| Population | 10,123,787 | 2011 |
| PIB | $7,346,156,702 | 2011 |
| Croissance du PIB | 5.5% | 2011 |
| Inflation | 8.4% | 2011 |
| Plus de données » | ||
Le tremblement de terre d'une magnitude de 7.0 qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010 a exacerbé les défis actuels et a tué plus de 230 000 personnes. Les dommages et pertes sont estimés à environ 8 milliards de dollars, ou 120% du PIB. En savoir plus »
Cette tribune a été originellement publiée dans le Washington Post, le jeudi 24 janvier 2013.WASHINGTON – En ce mois de janvier, la météo fait du yo-yo à Washington. Si l’on observe cette semaine... Afficher plus + des températures glaciales, la ville a connu au début du mois un épisode de chaleur des plus déroutants. Des nuées d’oiseaux — rouge-gorge, roitelets, cardinaux et même geais bleus — se sont abattues sur les buissons, se gorgeant de baies jusqu’à satiété. Joggeurs et cyclistes avaient ressortis shorts et t-shirts et les amateurs de jardinage s’activaient dehors comme au printemps.Les signes du réchauffement climatique sont à la fois plus évidents et plus fréquents. La planète tout entière est exposée à une aggravation des conditions météorologiques extrêmes. L’année 2012 aura été la plus chaude jamais enregistrée aux États-Unis. L’économie mondiale sera au cœur des discussions entre les grands dirigeants de ce monde qui se réunissent à Davos cette semaine. Mais la priorité devrait aller au dérèglement climatique, parce que ce phénomène met en péril tous les gains obtenus ces dernières décennies sur le front du développement.Si nous n’agissons pas immédiatement, le réveil sera douloureux : l’an dernier, le Groupe de la Banque mondiale a publié un rapport, qui évalue à 4°C d’ici la fin du siècle la hausse des températures dans le monde faute d’action concertée dès à présent.Le réchauffement, c’est une élévation du niveau des océans comprise entre 50 centimètres et 1 mètre et qui menacerait des centaines de millions d’habitants dans les villes côtières. Le réchauffement, c’est la banalisation des « tempêtes du siècle », qui pourraient se reproduire chaque année. Le réchauffement, ce sont des températures insupportables l’été sur pratiquement tout le territoire américain, de Los Angeles aux plaines du Kansas en passant par Washington.Nous avons deux fils, ma femme et moi, de 12 et 3 ans. Quand le benjamin aura mon âge, le monde dans lequel il vivra sera peut-être dans cet état. Ne serait-ce que pour lui, j’ai envie d’agir et de faire partie d’une dynamique internationale qui s’attèle au problème dès maintenant.Alors même que les négociations sur le climat se poursuivent, nous devons intervenir tout de suite et indépendamment du cadre des conventions. Où que nous nous trouvions dans le monde, nous devons nous à attacher à identifier les domaines où nos efforts de réduction des émissions auront le plus d’impact, tout en renforçant les capacités de résilience des villes, des populations et des pays.L’initiative doit venir des six premières économies mondiales, qui représentent ensemble les deux tiers des émissions mondiales de CO2 liées au secteur de l’énergie. Le fait que le président Obama ait évoqué dans son discours d’investiture la question du climat et de l’énergie pourrait contribuer à relancer ce débat, au plan national comme à l’étranger.Pour la communauté internationale, la première priorité est double : mobiliser des fonds et parvenir à une tarification adaptée du prix de l’énergie afin de favoriser une croissance sobre en carbone. Si nous voulons réduire les émissions à grande échelle, nous devons parvenir à un prix du carbone stable et reflétant la réalité des coûts environnementaux. Sans compter qu’une tarification adaptée de l’énergie pourrait inciter à investir dans l’efficacité énergétique et des technologies plus vertes.La deuxième mesure à prendre sans tarder consiste à mettre fin aux subventions sur les carburants, pratiquées partout dans le monde et qui ont un impact désastreux sur l’environnement. Cette disposition pourrait entraîner une baisse des