau de la société civile et en faveur d’une bonne gouvernance sont aussi primordiaux que ceux en matière de routes, d’usines et de centres de santé. C’est pourquoi j’aurai plaisir à annoncer, dans le courant de cette journée, la mise en place d’un nouveau Partenariat mondial pour la responsabilité sociale, destiné à fournir un appui aux efforts menés dans ce domaine par les organisations de la société civile. Cela étant, une bonne partie de ce que vous allez entendre ici dans les jours qui viennent aura trait aux ondes de choc qui résultent encore de la crise financière — aux problèmes affectant la stabilité macroéconomique et les politiques budgétaires et monétaires. Cela est important, sans aucun doute. Mais ce n’est pas suffisant. Les pays, qu’ils soient en développement ou développés, doivent se pencher sur les réformes structurelles qui seront à l’avenir les éléments moteur de leur croissance, faute de quoi le monde continuera d’avancer cahin-caha. Le Groupe de la Banque mondiale mettra l’accent sur ce processus de croissance structurelle. Cette question des réformes structurelles et de l’évolution des modèles de croissance cadre avec les grands rapports que nous avons récemment publiés, tels que China 2030 ou le Golden Growth Report consacré à l’Europe.Vous verrez aussi que la notion de croissance structurelle est présente dans les priorités que nous attachons :aux infrastructures, tout particulièrement dans le contexte des partenariats public-privé ;aux systèmes de protection sociale, afin de protéger le capital humain dans un contexte mondial instable et incertain ;à la parité hommes-femmes, pour permettre aux pays de tirer parti des possibilités de croissance qui s’attachent à l’autonomisation de toute leur population ; età l’inclusion financière, y compris à ces réunions, avec un rapport, le premier du genre, sur une mesure de l’accès aux services financiers qui montre que les trois quarts des 2,5 millions d’êtres humains qui ont moins de 2 dollars par jour pour vivre n’ont pas du tout accès aux services bancaires.Les pays en développement ont contribué pour deux tiers à la croissance mondiale au cours des cinq dernières années. Ce ne sont donc plus des considérations de charité qui s’attachent à eux : ils sont d’une importance vitale pour l’économie mondiale. Mais, bien entendu, ils sont confrontés aussi à d’énormes défis. C’est pourquoi le Groupe de la Banque mondiale se donne pour but de continuer à concentrer l’attention des dirigeants de l’économie mondiale sur la croissance, pas seulement sur la stabilité de l’économie ; sur les systèmes de protection humanitaire, pas seulement sur les systèmes de protection financière ; et sur la modernisation du multilatéralisme, de sorte que l’ensemble des 188 pays qui sont nos actionnaires puissent travailler ensemble dans le sens de leur intérêt commun. Pour finir, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Jim Kim depuis qu’il a été choisi pour me succéder. Nous aurons l’occasion de nous rencontrer peu de temps après ces Réunions de printemps pour parler du processus de transition. Je pense qu’il va faire un excellent travail, et je lui adresse tous mes vœux de réussite, à lui ainsi qu’à tous ceux qui sont associés au Groupe de la Banque mondiale. Je serai heureux de répondre à présent à vos questions. Afficher moins -
Merci Rich et merci Monsieur le Président. Les réunions du Comité du développement sont importantes pour la Banque mondiale, car elles nous permettent d’être directement à l’écoute de nos actionn... Afficher plus + aires en dehors du cadre habituel de notre dialogue avec les autorités nationales et en collaboration avec d’autres pays. Ces précieux échanges nous aident à améliorer nos activités de manière à mieux servir nos clients - les pays en développement. Depuis le milieu de 2008, quand la crise mondiale a véritablement commencé à sévir, le Groupe de la Banque mondiale a engagé en faveur des pays en développement 196 milliards de dollars émanant de la BIRD, de l’IDA, de l’IFC, l’institution du Groupe chargée des opérations avec le secteur privé, et de la MIGA, qui émet des garanties. Le décaissement de cette aide, d’un montant total de 126 milliards de dollars, s’est accéléré au plus fort de la récession. Il est clairement ressorti de nos discussions d’aujourd’hui sur la situation de l’économie mondiale que les actionnaires souhaitent que la Banque demeure une source essentielle d’aide pour les pays en développement. La tâche pourrait se révéler d’une plus grande ampleur si les signes avant-coureurs d’un essoufflement possible de leurs économies se confirmaient. Dans les pays à faible revenu, ce risque accroît l’urgence d’agir pour mettre en œuvre des programmes de protection sociale qui préservent de la récession les plus vulnérables. Nous avons contribué à étendre à plus de 40 pays l’application du modèle de transferts monétaires conditionnels conçu au départ par le Mexique et le Brésil. Et nous avons aidé 40 pays supplémentaires à mettre en place d’autres types de filets de sécurité. Mais nous devons faire plus encore, et renforcer davantage ces dispositifs. Les actionnaires souhaitent que nous continuions d’apporter une aide en temps réel face aux crises, dès qu’elles se manifestent dans l’économie mondiale C’est dans cet esprit que la Banque mondiale a annoncée aujourd’hui sa décision de porter son aide aux pays de la Corne de l’Afrique de 500 millions de dollars, le montant initialement annoncé, à 1,88 milliard de dollars au cours des cinq prochaines années. Sur cette enveloppe, 250 millions proviendront du Mécanisme de riposte aux crises de l’Association internationale de développement, le Fonds de la Banque mondiale pour les plus pauvres. Ce guichet spécial constitue à cet égard un bon exemple : nous avons demandé la création de ce mécanisme, nous l’avons mis au point, et nous avons persuadé les bailleurs de fonds à l’IDA de l’approuver il y a à peine un an. La Banque mondiale soutient l’appel collectif à l’action en faveur de la Corne de l’Afrique qui a été lancé par les institutions humanitaires des Nations Unies, avec le ferme appui du Royaume-Uni, de l’Australie, de la Commission européenne et des États-Unis, entre autres.Il ne s’agit pas seulement de faire face au désastre actuel, mais de contribuer à bâtir le redressement de demain et à renforcer résilience pour l’avenir. Une crise humanitaire ne doit pas nécessairement être une crise perpétuelle. Nos actionnaires veulent que la Banque maintienne le cap de son action, mais ils attendent aussi de nous que nous trouvions de nouveaux moyens de faire mieux – et c’est ce que nous ferons. Nous poursuivrons la mise en œuvre de notre programme de modernisation qui vise à faire du Groupe de la Banque mondiale une institution plus souple, davantage axée sur les clients, plus ouverte, rendant mieux compte de son action et toujours mue par le souci d’obtenir des résultats. Nous traversons une période difficile et les contribuables sont en droit d’attendre que leurs contributions fiscales, les impôts qu’ils payent, et nos recettes soient utilisés de la manière la plus efficace possible. J’ai aussi été heureux d’entendre les actionnaires approuver non seulement les mesures que nous avons prises en réponse à la crise, mais aussi deux priorités à long terme pour l’action du Groupe de la Banque mondiale. Les actionnaires ont souscrit aux conclusions du Rapport sur le développement dans le monde consacré à l’égalité des genres selon lesquelles l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas seulement un objectif fondamental en soi, mais aussi un atout pour l’économie et une condition essentielle pour éradiquer la pauvreté. Cette notion de bon sens n’est pas toujours communément admise. Or, comment une société peut-elle réaliser pleinement son potentiel si la moitié de ses habitants sont souvent traités comme des citoyens de seconde zone ? Dorénavant, nous nous attacherons donc à faire en sorte que cette dimension soit prise en compte dans toutes nos activités, depuis les opérations concernant les titres fonciers jusqu’aux projets d’infrastructure, en passant par la conception des systèmes de protection sociale. Les actionnaires ont également approuvé le thème du prochain Rapport sur le développement dans le monde, qui sera consacré à l’emploi. Face à l’explosion du chômage dans les économies développées, au gonflement de la population jeune et à la pénurie d’emplois – et à la perte de la dignité conférée par le travail – autant d’éléments à l’origine, parmi beaucoup d’autres, du Printemps arabe, ce projet tombe à point nommé. Nous avons également eu l’occasion durant ces réunions d’examiner la situation internationale, et plus particulièrement le risque que l’absence d’une action décisive de la part de l’Europe et des États-Unis puisse ébranler l’ensemble de l’économie mondiale, en faisant dérailler les pays en développement, qui se trouvent être aujourd’hui les moteurs de la croissance mondiale. Les chiffres communiqués par les pays en développement au cours du mois, et même de la semaine, écoulés sont inquiétants et renvoient l’image d’économies chancelantes. Comme l’a dit Ben Franklin pendant une autre période de crise, nous devons nous serrer les coudes si nous voulons survivre – hommes et femmes, économies développées et en développement, G‑20 et G-187, tous les pays membres de la Banque mondiale. Tel est selon moi le message fondamental de ces réunions. Je vous remercie. Afficher moins -
Bonjour. Je vous remercie tous d’être venus assister à la conférence de presse marquant l’ouverture des Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI. Je voudrais tout d’abord saisir cett... Afficher plus + e opportunité pour dire à quel point je me réjouis de pouvoir travailler avec Christine Lagarde dans ses nouvelles fonctions à la tête du FMI. Nous avons naturellement déjà eu l’occasion de collaborer depuis sa première nomination au poste de ministre du commerce extérieur de la France. J’ai vu son habileté, sa perspicacité – et son leadership – à l’œuvre, et je sais que ces qualités feront d’elle un précieux partenaire en ce moment critique pour l’économie mondiale. Avant de tenter de répondre à vos questions, je voudrais vous donner une idée des thèmes qui devraient selon moi être débattus durant ces réunions. Ces assemblées sont, pour l’équipe dirigeante et pour moi-même, l’occasion de prendre le pouls des pays clients, d’écouter leurs préoccupations et d’ajuster notre stratégie afin de leur apporter un soutien aussi efficace que possible. L’action menée par la Banque mondiale pour répondre aux besoins des clients a gagné en rapidité et en précision. Mais nous pouvons assurément faire mieux. Les deux principaux thèmes de ces réunions sont l’égalité des genres et l’emploi. Tandis que les turbulences des marchés financiers font les manchettes des journaux, ce sont les réponses à ces questions structurelles qui peuvent constituer le fondement d’une croissance durable. L’édition du Rapport sur le développement dans le monde que nous venons de publier est consacrée à l’égalité des genres. Elle révèle que l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas seulement un objectif fondamental. C’est aussi un atout économique. Les femmes, comme me l’a fait remarquer l’un de vos collègues, sont le prochain grand marché émergent. Comment le monde pourrait-il réaliser pleinement son potentiel de croissance s’il ne parvient pas à offrir de meilleures perspectives à la moitié de la population du globe – la gent féminine – et à mobiliser les énergies et les contributions des femmes et des filles ? Près de quatre millions de filles et de femmes « manquent à l’appel » chaque année dans les pays en développement comparé aux chiffres de population féminine dans les pays développés. C’est comme si Los Angeles, ou Johannesburg, ou Yokohama étaient rayées de la carte. Faciliter l’accès au crédit et aux droits fonciers. Supprimer les barrières au travail et à l’emploi. Investir dans la santé, l’eau, l’éducation. Donner davantage voix au chapitre aux femmes. Voilà ce dont il s’agit. Prêter davantage attention à ces objectifs– voire éliminer simplement les obstacles qui s’opposent à leur réalisation– peut faire une grande différence. Durant ces réunions, nous mettrons en chantier la prochaine édition du Rapport sur le développement dans le monde, qui portera sur un autre ressort fondamental de la croissance économique : l’emploi. La dernière édition du Rapport publiée par la Banque sur ce thème remonte à 16 ans, et bien des choses ont assurément changé depuis lors. À cette époque, la question qui se posait était celle de l’effet de la mondialisation sur l’emploi. Aujourd’hui, nous vivons dans une économie multipolaire très différente. Le thème qui occupera selon moi une place prépondérante dans les discussions avec nos actionnaires cette semaine est le fait que les perspectives s’assombrissent pour les clients de la Banque mondiale, à savoir les pays en développement. Jusqu’à une date récente, les pays en développement faisaient figure d’exception dans l’économie mondiale. Ils représentaient la moitié environ de la croissance mondiale, tandis que l’Europe, le Japon et les États-Unis étaient aux prises avec des niveaux d’endettement et de chômage élevés. Les économies développées vacillent, mais la situation des marchés émergents risque de se dégrader. Depuis le mois d’août, nous constatons que les spreads sur les obligations de ces pays augmentent, que leurs marchés boursiers sont en baisse, comme dans les pays développés, et que les flux de capitaux vers les marchés émergents ont nettement diminué. Le recul des exportations était déjà préoccupant. En l’état actuel des choses, l’effondrement des marchés et l’érosion de la confiance pourraient précipiter la chute des investissements dans les économies en développement et provoquer éventuellement une contraction de la consommation. Si la demande intérieure des pays en développement diminuait, leur croissance économique ne pourrait plus être le moteur de la reprise mondiale. Or, les pays en développement ne disposent plus comme en 2007 -2008 des moyens de résister à un nouveau choc. Leurs ressources budgétaires ne leur permettent plus de sortir de la récession en augmentant simplement les dépenses ; et plusieurs mènent une politique monétaire de la corde raide, en s’efforçant de maintenir un équilibre entre les pressions sur les prix et ces nouveaux dangers. Si l’on ajoute à cela l’instabilité et le niveau élevé des prix alimentaires – qui pénalisent plus particulièrement les pauvres des pays en développement – et le risque de montée du protectionnisme, on voit que les pays en développement font face à des vents contraires de plus en plus forts. Si la situation se détériorait davantage, les pays en développement pourraient voir leur activité décroître, les prix de leurs actifs diminuer, et leurs prêts improductifs augmenter. Compte tenu de ces pressions et de ces perspectives, nous devons anticiper la montée éventuelle des protectionnismes, les politiques du « chacun pour soi » et le risque de repli populiste. Le monde est dans une situation dangereuse. En 2008, beaucoup ont dit qu’ils n’avaient pas vu venir la tourmente. Les dirigeants ne peuvent invoquer cette excuse aujourd’hui. Lorsque l’on est confronté à un danger, il faut savoir faire preuve de courage. À entendre certains responsables d’économies développées, les problèmes de ces pays ne concernent qu’eux. Tel n’est pas le cas. Je persiste à penser qu’une récession à double creux des grandes économies mondiales est peu probable. Toutefois ma confiance en ce domaine est un peu plus ébranlée chaque jour par la litanie incessante des mauvaises nouvelles économiques. Une crise causée par le monde développé pourrait se propager et engendrer une crise dans les pays en développement. L’Europe, le Japon et les États-Unis doivent prendre des mesures pour s’attaquer à leurs graves problèmes économiques avant qu’ils ne deviennent des problèmes encore plus graves pour le reste du monde. Ne pas agir serait irresponsable. Mais je sais bien que les dirigeants seront obligés d’avoir des conversations honnêtes et difficiles avec leurs parlementaires et leurs citoyens pour expliquer leurs actions. Plus ils attendront et plus leurs options seront limitées, plus elles seront difficiles à appliquer et plus elles seront onéreuses. Que nous venions d’un pays en développement ou d’un pays développé, nous sommes tous concernés par la manière dont ils feront face à la situation. Pour finir, je tiens également à noter que la Banque tiendra ces assemblées dans le prolongement de la réunion des Nations Unies à New York – pour aider les pays déchirés par un conflit – par exemple en portant l’attention sur les pays situés dans la Corne de l’Afrique, le Soudan du Sud, la Côte d’Ivoire, l’Afghanistan et la Libye. En dehors du cadre des réunions organisées avec les Gouverneurs arabes et les représentants des Fonds arabes, que j’ai rencontrés hier soir, et avec les Ministres de la Tunisie et de l’Égypte, j’aurai l’occasion de m’entretenir avec M. Ahmed Jehani, qui est le nouveau Ministre libyen de la Stabilisation et de la Reconstruction. Je suis prêt maintenant à répondre à vos questions. Afficher moins -
M. MILLS : Je vous remercie d’être venus participer à cette conférence de presse. M. Zoellick prononcera tout d’abord une allocution en introduction aux Réunions de printemps, puis répondra... Afficher plus + à vos questions. Nous vous demanderons de vous présenter lorsque vous poserez une question et d’indiquer l’organe de presse pour lequel vous travaillez. Nous vous prions aussi d’éteindre vos téléphones cellulaires et vos bipeurs. Sans plus attendre, je donne la parole à M. Zoellick. M. ZOELLICK : Merci Rich et merci à vous tous d’être venus. Nous sortons peut-être d’une crise — à savoir la crise financière et économique —, mais nous sommes confrontés à de nouveaux risques et de redoutables défis : l’instabilité et le niveau élevé des prix alimentaires ; l’envolée des prix des combustibles et ses répercussions sur la situation alimentaire et, à travers celle-ci, sur la sécurité ; les troubles politiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ; les remous en Côte d’Ivoire ; les catastrophes naturelles à répétition ; l’accélération de l’inflation, accompagnée d’un certain risque de surchauffe, sur les marchés émergents ; les problèmes de dette souveraine en Europe. Aujourd’hui, je souhaite parler de la plus grande menace à laquelle sont confrontés les pauvres du monde entier : la volatilité et le niveau élevé des prix alimentaires. Nous publions, aujourd’hui même, une mise à jour de notre Food Price Watch. Les chiffres qu’elle contient décrivent une triste situation caractérisée par des pressions persistantes et brutales sur les populations pauvres. Vous connaissez tous les composantes du problème : une forte inflation des produits alimentaires conjuguée aux fluctuations des prix et au coût élevé des combustibles. Le tout donne un mélange toxique produisant de réelles souffrances qui contribuent aux troubles sociaux. Les prix alimentaires n’étaient pas la cause des crises qui ont éclaté au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, mais ils en constituaient un facteur aggravant. La dernière édition de notre Food Price Watch montre que l’Égypte et la Syrie enregistrent une inflation à deux chiffres dans le secteur des denrées alimentaires. Elle indique aussi que la flambée des prix des produits de base pénalise particulièrement les pays pauvres. Selon les données provenant de 46 pays et portant sur la période 2007–10, la hausse des prix des produits alimentaires est plus forte dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure que dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et les pays à revenu élevé, notamment lorsque les prix internationaux s’envolent. En ce qui concerne les prix des denrées alimentaires, nous sommes à un stade décisif. Ces prix ont augmenté de 36 % par rapport à leur niveau d’il y a un an et restent proches de leur record de 2008. Quarante-quatre millions d’êtres humains sont tombés dans la pauvreté depuis juin dernier. Selon nos estimations, une hausse de 10 % de l’indice des prix alimentaires risquerait de précipiter 10 millions de personnes supplémentaires sous le seuil d’extrême pauvreté, c’est-à-dire 1,25 dollar par jour. Une poussée des prix de 30 % pourrait entraîner une augmentation de 34 millions du nombre d’êtres humains vivant dans la pauvreté, qui est aujourd’hui de 1,2 milliard. Nous pouvons remédier à cette situation. Certains se sont demandés ce que peut faire le G-20. La réponse est que le G-20 peut jouer un rôle de premier plan. J’estime que le multilatéralisme doit s’attacher à mener des actions concrètes à court terme tout en préparant des initiatives à moyen et long terme. Je me réjouis donc que la France ait fait de la question de l’alimentation une des grandes priorités de sa présidence du G-20. Nous collaborons étroitement avec ce dernier, et je pense que nous pouvons prendre un certain nombre de mesures importantes susceptibles d’améliorer la situation dans deux domaines majeurs : la volatilité des prix alimentaires et la sécurité alimentaire. Nous allons utiliser les réunions du G-187 pour ouvrir la voie. Premièrement, nous travaillons à l’élaboration d’un nouveau code de conduite à l’attention des pays dans le domaine des interdictions d’exporter. À tout le moins, ce type de mesures ne devrait pas s’appliquer aux organisations humanitaires, telles que le Programme alimentaire mondial. Deuxièmement, nous pensons qu’il serait bon de disposer de meilleures informations sur la qualité et la quantité des stocks de denrées alimentaires. Troisièmement, nous appuyons la constitution de stocks alimentaires de faible taille à caractère humanitaire, gérés par le Programme alimentaire mondial, dans des endroits tels que la Corne de l’Afrique. Quatrièmement, il y a lieu d’aider les pays à mieux gérer les risques dans le domaine agricole. Cinquièmement, la Banque mondiale et les banques régionales de développement peuvent aider les pays à se porter rapidement au secours des populations les plus vulnérables grâce à des programmes d’alimentation et de protection sociale efficaces et ciblés plutôt que par le biais