émissions de 5 % d’ici 2020. Chaque année, les pays dépensent globalement plus de 500 milliards de dollars pour subventionner les combustibles fossiles et autant pour financer d’autres subventions portant atteinte à l’environnement (dans le domaine de l’agriculture et de l’eau principalement). Imaginez ce que nous pourrions faire avec ce millier de milliards de dollars ! Créer des emplois d’avenir, renforcer les filets de protection sociale, soigner et vacciner…Troisième priorité : les villes. Les 100 plus grandes agglomérations de la planète — qui contribuent aux émissions à hauteur de 67 % — sont particulièrement exposées aux conséquences du dérèglement climatique mais ce sont aussi des pôles idéaux pour innover et enclencher une croissance verte. Des villes comme New York et Rio nous montrent d’ores et déjà la voie en promouvant une croissance sobre en carbone et en s’attaquant aux pratiques qui contribuent au changement climatique.À travers ses fonds d’investissement climatique dotés de plus de 7 milliards de dollars, le Groupe de la Banque mondiale s’emploie pour sa part à favoriser une gestion durable des forêts, un déploiement à grande échelle de l’énergie solaire et un développement urbain respectueux de l’environnement, soit autant d’éléments qui visent à stopper le réchauffement planétaire. Nous procédons par ailleurs actuellement à un travail d’examen approfondi de nos propres pratiques et politiques institutionnelles.De même que le monde a voulu se prémunir de tout nouveau conflit mondial en instaurant les institutions de Bretton Woods, il doit aujourd’hui inventer un mécanisme international qui lui permettra d’échapper à une catastrophe climatique annoncée. Le Groupe de la Banque mondiale est tout à fait disposé à collaborer avec d’autres afin de relever ce défi. Chacun de ses investissements, chacune de ses initiatives doit prendre en compte la menace d’un monde plus chaud de 4°C et retourner ce risque en perspectives de croissance verte et solidaire.Aux États-Unis, l’année 2012 aura été celle de tous les records : températures extrêmes, milliards de dollars de dégâts provoqués par l’ouragan Sandy, sécheresse inédite dans les plaines agricoles du Midwest… À tout cela vient s’ajouter ce rapport de la Banque mondiale qui confirme les risques d’un réchauffement planétaire de plus de 4°C. Alors, qu’attendons-nous pour agir ? Nous devons passer à l’action sans tarder. C’est le sort de notre planète qui en dépend.Jim Yong Kim est président du Groupe de la Banque mondiale. Afficher moins -
Cette tribune a été originellement publiée dans le Wall Street Journal Europe, le mardi 22 janvier 2013.L’euro étant désormais stabilisé, l’Europe doit maintenant relancer son économie.Lorsque le mini... Afficher plus + stre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, déclarait il y a un an qu’au cours des douze prochains mois les dirigeants européens « auraient éliminé les dangers de contagion et stabilisé la zone euro », on l’a accusé d’un optimisme déplacé. Pour l’heure, il semble qu’il ait eu raison. La zone euro a fait preuve en 2012 de sa volonté de rester unie.En 2013, l’Europe doit démontrer sa volonté de moderniser ses structures économiques et de relancer sa croissance, faute de quoi, les progrès réalisés en 2012 seront compromis non seulement en Europe, mais dans le monde entier.Alors que les dirigeants se réunissent dans les jours à venir pour débattre de l’économie mondiale au Forum économique mondial à Davos, j’ai bon espoir que les Européens procéderont aux changements voulus. Non que les réformes structurelles soient faciles. Elles seront plus douloureuses que les changements dans les dispositions monétaires et financières régionales. Mon optimisme se nourrit plutôt des exemples de réforme et de progrès que recèle l’histoire européenne, telles l’Espagne dans les années 80, la Suède au cours des années 90 ou encore l’Estonie dans les années 2000, autant de précédents documentés dans le rapport Golden Growth, une évaluation du modèle économique européen réalisée par la Banque mondiale. On