de contrôles des prix inopportuns ou d’augmentations de salaire généralisées. Il est possible de faire davantage aussi dans le domaine de la production. À l’heure actuelle, la Banque mondiale investit environ sept milliards de dollars par an dans l’amélioration — graines, irrigation, stockage, etc. — de la production agricole. Nous investissons dans l’ensemble de la chaîne de valeur. Un aspect particulièrement important est la recherche agricole visant à mettre au point des graines de meilleure qualité. Avec la France et le G-20, nous discutons de la possibilité de lier cette question aux inquiétudes suscitées par le changement climatique et d’examiner certaines priorités en matière de recherche tout en intensifiant notre appui aux 15 principaux centres de recherche agricole du monde. J’estime qu’il est possible d’atteindre ces objectifs dans les mois à venir, et j’attends des résultats de la réunion des ministres de l’Agriculture du G-20 qui aura lieu en juin en France. Je me réjouis à la perspective de continuer de travailler avec les autorités françaises et d’autres acteurs pour rendre cela possible. Comme je l’ai dit, les troubles du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord figurent parmi les principales questions touchant à la situation alimentaire. La rapidité et l’ampleur des initiatives varieront d’un pays à l’autre, mais le Groupe de la Banque mondiale s’efforce d’être à l’écoute et d’aider les pays à aller de l’avant. En Tunisie, la Banque mondiale apportera son appui aux autorités sous la forme d’une opération de soutien budgétaire d’un montant de 500 millions de dollars qui devrait permettre de mobiliser 700 millions de dollars supplémentaires auprès d’autres bailleurs de fonds. Les réformes porteront essentiellement sur la liberté d’association, l’accès à l’information et la transparence des marchés publics. De surcroît, nous soutiendrons les efforts engagés par les autorités pour tenter de réduire les disparités économiques régionales, simplifier les formalités administratives, renforcer les dispositifs de comptabilité et les mesures de contrôle au niveau de l’organisme d’audit et créer un programme pilote pour l’emploi. L’équipe chargée du secteur privé à l’IFC a entrepris de déterminer comment stimuler l’investissement privé, notamment par le biais d’intermédiaires financiers qui peuvent obtenir des crédits pour aider les entreprises à se développer. Nous ne devons pas oublier que la révolution tunisienne a commencé par le suicide d’un marchand de fruits harcelé par les autorités. Nous apporterons donc notre appui aux efforts déployés par la Tunisie pour restreindre l’application arbitraire de réglementations et de formalités administratives. Je me rendrai en Tunisie en mai pour déterminer comment nous pouvons aider davantage le peuple tunisien. L’IFC — l’institution du Groupe de la Banque mondiale spécialisée dans l’aide au secteur privé — a annoncé hier une initiative visant à aider directement la région à résoudre un de ses problèmes : le chômage. Intitulée « L’Éducation pour l’emploi », cette initiative aidera les jeunes à acquérir les compétences nécessaires pour réussir sur le marché du travail. Cette initiative implique que l’on collabore avec les prestataires publics et privés de services d’éducation, la société civile, les responsables de l’action publique et des administrations publiques et les employeurs du secteur privé pour permettre à la jeunesse du monde arabe de faire fructifier les extraordinaires possibilités qui s’offrent à elle. Nous sommes heureux que la Banque islamique de développement soit notre partenaire dans le cadre de cette initiative. Avec l’IFC nous cherchons à mobiliser entre 1,5 et 2 milliards de dollars pour les investir dans des programmes de l’initiative « Éducation pour l’emploi » dans les pays arabes au cours des cinq prochaines années. Nous avons accompli aussi des progrès dans le renforcement des capacités des sociétés civiles du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, un sujet que j’ai mentionné dans mon discours de la semaine dernière. La Banque mondiale annoncera aujourd’hui qu’elle accordera un don de 3,5 millions de dollars au Réseau affilié sur la responsabilité sociale dans le monde arabe, un réseau d’organisations de la société civile. Aujourd’hui, je présiderai une réunion de mes collègues des banques multilatérales de développement consacrée aux défis auxquels sont confrontés le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Plus tard, les représentants des banques multilatérales de développement, les ministres des Finances du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord et les représentants des pays du G-7 participeront à un Dialogue sur les transitions en cours au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La Banque joue un rôle au sujet des événements exceptionnels qui se déroulent en Côte d’Ivoire. Je rencontrerai cette semaine le ministre ivoirien des Finances, Charles Koffi Diby. La Côte d’Ivoire a besoin de sécurité, d’emplois et de justice. En collaboration avec ses partenaires régionaux, la Banque se tient prête à lui accorder une aide importante sous forme d’assistance financière et technique et d’aide à la formulation des politiques. Si les conditions de sécurité le permettent, nous pourrons réactiver, dans les deux prochaines semaines, certains programmes de la Banque mondiale d’un montant d’environ 100 millions de dollars pour aider la population ivoirienne. Notre intention est de nous concentrer sur les infrastructures d’urgence, les services d’approvisionnement en eau, le ramassage des ordures et le fonctionnement des écoles et des cliniques. Il est donc particulièrement approprié pour nous de publier cette semaine notre Rapport sur le développement dans le monde, qui recommande d’agir rapidement, de fournir l’aide nécessaire et de réaliser des progrès sur le terrain. Nous pouvons aussi fournir une aide ciblée aux victimes de violences sexuelles dont le nombre, malheureusement, a considérablement augmenté durant la crise qui a suivi les élections. Pour ce qui est des prix alimentaires, les pauvres de la planète ne peuvent pas attendre. Comme l’indique l’appareil de « décompte de la faim » installé devant notre bâtiment, on recense près d’un milliard d’êtres humains sous-alimentés et ce nombre augmente de 68 personnes chaque minute, c’est-à-dire plus d’une personne toutes les secondes. Le temps ne joue pas en notre faveur. Nous devrons donc agir très vite pour rattraper le retard si nous voulons éviter de perdre une génération. Afficher moins -
Introduction : Qu’est-ce qui vient de se passer ?Il arrive parfois qu’un événement ait une portée qui dépasse de beaucoup ses conséquences immédiates.En décembre dernier, lorsque Mohamed Bouazizi s’es... Afficher plus + t fait confisquer la balance qu’il avait sur son étal de fruits, en se faisant gifler par un policier devant une foule de badauds, et qu’il s’est fait ensuite rabrouer quand il est allé se plaindre aux autorités, cela l’a poussé, meurtri et à bout, à s’immoler par le feu sur la place publique. L’éruption populaire que son acte désespéré a déclenchée s’est alors propagée comme une traînée de poudre au reste de la Tunisie et dans tout le Moyen-Orient.Répercutée sur Facebook, Twitter et les autres médias sociaux, la nouvelle du décès de Mohamed Bouazizi a fini par faire basculer un régime qui, pendant des jours, n’avait pas trouvé d’autre mot que « l’incident » pour évoquer son sort tragique par la voie de ses organes officiels. Il s’est avéré que la Tunisie comptait par dizaines de milliers des cas similaires à celui de Mohamed Bouazizi. Et le fait est que l’on peut en trouver partout dans le monde, chaque fois que la pauvreté, l’exclusion sociale, la privation des droits civiques, ou l’absence du droit et la règle de l’arbitraire privent des hommes, des femmes et des enfants de toute opportunité, de tout espoir.Mais les enseignements de ces événements de Tunisie et du Moyen-Orient débordent largement du cadre d’une région, d’un pays ou d’une place de marché. La mort d’un jeune marchand de fruits a des ramifications qui vont bien au-delà du séisme politique qui ébranle cette région. Il y a des leçons à en tirer pour cette région et pour le monde, pour les gouvernements et pour les organismes de développement, de même que pour la science économique.Moderniser le multilatéralisme : Le monde arabe est-il différent ?Depuis mon arrivée à la Banque mondiale, en 2007, j’ai fait valoir qu’il nous faut « moderniser le multilatéralisme ».Cela signifie réformer les institutions internationales telles que le Groupe de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, afin de mieux refléter les réalités inhérentes aux changements qui s’opèrent aujourd’hui dans les rapports de force économiques à l’échelle mondiale.Il s’agit de pousser nos institutions à agir de manière plus rapide, plus souple, plus ouverte et plus attentive aux besoins de nos clients.Cela signifie que l’on doit s’employer à résoudre les problèmes de façon pragmatique, et pas seulement traiter du problème des pauvres en tant qu’objets de politiques spécialisées.Il s’agit de démocratiser l’économie du développement de sorte que chacun puisse jouer un rôle dans la conception, l’exécution et l’amélioration continuelle des solutions adoptées en matière de développement.Cela signifie qu’il y a lieu de reconnaître que des organisations conçues avec des structures hiérarchiques du milieu du XXe siècle doivent désormais agir de manière souple et interconnectée au sein de structures de réseaux véritablement planétaires — des réseaux mettant en jeu aussi bien les États que des entreprises privées, des organes de la société civile, d’autres organismes internationaux et des instances parlementaires.Il s’agit de ne pas permettre qu’un recours au soi-disant « multilatéralisme » serve d’excuse à l’absence d’action collective : à nous de faire en sorte que le multilatéralisme fonctionne de manière effective.Et cela signifie reléguer dans l’histoire ancienne les vieilles appellations de « tiers monde », comme de « premier » ou « deuxième », en reconnaissant que les idées préconçues selon lesquelles le savoir et le pouvoir doivent se transmettre du Nord au Sud, d’Ouest en Est ou des riches aux pauvres n’ont plus cours.Mais reléguer ces étiquettes surannées dans le passé ne revient pas à dire que tous les pays et toutes les régions sont identiques.C’est précisément en étant conscients de ces différences que nous avons lancé, en 2007, l’Initiative en faveur du monde arabe, l’une des six orientations stratégiques définies alors pour la Banque mondiale. Certains se sont interrogés sur le pourquoi de cet axe stratégique.Lors des Assemblées annuelles de 2007, j’ai déclaré : « … un des défis les plus déterminants qui se posent à nous à l’heure actuelle consiste à trouver le moyen d’aider ceux qui cherchent à promouvoir le développement et les opportunités au sein du monde arabe. Les pays dont je parle étaient jadis des centres d’échanges et de savoir, ce qui donne une idée des potentialités qui existent s’ils parviennent à surmonter les conflits et les facteurs faisant obstacle à la croissance et au développement social. En l’absence d’une croissance largement répartie, ces pays auront à affronter des tensions sociales et le problème posé par une vaste population de jeunes qui ne peuvent trouver d’emplois. »Les raisons qu’il y avait de prêter particulièrement attention au monde arabe semblaient claires à l’époque, et elles paraissent évidentes à présent : son secteur pétrolier mis à part, la région est faiblement intégrée à l’économie mondiale. De toutes les régions en développement, c’est celle qui connaît le plus fort chômage, les pires taux de sous-emploi chez les individus les mieux instruits, et les plus faibles taux d’activité économique parmi les femmes.Qu’ils soient pauvres ou plus aisés, les pays de la région souffrent d’un manque de diversification de leurs économies et d’une faible responsabilisation au niveau de leur sphère publique, et ils sont également victimes de la corruption et de conflits.Leurs économies affichent un net déséquilibre dans le sens des exportations de pétrole et de produits de base. En 2008, les exportations de produits non pétroliers ne représentaient que 16 % du PIB dans cette région Moyen-Orient et Afrique du Nord, contre 44 % en Asie de l’Est.Ce manque de diversification signifie que la région est dépourvue de secteurs manufacturiers ou de services dynamiques qui puissent générer des emplois aujourd’hui et à l’avenir.Et comme l’investissement privé n’y représente en moyenne que 15 % du PIB environ, contre près de 25 % en Asie du Sud, le gonflement de sa population de jeunes n’a guère d’autres exutoires qu’un emploi dans le secteur public — mais les nouveaux postes y sont rares — ou la rue.En dépit de cela, il y a eu des progrès. Des indicateurs tels que les niveaux de mortalité infantile, de santé maternelle, d’alphabétisation et d’espérance de vie se sont améliorés, et la part de la population ayant moins de 1,25 dollar par jour pour subsister a diminué.Au niveau des économies, il y a eu des avancées en termes de résultats macroéconomiques. Un certain nombre de pays affichent des taux de croissance réguliers, quoiqu’insuffisants pour répondre à la demande d’emplois, et il y avait eu, avant la crise mondiale, quelques signes initiaux d’amélioration de l’investissement étranger.Mais les institutions restent sclérosées, et le processus de modernisation a été trop partiel, et trop tributaire d’un petit nombre de pays réformateurs, pour prendre vraiment racine. Le fait que les efforts ont été menés du sommet vers la base ont empêché que le public soit associé au processus ou puisse faire part de ces griefs. Les formes traditionnelles de consultation des composantes de la société ont été mises sous l’éteignoir, et les élites au pouvoir ont fini par être isolées.Que doit-on faire ? De la sphère politique à la sphère économiqueDans un discours prononcé l’année dernière, j’ai noté qu’il y a lieu de se demander ce que l’économie du développement nous a apporté, et si elle nous est utile.J’ai insisté sur l’idée que nous devons faire de l’économie du développement un moyen pratique de venir en aide aux individus — qu’ils soient ministres, responsables politiques, dirigeants communautaires ou encore, cela va sans dire, vendeurs de fruits — et pas seulement quelque chose de théorique et abstrait. Une science économique en prise sur la réalité de la rue est une façon avisée de saisir l’économie de marché.Cela vaut au Moyen-Orient peut-être plus que partout ailleurs.Il y a deux semaines environ, nous avons organisé à la Banque mondiale une conférence afin d’inviter des groupes de jeunes et de femmes, et ceux qui sont des facteurs de changement, à faire entendre leur voix.Qu’est-ce qu’ils veulent tous ?Ils veulent qu’on leur donne une chance ; ils veulent la justice ; ils veulent un emploi.Ils demandent des règles et des lois qui soient équitables, prévisibles et transparentes.Ils veulent de quoi nourrir et abriter leur famille, de bonnes écoles pour leurs enfants, et des quartiers où vivre en sécurité.Ils demandent des forces de police qui jouent un rôle de protecteurs et non pas de prédateurs, et des gouvernants en qui ils puissent avoir confiance.Ils veulent que les notions de voix et de responsabilité soient une réalité — à l’échelon des villages, des villes et des quartiers.Ils demandent à avoir leur mot à dire sur des services publics qui sont dénaturés au point de ne pas être à la disposition du public et de ne pas fournir de véritable service.Ils veulent disposer d’informations, et avoir le droit de savoir et de participer.Ils demandent un nouveau contrat social.Ils réclament la dignité.Ils réclament le respect.Et pour les femmes, les attentes sont exactement les mêmes.Certains dans cet auditoire diront : Oui, c’est peut-être là ce qu’ils veulent. Mais cela relève de la politique, pas de la science économique.À cela je réponds ici même : Cela relève peut-être en partie de ce que l’on considère comme de la politique. Mais pour l’essentiel, cela correspond aussi à ce que l’on sait être une bonne approche de l’économie, une bonne façon de lutter contre la corruption, et une bonne manière d’assurer un développement solidaire et durable.Pour une approche différente du développement : Un nouveau contrat socialIl y a 20 ans, la Banque mondiale ne parlait pas de corruption : pour notre personnel, il s’agissait du « mot commençant par c » ; pour nos actionnaires et notre Conseil, le sujet était par trop politique ; et nous pratiquions une sorte d’autocensure en le rayant de nos documents. Aujourd’hui, combattre la corruption fait partie essentielle des projets et programmes de la Banque mondiale. Nos actionnaires savent que la corruption est un boulet pour les économies, qu’elle fait payer un lourd tribut aux pauvres, et qu’elle tue dans l’œuf toute opportunité.Il y a 18 ans, la Banque mondiale parlait rarement de parité hommes-femmes. Pour certains, c’était trop politique. Aujourd’hui, on sait que l’égalité entre hommes et femmes est une notion de bon sens au plan économique. On sait que les pays où il y a une plus grande égalité des sexes ont tendance à avoir des taux de pauvreté moins élevés, que les chances de survie d’un enfant sont 20 fois plus grandes si le revenu familial est entre les mains de la mère, que le simple fait de donner aux femmes plus de contrôle sur les facteurs de production agricole peut engendrer des gains de productivité allant jusqu’à 20 % dans certains pays.Il y a dix ans, on commençait seulement à parler de transparence. Aujourd’hui, la Banque mondiale est la seule organisation multilatérale à être dotée d’une vaste politique de liberté de l’information : nous avons ouvert grand les portes de nos programmes de recherche et rendu publiques plus de 7 000 séries de données ; nous avons lancé un processus de conception d’applications logicielles et des concours à l’intention des concepteurs d’applications, pour que les chercheurs, professionnels et membres de la société civile puissent à partir de là effectuer leurs propres calculs — et vérifier indépendamment les nôtres.Lutte contre la corruption, égalité hommes-femmes, transparence. Il est primordial pour le Groupe de la Banque mondiale de se lancer constamment des défis afin de rafraîchir sa façon d’appréhender le développement.Il est primordial pour un multilatéralisme moderne d’être ouvert aux idées nouvelles.Nous ne devons pas nous arrêter là.On sait que le fait pour un pays de publier ou non ses statistiques économiques, d’assurer ou non l’indépendance de ses fonctions d’audit, et de rendre plus ou moins transparentes ses finances publiques est, à tous ces égards, quelque chose d’important.Pour prendre le cas de l’Égypte, par exemple, on sait que beaucoup de statistiques économiques de base n’y sont même pas rendues publiques. Il y a quelques années, nous avons travaillé avec des réformateurs égyptiens à l’élaboration d’un texte de loi sur la liberté de l’information, mais ce texte a fini par se trouver englué dans les pesanteurs du système en place.Le gouvernement de transition a maintenant ressuscité ce projet de loi. Et il veut que la Banque mondiale l’aide à instaurer un plus grand degré de transparence dans les recettes de son secteur des hydrocarbures.En Tunisie, les autorités prennent actuellement des mesures pour recouvrer les avoirs volés, au plan interne et international, et pour renforcer la liberté d’association et l’accès à l’information.On sait que la transparence des systèmes de passation des marchés publics a de l’importance, et que la façon dont un pays gère ce processus peut contrer la corruption, promouvoir la concurrence, générer des économies et entraîner de meilleurs services publics. Nous avons à présent collaboré avec 41 pays du monde entier en vue d’améliorer le degré de transparence, de compétitivité et d’efficacité de leurs dispositifs de passation des marchés publics.Nous avons aussi travaillé aux côtés de 34 pays en vue d’améliorer l’accès à l’information publique pour leurs administrés.Et notre Société financière internationale travaille aujourd’hui sur le dossier du gouvernement d’entreprise dans 64 pays et auprès de plus de 3 200 sociétés.Ce ne sont pas là des considérations bassement techniques, qui constituent un luxe dont seuls les pays développés peuvent se prévaloir. Ce sont des aspects qui témoignent de la qualité de la gouvernance, qui permettent d’améliorer les politiques publiques, et qui sont un signe d’intégrité. Ils constituent une marque de respect pour le public, et font de la détention d’une charge publique un devoir. Ils peuvent sembler être de nature politique, mais ce sont assurément des notions économiques.Tout cela s’inscrit dans la théorie des choix publics. Pour les auteurs de cette théorie, nous devons veiller à considérer la façon dont les États fonctionnent effectivement, au lieu de la façon dont on aimerait qu’ils fonctionnent. Les tenants de cette théorie ont préconisé l’établissement de meilleures incitations et opportunités pour que les administrés puissent exercer un contrôle plus effectif sur leurs gouvernants, et ils ont raison.De l’importance des institutionsLes événements qui se déroulent actuellement au Moyen-Orient sont en soi mémorables, mais ils ne sont pas sans rappeler le passé.L’humiliation subie par un vendeur de fruits tunisien n’est pas sans rappeler les menaces et pressions qu’avait connues en 1989 un pasteur d’origine hongroise en Roumanie. Les manifestations d’alors s’étaient muées en soulèvement sanglant qui avait mis fin à 22 années de régime dictatorial de Nicolae Ceausescu, tout comme celles de Tunisie ont mis fin à l’ère Ben Ali.Mais si l’étincelle a peut-être été analogue dans les deux cas, le cours qu’est amenée à suivre une explosion révolutionnaire est impossible à prédire.On ne sait pas encore si 2011 est similaire à 1989, 1979, 1968, 1848 ou une autre année.Mais on sait, et c’est ce que souligne notre Rapport sur le développement dans le monde qui doit paraître la semaine prochaine sur le thème « Conflits, sécurité et développement », qu’il est capital de renforcer les institutions légitimes et la gouvernance dans une optique de sécurité, de justice et d’accès à l’emploi pour les citoyens, afin d’éviter des cycles incessants d’instabilité et de violence.L’héroïsme d’individus ne suffit pas ; une réforme des bureaucraties ne suffit pas. Ce qui compte, c’est la participation des citoyens, ainsi qu’un flux de communication limpide entre la société et ses gouvernants.La Banque mondiale se donne de travailler aux côtés des pays de la région et du monde entier pour les aider à renforcer leur niveau d’efficacité et de responsabilité. Nous rencontrerons plus ou moins de succès selon que leurs dirigeants seront plus ou moins prêts à abandonner de leurs prérogatives de direction et de commandement pour tendre vers plus d’ouverture.À partir du moment où les pays ouvriront la voie à ce que le secteur privé ait toutes ses chances, où ils mettront fin aux situations d’oligarchies et d’oligopoles, où ils tableront sur les forces vives de leur société, et où ils respecteront les choix publics, il y aura moyen d’accomplir énormément.Et aucun pays ne pourra réaliser pleinement son potentiel s’il ne tient pas compte des capacités de la moitié de sa population, c’est-à-dire sa population féminine.Le message que nous adressons à nos clients, quel que soit leur régime politique, est qu’il n’y a pas moyen pour eux d’assurer leur développement sans une bonne gouvernance et sans la participation de leurs citoyens.Nous nous donnons d’encourager les gouvernements à publier leurs données, à adopter des textes de loi sur la liberté de l’information, à assurer la transparence de leurs procédures budgétaires et de passation des marchés, à se doter de fonctions d’audit indépendant, et à promouvoir des réformes de leurs systèmes de justice.Nous n’accorderons pas de prêts directs en matière de soutien budgétaire dans les pays qui ne publient pas les données sur leurs budgets ou, dans des cas exceptionnels, qui ne s’engagent pas au moins à le faire dans un délai de 12 mois.Nous entendons disséminer les exemples de réussites que d’autres pays en développement ont obtenues en instituant une meilleure gouvernance et en assurant une plus grande participation de leur population.Au Mexique, un groupe de six organisations non gouvernementales avait découvert, en invoquant un texte de loi sur le droit à l’information, que la réaffectation arbitraire de certains fonds publics avait retiré un montant équivalant à 3 millions de dollars à un programme de lutte contre le sida. Quand certains éléments réformateurs au pouvoir ont eu vent de cette découverte, cela a entraîné à brève échéance l’adoption de mécanismes de responsabilisation formels, et notamment des audits périodiques des affectations de crédits budgétaires.En Afrique du Sud, un institut géré par l’Université de Rhodes, le Public Service Accountability Monitor, travaille en collaboration avec les institutions supérieures de contrôle des finances publiques pour améliorer, au nom de la transparence, l’application des réglementations dans ce domaine, contribuant ainsi à de meilleures prestations de services publics.De l’importance des citoyensLes institutions comptent, mais il en est de même des citoyens.Une société civile solidement établie peut exercer un contrôle sur les budgets, demander et publier des informations, mettre en cause les lourdeurs bureaucratiques, protéger les biens privés, et assurer un suivi sur les prestations de services publics. La société civile peut insister pour que les droits des citoyens soient respectés, et elle est en mesure d’assumer elle-même des responsabilités.Une opinion publique disposant de moyens est le fondement même d’une société plus solide, d’un système de gouvernement plus effectif et d’un État plus prospère.On en a la preuve si l’on considère les investissements entrepris dans le monde en matière de développement communautaire, qui octroient directement des fonds aux communautés locales pour qu’elles puissent fixer leurs propres priorités, superviser leurs propres projets et contrôler leurs propres deniers. L’autonomisation des individus n’est certes pas parfaite, mais elle peut avoir d’importants impacts. Au cours des dix dernières années, la Banque mondiale est venue en aide à des dizaines de milliers de villages et de quartiers dans le cadre de projets de développement communautaire couvrant plus de 100 pays.On en a vu les effets en Ouganda, lorsque les budgets d’éducation locaux ont été affichés sur les portes des établissements scolaires pour permettre aux parents de vérifier si les manuels avaient effectivement été fournis ou les enseignants étaient bien en poste — et les résultats scolaires se sont améliorés.En Chine, l’approche dite de « consultation délibérative » a été employée dans les zones rurales pour sonder les communautés sur des questions telles que la tarification de l’eau ou de l’électricité, ou la relocalisation d’exploitants. Certains responsables chinois ont également institué des sondages pour évaluer les performances. La Banque finance actuellement un projet de lutte contre la pauvreté dans 70 villages défavorisés de Chine en faisant appel à certains aspects du développement communautaire pour favoriser des processus collectifs de prise de décision, de gestion et de suivi du développement local.Grâce aux nouvelles technologies, on est en mesure d’obtenir en temps réel un retour d’information sur mesure et plus effectif.Prenez l’exemple du Sénégal, où un programme communautaire prévoit de surveiller l’état nutritionnel des enfants par le biais de messages textes contenant des données sur leur poids et leur santé en général.On peut également citer le cas du service Ushahidi (terme qui signifie « témoignage »), qui a vu le jour au Kenya à l’initiative de jeunes Africains mais qui constitue aujourd’hui un phénomène de notoriété mondiale. Il s’agit d’une plateforme internet de type open source et d’accès libre qui permet à des utilisateurs du monde entier de soumettre diverses sortes d’informations, d’images numérisées et d’enregistrements vidéo au moyen de téléphones portables ou intelligents de type SMS, ou directement sur le site.Initialement créé dans le but de couvrir, de suivre et de répondre aux événements intervenus en 2008 au Kenya après les dernières élections, le site a pris de l’ampleur et permis à des utilisateurs du monde entier de suivre, par exemple, l’évolution de l’épidémie de grippe porcine ou les opérations de secours d’urgence entreprises à la suite des séismes qui ont frappé le Chili et Haïti.La Banque mondiale soutient actuellement des initiatives analogues dans l’optique d’un renforcement de la responsabilité sociale.En Afrique, nous jouons ainsi un rôle catalyseur pour l’établissement dans les pays de coalitions réunissant les organes de la société civile, les pouvoirs publics et les entreprises du secteur privé en vue de promouvoir la transparence et de suivre l’attribution et l’exécution des marchés publics — notamment pour les contrats de concession dans le secteur des industries extractives.Dans le cadre de notre programme de « Cartographie des résultats », nous visons à aller au devant des bénéficiaires de nos projets au moyen des systèmes de téléphonie mobile et autres technologies portables afin d’obtenir leurs réactions et de pouvoir ainsi vérifier avec eux les résultats concrets de notre action — et d’y apporter des améliorations.Nous travaillons en outre au côté d’ANSA, le Réseau affilié pour la responsabilité sociale, notamment pour contribuer à lancer et soutenir un nouveau réseau ANSA pour le monde arabe. Réunissant des professionnels des questions de gouvernance et de responsabilité sociale participatives à l’échelon de cette région, ce réseau doit voir le jour cette année.Un multilatéralisme moderne se doit d’évoluerEn 1944, la Banque mondiale a été créée par des pays pour accorder des prêts à des pays.En 1956, nos actionnaires ont établi la Société financière internationale, ou IFC, pour réaliser des investissements au niveau du secteur privé.Le moment est peut-être venu à présent d’investir dans le secteur privé à but non lucratif — soit au niveau de la société civile — en vue de contribuer à renforcer les capacités des organisations actives dans les domaines de la transparence, de la responsabilité et de la prestation de services publics.Notre propre Stratégie pour la promotion de la gouvernance et la lutte contre la corruption, mise en œuvre avec l’appui de notre Conseil, met en relief l’importance qu’il y a à développer notre action au côté de citoyens engagés, notamment en renforçant la transparence, la participation et le suivi par des tierces parties de nos projets.Un récent examen de l’action du Fonds japonais de développement social administré par la Banque mondiale a conclu que les projets donnaient de meilleurs résultats lorsque des organisations de la société civile, ou OSC, y étaient associées. Des études indépendantes ont montré que lorsque les OSC prennent part à la conception, au travail de suivi-évaluation et à la gestion des services publics, les budgets sont utilisés à meilleur escient, les services répondent mieux aux besoins, et le niveau de corruption est moins élevé.Nous collaborons déjà avec la société civile et les populations bénéficiaires dans plus de la moitié des nouveaux projets que nous lançons.Mais pour être des participants effectifs, les organes de la société civile doivent renforcer leurs propres capacités. Au Royaume-Uni, le Governance and Transparency Fund a joué un rôle pionnier pour ce qui est d’offrir l’appui du secteur public à cet égard.Dans ce contexte, je suggère que le moment est venu pour la Banque mondiale d’examiner, avec les membres de son Conseil et ses actionnaires, s’il n’y a pas lieu d’établir de nouveaux moyens ou mécanismes qui puissent mobiliser l’appui de pays, de fondations et d’autres entités en vue de renforcer les capacités des OSC actives dans le domaine de la transparence et de la responsabilité des prestations de services publics. Nous pourrions donner la priorité aux pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, ainsi qu’à ceux d’Afrique subsaharienne. On pourrait soutenir cette initiative par un apport de capital initial, ainsi que par des activités d’échange de savoir et de recherche destinées à établir un environnement plus porteur pour la responsabilité sociale.Cela est-il trop politique ?D’une manière ou d’une autre, un multilatéralisme moderne doit reconnaître que des investissements au niveau de la société civile et en matière de responsabilité sociale compteront autant, pour le processus de développement au Moyen-Orient et au-delà, que des investissements en infrastructure ou au niveau d’entreprises, d’usines et d’exploitations agricoles.Des emplois, encore et toujours plusDes institutions légitimes et des citoyens capables et engagés peuvent faire une grosse différence. Mais les citoyens auront toujours besoin d’emplois.Au Moyen-Orient, les régimes en place ont cherché à mettre l’étouffoir sur la hausse du chômage par un mélange de mesures de répression politique, de création d’emplois dans le secteur public, et de subventions sur les carburants ainsi que les produits alimentaires et de première nécessité.Cela a permis de gagner du temps, mais guère autre chose.À la fois coûteuses et inefficaces, ces mesures ont renforcé le népotisme au lieu de répondre aux besoins, encouragé le copinage au lieu de soutenir la concurrence, et attisé la corruption au lieu de stimuler le capitalisme.Selon les estimations de l’Organisation internationale du travail, le taux de chômage chez les 15-24 ans au Moyen-Orient est de 25 %. Une enquête que nous avons menée auprès de 1 500 jeunes a fait ressortir, sur la base de ceux qui se déclarent chômeurs ou se considèrent comme tels, un taux encore plus élevé, de 35 à 40 %. En Égypte et en Jordanie, les jeunes femmes doivent faire face à un chômage de l’ordre de 40 %.Selon les estimations, le coût d’opportunité direct du non-emploi des jeunes dans le monde arabe atteindrait jusqu’à 50 milliards de dollars par an.Les pays du Moyen-Orient font aujourd’hui face à d’énormes attentes des jeunes au sein de leur population : ils veulent des emplois, et maintenant. Le fait de ne pas agir présente des risques, mais il en sera de même s’ils n’agissent pas comme il faut.La réforme des politiques revêtira autant d’importance que l’aspect monétaire.Mais des réformes politiques doivent s’appuyer sur un processus de concertation large et dont nul ne soit exclu — à commencer par les groupes de jeunes directement intéressés. Et ces réformes doivent être menées de façon transparente et rapide.Les décideurs doivent faire un effort de réflexion sur le court, le moyen et le long terme, et ce de manière intégrée.Sur le court terme, il faudra peut-être accorder la priorité aux mesures à effet rapide, pour assurer un regain de confiance et une adhésion au plan politique.Il pourra s’agir de projets de courte durée et à haute intensité de main-d’œuvre, ce qui n’implique pas nécessairement un secteur public plus pléthorique. Cela ne doit pas se traduire par des créations d’emplois de nature à compromettre les perspectives d’emploi à moyen ou long terme dans le secteur privé.En 2009, la Banque mondiale a passé en revue une série de projets à haute intensité de main-d’œuvre menés sur une période de 20 ans dans 43 pays à revenu faible ou intermédiaire. Il en ressort que des programmes bien gérés, assortis de salaires n’ayant pas pour effet de décourager l’emploi dans le secteur privé, peuvent venir en aide aux groupes de population pauvres et vulnérables.Au Libéria, un plan d’emploi d’urgence a créé 90 000 nouveaux emplois en deux ans. En Afghanistan, le programme national d’accès rural s’est traduit par 12,4 millions de journées de travail pour la construction ou la remise en état de 10 000 kilomètres de routes. Dans un cas comme dans l’autre, cela a permis de stabiliser rapidement des situations qui étaient précaires.La Tunisie, la Jordanie et le Liban ont en place des programmes de services destinés aux jeunes qui pourraient être poursuivis sur une plus grande échelle — par exemple, en faisant appel aux diplômés de l’université pour enseigner dans les communautés défavorisées.Les mesures à effet rapide peuvent aussi consister pour les autorités à adresser dès le départ des signaux au secteur privé pour faire preuve de l’engagement qui est le leur vis-à-vis de l’entreprenariat, des petites entreprises et des investisseurs.Des mesures telles qu’une réduction des formalités administratives, un raccourcissement des procédures d’octroi de licences, une réforme des lois sur les faillites ou un assouplissement des impératifs réglementaires pourraient constituer des signaux dans le sens de ce type de transformation. Doit-on rappeler ici les vicissitudes de ce jeune vendeur de fruits tunisien qui essayait de gagner sa vie sans permis officiels, en devant constamment se battre sur l’emplacement de son étal et subir les brimades et tracasseries de petits fonctionnaires ? Les dirigeants de la région feraient bien de s’en souvenir également.Et s’ils prennent l’initiative de ces réformes, le Groupe de la Banque mondiale et certains autres de leurs partenaires pourront donner plus d’ampleur aux avancées futures en encourageant la réalisation d’investissements de premier plan. La Corée était au début des années 60 dans une situation similaire. Comme elle l’a fait à l’époque, les pays du Moyen-Orient ont aujourd’hui besoin de favoriser une expansion rapide de leurs exportations à forte intensité de main-d’œuvre.Les mesures à effet rapide sont par nature axées sur le court terme. Mais le Moyen-Orient fait face à un problème d’emploi sur le long terme.Au cours des dix années qui viennent, cette région va devoir créer au moins 40 millions d’emplois.Dans un ouvrage publié ici même en 2007 par le Peterson Institute sous le titre The Arab Economies in a Changing World, Marcus Noland et Howard Pack ont décrit certaines des mesures qui s’imposent à cet égard.Pour créer des emplois, accroître leur productivité et mieux s’intégrer à l’économie mondiale, les pays vont devoir être prêts à importer du savoir-faire, des technologies ainsi que des systèmes logistiques et manufacturiers, que ce soit par le biais d’investissements étrangers, d’accords de licences ou d’autres formes de liens commerciaux permettant de surmonter leur insularité.L’évolution des circonstances pourrait donner un nouvel élan à la réduction des obstacles au processus d’intégration régionale, qui est nettement en retard par rapport à ce qu’il est dans d’autres parties du monde.L’effort d’éducation devra correspondre aux emplois. L’enseignement technique peut accélérer le rythme de l’absorption d’idées et de meilleures pratiques.En mettant en place les mesures d’incitation voulues, les politiques publiques peuvent permettre une action à l’échelon du secteur privé. L’IFC a ainsi entrepris le lancement d’un nouveau programme d’investissement appelé Éducation pour l’emploi, ou e4e, qui a pour but de promouvoir les partenariats public-privé pour répondre aux besoins de formation technique et professionnels basés sur la demande.Les choix que feront les pays au plan économique seront capitaux. Le Viet Nam et l’Algérie sont tous deux d’anciennes colonies françaises qui ont subi des années de conflits civils. Le Viet Nam a pris l’initiative de saisir les occasions qui s’offraient à lui pour ouvrir son économie aux technologies et marchés étrangers, en s’inspirant du modèle d’autres pays d’Asie. Les modèles de réussite existant dans certains pays arabes donneront exemple à d’autres. Les chemins pouvant mener à la prospérité sont nombreux ; l’important est d’en suivre un. Si l’on n’agit pas, on n’aboutira nulle part.Et des filets de sécuritéLe fait est que l’offre d’emplois va être limitée sur le court terme, tandis que les considérations politiques ne manqueront pas.On sait qu’à terme, le meilleur filet de sécurité est un emploi.Mais à court terme, le meilleur filet de sécurité est un filet de sécurité qui fonctionne, de manière effective, efficace et sans paralyser l’économie,La hausse des prix des produits alimentaires et des carburants, conjuguée à la montée du chômage et aux pressions politiques, amènera les dirigeants à être tentés de favoriser le recours généralisé aux subventions plutôt que la pratique des transferts ciblés.Or, dans beaucoup de pays où tant de ménages vivent de façon précaire à la limite du seuil de pauvreté, ce sont les pauvres et les vulnérables qui ont le plus besoin de protection.L’action que la Banque mène à Djibouti porte de ce fait sur des programmes de protection-travail qui se situent dans une perspective d’amélioration de la nutrition, ainsi que sur un effort de développement communautaire en réponse aux demandes des habitants. En Jordanie et pour les Palestiniens, elle vise à renforcer les dispositifs de protection sociale comme moyen de préparation à des temps difficiles. Au Liban et en Jordanie, elle tend à améliorer le niveau de transparence et d’information par le biais de registres centraux de bénéficiaires. C’est là un début, et une base sur laquelle on peut prendre appui. Dans le cas de l’Égypte, elle a grandement besoin de consolider ses programmes de protection sociale actuellement fragmentés pour pouvoir atteindre les groupes de population vulnérables.Information, communautés, citoyens, participation : la boucle est bouclée.Conclusion : Quels enseignements retenir pour l’avenir ?Rares sont ceux qui pourraient affirmer avoir prédit ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Nous devons prendre garde aux suppositions que nous formons sur la façon dont la situation pourrait évoluer. Il convient d’aborder le dossier du développement avec la même humilité.Au lieu de se contenter de parler de ce que l’on sait, il y a lieu de se préoccuper de ce que l’on ne sait pas.Au lieu de se concentrer sur ce que l’on a fait correctement, il conviendrait de se soucier des erreurs commises, de ce que l’on a manqué, des occasions où l’on n’a pas élevé suffisamment la voix, des cas où l’on a pratiqué l’autocensure — vis-à-vis des citoyens du monde et de leurs opinions, certainement, mais aussi vis-à-vis de nous-mêmes.La politique et la science économique sont différentes, mais elles sont aussi passablement identiques à bien des égards. Si l’on parle de personnes, d’incitations, de psychologie, de nature humaine, de gouvernance, de choix, de résultats, de responsabilité, de transparence, de sécurité, de genre, de participation ou de voix, s’agit-il de notions politiques ou économiques — ou, peut-être, des deux ?Cette année sera-t-elle comme 1848, 1968, 1979, ou 1989 ? Ou sera-t-elle tout simplement 2011, l’année où l’on a découvert que la participation citoyenne compte pour le développement et que, outre les régimes, quelque chose de plus a changé ? Afficher moins -