peut se montrer optimiste pour une région où les réformes politiques ont historiquement conduit à une prospérité partagée.Au cours des douze prochains mois, l’Europe aura de nombreux changements à mettre en œuvre. Elle doit se doter d’une autorité régionale de régulation et de contrôle bancaires, ce qui est déjà en cours. Elle a également besoin de réformes pour mettre de l’ordre dans les finances publiques, améliorer l’efficacité des services sociaux et des programmes publics, et réglementer le monde du travail afin d’encourager l’effort et l’esprit d’entreprise. Cependant, tout en corrigeant les défaillances de leur modèle économique, les Européens ne doivent pas oublier les forces et les succès de leur continent. Trois réalisations méritent d’être mentionnées.Tout d’abord, un effort d’intégration sans précédent qui a permis à plus d’une douzaine de pays — dont l’Irlande au cours des années 80, le Portugal dans les années 90 et la Slovénie et la République slovaque au cours des années 2000 — de passer rapidement au rang des économies avancées. Ceci n’est pas le fruit du hasard. La « machine de convergence » européenne est le produit de flux commerciaux et financiers vigoureux, facilités par le marché unique et soutenus habilement par la Commission européenne. Ensuite, l’intégration économique a contribué à faire de l’« Europe » un label mondial. Depuis le milieu des années 90, les entreprises européennes génèrent des emplois et des produits d’exportation. Les biens et services européens — comme par exemple, les voitures allemandes et les lieux de villégiature français — suscitent l’envie dans le monde entier. Ici encore, ce pas l’effet du hasard. Ces pays ont facilité le climat des affaires. Et le climat de l’investissement a été fortement amélioré en Europe centrale au cours des dix dernières années. Les économies de la zone euro qui ont ralenti le rythme des réformes se doivent d’en prendre acte. Les relations d’interdépendance étroite creusent les écarts de compétitivité en Europe.Enfin, ayant atteint un équilibre enviable entre vie professionnelle et vie privée sur le terreau de la paix et du progrès, les Européens jouissent de la meilleure qualité de vie. Cependant, point trop n’en faut : à mesure que la prospérité leur permettait longévité et meilleure santé, les Européens ont raccourci leur semaine de travail, allongé leurs vacances et réduit progressivement l’âge de leur retraite. Les retraités et les chômeurs dépendent de plus en plus de l’État et de moins en moins du marché.Aujourd’hui, avec 10 % de la population mondiale et 30 % du PIB mondial, l’Europe représente 60 % des dépenses mondiales consacrées à la protection sociale (prestations de retraite, de chômage et d’assistance sociale). La plupart des pays européens ont des difficultés à garantir une protection sociale généreuse sans sacrifier leur croissance ; il en résulte des déficits budgétaires permanents et une dette publique croissante.La solution passe par un changement fondamental du modèle économique européen, et le défi est de taille. Mais ceux qui doutent de la détermination des Européens devraient considérer l’histoire récente de la Lettonie.En 2008, confrontée à une dette extérieure écrasante et à l’effondrement de l’économie nationale, la Lettonie s’est vue contrainte de faire appel à l’aide internationale. En 2009, son PIB s’est contracté de 17,5 %, et le chômage a dépassé 20 %. Cependant, au lieu de dévaluer leur monnaie, les Lettons ont accéléré le rythme des réformes structurelles — réduction des dépenses, amélioration du climat des affaires et mise en place de mesures d’aide pour les pauvres et les chômeurs. En 2012, l’équilibre du compte des transactions courantes était rétabli, la croissance de l’économie dépassait 5 % et le chômage avait été réduit. Le pays prévoit d’avoir remboursé ses prêts et adopté l’euro d’ici 2014. Nous sommes fiers du travail que nous avons accompli pour aider la Lettonie à protéger les personnes vulnérables des pires effets du ralentissement de l’économie en attendant que la