Introduction : Qu’est-ce qui vient de se passer ?Il arrive parfois qu’un événement ait une portée qui dépasse de beaucoup ses conséquences immédiates.En décembre dernier, lorsque Mohamed Bouazizi s’es... Afficher plus + t fait confisquer la balance qu’il avait sur son étal de fruits, en se faisant gifler par un policier devant une foule de badauds, et qu’il s’est fait ensuite rabrouer quand il est allé se plaindre aux autorités, cela l’a poussé, meurtri et à bout, à s’immoler par le feu sur la place publique. L’éruption populaire que son acte désespéré a déclenchée s’est alors propagée comme une traînée de poudre au reste de la Tunisie et dans tout le Moyen-Orient.Répercutée sur Facebook, Twitter et les autres médias sociaux, la nouvelle du décès de Mohamed Bouazizi a fini par faire basculer un régime qui, pendant des jours, n’avait pas trouvé d’autre mot que « l’incident » pour évoquer son sort tragique par la voie de ses organes officiels. Il s’est avéré que la Tunisie comptait par dizaines de milliers des cas similaires à celui de Mohamed Bouazizi. Et le fait est que l’on peut en trouver partout dans le monde, chaque fois que la pauvreté, l’exclusion sociale, la privation des droits civiques, ou l’absence du droit et la règle de l’arbitraire privent des hommes, des femmes et des enfants de toute opportunité, de tout espoir.Mais les enseignements de ces événements de Tunisie et du Moyen-Orient débordent largement du cadre d’une région, d’un pays ou d’une place de marché. La mort d’un jeune marchand de fruits a des ramifications qui vont bien au-delà du séisme politique qui ébranle cette région. Il y a des leçons à en tirer pour cette région et pour le monde, pour les gouvernements et pour les organismes de développement, de même que pour la science économique.Moderniser le multilatéralisme : Le monde arabe est-il différent ?Depuis mon arrivée à la Banque mondiale, en 2007, j’ai fait valoir qu’il nous faut « moderniser le multilatéralisme ».Cela signifie réformer les institutions internationales telles que le Groupe de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, afin de mieux refléter les réalités inhérentes aux changements qui s’opèrent aujourd’hui dans les rapports de force économiques à l’échelle mondiale.Il s’agit de pousser nos institutions à agir de manière plus rapide, plus souple, plus ouverte et plus attentive aux besoins de nos clients.Cela signifie que l’on doit s’employer à résoudre les problèmes de façon pragmatique, et pas seulement traiter du problème des pauvres en tant qu’objets de politiques spécialisées.Il s’agit de démocratiser l’économie du développement de sorte que chacun puisse jouer un rôle dans la conception, l’exécution et l’amélioration continuelle des solutions adoptées en matière de développement.Cela signifie qu’il y a lieu de reconnaître que des organisations conçues avec des structures hiérarchiques du milieu du XXe siècle doivent désormais agir de manière souple et interconnectée au sein de structures de réseaux véritablement planétaires — des réseaux mettant en jeu aussi bien les États que des entreprises privées, des organes de la société civile, d’autres organismes internationaux et des instances parlementaires.Il s’agit de ne pas permettre qu’un recours au soi-disant « multilatéralisme » serve d’excuse à l’absence d’action collective : à nous de faire en sorte que le multilatéralisme fonctionne de manière effective.Et cela signifie reléguer dans l’histoire ancienne les vieilles appellations de « tiers monde », comme de « premier » ou « deuxième », en reconnaissant que les idées préconçues selon lesquelles le savoir et le pouvoir doivent se transmettre du Nord au Sud, d’Ouest en Est ou des riches aux pauvres n’ont plus cours.Mais reléguer ces étiquettes surannées dans le passé ne revient pas à dire que tous les pays et toutes les régions sont identiques.C’est précisément en étant conscients de ces différences que nous avons lancé, en 2007, l’Initiative en faveur du monde arabe, l’une des six orientations stratégiques définies alors pour la Banque mondiale. Certains se sont interrogés sur le pourquoi de cet axe stratégique.Lors des Assemblées annuelles de 2007, j’ai déclaré : « … un des défis les plus déterminants qui se posent à nous à l’heure actuelle consiste à trouver le moyen d’aider ceux qui cherchent à promouvoir le développement et les opportunités au sein du monde arabe. Les pays dont je parle étaient jadis des centres d’échanges et de savoir, ce qui donne une idée des potentialités qui existent s’ils parviennent à surmonter les conflits et les facteurs faisant obstacle à la croissance et au développement social. En l’absence d’une croissance largement répartie, ces pays auront à affronter des tensions sociales et le problème posé par une vaste population de jeunes qui ne peuvent trouver d’emplois. »Les raisons qu’il y avait de prêter particulièrement attention au monde arabe semblaient claires à l’époque, et elles paraissent évidentes à présent : son secteur pétrolier mis à part, la région est faiblement intégrée à l’économie mondiale. De toutes les régions en développement, c’est celle qui connaît le plus fort chômage, les pires taux de sous-emploi chez les individus les mieux instruits, et les plus faibles taux d’activité économique parmi les femmes.Qu’ils soient pauvres ou plus aisés, les pays de la région souffrent d’un manque de diversification de leurs économies et d’une faible responsabilisation au niveau de leur sphère publique, et ils sont également victimes de la corruption et de conflits.Leurs économies affichent un net déséquilibre dans le sens des exportations de pétrole et de produits de base. En 2008, les exportations de produits non pétroliers ne représentaient que 16 % du PIB dans cette région Moyen-Orient et Afrique du Nord, contre 44 % en Asie de l’Est.Ce manque de diversification signifie que la région est dépourvue de secteurs manufacturiers ou de services dynamiques qui puissent générer des emplois aujourd’hui et à l’avenir.Et comme l’investissement privé n’y représente en moyenne que 15 % du PIB environ, contre près de 25 % en Asie du Sud, le gonflement de sa population de jeunes n’a guère d’autres exutoires qu’un emploi dans le secteur public — mais les nouveaux postes y sont rares — ou la rue.En dépit de cela, il y a eu des progrès. Des indicateurs tels que les niveaux de mortalité infantile, de santé maternelle, d’alphabétisation et d’espérance de vie se sont améliorés, et la part de la population ayant moins de 1,25 dollar par jour pour subsister a diminué.Au niveau des économies, il y a eu des avancées en termes de résultats macroéconomiques. Un certain nombre de pays affichent des taux de croissance réguliers, quoiqu’insuffisants pour répondre à la demande d’emplois, et il y avait eu, avant la crise mondiale, quelques signes initiaux d’amélioration de l’investissement étranger.Mais les institutions restent sclérosées, et le processus de modernisation a été trop partiel, et trop tributaire d’un petit nombre de pays réformateurs, pour prendre vraiment racine. Le fait que les efforts ont été menés du sommet vers la base ont empêché que le public soit associé au processus ou puisse faire part de ces griefs. Les formes traditionnelles de consultation des composantes de la société ont été mises sous l’éteignoir, et les élites au pouvoir ont fini par être isolées.Que doit-on faire ? De la sphère politique à la sphère économiqueDans un discours prononcé l’année dernière, j’ai noté qu’il y a lieu de se demander ce que l’économie du développement nous a apporté, et si elle nous est utile.J’ai insisté sur l’idée que nous devons faire de l’économie du développement un moyen pratique de venir en aide aux individus — qu’ils soient ministres, responsables politiques, dirigeants communautaires ou encore, cela va sans dire, vendeurs de fruits — et pas seulement quelque chose de théorique et abstrait. Une science économique en prise sur la réalité de la rue est une façon avisée de saisir l’économie de marché.Cela vaut au Moyen-Orient peut-être plus que partout ailleurs.Il y a deux semaines environ, nous avons organisé à la Banque mondiale une conférence afin d’inviter des groupes de jeunes et de femmes, et ceux qui sont des facteurs de changement, à faire entendre leur voix.Qu’est-ce qu’ils veulent tous ?Ils veulent qu’on leur donne une chance ; ils veulent la justice ; ils veulent un emploi.Ils demandent des règles et des lois qui soient équitables, prévisibles et transparentes.Ils veulent de quoi nourrir et abriter leur famille, de bonnes écoles pour leurs enfants, et des quartiers où vivre en sécurité.Ils demandent des forces de police qui jouent un rôle de protecteurs et non pas de prédateurs, et des gouvernants en qui ils puissent avoir confiance.Ils veulent que les notions de voix et de responsabilité soient une réalité — à l’échelon des villages, des villes et des quartiers.Ils demandent à avoir leur mot à dire sur des services publics qui sont dénaturés au point de ne pas être à la disposition du public et de ne pas fournir de véritable service.Ils veulent disposer d’informations, et avoir le droit de savoir et de participer.Ils demandent un nouveau contrat social.Ils réclament la dignité.Ils réclament le respect.Et pour les femmes, les attentes sont exactement les mêmes.Certains dans cet auditoire diront : Oui, c’est peut-être là ce qu’ils veulent. Mais cela relève de la politique, pas de la science économique.À cela je réponds ici même : Cela relève peut-être en partie de ce que l’on considère comme de la politique. Mais pour l’essentiel, cela correspond aussi à ce que l’on sait être une bonne approche de l’économie, une bonne façon de lutter contre la corruption, et une bonne manière d’assurer un développement solidaire et durable.Pour une approche différente du développement : Un nouveau contrat socialIl y a 20 ans, la Banque mondiale ne parlait pas de corruption : pour notre personnel, il s’agissait du « mot commençant par c » ; pour nos actionnaires et notre Conseil, le sujet était par trop politique ; et nous pratiquions une sorte d’autocensure en le rayant de nos documents. Aujourd’hui, combattre la corruption fait partie essentielle des projets et programmes de la Banque mondiale. Nos actionnaires savent que la corruption est un boulet pour les économies, qu’elle fait payer un lourd tribut aux pauvres, et qu’elle tue dans l’œuf toute opportunité.Il y a 18 ans, la Banque mondiale parlait rarement de parité hommes-femmes. Pour certains, c’était trop politique. Aujourd’hui, on sait que l’égalité entre hommes et femmes est une notion de bon sens au plan économique. On sait que les pays où il y a une plus grande égalité des sexes ont tendance à avoir des taux de pauvreté moins élevés, que les chances de survie d’un enfant sont 20 fois plus grandes si le revenu familial est entre les mains de la mère, que le simple fait de donner aux femmes plus de contrôle sur les facteurs de production agricole peut engendrer des gains de productivité allant jusqu’à 20 % dans certains pays.Il y a dix ans, on commençait seulement à parler de transparence. Aujourd’hui, la Banque mondiale est la seule organisation multilatérale à être dotée d’une vaste politique de liberté de l’information : nous avons ouvert grand les portes de nos programmes de recherche et rendu publiques plus de 7 000 séries de données ; nous avons lancé un processus de conception d’applications logicielles et des concours à l’intention des concepteurs d’applications, pour que les chercheurs, professionnels et membres de la société civile puissent à partir de là effectuer leurs propres calculs — et vérifier indépendamment les nôtres.Lutte contre la corruption, égalité hommes-femmes, transparence. Il est primordial pour le Groupe de la Banque mondiale de se lancer constamment des défis afin de rafraîchir sa façon d’appréhender le développement.Il est primordial pour un multilatéralisme moderne d’être ouvert aux idées nouvelles.Nous ne devons pas nous arrêter là.On sait que le fait pour un pays de publier ou non ses statistiques économiques, d’assurer ou non l’indépendance de ses fonctions d’audit, et de rendre plus ou moins transparentes ses finances publiques est, à tous ces égards, quelque chose d’important.Pour prendre le cas de l’Égypte, par exemple, on sait que beaucoup de statistiques économiques de base n’y sont même pas rendues publiques. Il y a quelques années, nous avons travaillé avec des réformateurs égyptiens à l’élaboration d’un texte de loi sur la liberté de l’information, mais ce texte a fini par se trouver englué dans les pesanteurs du système en place.Le gouvernement de transition a maintenant ressuscité ce projet de loi. Et il veut que la Banque mondiale l’aide à instaurer un plus grand degré de transparence dans les recettes de son secteur des hydrocarbures.En Tunisie, les autorités prennent actuellement des mesures pour recouvrer les avoirs volés, au plan interne et international, et pour renforcer la liberté d’association et l’accès à l’information.On sait que la transparence des systèmes de passation des marchés publics a de l’importance, et que la façon dont un pays gère ce processus peut contrer la corruption, promouvoir la concurrence, générer des économies et entraîner de meilleurs services publics. Nous avons à présent collaboré avec 41 pays du monde entier en vue d’améliorer le degré de transparence, de compétitivité et d’efficacité de leurs dispositifs de passation des marchés publics.Nous avons aussi travaillé aux côtés de 34 pays en vue d’améliorer l’accès à l’information publique pour leurs administrés.Et notre Société financière internationale travaille aujourd’hui sur le dossier du gouvernement d’entreprise dans 64 pays et auprès de plus de 3 200 sociétés.Ce ne sont pas là des considérations bassement techniques, qui constituent un luxe dont seuls les pays développés peuvent se prévaloir. Ce sont des aspects qui témoignent de la qualité de la gouvernance, qui permettent d’améliorer les politiques publiques, et qui sont un signe d’intégrité. Ils constituent une marque de respect pour le public, et font de la détention d’une charge publique un devoir. Ils peuvent sembler être de nature politique, mais ce sont assurément des notions économiques.Tout cela s’inscrit dans la théorie des choix publics. Pour les auteurs de cette théorie, nous devons veiller à considérer la façon dont les États fonctionnent effectivement, au lieu de la façon dont on aimerait qu’ils fonctionnent. Les tenants de cette théorie ont préconisé l’établissement de meilleures incitations et opportunités pour que les administrés puissent exercer un contrôle plus effectif sur leurs gouvernants, et ils ont raison.De l’importance des institutionsLes événements qui se déroulent actuellement au Moyen-Orient sont en soi mémorables, mais ils ne sont pas sans rappeler le passé.L’humiliation subie par un vendeur de fruits tunisien n’est pas sans rappeler les menaces et pressions qu’avait connues en 1989 un pasteur d’origine hongroise en Roumanie. Les manifestations d’alors s’étaient muées en soulèvement sanglant qui avait mis fin à 22 années de régime dictatorial de Nicolae Ceausescu, tout comme celles de Tunisie ont mis fin à l’ère Ben Ali.Mais si l’étincelle a peut-être été analogue dans les deux cas, le cours qu’est amenée à suivre une explosion révolutionnaire est impossible à prédire.On ne sait pas encore si 2011 est similaire à 1989, 1979, 1968, 1848 ou une autre année.Mais on sait, et c’est ce que souligne notre Rapport sur le développement dans le monde qui doit paraître la semaine prochaine sur le thème « Conflits, sécurité et développement », qu’il est capital de renforcer les institutions légitimes et la gouvernance dans une optique de sécurité, de justice et d’accès à l’emploi pour les citoyens, afin d’éviter des cycles incessants d’instabilité et de violence.L’héroïsme d’individus ne suffit pas ; une réforme des bureaucraties ne suffit pas. Ce qui compte, c’est la participation des citoyens, ainsi qu’un flux de communication limpide entre la société et ses gouvernants.La Banque mondiale se donne de travailler aux côtés des pays de la région et du monde entier pour les aider à renforcer leur niveau d’efficacité et de responsabilité. Nous rencontrerons plus ou moins de succès selon que leurs dirigeants seront plus ou moins prêts à abandonner de leurs prérogatives de direction et de commandement pour tendre vers plus d’ouverture.À partir du moment où les pays ouvriront la voie à ce que le secteur privé ait toutes ses chances, où ils mettront fin aux situations d’oligarchies et d’oligopoles, où ils tableront sur les forces vives de leur société, et où ils respecteront les choix publics, il y aura moyen d’accomplir énormément.Et aucun pays ne pourra réaliser pleinement son potentiel s’il ne tient pas compte des capacités de la moitié de sa population, c’est-à-dire sa population féminine.Le message que nous adressons à nos clients, quel que soit leur régime politique, est qu’il n’y a pas moyen pour eux d’assurer leur développement sans une bonne gouvernance et sans la participation de leurs citoyens.Nous nous donnons d’encourager les gouvernements à publier leurs données, à adopter des textes de loi sur la liberté de l’information, à assurer la transparence de leurs procédures budgétaires et de passation des marchés, à se doter de fonctions d’audit indépendant, et à promouvoir des réformes de leurs systèmes de justice.Nous n’accorderons pas de prêts directs en matière de soutien budgétaire dans les pays qui ne publient pas les données sur leurs budgets ou, dans des cas exceptionnels, qui ne s’engagent pas au moins à le faire dans un délai de 12 mois.Nous entendons disséminer les exemples de réussites que d’autres pays en développement ont obtenues en instituant une meilleure gouvernance et en assurant une plus grande participation de leur population.Au Mexique, un groupe de six organisations non gouvernementales avait découvert, en invoquant un texte de loi sur le droit à l’information, que la réaffectation arbitraire de certains fonds publics avait retiré un montant équivalant à 3 millions de dollars à un programme de lutte contre le sida. Quand certains éléments réformateurs au pouvoir ont eu vent de cette découverte, cela a entraîné à brève échéance l’adoption de mécanismes de responsabilisation formels, et notamment des audits périodiques des affectations de crédits budgétaires.En Afrique du Sud, un institut géré par l’Université de Rhodes, le Public Service Accountability Monitor, travaille en collaboration avec les institutions supérieures de contrôle des finances publiques pour améliorer, au nom de la transparence, l’application des réglementations dans ce domaine, contribuant ainsi à de meilleures prestations de services publics.De l’importance des citoyensLes institutions comptent, mais il en est de même des citoyens.Une société civile solidement établie peut exercer un contrôle sur les budgets, demander et publier des informations, mettre en cause les lourdeurs bureaucratiques, protéger les biens privés, et assurer un suivi sur les prestations de services publics. La société civile peut insister pour que les droits des citoyens soient respectés, et elle est en mesure d’assumer elle-même des responsabilités.Une opinion publique disposant de moyens est le fondement même d’une société plus solide, d’un système de gouvernement plus effectif et d’un État plus prospère.On en a la preuve si l’on considère les investissements entrepris dans le monde en matière de développement communautaire, qui octroient directement des fonds aux communautés locales pour qu’elles puissent fixer leurs propres priorités, superviser leurs propres projets et contrôler leurs propres deniers. L’autonomisation des individus n’est certes pas parfaite, mais elle peut avoir d’importants impacts. Au cours des dix dernières années, la Banque mondiale est venue en aide à des dizaines de milliers de villages et de quartiers dans le cadre de projets de développement communautaire couvrant plus de 100 pays.On en a vu les effets en Ouganda, lorsque les budgets d’éducation locaux ont été affichés sur les portes des établissements scolaires pour permettre aux parents de vérifier si les manuels avaient effectivement été fournis ou les enseignants étaient bien en poste — et les résultats scolaires se sont améliorés.En Chine, l’approche dite de « consultation délibérative » a été employée dans les zones rurales pour sonder les communautés sur des questions telles que la tarification de l’eau ou de l’électricité, ou la relocalisation d’exploitants. Certains responsables chinois ont également institué des sondages pour évaluer les performances. La Banque finance actuellement un projet de lutte contre la pauvreté dans 70 villages défavorisés de Chine en faisant appel à certains aspects du développement communautaire pour favoriser des processus collectifs de prise de décision, de gestion et de suivi du développement local.Grâce aux nouvelles technologies, on est en mesure d’obtenir en temps réel un retour d’information sur mesure et plus effectif.Prenez l’exemple du Sénégal, où un programme communautaire prévoit de surveiller l’état nutritionnel des enfants par le biais de messages textes contenant des données sur leur poids et leur santé en général.On peut également citer le cas du service Ushahidi (terme qui signifie « témoignage »), qui a vu le jour au Kenya à l’initiative de jeunes Africains mais qui constitue aujourd’hui un phénomène de notoriété mondiale. Il s’agit d’une plateforme internet de type open source et d’accès libre qui permet à des utilisateurs du monde entier de soumettre diverses sortes d’informations, d’images numérisées et d’enregistrements vidéo au moyen de téléphones portables ou intelligents de type SMS, ou directement sur le site.Initialement créé dans le but de couvrir, de suivre et de répondre aux événements intervenus en 2008 au Kenya après les dernières élections, le site a pris de l’ampleur et permis à des utilisateurs du monde entier de suivre, par exemple, l’évolution de l’épidémie de grippe porcine ou les opérations de secours d’urgence entreprises à la suite des séismes qui ont frappé le Chili et Haïti.La Banque mondiale soutient actuellement des initiatives analogues dans l’optique d’un renforcement de la responsabilité sociale.En Afrique, nous jouons ainsi un rôle catalyseur pour l’établissement dans les pays de coalitions réunissant les organes de la société civile, les pouvoirs publics et les entreprises du secteur privé en vue de promouvoir la transparence et de suivre l’attribution et l’exécution des marchés publics — notamment pour les contrats de concession dans le secteur des industries extractives.Dans le cadre de notre programme de « Cartographie des résultats », nous visons à aller au devant des bénéficiaires de nos projets au moyen des systèmes de téléphonie mobile et autres technologies portables afin d’obtenir leurs réactions et de pouvoir ainsi vérifier avec eux les résultats concrets de notre action — et d’y apporter des améliorations.Nous travaillons en outre au côté d’ANSA, le Réseau affilié pour la responsabilité sociale, notamment pour contribuer à lancer et soutenir un nouveau réseau ANSA pour le monde arabe. Réunissant des professionnels des questions de gouvernance et de responsabilité sociale participatives à l’échelon de cette région, ce réseau doit voir le jour cette année.Un multilatéralisme moderne se doit d’évoluerEn 1944, la Banque mondiale a été créée par des pays pour accorder des prêts à des pays.En 1956, nos actionnaires ont établi la Société financière internationale, ou IFC, pour réaliser des investissements au niveau du secteur privé.Le moment est peut-être venu à présent d’investir dans le secteur privé à but non lucratif — soit au niveau de la société civile — en vue de contribuer à renforcer les capacités des organisations actives dans les domaines de la transparence, de la responsabilité et de la prestation de services publics.Notre propre Stratégie pour la promotion de la gouvernance et la lutte contre la corruption, mise en œuvre avec l’appui de notre Conseil, met en relief l’importance qu’il y a à développer notre action au côté de citoyens engagés, notamment en renforçant la transparence, la participation et le suivi par des tierces parties de nos projets.Un récent examen de l’action du Fonds japonais de développement social administré par la Banque mondiale a conclu que les projets donnaient de meilleurs résultats lorsque des organisations de la société civile, ou OSC, y étaient associées. Des études indépendantes ont montré que lorsque les OSC prennent part à la conception, au travail de suivi-évaluation et à la gestion des services publics, les budgets sont utilisés à meilleur escient, les services répondent mieux aux besoins, et le niveau de corruption est moins élevé.Nous collaborons déjà avec la société civile et les populations bénéficiaires dans plus de la moitié des nouveaux projets que nous lançons.Mais pour être des participants effectifs, les organes de la société civile doivent renforcer leurs propres capacités. Au Royaume-Uni, le Governance and Transparency Fund a joué un rôle pionnier pour ce qui est d’offrir l’appui du secteur public à cet égard.Dans ce contexte, je suggère que le moment est venu pour la Banque mondiale d’examiner, avec les membres de son Conseil et ses actionnaires, s’il n’y a pas lieu d’établir de nouveaux moyens ou mécanismes qui puissent mobiliser l’appui de pays, de fondations et d’autres entités en vue de renforcer les capacités des OSC actives dans le domaine de la transparence et de la responsabilité des prestations de services publics. Nous pourrions donner la priorité aux pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, ainsi qu’à ceux d’Afrique subsaharienne. On pourrait soutenir cette initiative par un apport de capital initial, ainsi que par des activités d’échange de savoir et de recherche destinées à établir un environnement plus porteur pour la responsabilité sociale.Cela est-il trop politique ?D’une manière ou d’une autre, un multilatéralisme moderne doit reconnaître que des investissements au niveau de la société civile et en matière de responsabilité sociale compteront autant, pour le processus de développement au Moyen-Orient et au-delà, que des investissements en infrastructure ou au niveau d’entreprises, d’usines et d’exploitations agricoles.Des emplois, encore et toujours plusDes institutions légitimes et des citoyens capables et engagés peuvent faire une grosse différence. Mais les citoyens auront toujours besoin d’emplois.Au Moyen-Orient, les régimes en place ont cherché à mettre l’étouffoir sur la hausse du chômage par un mélange de mesures de répression politique, de création d’emplois dans le secteur public, et de subventions sur les carburants ainsi que les produits alimentaires et de première nécessité.Cela a permis de gagner du temps, mais guère autre chose.