croissance améliore les perspectives d’emploi. Tout impressionnant qu’il soit, le cas de la Lettonie n’est pas unique. Confrontées à la crise, la Suède et l’Allemagne — aujourd’hui chefs de file de l’économie européenne — ont aussi procédé à des changements douloureux, mais efficaces. Dans quelques années, l’Irlande et le Portugal pourraient bien devenir une source d’inspiration pour les réformateurs du monde entier.L’Europe a une histoire riche en réformes et innovations. Si les États européens mettent en place les politiques nécessaires pour relancer la croissance, et s’ils le font avec la diligence dont ils ont fait preuve pour stabiliser l’euro, les années à venir seront empreintes de succès. L’auteur est président du Groupe de la Banque mondiale. Afficher moins -
L’Association internationale de développement (IDA), le guichet de la Banque mondiale destiné aux pays les plus pauvres, a été créée il y a plus de 50 ans pour répondre à un besoin urgent : ... Afficher plus + veiller à ce que les populations les plus vulnérables du monde aient une chance réelle de jouir d’une vie décente. Beaucoup de choses se sont passées depuis. Grâce à l’aide de l’IDA, des centaines de millions de gens ont brisé le cercle vicieux de la pauvreté extrême en profitant de la création d’emplois, d’un accès à l’eau potable, de la sécurité alimentaire, de la construction d’écoles et de routes, et de l’électrification. En fait, des chercheurs ont constaté l’an dernier pour la première fois que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté absolue — avec moins de 1,25 dollar EU par jour — avait diminué dans toutes les régions du monde, passant de 1,9 milliard en 1990 à 1,3 milliard en 2008. L’IDA s’est employée sans relâche à aider les pays pauvre dans leur lutte contre la pauvreté, souvent dans des conditions très difficiles. En Afrique, continent qui reçoit la moitié des crédits et des dons sans intérêt de l’IDA, cette dernière à contribué à la scolarisation de plus de 15 millions d’enfants au cours de la dernière décennie, à protéger les gens contre le paludisme en distribuant 33 millions de moustiquaires, et à fournir de l’eau potable à 6 millions de personnes.Cependant, malgré ces avancées remarquables de la lutte contre la pauvreté, le nombre de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour reste toujours inacceptable. Nous ne saurions non plus présumer que les gains acquis au plan du développement sont permanents. La fréquence croissante des phénomènes climatiques extrêmes et autres catastrophes naturelles — du séisme de 2010 en Haïti au tsunami gigantesque qui a frappé le Japon l’an dernier, en passant par la sécheresse qui sévit au Sahel et par l’ouragan Sandy — donne à conclure que personne n’est à l’abri d’une catastrophe. Les conflits, les crises financières, le chômage et la faim — qui transcendent souvent les frontières — viennent encore compliquer les choses.Pourtant, en dépit de toutes ces épreuves, certains mettent toujours en doute le rôle de l’aide au développement et la pertinence des organismes multilatéraux qui ont pour mission d’éradiquer la pauvreté. En cette période tumultueuse, la communauté mondiale du développement se trouve à la croisée des chemins. La voie que nous choisirons aura de sérieuses conséquences sur le monde de demain.Ce n’est donc pas le moment de se désengager, mais plutôt de redoubler d’efforts afin d’atteindre les Objectifs de développement pour le millénaire : offrir aux enfants et aux femmes enceintes de meilleures chances de survie, veiller à ce que les enfants puissent aller à l’école, promouvoir l’égalité des sexes, protéger l’environnement et, enfin, éradiquer la pauvreté. Pour la Banque mondiale, les donateurs, les emprunteurs et la société civile, cela signifie qu’il faut faire des choix judicieux et utiliser le plus efficacement possible les ressources limitées disponibles en prenant bien en compte les besoins locaux. Cela signifie également qu’il faut garder à l’esprit que même les pays qui ont atteint un certain niveau de revenu risquent encore de compter