À la fois coûteuses et inefficaces, ces mesures ont renforcé le népotisme au lieu de répondre aux besoins, encouragé le copinage au lieu de soutenir la concurrence, et attisé la corruption au lieu de stimuler le capitalisme.Selon les estimations de l’Organisation internationale du travail, le taux de chômage chez les 15-24 ans au Moyen-Orient est de 25 %. Une enquête que nous avons menée auprès de 1 500 jeunes a fait ressortir, sur la base de ceux qui se déclarent chômeurs ou se considèrent comme tels, un taux encore plus élevé, de 35 à 40 %. En Égypte et en Jordanie, les jeunes femmes doivent faire face à un chômage de l’ordre de 40 %.Selon les estimations, le coût d’opportunité direct du non-emploi des jeunes dans le monde arabe atteindrait jusqu’à 50 milliards de dollars par an.Les pays du Moyen-Orient font aujourd’hui face à d’énormes attentes des jeunes au sein de leur population : ils veulent des emplois, et maintenant. Le fait de ne pas agir présente des risques, mais il en sera de même s’ils n’agissent pas comme il faut.La réforme des politiques revêtira autant d’importance que l’aspect monétaire.Mais des réformes politiques doivent s’appuyer sur un processus de concertation large et dont nul ne soit exclu — à commencer par les groupes de jeunes directement intéressés. Et ces réformes doivent être menées de façon transparente et rapide.Les décideurs doivent faire un effort de réflexion sur le court, le moyen et le long terme, et ce de manière intégrée.Sur le court terme, il faudra peut-être accorder la priorité aux mesures à effet rapide, pour assurer un regain de confiance et une adhésion au plan politique.Il pourra s’agir de projets de courte durée et à haute intensité de main-d’œuvre, ce qui n’implique pas nécessairement un secteur public plus pléthorique. Cela ne doit pas se traduire par des créations d’emplois de nature à compromettre les perspectives d’emploi à moyen ou long terme dans le secteur privé.En 2009, la Banque mondiale a passé en revue une série de projets à haute intensité de main-d’œuvre menés sur une période de 20 ans dans 43 pays à revenu faible ou intermédiaire. Il en ressort que des programmes bien gérés, assortis de salaires n’ayant pas pour effet de décourager l’emploi dans le secteur privé, peuvent venir en aide aux groupes de population pauvres et vulnérables.Au Libéria, un plan d’emploi d’urgence a créé 90 000 nouveaux emplois en deux ans. En Afghanistan, le programme national d’accès rural s’est traduit par 12,4 millions de journées de travail pour la construction ou la remise en état de 10 000 kilomètres de routes. Dans un cas comme dans l’autre, cela a permis de stabiliser rapidement des situations qui étaient précaires.La Tunisie, la Jordanie et le Liban ont en place des programmes de services destinés aux jeunes qui pourraient être poursuivis sur une plus grande échelle — par exemple, en faisant appel aux diplômés de l’université pour enseigner dans les communautés défavorisées.Les mesures à effet rapide peuvent aussi consister pour les autorités à adresser dès le départ des signaux au secteur privé pour faire preuve de l’engagement qui est le leur vis-à-vis de l’entreprenariat, des petites entreprises et des investisseurs.Des mesures telles qu’une réduction des formalités administratives, un raccourcissement des procédures d’octroi de licences, une réforme des lois sur les faillites ou un assouplissement des impératifs réglementaires pourraient constituer des signaux dans le sens de ce type de transformation. Doit-on rappeler ici les vicissitudes de ce jeune vendeur de fruits tunisien qui essayait de gagner sa vie sans permis officiels, en devant constamment se battre sur l’emplacement de son étal et subir les brimades et tracasseries de petits fonctionnaires ? Les dirigeants de la région feraient bien de s’en souvenir également.Et s’ils prennent l’initiative de ces réformes, le Groupe de la Banque mondiale et certains autres de leurs partenaires pourront donner plus d’ampleur aux avancées futures en encourageant la réalisation d’investissements de premier plan. La Corée était au début des années 60 dans une situation similaire. Comme elle l’a fait à l’époque, les pays du Moyen-Orient ont aujourd’hui besoin de favoriser une expansion rapide de leurs exportations à forte intensité de main-d’œuvre.Les mesures à effet rapide sont par nature axées sur le court terme. Mais le Moyen-Orient fait face à un problème d’emploi sur le long terme.Au cours des dix années qui viennent, cette région va devoir créer au moins 40 millions d’emplois.Dans un ouvrage publié ici même en 2007 par le Peterson Institute sous le titre The Arab Economies in a Changing World, Marcus Noland et Howard Pack ont décrit certaines des mesures qui s’imposent à cet égard.Pour créer des emplois, accroître leur productivité et mieux s’intégrer à l’économie mondiale, les pays vont devoir être prêts à importer du savoir-faire, des technologies ainsi que des systèmes logistiques et manufacturiers, que ce soit par le biais d’investissements étrangers, d’accords de licences ou d’autres formes de liens commerciaux permettant de surmonter leur insularité.L’évolution des circonstances pourrait donner un nouvel élan à la réduction des obstacles au processus d’intégration régionale, qui est nettement en retard par rapport à ce qu’il est dans d’autres parties du monde.L’effort d’éducation devra correspondre aux emplois. L’enseignement technique peut accélérer le rythme de l’absorption d’idées et de meilleures pratiques.En mettant en place les mesures d’incitation voulues, les politiques publiques peuvent permettre une action à l’échelon du secteur privé. L’IFC a ainsi entrepris le lancement d’un nouveau programme d’investissement appelé Éducation pour l’emploi, ou e4e, qui a pour but de promouvoir les partenariats public-privé pour répondre aux besoins de formation technique et professionnels basés sur la demande.Les choix que feront les pays au plan économique seront capitaux. Le Viet Nam et l’Algérie sont tous deux d’anciennes colonies françaises qui ont subi des années de conflits civils. Le Viet Nam a pris l’initiative de saisir les occasions qui s’offraient à lui pour ouvrir son économie aux technologies et marchés étrangers, en s’inspirant du modèle d’autres pays d’Asie. Les modèles de réussite existant dans certains pays arabes donneront exemple à d’autres. Les chemins pouvant mener à la prospérité sont nombreux ; l’important est d’en suivre un. Si l’on n’agit pas, on n’aboutira nulle part.Et des filets de sécuritéLe fait est que l’offre d’emplois va être limitée sur le court terme, tandis que les considérations politiques ne manqueront pas.On sait qu’à terme, le meilleur filet de sécurité est un emploi.Mais à court terme, le meilleur filet de sécurité est un filet de sécurité qui fonctionne, de manière effective, efficace et sans paralyser l’économie,La hausse des prix des produits alimentaires et des carburants, conjuguée à la montée du chômage et aux pressions politiques, amènera les dirigeants à être tentés de favoriser le recours généralisé aux subventions plutôt que la pratique des transferts ciblés.Or, dans beaucoup de pays où tant de ménages vivent de façon précaire à la limite du seuil de pauvreté, ce sont les pauvres et les vulnérables qui ont le plus besoin de protection.L’action que la Banque mène à Djibouti porte de ce fait sur des programmes de protection-travail qui se situent dans une perspective d’amélioration de la nutrition, ainsi que sur un effort de développement communautaire en réponse aux demandes des habitants. En Jordanie et pour les Palestiniens, elle vise à renforcer les dispositifs de protection sociale comme moyen de préparation à des temps difficiles. Au Liban et en Jordanie, elle tend à améliorer le niveau de transparence et d’information par le biais de registres centraux de bénéficiaires. C’est là un début, et une base sur laquelle on peut prendre appui. Dans le cas de l’Égypte, elle a grandement besoin de consolider ses programmes de protection sociale actuellement fragmentés pour pouvoir atteindre les groupes de population vulnérables.Information, communautés, citoyens, participation : la boucle est bouclée.Conclusion : Quels enseignements retenir pour l’avenir ?Rares sont ceux qui pourraient affirmer avoir prédit ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Nous devons prendre garde aux suppositions que nous formons sur la façon dont la situation pourrait évoluer. Il convient d’aborder le dossier du développement avec la même humilité.Au lieu de se contenter de parler de ce que l’on sait, il y a lieu de se préoccuper de ce que l’on ne sait pas.Au lieu de se concentrer sur ce que l’on a fait correctement, il conviendrait de se soucier des erreurs commises, de ce que l’on a manqué, des occasions où l’on n’a pas élevé suffisamment la voix, des cas où l’on a pratiqué l’autocensure — vis-à-vis des citoyens du monde et de leurs opinions, certainement, mais aussi vis-à-vis de nous-mêmes.La politique et la science économique sont différentes, mais elles sont aussi passablement identiques à bien des égards. Si l’on parle de personnes, d’incitations, de psychologie, de nature humaine, de gouvernance, de choix, de résultats, de responsabilité, de transparence, de sécurité, de genre, de participation ou de voix, s’agit-il de notions politiques ou économiques — ou, peut-être, des deux ?Cette année sera-t-elle comme 1848, 1968, 1979, ou 1989 ? Ou sera-t-elle tout simplement 2011, l’année où l’on a découvert que la participation citoyenne compte pour le développement et que, outre les régimes, quelque chose de plus a changé ? Afficher moins -
La Banque mondiale publie aujourd’hui même la dernière édition de Food Price Watch, et cela met en évidence la nécessité pour le G-20 de faire de l’alimentation son dossier numéro un.L’indice des prix... Afficher plus + alimentaires de la Banque indique en effet que ces prix sont aujourd’hui à un niveau supérieur de 29 % à celui d’il y a un an, et à 3 % seulement du plafond atteint lors de la dernière crise alimentaire, en juin 2008. Il est évident que cela représente un sérieux motif de préoccupation.Le facteur clé à la base de cette spirale à la hausse de l’indice des prix alimentaires est l’essor marqué qui est intervenu dans les prix du blé, du maïs, du sucre et des huiles.Une conjugaison malheureuse de chocs climatiques dans divers grands pays producteurs de blé — suivie, dans certains cas, d’interdictions sur les exportations — a réduit les quantités de blé disponibles et amené les prix à augmenter de plus du double entre leurs niveaux planchers de juin dernier et janvier de cette année.Nos propres travaux de recherche révèlent que l’augmentation des cours mondiaux du blé a engendré directement de fortes hausses des prix intérieurs dans un grand nombre de pays. En l’espace de six mois seulement, les prix du blé ont ainsi augmenté de plus de 50 % au Kirghizistan, de 45 % au Bangladesh et de 33 % en Mongolie.Un autre sérieux motif de préoccupation est de constater que les prix du maïs, en janvier de cette année, étaient supérieurs d’environ 73 % à leur niveau d’il y a six mois seulement. Au cours du dernier trimestre, on a aussi assisté à des augmentations de 20 % pour le cours mondial du sucre, et de 22 % pour les matières grasses et les huiles.Le seul répit qu’on connaisse actuellement vient des cours mondiaux du riz, qui n’ont pas suivi les hausses spectaculaires intervenues dans les prix du blé et autres.Cela dit, il y aura lieu de surveiller les prix du riz, étant donné les mesures prises par certains pays pour importer sensiblement plus de riz en vue de renforcer leurs propres stocks. Et à cela vient s’ajouter le fait que certains pays ont vu les prix du riz augmenter sur leur marché intérieur.En Afrique, de bonnes récoltes dans beaucoup de pays ont contribué à y maintenir les prix à des niveaux généralement stables. Mais il y a quand même quelques sérieux problèmes : au Burundi, par exemple, la population doit faire face à une hausse de 48 % des prix des haricots, lesquels constituent une importante source d’alimentation ; et dans le cas du Cameroun, ces prix ont augmenté de 43 %. Bref, ce n’est pas le moment de relâcher notre attention. Les prix alimentaires mondiaux sont à présent à de dangereux niveaux. Il apparaît déjà à l’évidence que ces récentes hausses des prix pour les produits alimentaires sont une source d'épreuves et de souffrances pour les pauvres à travers le monde.La Banque mondiale estime qu’elles ont fait basculer quelque 44 millions de personnes dans une situation d’extrême pauvreté, c’est-à-dire en dessous du seuil de 1 dollar et quart par jour.Ce sont les pauvres qui sont aujourd’hui soumis à une incroyable pression pour parvenir à se nourrir, eux et leurs familles, car plus de la moitié des revenus d’une famille pauvre sert juste à se procurer les simples denrées de base.La hausse des prix alimentaires et leur volatilité sont le principal problème clé auquel font aujourd’hui face beaucoup de pays en développement.Même avant ce dernier épisode de flambée des prix, il y avait déjà plus de 900 millions d’individus souffrant de la faim tous les jours.À présent qu’il y a, selon les estimations, 44 millions de personnes de plus vivant dans l’extrême pauvreté, cette année s’annonce à l’évidence comme une année très difficile pour ceux qui souffrent de malnutrition chronique.On sait tout l’effet que peuvent avoir la hausse et la volatilité des prix alimentaires.En 2008, on a ainsi vu des émeutes de la faim. La hausse des prix a beau ne pas être la cause première de l’instabilité politique dont on est aujourd’hui témoin au Moyen-Orient, elle n’en a pas moins été un facteur aggravant, et qui pourrait devenir plus grave encore.Aujourd’hui, trop de gens vivent sur le fil du rasoir, victimes de prix alimentaires en hausse et instables.Une action s’impose au plan mondial pour inverser la situation — pour aider les petits agriculteurs, au moyen de semences et d’engrais, de meilleures prévisions météorologiques, de meilleurs moyens d’accéder aux marchés pour leurs produits. Il faut également procurer des aliments et des filets de protection efficaces aux plus vulnérables, aux femmes enceintes et aux nourrissons de moins de 2 ans.Il nous faut aussi plus de transparence, un plus grand accès du public à l’information sur le niveau de qualité et de quantité des stocks de céréales, ainsi que des moyens rapides et fiables de venir en aide aux pays de sorte qu’ils n’aient pas recours aux mesures d’interdiction sur les exportations ou d’entente sur les prix, qui ne peuvent qu’exacerber le problème.Il n’y a pas de solution miracle au problème posé par le mélange détonant que constituent la hausse et la volatilité des prix alimentaires. Mais la sécurité alimentaire est désormais un problème de sécurité d’ordre mondial. Il nous faut donc une action d’ampleur mondiale pour faire en sorte de mieux nous acquitter de la tâche consistant à nourrir ceux qui ont faim, avant d’être confrontés aux enjeux futurs qui seront de parvenir à nourrir les 9 millions d’êtres humains que le monde est censé compter en 2050.Je serai heureux de répondre à présent à vos questions. Afficher moins -
Je vous remercie d’être ici aujourd’hui. Nous tenons ces réunions à un moment important. La croissance mondiale est modérée. Mais, comme le montrent les chiffres de l’emploi aux États-... Afficher plus + Unis publiés vendredi, cette croissance n’est pas suffisamment soutenue pour réduire sensiblement un chômage important, en particulier dans les pays développés. L’atonie de la croissance conjuguée à un chômage élevé a des répercussions. Le monde court le risque que les pays se replient sur eux-mêmes ; la coopération internationale pourrait en souffrir et cela pourrait être dangereux. Les institutions multilatérales doivent avoir une réelle contribution. Le Comité du développement représente le G-187. Il représente les 187 pays membres de notre institution, dont beaucoup ne font pas partie des « Groupes G » plus réduits comme le G-7 ou le G-20. Il représente les pays développés et en développement, le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest. La réunion tenue aujourd’hui par le Comité du développement a donné lieu à des discussions très positives dans le cadre desquelles nous avons demandé aux Ministres de faire part de leurs commentaires à la direction de la Banque dans plusieurs domaines. Ces domaines sont, notamment, les risques mondiaux et la riposte de la Banque ; la reconstitution des ressources de l’IDA, notre fonds pour les plus pauvres ; notre programme de réformes ; nos travaux concernant l’agriculture et la sécurité alimentaire, le changement climatique, la parité hommes-femmes ; et la meilleure manière de fournir notre appui aussi bien aux pays membres qu’aux pays non membres du G-20. Les Ministres évaluent, comme nous, la situation de l’économie mondiale et ils ont félicité la Banque mondiale de l’appui record qu’elle a fourni, qui se monte à 140 milliards de dollars depuis le milieu de 2008, lorsque la crise s’est vraiment confirmée. Les Ministres approuvent aussi notre orientation stratégique et nous ont félicité de notre programme de réformes, notamment les mesures prises pour faire de la Banque une institution plus ouverte et rendant mieux compte de son action. Fait extrêmement important, les Ministres appellent de leurs vœux une « solide » reconstitution des ressources de l’IDA, le fonds de Banque mondiale pour les 79 pays les plus pauvres du monde. Les Ministres ont noté que l’IDA est l’un des instruments les plus importants dont dispose la communauté mondiale pour atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire. Nous leur avions indiqué que l’IDA a produit de très bons résultats, mais qu’elle a un potentiel considérable. Grâce à une solide reconstitution des ressources de l’Association, nous pourrions vacciner 200 millions d’enfants de plus ; assurer des services de santé à plus de 30 millions de personnes supplémentaires ; donner accès à des sources d’eau améliorées à 80 millions d’êtres humains de plus ; aider à construire 80 000 km de routes, et former ou recruter plus de deux millions d’enseignants supplémentaires. Nous devons nous tenir une réunion ici [lundi] des Délégués à l’IDA. Il ne s’agira pas d‘une session d’annonces de contributions. Nous demanderons aux bailleurs de procéder à ces annonces vers la fin de cette année. En cette période de coupes budgétaires, nous n’épargnons aucun effort pour forger une coalition mondiale de manière à répartir la charge de cette reconstitution des ressources. Nous ne demandons pas uniquement aux bailleurs traditionnels d’assumer ce fardeau. Nous demandons aux pays qui ont antérieurement bénéficié des ressources de l’IDA d’accélérer le rythme de leurs versements ; nous demandons aux bénéficiaires de l’appui de l’IDA qui sont en passe de sortir du groupe des pays-IDA de payer un peu plus ; nous demandons aux bailleurs émergents de contribuer sur la base de leur poids économique grandissant ; et nous nous employons à mobiliser nos propres ressources. J’espère que ces quelques mots vous donnent une idée des longues discussions tenues aujourd’hui. Je vous remercie. Afficher moins -
M. HANLON: Bonjour. Nous vous remercions d’être venus participer à la conférence de presse du président de la Banque mondiale, Robert Zoellick. M.... Afficher plus + Zoellick fera tout d’abord une déclaration, après quoi il répondra avec plaisir à vos questions. Le programme de la journée étant chargé, nous aimerions commencer sans tarder. Monsieur Zoellick, je vous en prie. M. ZOELLICK : Merci beaucoup, Carl. Je tiens à vous souhaiter la bienvenue à cette conférence de presse d’ouverture organisée à l’occasion de nos Assemblées annuelles. Nous avons modifié l’organisation des Assemblées afin de les rendre plus courtes et plus pragmatiques. La partie officielle ne durera que deux heures et demie environ contre un jour et demi dans le passé. Dominique Strauss-Kahn et moi-même avions discuté de cette question lorsque nous sommes arrivés au FMI et à la Banque. J’espère que nos Gouverneurs apprécieront cette formule. Ces Assemblées nous offrent — au personnel de la Banque et à moi-même — une occasion importante d’être à l’écoute de nos 187 pays membres et d’en savoir plus sur leurs priorités. J’ai le sentiment que nous nous concentrerons sur plusieurs questions au sujet desquelles nous avons eu des discussions : l’évaluation de la crise deux ans après son avènement ; la riposte du Groupe de la Banque mondiale ; l’aide dont ont encore besoin les pays en développement, notamment de la part l’IDA ; enfin, nous essaierons d’examiner les défis et les opportunités qui se profilent à l’horizon. Au chapitre de la crise, nous constatons que l’économie mondiale connaît une reprise. C’est une bonne nouvelle, mais le rythme de cette reprise est trop lent pour réduire sensiblement le chômage, en particulier dans certains pays développés. Or, un niveau de chômage élevé crée toujours des risques de tension. Nous le constatons actuellement dans le débat en cours sur les monnaies. Les pays développés assouplissent leur politique monétaire. Certains pays en développement resserrent la leur en réponse à l’évolution de la croissance. Des pays excédentaires interviennent pour abaisser le cours de leur monnaie afin de stimuler leurs exportations. Ces comportements engendrent des tensions internationales. L’expérience montre que la politique du chacun-pour-soi ne mène à rien et que, dans un monde de plus en plus interdépendant, il ne suffit pas d’être conscient des répercussions négatives que ce type de politique peut avoir sur les autres : il faut aussi agir en conséquence. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à des tensions en matière de monnaies. Or, les tensions peuvent être source de problèmes si elles ne sont pas correctement gérées. La crise survenue récemment continue d’avoir des répercussions sur l’emploi et les moyens de subsistance dans le monde. S’il est un moment où nous ne devons pas renoncer à la coopération internationale, c’est bien maintenant. Il importe aussi de reconnaître que les taux d’intérêt ne pourront pas rester indéfiniment aussi bas qu’aujourd’hui. Un jour ou l’autre, ils augmenteront. Les responsables de l’action publique et les marchés doivent donc être prêts à faire face à l’évolution de la situation. Les cours en vigueur aujourd’hui sur les marchés obligataires baisseront inévitablement — ce qui aura une incidence sur les portefeuilles de placement et l’épargne. Pour autant, l’instabilité et les risques qui prévalent actuellement sur les marchés ne doivent pas détourner notre attention des questions fondamentales, et c’est précisément sur ces questions que la Banque s’efforce de se concentrer. Nous devons nous attacher à promouvoir une croissance équilibrée, durable et solidaire. Certaines économies se caractérisent par un taux d’épargne élevée et une croissance tirée par les exportations alors que d’autres soutiennent leur consommation par l’endettement. L’économie mondiale devra subir des changements structurels pour atteindre un meilleur équilibre et renforcer sa viabilité. En outre, il est particulièrement important d’accorder une grande attention aux conditions nécessaires à l’accélération de la croissance tirée par le secteur privé. La bonne nouvelle est la croissance des pays en développement, plus rapide que celle des pays développés. Les pays en développement devraient représenter environ la moitié de la croissance mondiale durant les prochaines années. Le monde est bien différent de ce qu’il était ne serait-ce que dix ans auparavant. La croissance de ces pays est une importante source de demande d’exportations en provenance des pays développés. Certains pays en développement se heurtent toutefois à des vents contraires. Certes, nombreux sont ceux qui ont à nouveau accès aux marchés des capitaux, mais les prêts bancaires restent faibles. En termes nets — la différence entre les nouveaux prêts et les remboursements —, il est probable qu’ils seront globalement négatifs cette année. Cette situation pénalisera particulièrement les petits pays et les pays les plus pauvres qui n’ont pas aisément accès aux marchés des valeurs mobilières, ainsi que les petites entreprises. De surcroît, la crise alimentaire de 2008 ne s’est pas complètement estompée dans de nombreux pays en développement. Les récentes hausses de prix et les troubles qu’elles ont provoqués en Afrique sont extrêmement préoccupants. Le renchérissement du blé survenu au cours des derniers mois se répercute sur le cours d’autres produits alimentaires en raison de la hausse de la demande de produits de substitution. Nous nous réjouissons que la Banque mondiale ait été en mesure de fournir 140 milliards de dollars de financements aux pays en développement depuis le milieu de 2008. Ce montant inclut les prêts de la BIRD, l’aide de l’IDA aux pays les plus défavorisés et l’appui de l’IFC au secteur privé et porte sur la période commençant à la mi-2008, c’est-à-dire à l’époque où la crise mondiale s’est vraiment confirmée. Nous savons toutefois que nous devons faire davantage. Le mois dernier, à New York, les dirigeants ont réaffirmé leur détermination à atteindre les ODM à l’horizon 2015. L’IDA, notre fonds destiné aux 79 pays les plus pauvres de la planète, joue un rôle essentiel dans ce domaine. Nous estimons qu’elle a contribué à sauver 13 millions de vies humaines durant les dix dernières années. En procédant à une solide reconstitution des ressources de l’IDA, nous pourrions vacciner 200 millions d’enfants supplémentaires, étendre les services de santé à plus de 30 millions de personnes, accroître de 80 millions le nombre d’êtres humains ayant accès à une source d’eau améliorée, construire 80 000 km de routes, et former et recruter plus de 2 millions d’enseignants. Durant cette Assemblée, nous ne discuterons pas de chiffres précis en ce qui concerne les engagements de l’IDA, mais nous demanderons aux bailleurs de fonds d’apporter leur soutien à l’Association d’ici à la fin de l’année. L’avènement d’un monde multipolaire signifie plusieurs choses, à commencer par le renforcement de la représentation des pays en développement. Nous l’avons portée à plus de 47 % au sein de la BIRD, soit une augmentation d’environ 4,5 points au cours des deux dernières années. De plus, le 1er novembre, nous ajouterons un troisième siège au Conseil d’administration pour l’Afrique subsaharienne. Je suis convaincu que nous parviendrons progressivement à une répartition équitable des droits de vote. Nos effectifs reflètent de plus en plus l’évolution du monde. Pour la première fois depuis la création de l’institution, tous nos directeurs généraux, ainsi que notre économiste en chef, viennent des pays en développement. Cependant, un monde multipolaire exige aussi que la Banque modifie la façon dont elle réalise ses études économiques. Nous sommes bien conscients que nous n’avons pas toutes les réponses et que nous devons à la fois réexaminer les anciens postulats et nous ouvrir à de nouvelles idées. Nous sommes donc enthousiastes à la perspective d’adopter un nouveau modèle de recherche sur le développement, qui donne aux personnes extérieures à la Banque les outils nécessaires pour effectuer leurs propres études et parvenir à leurs propres conclusions. Ce modèle peut s’inspirer de l’expérience et des connaissances des habitants des pays en développement, c’est-à-dire ceux-là même qui sont les plus proches du problème de la pauvreté. À compter de cette semaine, la Banque double le nombre d’indicateurs qu’elle met à la disposition du public — à titre gratuit — pour le porter à 4 000. Nous complétons ces données en partageant des applications informatiques pour permettre à d’autres de faire leurs propres calculs et de vérifier les nôtres. Aujourd’hui, nous lançons un concours « Développeurs au service du développement » (Apps for Development Challenge) pour encourager la conception de nouvelles solutions qui nous aideront à atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire. Aujourd’hui, nous mettons aussi en place un forum en ligne qui permettra de discuter pendant deux jours des grands thèmes de développement. Nous essayons d’ouvrir grand les portes de notre institution pour montrer comment nous opérons, en espérant que d’autres suivront la même voie, car c’est ainsi qu’il faudra travailler dans une architecture de développement organisée en réseau. Nous serons très occupés durant les prochains jours. Nous nous réjouissons à la perspective de travailler avec les représentants de nos 187 membres. Afficher moins -
OPERATEUR : Je vous remercie d’avoir attendu. Pour le moment, tous les participants sont en mode écoute seulement. Pour poser une question pendant la session des questions/réponses, vous pouvez appuye... Afficher plus + r sur la touche étoile un de votre téléphone à touches.La conférence d’aujourd’hui est enregistrée. Si vous n’êtes pas d’accord, vous pouvez vous déconnecter maintenant.Je vais maintenant passer la parole à Mme Amy Stillwell.Amy, c’est à vous.Mme STILWELL : Bonjour tout le monde. Je suis Amy Stilwell de la Banque mondiale. Merci de nous rejoindre et désolée pour le retard.Yvonne Tsikata, Directrice des opérations de la Banque mondiale pour les pays des Caraïbes, va vous donner des informations sur la réponse de la Banque mondiale au tremblement de terre en Haïti qui s’est produit hier.Le prénom d’Yvonne s’épelle Y-V-O-N-N-E et son nom de famille T-S-I-K-A-T-A.Après son intervention, Mme Tsikata répondra à quelques questions. Une personne mène les débats. On répondra donc à vos questions l’une après l’autre.Veuillez s’il vous plaît vous présenter et dire de quelle organisation vous faites partie avant de poser votre question.Cette conférence téléphonique sera enregistrée, sauf indication contraire.C’est à vous, Mme Tsikata.Mme TSIKATA : Merci, Amy. Merci à tous.Comme vous le savez, après le tremblement de terre d’hier et les répliques qui ont elles aussi été de grande ampleur, la Banque mondiale annonce aujourd’hui une aide financière accrue et l’octroi d’une aide d’urgence à Haïti à hauteur de 100 millions de dollars. Ce n’est que l’un des aspects du soutien que nous allons apporter au pays.En effet, en plus de ces 100 millions de dollars d’aide financière, nous allons aussi travailler avec d’autres partenaires du développement pour aider le gouvernement d’Haïti à évaluer la nature et l’étendue des dégâts. Nous allons en particulier travailler avec l’ONU pour faire ce que nous appelons des évaluations des besoins post-catastrophe selon une méthode bien établie. Cela nous aidera à fixer avec le gouvernement les domaines prioritaires où les besoins sont les plus grands. Le Dispositif mondial de réduction des effets des catastrophes et de relèvement a affecté 250 000 dollars à cette évaluation.En termes de calendrier de cette évaluation, nous en sommes à l’évidence au stade de la recherche et du mode de sauvetage et il faut que cela suive son cours. Puis, en discutant avec le gouvernement, nous devrons fixer le calendrier le plus approprié. Nous voudrions aller aussi vite que possible.Ensuite, dans un troisième stade, nous voulons aussi utiliser nos projets existants. Nous avons un certain nombre de projets très dynamiques par lesquels nous sommes très proches de la population, comme par exemple certains projets de développement menés par les communautés, nos projets en matière d’éducation où nous fournissons une aide alimentaire aux enfants et où nous participons à la reconstruction des écoles. Nous estimons pouvoir dans tous ces domaines tirer parti très rapidement de notre activité existante.Les critères essentiels que nous retenons sont la rapidité, la réactivité et l’efficacité en termes d’utilisation des projets existants.La Société financière internationale, l’institution du Groupe de la Banque mondiale chargée des opérations avec le secteur privé, a au cours des deux dernières années travaillé très étroitement avec le secteur privé haïtien pour identifier les possibilités d’investissement. Elle a déjà commencé à parler avec des clients haïtiens pour voir comment la Société peut aider dans cette situation. Nous estimons en effet que le secteur privé aura un rôle crucial à jouer dans l’effort de redressement du pays.Enfin, à moyen terme, nous envisageons la constitution d’un fonds fiduciaire spécial pour Haïti, un Fonds pour la reconstruction d’Haïti. C’est quelque chose que nous avons déjà fait auparavant. Nous l’avons fait après le passage de l’ouragan Mitch en Amérique centrale. C’est un moyen de réunir plusieurs partenaires du développement de façon coordonnée pour faire face aux besoins véritablement très exceptionnels que nous prévoyons.Mme STILWELL : Bien. Et maintenant les questions.OPERATEUR : Merci. Si vous souhaitez poser une question, appuyer sur étoile un. Pour annuler votre question, appuyer sur étoile deux. Je répète, pour poser une question, appuyer sur étoile un.Un moment s’il-vous-plaît.La première question est :C’est à vous.QUESTION : un communiqué de presse dit 100 millions de dollars?au titre d’un financement d’urgence à titre gracieux. Ce financement s’ajouterait à quoi ? Je veux dire, quel est le montant que les Haïtiens vont avoir maintenant ?Mme TSIKATA : Jusqu’à présent, depuis 2005, nous avons versé environ 308 millions de dollars et aussi 55 millions de dollars en fonds fiduciaires. Cela viendrait donc en supplément de tout cela, de ce qui a déjà été programmé.QUESTION : D’accord.OPERATEUR : question suivante ? :C’est à vous.QUESTION : Oui, merci.Pouvez-vous nous dire comment l’argent sera décaissé ? Je veux dire, cet argent sera-t-il disponible immédiatement et sur quels types de projets ou comment sera-t-il dépensé ?Merci.Mme TSIKATA : L’affectation des fonds dépendra bien évidemment des priorités du gouvernement. Généralement, dans cette sorte d’urgence, pour vous donner un exemple, nous avons réagi rapidement par un soutien budgétaire. C’est un moyen rapide de verser des fonds au gouvernement pour qu’il puisse acheter les choses dont il a besoin. C’est une manière de faire.L’autre manière, c’est d’intervenir par le biais des projets existants qui sont efficaces en termes d’utilisation de l’argent. Ici encore, c’est un moyen rapide de verser l’argent parce que l’on n’a pas à partir de zéro et à mettre en place quelque chose.La nature réelle du projet sera bien évidemment déterminée en consultation avec le gouvernement haïtien.OPERATEUR : Je répète : pour poser une question, appuyer sur étoile un.Question suivante ? :C’est à vous.QUESTION : Je sais qu’il est encore très tôt. Je souhaitais simplement savoir si vous aviez une estimation des dommages économiques infligés au pays ainsi que la gravité du coup porté aux efforts de lutte contre la pauvreté à Haïti.Ma deuxième QUESTION : je ne sais pas exactement comment vous allez pouvoir acheminer une aide à Haïti. Les routes avec la République dominicaine sont-elles ouvertes, ou bien l’acheminement se fera-t-il par voies aériennes et, concrètement, comment les choses vont-elles se passer. MerciMme TSIKATA : Merci.S’agissant de votre première question, vous avez raison, il est encore très tôt. Je pense que le seul point de référence dont nous disposons est la période 2008 pendant laquelle nous avons été les témoins de quatre ouragans et tempêtes tropicales. Le coût à cette époque pour l’économie haïtienne avait correspondu à 15 % du PIB. Il s'agissait alors d’une catastrophe beaucoup plus localisée. Celle qui nous occupe aujourd’hui a affecté une zone géographique du pays beaucoup plus vaste. Ainsi, au moins 15 % du PIB (produit intérieur brut) est l’estimation actuelle, mais il est trop tôt pour dresser un tableau complet des dommages économiques réels.En ce qui concerne les modalités de prestation de l’aide aux populations d'Haïti, l’aide est un appui budgétaire sur le même site ; il ne s’agit pas de choses matérielles, d’accord ? Mais bien de ressources financières. Je n’ai pas une idée claire de l’état des routes à proximité de la frontière de la République dominicaine. Nous pouvons compter sur les membres du personnel provenant de notre bureau en République dominicaine qui interviennent vers la frontière en coopération avec les organismes des Nations Unies. Ainsi, des informations devraient nous parvenir, des rapports précis, sur la situation à l’intérieur de la République dominicaine, à proximité ou en direction de la frontière.OPERATEUR : question suivante ? :C’est à vous.QUESTION : Bonjour, Yvonne. Je me demandais si vous pouviez juste nous exposer comment vous travaillez – actuellement, comment vous collaborez avec les autres donateurs à l’acheminement de l’aide vers Haïti. Savez-vous s’il existe une équipe spéciale ou un groupe déjà formé à la coordination de cette aide ?Mme TSIKATA : eh bien, nous disposons d’un certain nombre de groupes qui collaborent déjà étroitement. À Port-au-Prince, nous avons pu compter sur un groupe G10 composé de 10 grands donateurs dont l’action se concrétise également au-delà de la capitale.Nous nous sommes entretenus avec la BID et le FMI, et un certain nombre de réunions est organisé. D’ailleurs, cet après-midi, en ce moment même, je manque une réunion de l’Organisation des États américains, mais quelqu’un de mon équipe y assiste. Ainsi, il existe un certain nombre de possibilités permettant déjà aux donateurs de se réunir et de débattre de l’approche à adopter pour apporter une réponse cohérente.OPERATEUR : encore une fois pour poser une question, appuyer sur la touche étoile un de votre téléphone à touches.Question suivante ? :C’est à vous.QUESTION : Oui, bonjour. Merci encore.Je souhaitais simplement clarifier quelque chose que vous avez mentionnée précédemment. Je ne pense pas avoir correctement saisi.Vous avez dit que le choc économique de la catastrophe représentait au moins 15 % du PIB, c’est juste, un cinquième ; correct ?Mme TSIKATA : Correct. Mais cette estimation n’est pas scientifique.QUESTION : Oui.Mme TSIKATA : je veux dire : considérez les catastrophes de 2008 où quatre tempêtes tropicales et ouragans ont frappé une grande partie la ville de Goave, et maintenant considérez l’ouragan [correction : l’expert veut dire « tremblement de terre »] – [inaudible à 00:09:31] qui a frappé une plus grande partie du pays et également, malheureusement, ce centre économique.Je prévois ainsi que le coût économique va être supérieur au 15 % de 2008.OPERATEUR : question suivante ? :QUESTION : Bonjour. Je voulais simplement vérifier un point, vous dites qu’un total d’un million de dollars ont été alloués ou réservés puis que 250 – 250 000 dollars – correspondent à l’évaluation. Ainsi, 750 000 dollars supplémentaires sont prêts à être versés ; cela est-il correct?Mme TSIKATA : non, le financement supplémentaire est de 100 millions de dollars, je dis bien « millions ».QUESTION : Ah. Très bien. Désolé. Mais, alors, sur cette somme, il y en a 750 qui doivent être décaissés, et c’est à cela que vous vous référiez précédemment, les 250.Mme TSIKATA : la subvention de 250 000 dollars vient s’ajouter aux 100 millions de dollars.QUESTION : D’accord. Merci.Mme TSIKATA : et je dois apporter juste une précision. Lorsque j’ai parlé du fonds de reconstruction pour Haïti, je pense avoir omis de mentionner que la Banque mondiale s’emploiera à fournir le financement de départ au fonds de reconstruction.Mme STILWELL : nous avons le temps pour une toute dernière question.OPERATEUR : dernière question ? :QUESTION : Oui, dans la continuité de la question précédente, je souhaiterais savoir à combien vous estimez les dommages d’après les comptes rendus qui vous sont parvenus et les informations que vous avez recueillies auprès des personnes avec qui vous avez parlé. A quel autre grand tremblement de terre que vous avez vu compareriez-vous la présente catastrophe. Mais également, quel est selon vous le degré d’urgence de cette évaluation. Je veux dire, on pourrait penser que le gouvernement va mettre du temps avant d’être de nouveau en position de décider. Je veux dire : quel sera, selon vous, le délai nécessaire pour procéder à cette évaluation et dans quelle mesure celle-ci est-elle nécessaire ?Mme TSIKATA : du point de vue de l’étendue des dégâts, les mêmes informations me parviennent que vous. Notre personnel ne peut s’éloigner des environs de notre bureau. Comme vous le savez peut-être, de nombreuses routes sont impraticables de sorte qu’il est difficile d’avoir une vue correcte de la situation. Même les actualités se sont surtout concentrées sur Port-au-Prince même. Nous ne pouvons pas avoir une idée claire de ce qui se passe en dehors.En ce qui concerne l’urgence et la nécessité de procéder à une évaluation, je souhaite simplement dire que nous avons déjà effectué cette évaluation dans toutes sortes de situations, des situations particulièrement tragiques, de tsunamis, etc., et le gouvernement peut ne pas être en état de marche, mais les moyens sur place justifient généralement que nous nous y rendions.Il importe pour nous de nous rendre sur place dans un délai raisonnable en partie parce que la collaboration avec le gouvernement nous permet de commencer à contribuer à la formulation des priorités afin que nous puissions, en tant que partenaires de développement, décider des domaines prioritaires où nous souhaitons affecter nos ressources. Je pense que c’est là une opération importante, mais la priorité absolue pour les Haïtiens en ce moment consiste réellement à faire ce qu’ils font : donner le meilleur d’eux-mêmes pour retrouver leurs proches peut-être toujours enterrés vivants sous les décombres. Nous pensons d’abord très fort au peuple haïtien ; c’est une véritable tragédie.Je souhaite également mentionner qu’il a été particulièrement motivant pour nous de travailler pour Haïti l’année dernière. Le développement du secteur privé a suscité beaucoup d’enthousiasme, pour ce qui est de la « loi Espoir ». La Banque mondiale, en particulier la SFI, avait facilité des visites d’hommes d’affaires coréens et brésiliens. On a manifesté beaucoup d’intérêts dans les investissements, les nouveaux investissements. Aussi est-il particulièrement triste de constater ce coup d’arrêt, que nous espérons provisoire, mais la question de savoir comment Haïti peut véritablement relancer la croissance a fortement stimulé les esprits.Mme STILWELL : Merci à tous pour votre temps. Afficher moins -
Après 100 jours à la présidence du Groupe de la Banque mondiale, je souhaitais vous faire part de mes premières impressions et idées sur nos orientations stratégiques.Je suis très sensible aux encoura... Afficher plus + gements et au soutien que je reçois d’un peu partout. J’ai le sentiment que dans le monde entier — dans les pays en développement comme dans les pays développés —, chacun reconnaît la nécessité et le potentiel de cet organe sans pareil. Le Groupe de la Banque mondiale fait partie des grandes institutions multilatérales créées après la seconde guerre mondiale. Soixante ans plus tard, à l’ère de la mondialisation, il doit s’adapter à une situation très différente. Le personnel du Groupe de la Banque mondiale m’aide à apprendre, me montre le travail indispensable que nous effectuons sur le terrain et me propose des idées neuves pour tracer la voie que nous allons suivre. Les Administrateurs donnent des avis éclairés alors que nous nous efforçons de transformer de bonnes intentions et des analyses en actions productives.Le visage du Groupe de la Banque mondialeLe vrai visage du Groupe de la Banque mondiale n’est pourtant pas celui que l’on voit habituellement à Washington ou dans les salons des capitales de nos principaux actionnaires.En août, quand je me suis rendu dans la province de Yen Bai, dans les montagnes du nord du Viet Nam, j’ai rencontré une femme qui a maintenant l’électricité pour l’aider à moudre le riz, pomper l’eau, alimenter des ventilateurs et éclairer son logement d’une pièce pour que ses enfants puissent étudier le soir. C’est le résultat d’un projet d’électrification financé par la Banque mondiale au Viet Nam. L’électricité facilite aujourd’hui les travaux ménagers de plus de 90 % des familles rurales du Viet Nam. Comme dans d’autres sociétés, l’électrification des villages permet avant tout d’autonomiser les femmes qui supportent l’essentiel du travail quotidien sur les exploitations agricoles.Au Honduras, la Banque mondiale aide à sauver le parc national Pico Bonito au moyen de son Fonds « biocarbone » qui incite les agriculteurs à ne plus abattre le redondo, une essence locale, et à commercialiser les semences qu’ils ont obtenues et replanter les jeunes plants. Comme le dit un agriculteur, « Nous conservons nos arbres, et je continue à gagner de l’argent, peut-être même plus qu’auparavant. Nous pouvons même nous occuper des jeunes plants sauvages. »Au Nigéria, la Société financière internationale, qui intervient à l’appui du secteur privé, a aidé une mère célibataire du village d’Ovoko à obtenir un microcrédit pour devenir une opératrice du réseau de Village Phone. Auparavant, il fallait compter une journée pour aller passer un appel téléphonique. Aujourd’hui, cette femme entrepreneur aide ses voisins à communiquer avec l’extérieur, tout en gagnant de quoi payer les droits de scolarité de ses enfants et acheter les médicaments nécessaires pour traiter le VIH/SIDA dont elle souffre.Si on leur en donne la possibilité, les gens cherchent partout à améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs enfants. Ce désir d’un meilleur sort, si on l’accompagne, peut aider à créer une société mondiale prospère et en bonne santé.Une mondialisation viable, profitant à tous : Les besoinsNous vivons à l’âge de la mondialisation, mais d’une mondialisation aux contours encore incertains. Depuis la fin de la guerre froide, le nombre d’acteurs économiques sur les marchés mondiaux est passé d’environ un à quatre ou cinq milliards, élargissant considérablement la force de travail productive, créant de nouveaux pôles de fabrication et de services dans le monde en développement, stimulant la demande d’énergie et de produits de base et ouvrant la perspective d’un fort accroissement de la consommation. De nouveaux volumes d’épargne viennent s’ajouter aux flux mondiaux de capitaux aspirés par les opportunités d’investissement sur les marchés émergents et dans les économies développées en pleine mutation. Les transferts de compétences, de technologies, d’informations et de connaissances appliquées se précipitent.Le flux mondial des échanges a plus que doublé depuis 1990. Des économies moins protectionnistes ont permis une baisse du coût des biens et services. Un plus grand nombre de pays se tournent vers les exportations pour stimuler la croissance. Si les achats des pays développés restent importants, les nouveaux courants commerciaux portent la marque d’une régionalisation et d’une mondialisation des chaînes logistiques et d’un gonflement des échanges « sud-sud ». Près de 300 millions de personnes sont sorties de la pauvreté absolue.Et pourtant, beaucoup restent à la périphérie de cette mondialisation et certains perdent même encore du terrain. Les exclus peuvent être des pays ou certaines de leurs régions, des catégories d’individus, ou encore des personnes prises individuellement. Leur exclusion tient à de multiples facteurs, tels que les conflits, la mauvaise gouvernance et la corruption, la discrimination, la non-satisfaction de besoins fondamentaux de l’être humain, la maladie, l’absence d’infrastructures, la fragilité de la gestion économique et des incitations, l’absence de titres de propriété et d’État de droit, et même la situation géographique et les conditions climatiques.Nous sommes aussi les témoins des problèmes environnementaux que pose cette explosion de croissance : les rivières charrient des eaux noires, le ciel fait écran au soleil et des menaces pèsent sur la santé et le climat.La mondialisation ouvre de très larges horizons, mais l’exclusion, la misère noire et la dégradation de l’environnement créent des dangers. Les plus exposés comptent déjà parmi les plus défavorisés; ce sont les peuples autochtones, les femmes des pays en développement, les pauvres des zones rurales, les Africains et leurs enfants.La vision du Groupe de la Banque mondiale est de contribuer à une mondialisation viable, qui ne fait pas d’exclus, pour vaincre la pauvreté, promouvoir la croissance dans le respect de l’environnement et créer l’espoir et des opportunités pour chacun.En 2000, les pays membres des Nations Unies unis ont adopté huit objectifs de développement pour le Millénaire, des objectifs ambitieux pour réduire la pauvreté de moitié, combattre la faim et la maladie, et fournir des services de base aux pauvres, tout cela d’ici 2015. Ces objectifs, les nôtres, ont été placés à l’entrée principale de notre siège, nous rappelant chaque jour la mission que nous venons accomplir.Ces solides objectifs de développement social doivent aller de pair avec les impératifs d’une croissance durable ayant le secteur privé pour moteur et s’appuyant sur le cadre de politiques publiques favorables.Examinons maintenant certains des besoins actuels.Chaque année, le paludisme frappe environ un demi-milliard de personnes partout dans le monde. Il n’en reste pas moins que nous pourrions quasiment venir à bout de ce fléau, première cause de mortalité des enfants en Afrique. Pour cela, il faudrait investir environ 3 milliards de dollars par an au cours des prochaines années pour équiper chaque ménage exposé au paludisme de moustiquaires traitées, de médicaments et d’une quantité limitée d’insecticide à utiliser dans les habitations.L’Agence internationale de l’énergie estime que les pays en développement devront investir annuellement, pendant 10 ans, quelque 170 milliards de dollars dans le secteur de l’électricité juste pour faire face à leurs besoins dans ce domaine, et 30 milliards de dollars par an pour passer à des sources d’énergie à faible intensité en carbone.Il faudra aussi 30 milliards de dollars de plus pour atteindre l’objectif du Millénaire qui consiste à alimenter en eau 1,5 milliard de personnes et à fournir des installations sanitaires aux 2 milliards de personnes qui n’ont pas accès à ces services les plus élémentaires, améliorant également ainsi l’égalité des sexes dans les pays pauvres.Il faudra aussi investir 130 milliards de dollars par an pour mettre en place les infrastructures de transport nécessaires aux pays en développement à croissance rapide, dont une dizaine de milliards de dollars par an à l’appui de terminaux à conteneurs maritimes pour pouvoir répondre aux opportunités commerciales.Enfin, les pays à faible revenu auront besoin d’environ 7 milliards par an pour que les quelque 80 millions d’enfants non scolarisés aient accès à l’enseignement primaire, un autre objectif du Millénaire.Comment le Groupe de la Banque mondiale peut-il aider ?Bien évidemment, l’argent à lui seul ne suffira pas à répondre à ces besoins. Le Groupe de la Banque mondiale n’a pas non plus vocation à financer lui-même ces investissements.En revanche, le Groupe de la Banque mondiale a vocation à aider les pays à s’aider eux-mêmes par son rôle de catalyseur de capitaux et de mesures, en partageant ses idées et son expérience, en créant des débouchés pour les entreprises privées, et en contribuant à la bonne gouvernance et à la lutte contre la corruption — avec l’appui de ses propres ressources financières.De même, le Groupe de la Banque mondiale a vocation à véhiculer des idées en rapport avec des projets et des accords internationaux sur le commerce, les moyens de financement, la santé, la pauvreté, l’éducation et le changement climatique, pour que ces instruments profitent à tous, et notamment aux pauvres en quête de nouvelles possibilités.Nous devons pousser la réflexion plus loin sur les politiques et les marchés, faire œuvre de précurseur, et non recycler ce qui est déjà passablement établi en jouant sur un modeste avantage financier.J’ai mis l’accent sur la notion de Groupe de la Banque mondiale car je souhaite faire passer un message. Nous sommes une seule et même institution, opérant par l’intermédiaire de filiales spécialisées, à l’instar de bon nombre de grands établissements financiers. Nous devons resserrer nos échanges et accroître notre efficacité en tant que Groupe.Notre Groupe se compose de quatre grandes parties. La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), organe de financement public, propose des prêts aux conditions du marché, des produits de gestion des risques et d’autres services financiers, parallèlement à une grande expérience du développement. L’Association internationale de développement (IDA) est un guichet d’aide qui propose des dons et des prêts sans intérêt aux 81 pays les plus pauvres, dont il allège aussi sensiblement la dette. La Société financière internationale (IFC) intervient à l’appui du secteur privé, prenant des participations, accordant des prêts et des garanties et fournissant des services de conseil aux pays en développement. Enfin, l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) assure contre le risque politique. En opérant de concert, nous pouvons donner plus d’impact à ces outils et permettre à cet ensemble de dépasser la somme de ses composantes.Tous ces organes partagent une masse d’acquis spécialisés et d’expériences dans toute une série de domaines en rapport avec le développement. Proposer, développer et mettre à l’épreuve cet acquis, parallèlement ou non à des financements, est la partie la plus importante de notre travail.Premières initiativesAu cours des deux derniers mois, en coopération étroite avec nos Administrateurs, la direction du Groupe de la Banque mondiale a commencé à prendre des mesures pour aller de l’avant, saisissant cette occasion pour renforcer les synergies entre ces entités complémentaires.Cette année, nous reconstituons les ressources de l’IDA, notre principal outil de financement à l’appui des pays les plus pauvres, et de l’Afrique en particulier. C’est la quinzième reconstitution des ressources de l’Association ; chaque nouveau cycle de refinancement couvre les trois années suivantes.Avec une quarantaine de pays donateurs, et en présence des emprunteurs, nous examinons les moyens de fixer les priorités, de renforcer les politiques et de gagner en efficacité au profit des pays qui bénéficient des financements de l’IDA. La générosité des pays donateurs est un élément fondamental du succès de cette reconstitution. Leur adhésion à l’objectif d’un résultat ambitieux est un signe encourageant pour nous.Je voulais que tous les bailleurs de fonds sachent — concrètement — que le Groupe de la Banque mondiale « joindrait le geste à la parole » lorsqu’il s’agirait de donner un coup de fouet à l’IDA.Je suis donc très heureux d’annoncer que nos Administrateurs ont accepté que le Groupe de la Banque mondiale montre l’exemple en cherchant à réserver 3,5 milliards de dollars sur ses propres sources pour IDA-15. C’est plus du double des 1,5 milliards de dollars que nous avions annoncés en 2005 pour IDA-14. Fort de cette décision, nous prierons vivement les pays donateurs de s’engager sur une courageuse augmentation du montant de la reconstitution pour aider les plus pauvres, surtout en Afrique, et en Asie du Sud et de l’Est. L’Afrique du Sud a déjà ouvert la voie en annonçant qu’elle augmenterait de 30 % sa contribution à l’IDA. Il faut donc maintenant que le G-8 et les autres pays développés traduisent aussi en chiffres concrets les déclarations qu’ils ont faites au moment de leur Sommet.Notre contribution à l’IDA dépend, bien évidemment, du revenu annuel de la BIRD et de l’IFC, dont la répartition est arrêtée chaque année par les Administrateurs respectifs de ces institutions, mais nous pensons que cet objectif, qui repousse les limites, est réalisable. Nous engageons vivement tous les bailleurs de fonds à repousser aussi leurs limites.Ensuite, nous voulons une stratégie de croissance plus forte pour l’IFC. La Société à un niveau élevé de fonds propres et renforce ses investissements dans le secteur privé des pays ayant accès à l’IDA, des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure et des régions et secteurs en difficulté dans les pays à revenu intermédiaire.Ensuite encore, nous resserrons les liens de coopération entre l’IDA et l’IFC pour stimuler le secteur privé dans ces pays. L’an passé, 37 % des investissements de l’IFC ont été réalisés dans les pays pouvant prétendre aux financements de l’IDA, et ce chiffre augmentera encore. L’IFC lance également de nouveaux fonds d’infrastructures et de microparticipation dans les pays bénéficiant des financements de l’IDA. En outre, l’IDA et l’IFC peuvent investir ensemble pour accompagner des partenariats public-privé dans le domaine des infrastructures, surtout dans les secteurs de l’énergie, du transport, de l’eau, de l’agriculture et de la microfinance. Ces investissements peuvent contribuer à l’intégration des marchés régionaux, un aspect crucial pour les petits pays et les pays sans accès à la mer en Afrique.Enfin, même si la BIRD a un niveau très élevé de fonds propres, nos opérations de prêt régressent. Aujourd’hui, près de 70 % des pauvres vivent en Inde, en Chine et dans les pays à revenu intermédiaire desservis par la BIRD. Ces pays nous ont demandé de continuer à les aider à rechercher le meilleur moyen de répondre à leurs différents besoins. La BIRD doit donc croître, et non décroître. Bien sûr, comme je l’expliquerai, nos services aux pays à revenus intermédiaires doivent continuer à se développer bien au-delà de nos opérations de prêt. Cela étant, l’hétérogénéité de nos charges financières, résultant d’ajustements réalisés en 1998, est source de confusion pour nos clients. Les prêts de la BIRD — assortis d’avis personnalisés et des connaissances les plus avancées sur les politiques — conservent toute leur utilité. Notre assortiment de services de prêt et de conseil peut tout particulièrement aider les pays à promouvoir le développement social et à développer leurs ressources énergétiques et leurs infrastructures dans le respect de l’environnement.Pour mieux répondre aux vastes besoins des économies de marché émergentes, j’ai donc demandé à nos Administrateurs de simplifier et de réduire nos tarifs afin de faciliter le développement de nos opérations de prêt à l’appui du développement et de la croissance. Je suis heureux que le Conseil des Administrateurs ait accepté de le faire, permettant d’y voir plus clair dans notre tarification et ramenant les charges financières aux niveaux en vigueur avant la crise qui a frappé l’Asie. Cette mesure peut nous aider à stimuler l’expansion de nos services. Mais il nous faut faire davantage. Il faut aussi nous attaquer aux coûts non financiers de l’activité économique. Nous cherchons à être plus rapides, meilleurs et moins chers.Ces mesures ne sont qu’un début. Elles montrent la voie à suivre, jalonnée d’objectifs concrets, vers un horizon toujours plus large.Une mondialisation viable, ne faisant pas d’exclus : L’approche multilatérale La mondialisation ne doit pas exclure « le milliard d’habitants le plus pauvre ». Cette assertion va au-delà du respect de la valeur de nos semblables et au-delà de la reconnaissance du fait que chacun d’entre nous aurait pu faire partie de ces déshérités. Une mondialisation qui profite à tous est aussi dans l’intérêt de chacun. La pauvreté engendre l’instabilité, la maladie et la destruction de notre patrimoine commun et de notre environnement. Elle peut déboucher sur une société éclatée, terreau des démolisseurs, et conduire à des migrations qui peuvent coûter la vie.La mondialisation a aussi des avantages inégaux pour les milliards d’habitants des pays à revenu intermédiaire qui ont commencé à gravir les échelons du développement après la guerre froide. Dans beaucoup d’endroits, les tensions sociales fragilisent la cohésion politique. Les pays à revenu intermédiaire abritent 60 % des forêts de la planète et émettent 40 % du CO2 produit par les énergies fossiles. Avec les économies développées, premières responsables de ces émissions, ces pays joueront un rôle déterminant dans l’adoption d’une démarche mondiale face au changement climatique. Les pays à revenu intermédiaire doivent continuer à se développer, à promouvoir un développement ne faisant pas d’exclus et à adopter des politiques environnementales garantissant une prospérité durable.Le poids grandissant des pays en développement pose une autre question : Quelle sera la place de ces pays dans ce système mondial en pleine mutation ? Il ne s’agit pas seulement de savoir comment les grands pays en développement travailleront avec les pays développés, mais aussi avec les États les plus pauvres et les plus petits du monde. Ne serait-il pas paradoxal pour le Groupe de la Banque mondiale de cesser de travailler avec les pays à revenu intermédiaire à un moment où les dirigeants reconnaissent la nécessité d’associer plus efficacement ces pays aux relations diplomatiques et aux organes de sécurité au plan politique ? Pourquoi ne les associerait-on pas aussi, comme partenaires, aux institutions du multilatéralisme économique ?Il y a deux ans, j’avais émis l’idée que la Chine mette à profit ses bons résultats en devenant un « acteur responsable » du système international. Bien évidemment, c’est aussi un défi que d’autres doivent relever si nous voulons atteindre l’objectif d’une mondialisation viable, profitant à tous. Et la responsabilité doit aller de pair avec des moyens d’expression renforcés et une meilleure représentation. Nous devons progresser vers le renforcement de la représentation des pays en développement dans le travail et les services de l’ensemble du Groupe de la Banque mondiale.Les pays développés doivent eux aussi faire face aux perspectives et tensions nées de la mondialisation. Les gens s’inquiètent du rythme du changement même si beaucoup parmi les plus jeunes font preuve d’une capacité d’adaptation déconcertante.Le bon sens des différents acteurs dans les pays développés les amène à reconnaître que l’isolement ne mène nulle part. Par convenance — et pour défendre leurs propres intérêts — ils reconnaissent l’existence d’une interdépendance, même s’ils débattent des meilleurs moyens de l’appliquer.Par rapport à ces enjeux de dimension mondiale, le Groupe de la Banque mondiale est une institution modeste. De concert avec ses partenaires multilatéraux — les Nations Unies et ses institutions spécialisées, le FMI, l’OMC et les banques régionales de développement —, il doit toutefois être un acteur majeur de la promotion d’une mondialisation viable et profitant à tous. Les institutions multilatérales ont été secouées et malmenées. Il faut que leurs délibérations aillent de pair avec des résultats sur le terrain. Elles doivent surmonter leurs faiblesses internes et s’appuyer sur leurs points forts. Ensemble, nous devons démontrer que le multilatéralisme peut être appliqué de façon beaucoup plus efficace, pas seulement dans les salles de conférence et dans les communiqués, mais aussi dans les villages et les mégapoles, pour aider les plus démunis.Il appartient aux institutions internationales d’encourager une mondialisation viable et qui profite à tous. Le Groupe de la Banque mondiale possède pour sa part des ressources financières non négligeables, un personnel expérimenté, compétent et dévoué, des capacités de rassemblement, une présence dans plus de 100 pays, et 185 États membres. Lorsqu’il donne la pleine mesure de ses moyens, il peut mobiliser d’autres ressources — publiques et privées, financières et humaines — et générer ainsi des effets de démonstration et de multiplication. Et quand son action a les résultats escomptés, il joue un rôle catalyseur pour les forces du marché et permet ainsi de saisir les possibilités offertes par la mondialisation d’une manière durable et sans faire d’exclus.Six thèmes stratégiquesDans quelles directions stratégiques le Groupe de la Banque mondiale doit-il donc orienter son action ?Je vais aujourd’hui passer brièvement en revue six thèmes stratégiques qui vont dans le sens de cet objectif de mondialisation viable et profitant à tous. Dans une semaine doivent se tenir les Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du FMI, et j’espère à cette occasion discuter plus en détail de ces six thèmes avec les Gouverneurs de la Banque et, plus largement, avec l’ensemble des milieux concernés, société civile, milieux d’affaires et organismes philanthropiques y compris.En premier lieu se pose pour le Groupe de la Banque mondiale le défi consistant à aider à éliminer la pauvreté et à encourager une croissance durable dans les pays les plus pauvres, particulièrement en Afrique. L’IDA est le principal instrument financier dont nous disposons pour les 81 pays les plus pauvres du globe.Dans ces pays, c’est à la réalisation des objectifs de développement pour le Millénaire que nous devons nous attacher de manière intensive avec nos partenaires. Assurer ces besoins fondamentaux jettera en effet les bases de notre avenir.Mais le message que j’ai reçu lors de mes périples en Afrique, en juin, et en Asie, en août, est que les objectifs de développement social sont nécessaires mais pas suffisants. Au chapitre des éléments positifs, 17 pays d’Afrique, représentant 36 % de la population, ont obtenu un taux de croissance annuel moyen de 5,5 % entre 1995 et 2005. Ces pays veulent qu’on les aide à mettre en place l’infrastructure permettant de viser un niveau de croissance supérieur, en particulier les moyens matériels et énergétiques pouvant appuyer l’intégration régionale. Ils veulent aussi de nous qu’on aide à développer des marchés financiers locaux, notamment pour la microfinance, qui puissent mobiliser l’épargne locale en vue d’assurer la croissance du continent.Les dirigeants africains entrevoient d’énormes possibilités pour le développement de leur agriculture, en tablant de façon croissante sur les gains de productivité. Comme le soulignera l’édition à venir du Rapport sur le développement dans le monde que publie le Groupe de la Banque mondiale, la croissance du PIB imputable à l’agriculture a quatre fois plus de retombées positives pour les populations les plus démunies que celle résultant d’autres secteurs. Ce qu’il nous faut, c’est une Révolution verte pour le XXIe siècle répondant aux besoins particuliers et variés de l’Afrique — une révolution ayant pour éléments moteurs l’accroissement des investissements en recherche et diffusion technologiques, la gestion durable des sols, les chaînes d’approvisionnement agricoles, l’irrigation, le microcrédit rural, et l’application de politiques donnant plus libre cours aux forces du marché tout en contribuant à réduire les facteurs de vulnérabilité et d’insécurité présents en milieu rural. Ce qu’il faut aussi, c’est que davantage de pays ouvrent leurs marchés aux produits agricoles de l’étranger.Huit autres pays d’Afrique, représentant quelque 29 % de la population, ont atteint entre 1995 et 2005 une croissance annuelle moyenne de 7,4 % grâce à leurs ressources pétrolières. Pour eux et pour certains autres pays qui empruntent à l’IDA, l’objectif de développement prioritaire consiste parallèlement à encourager l’application de politiques de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption et à renforcer les capacités du secteur public, de façon que les recettes tirées des ressources naturelles servent à assurer un avenir durable pour l’ensemble de leurs habitants.Deuxièmement, nous devons répondre aux problèmes particuliers qui se posent aux pays sortant d’un conflit ou cherchant à éviter l’effondrement de leur appareil d’État.Lorsque les visionnaires réunis voici plus de 60 ans à Bretton Woods ont conçu la BIRD, c’est la reconstruction de l’Europe et du Japon que désignait la lettre R de ce sigle. Aujourd’hui, le R représente pour nous le défi posé de la reconstruction des pays victimes des conflits de notre temps. Dans son ouvrage intitulé The Bottom Billion, Paul Collier écrit que 73 % de ce milliard de populations les plus démunies vivent dans des pays qui ont été victimes de guerres civiles. Malheureusement, ces conflits entraînent non seulement d’énormes souffrances pour les populations directement concernées mais ont aussi des retombées préjudiciables pour les pays voisins. À vrai dire, nous n’avons qu’une connaissance au mieux approximative de la façon de traiter ces terribles situations. J’ai le sentiment qu’il nous faudra adopter pour cela une approche plus intégrée, associant l’aspect sécuritaire, les structures politiques, le rétablissement des capacités locales au moyen d’une aide rapide, la réinsertion des réfugiés, et l’assouplissement de nos apports d’aide au développement. Le travail constructif entrepris par le Groupe de la Banque en Bosnie, au Rwanda et au Mozambique montre ce qui est possible. La capacité d’adaptation de l’IDA et ses décaissements rapides se sont révélés primordiaux dans ces contextes de sortie de conflits, et nous nous employons avec les autres bailleurs de fonds à donner plus d’efficacité à notre action.À l’heure actuelle, nous sommes notamment à l’œuvre au Sud-Soudan, au Libéria, en Sierra Leone, en RDC, au Burundi, en Côte d’Ivoire, en Angola, au Timor-Leste, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans les États insulaires du Pacifique, en Afghanistan et en Haïti, intervenant dans bien des cas par le biais des fonds fiduciaires établis par d’autres donateurs et en collaboration avec les Nations Unies. Si un accord de paix effectif voit le jour au Darfour, avec l’appui d’une solide force de sécurité conjointe de l’ONU et de l’Union africaine, le Groupe de la Banque mondiale sera prêt à apporter sa contribution.Troisièmement, le Groupe de la Banque mondiale a besoin d’un modèle opérationnel différencié pour les pays à revenu intermédiaire, qui restent confrontés à des défis majeurs pour leur développement. Leurs infrastructures et services sociaux essentiels font en effet l’objet d’un niveau de financement encore insuffisant. Leur croissance économique, dans bien des cas, n’a pas réussi à procurer des opportunités aux pauvres. Leurs problèmes environnementaux se posent de façon aiguë. Et un risque continu de volatilité des apports de capitaux subsiste pour ces pays, semblable à celui que nous avons connu tout au long des années 80 et 90.Conscients de ces défis, nos pays membres à revenu intermédiaire veulent que le Groupe de la Banque mondiale continue de travailler à leur côté en utilisant pour cela tout un éventail de « solutions de développement ». Mais cette action doit tenir compte des améliorations majeures intervenues ces dix dernières années dans leur situation financière et leurs capacités institutionnelles. Ils attendent par exemple de la BIRD qu’elle fournisse des services d’ordre financier bien plus souples et bon marché, assortis de formalités administratives moins nombreuses et de délais plus courts. Ils se tournent vers l’IFC pour qu’elle aide à concevoir des solutions faisant appel au secteur privé pour répondre au manque de développement de leurs marchés, voire à leurs besoins sociaux. Enfin, ils comptent sur nous pour assurer des services consultatifs répondant à des critères toujours plus stricts en termes de qualité, de fiabilité et de rapport coût-efficacité. Bref, ils attendent de nous des résultats, et c’est ce que nous entendons leur fournir.Pour certains pays à revenu intermédiaire, nos services se situeront de plus en plus dans les domaines de la gestion des risques et de l’application d’un savoir-faire universel à des besoins qui se posent au niveau local. Nous pouvons proposer des instruments d’amélioration de la qualité des créances ou de couverture, et jouer le rôle d’expert neutre, contribuant ainsi à renforcer les capacités pour la gestion d’actifs. Nous pouvons favoriser le développement des marchés locaux des valeurs mobilières en aidant à mettre en place des fonds obligataires et des indices correspondants en monnaies nationales. Nous pouvons aussi libeller nos apports de fonds dans ces monnaies, afin de combiner la gestion du risque de change à ces apports. De manière à encourager une croissance qui ne fasse pas d’exclus dans un pays donné, nous pouvons travailler avec ses instances de niveau infranational. Par ailleurs, nous mettons actuellement au point des instruments de financement conditionnel pour contribuer à faire face aux besoins urgents de liquidités qui se posent en cas de chocs financiers, ainsi que des mécanismes d’assurance destinés à élargir l’accès, à un moindre coût, aux moyens de couverture contre les catastrophes naturelles, ouragans, séismes et autres. Certaines de ces activités pourront nous amener à étudier la meilleure façon de fournir nos services et autres formes d’apport de savoir contre rémunération, donnant ainsi à nos pays clients l’option d’obtenir ces prestations avec ou sans financement.Quatrièmement, le Groupe de la Banque mondiale va devoir jouer un rôle plus actif pour la promotion des biens publics mondiaux et régionaux, biens qui transcendent les frontières nationales et profitent à une multiplicité de pays et de populations. Il nous incombe de veiller à ce que le lien soit fait entre cet aspect et les objectifs de développement.Le Groupe de la Banque a déjà démontré qu’il est à même de contribuer à la lutte contre les maladies transmissibles par son action sur le front du VIH/SIDA, du paludisme et de la grippe aviaire, ainsi que pour le développement des vaccins. Nous avons par ailleurs remis à l’étude le dossier des interactions entre aide et commerce, notamment par le biais du programme novateur de financement du commerce que met en œuvre l’IFC, programme qui est principalement axé sur l’Afrique et a déjà appuyé pour près de 2 milliards de dollars de transactions en l’espace de deux ans.Un autre dossier auquel nous travaillons avec notre Conseil vise à renforcer nettement la contribution de notre institution aux efforts menés à l’échelle internationale pour faire face au changement climatique. Lors de nos Assemblées annuelles à venir, ainsi qu’à l’occasion de la conférence que tiendra l’ONU sur ce dossier en décembre à Bali, j’espère présenter un ensemble de mesures qu’envisage le Groupe de la Banque mondiale pour aider à concilier les impératifs de développement et une croissance à faible intensité de carbone. Nous devons accorder une attention particulière aux intérêts des pays en développement, de manière à pouvoir faire face au problème du changement climatique sans que cela ne freine la croissance qui contribuera à réduire la pauvreté.Notre action dans le domaine des biens publics mondiaux et régionaux devra être menée en étroite coopération avec les autres organismes dotés de compétences spécialisées, tels que l’OMC, le PNUE, l’UNODC et l’OMC. Il nous faudra également établir quel est l’avantage comparatif du Groupe de la Banque, de manière à focaliser au mieux nos ressources en suivant des démarches sélectives et différenciées. Notre mission consistant spécifiquement à promouvoir le développement à l’échelon national, le principal défi d’ordre opérationnel consistera pour nous à fournir un appui aux pays qui cherchent eux-mêmes à définir la façon d’incorporer au mieux les politiques en matière de biens publics, et les possibilités qui s’offrent au plan mondial et régional, dans leurs propres programmes nationaux. Il importe également que les possibilités en question fassent appel au secteur privé, à ses entreprises et aux énergies qu’il recèle.Cinquièmement, un des défis les plus déterminants qui se posent à nous à l’heure actuelle consiste à trouver le moyen d’aider ceux qui cherchent à promouvoir le développement et les opportunités au sein du monde arabe. Les pays dont je parle étaient jadis des centres de courants d’échanges et de savoir, et cela témoigne du potentiel qu’ils présentent aujourd’hui s’ils parviennent à surmonter les conflits et les facteurs faisant obstacle à la croissance et au développement social. En l’absence d’une croissance largement répartie, ces pays auront à affronter des tensions sociales et le problème posé par une vaste population de jeunes qui ne peuvent trouver d’emplois. La série de rapports arabes sur le développement humain publiée par les Nations Unies présente à ce sujet de très précieuses données tirées d’évaluations internes.Lorsque j’occupais la fonction de Représentant des États-Unis pour le commerce extérieur, j’ai travaillé en étroite collaboration avec les dirigeants de toute cette région, allant du Maghreb au golfe Persique, qui travaillaient à l’établissement d’économies et de sociétés plus ouvertes. Certains disposaient d’une abondance de ressources énergétiques et de capitaux, mais d’une économie peu diversifiée et d’une capacité limitée de création d’emplois. D’autres s’employaient à améliorer l’enseignement, à renforcer l’adoption de technologies et à développer l’emploi par la déréglementation de l’activité économique et le commerce. Un certain nombre avaient entrepris d’approfondir leurs liens de production avec l’Asie au moyen d’investissements croisés et d’échanges commerciaux, ainsi que par le développement de centres de service.Notre récent rapport Doing Business 2008 montre qu’il y a du progrès. L’Égypte vient en tête de liste des pays qui ont réformé leur réglementation en vue de faciliter la pratique des affaires. L’Arabie saoudite a supprimé des couches bureaucratiques qui avaient fait d’elle un des endroits les plus difficiles pour la création d’entreprises, et elle a également aboli les règles d’apport minimum en capital.Tout cela est encourageant, mais il est possible d’accomplir bien plus encore. Une mondialisation qui profite à tous doit avoir des retombées positives pour les populations de ces pays dans leur ensemble. Pour les pays arabes qui cherchent à assurer de manière effective les prestations de services sociaux pour tous leurs habitants, nous pouvons fournir des données d’expérience comparatives. Nous pouvons aussi aider à la mise en place d’environnements porteurs pour les entreprises, tant locales qu’étrangères. Pour certains, nous pouvons éventuellement financer des projets de développement, administrer des fonds fiduciaires alimentés par d’autres donateurs, ou stimuler l’essor des services privés par le biais de l’IFC. Nous aidons actuellement à la fourniture des services sociaux de base et apportons un appui dans le sens d’une bonne gouvernance et de la croissance du secteur privé dans les territoires palestiniens, autant d’éléments susceptibles de jeter les bases économiques synonymes d’espoir si les parties en présence choisissent la voie de la paix.Enfin, s’il est vrai que le Groupe de la Banque mondiale présente certains des attributs d’une entreprise financière et d’un organisme de développement, il a une vocation bien plus large. Il est d’une nature unique et particulière, en ce sens que c’est une banque du savoir, une institution qui ne cesse d’apprendre. Il assure la collecte et la diffusion de données précieuses. Mais ce n’est pourtant pas une université : il s’agit plutôt d’une sorte de « brain trust », d’un centre de réflexion sur des données d’expérience d’ordre pratique qui nous aideront à traiter les cinq autres thèmes stratégiques dont j’ai parlé.Une capacité de ce type mérite d’être particulièrement reconnue et entretenue. Mais nous n’en devons pas moins nous remettre sans cesse en question, en nous demandant ce qu’il y a lieu de faire pour parvenir à un développement et une croissance viables et profitant à tous.Cette remise en question exige de l’humilité, ainsi que de l’honnêteté intellectuelle. Bon nombre d’initiatives de développement ont échoué et de rêves ont été brisés, mais ce n’est pas pour cela qu’il faut cesser d’essayer. C’est au contraire une raison pour chercher de façon continue et rigoureuse à tendre vers des résultats et à juger de l’efficacité de l’action menée. Il n’y a pas de meilleure façon de gagner la confiance et l’appui de nos actionnaires et mandants, ainsi que de nos pays clients et partenaires de développement.Les six thèmes stratégiques que je viens d’énoncer proposent une orientation, qu’il convient d’examiner, d’affiner et d’améliorer. Pour donner une concrétisation à ces idées, il nous faut comprendre les besoins particuliers de nos clients. Nous sommes prêts à recevoir l’avis et les conseils de nos actionnaires. À ce moment précis de notre histoire, le Groupe de la Banque mondiale constitue à la fois une nécessité impérieuse et une chance inégalée.Défis d’ordre interne : Bonne gouvernance et lutte contre la corruptionPour parvenir à ses fins, le Groupe de la Banque mondiale doit aussi faire résolument face aux défis d’ordre interne qui se posent à lui. Il y a lieu pour nous d’utiliser de manière plus effective notre capital et d’accorder plus d’attention à notre service client. Nous devons renforcer nos liens avec les organismes de la société civile et les ONG, de manière à apprendre à leur contact. Reflétant la nouvelle « architecture de l’aide », nous devons aussi travailler de façon plus efficace avec les programmes d’aide en place au plan national et les fonds axés sur certains projets tels que les maladies, ainsi qu’avec les organismes philanthropiques, les ONG présentes sur le terrain et les entreprises privées qui s’intéressent aux problèmes de développement.Nous devons prêter appui à notre personnel par de meilleurs moyens de perfectionnement professionnel, et améliorer la mobilité au sein de notre organisation. Nous avons besoin de politiques renforcées en matière de ressources humaines, afin d’aider les employés en poste dans nos bureaux extérieurs dans le même temps où nous faisons un effort de décentralisation accru. Et il y a lieu pour nous d’assurer une plus large participation et représentation au sein de notre Conseil, et une plus grande diversité au sein de notre personnel.Comme l’a souligné dans un récent rapport le groupe d’étude émérite dirigé par Paul Volcker, ancien président de la Réserve fédérale américaine, nous devons également nous employer à renforcer la façon dont nous traitons la gouvernance et la corruption. Ce groupe a soumis à notre réflexion toute une série de recommandations en vue de consolider l’action de notre groupe d’enquêteurs internes et de veiller à ce que les données qu’ils produisent soient mises à profit de la meilleure manière possible. Nous avons entrepris d’y donner suite sans tarder, en sollicitant d’autres avis, en procédant à des échanges de vues avec les membres de notre Conseil et en nous engageant sur la voie d’améliorations d’ordre opérationnel.De ma propre expérience, je dois dire que les employés du Groupe de la Banque mondiale reconnaissent à quel point ce dossier relatif à la gouvernance et à la lutte anti-corruption est primordial. Ils sont fiers de la mission qu’ils assurent au service du développement ; ils ont la volonté de maintenir l’intégrité de leur institution, et ils savent que les pauvres et les plus démunis sont ceux qui pâtissent le plus de la corruption. Ensemble, nous allons parvenir à de meilleurs résultats.Le Groupe de la Banque mondiale peut aussi jouer un rôle de chef de file en faisant des politiques sur la bonne gouvernance et la primauté du droit une partie intégrante du processus de développement. Il y a à peine un mois, nous avons ainsi lancé au côté des Nations Unies l’Initiative pour la restitution des avoirs volés, appelée Initiative StAR, afin d’amener les pays développés et en développement à travailler côte à côte en vue d’assurer le recouvrement des avoirs financiers détournés par des dirigeants corrompus. Et comme le montre clairement notre précieux rapport Doing Business, non seulement de mauvaises politiques réglementaires et d’octroi de licences ont un effet dissuasif sur les entrepreneurs, mais elles sont aussi une porte ouverte à la corruption.En conclusion, deux témoignagesDevant vous aujourd’hui, j’ai cherché à définir une orientation pour le Groupe de la Banque mondiale. Mais pour vraiment vous donner une idée de l’œuvre que nous menons, permettez-moi, en conclusion, de citer le témoignage de deux autres personnes.La première est Deramma, une habitante de l’État indien de l’Andhra Pradesh qui fait partie d’un groupe d’entraide dans son village. Comme elle, plus de 8 millions de femmes ont mis en place, avec l’appui de la Banque mondiale, des groupes de ce type pour mettre en commun diverses ressources. Grâce à cette forme la plus élémentaire de services de soutien et d’intermédiation, près de 90 % des ménages ruraux ont vu leurs revenus augmenter, ce qui représente à peu près 40 millions de personnes. Voici le témoignage de Deramma : « Auparavant, on tentait de subsister tant bien que mal au jour le jour. Mais aujourd’hui, nous sommes autonomes, et nous pouvons éduquer nos enfants. Nous avons maintenant bon espoir de pouvoir échapper à la pauvreté. »La seconde est Dinalva Moura. Cette mère de trois enfants participe au programme Bolsa Familia en place au Brésil, lequel verse de petites allocations à 11 millions de familles dont les parents font le nécessaire pour maintenir leurs enfants à l’école et leur faire passer régulièrement des visites médicales. Le Groupe de la Banque a apporté une aide financière et technique à l’appui de cette remarquable initiative du Gouvernement brésilien. Voici ce que nous dit Dinalva: « Le programme Bolsa Familia m’aide à acheter de la nourriture, et parfois même des fruits, pour mes enfants. Et ils ne manquent pas l’école, parce qu’ils savent que c’est s’ils y vont qu’on aura de l’argent. »Ce sont des témoignages comme ceux-là qui vous donnent une idée des efforts que nous menons au jour le jour pour donner de nouvelles possibilités aux pauvres. Et ce sont des témoignages comme ceux-là qui expriment en un même écho l’impérieuse nécessité d’un Groupe de la Banque mondiale dynamique, grâce auquel les personnes en question seront mises en rapport avec d’autres, pourront partager des idées, et auront accès à des opportunités. C’est de cela qu’il est question quand on parle d’une mondialisation qui soit viable et qui profite à tous. Afficher moins -