des millions de personnes extrêmement pauvres qui ont toujours besoin d’aide.Un des traits distinctifs de l’IDA est sa capacité d'adaptation à de nouveaux contextes. Nous avons appris que pour assurer une réduction durable de la pauvreté, il est essentiel de confier aux pays la maîtrise d’œuvre des actions entreprises, de combiner l’aide et les services d’experts de multiples secteurs et organisations, et surtout de faire preuve de flexibilité. La flexibilité de l’IDA lui permet de réagir rapidement, en particulier en situations de crise, dans des contextes difficiles et dans des environnements fragiles. Le travail accompli l’an dernier dans la Corne de l’Afrique illustre bien l’aptitude de l’IDA à proposer prestement des solutions bien ciblées. Confrontés à une situation où 12 millions de personnes subissaient une des pires sécheresses des 60 dernières années, nous avons rapidement débloqué 250 millions de dollars par l’intermédiaire de notre Mécanisme de riposte aux crises. Cet argent a permis de mettre en œuvre en un temps record des projets portant sur la santé et la nutrition, l'énergie, l'agriculture et l’assainissement qui ont bénéficié à des millions de personnes en Éthiopie, au Kenya et à Djibouti.La situation économique mondiale évolue constamment et nous devons donc nous tenir prêts à réagir à des changements encore plus rapides et profonds, compte tenu en particulier de la situation actuelle du financement du développement où plusieurs pays donateurs traditionnels sont eux-mêmes aux prises avec des difficultés budgétaires.L’IDA poursuit sa transformation en profondeur afin de faire face aux nouveaux enjeux mondiaux et nationaux. Nous collaborons avec les donateurs et les emprunteurs à la recherche d’idées novatrices qui permettraient d’accroître la viabilité financière de l’IDA, de réduire sa fragilité et d’améliorer ses résultats. Notre défi consiste à maintenir l’engagement du monde dans nos efforts conjoints pour sortir de la pauvreté des millions de démunis et leur permettre d’améliorer leurs conditions de vie.Il convient d’élargir la coalition des bailleurs potentiels et de créer de nouveaux partenariats avec les économies de marché émergentes du monde entier. Nous devons mobiliser les compétences et les connaissances de ces nouveaux partenaires pour permettre aux gens d’échapper à la pauvreté.Les donateurs et les emprunteurs d’Afrique et de toutes les autres régions du monde se réuniront du 13 au 15 novembre à Abidjan, en Côte d'Ivoire, pour examiner les progrès réalisés par l’IDA dans les domaines de la parité des sexes, du changement climatique, de la gestion des situations de conflit ou de fragilité et de la gestion des crises au sein des collectivités en difficulté. Cette réunion nous fournira l’occasion de réfléchir avec nos partenaires de développement aux moyens d’intervenir d’une manière encore plus efficace et conséquente dans le contexte d'une architecture de l'aide plus complexe et en constante évolution. Que nous faudra-t-il pour permettre à un nombre grandissant de personnes d’échapper à la pauvreté ? De la flexibilité, de la persistance, et un engagement ferme et constant de toutes les parties concernées. Afficher moins -
Les responsables politiques sous pression se laissent parfois distraire par l'obsession du moment. Dans le cas de la zone euro, cette idée fixe est « le pare-feu financier ». Quelle doit être so... Afficher plus + n ampleur ? Qui y contribuera, et comment ?Maintenant que les ministres des Finances de la zone euro se sont épuisés à mettre en place un mécanisme de centaines de milliards d'euros aux composantes multiples, le débat va se mondialiser cette semaine, dans le cadre des Réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Il s'agira ensuite de définir combien de centaines de milliards d'euros de contributions supplémentaires au FMI doivent être annoncées. Ce sera « Le pare-feu financier : deuxième épisode ».Permettez-moi de m'écarter de l'opinion dominante. Non pas en ce qui concerne la question précise des pare-feu, mais sur le fait qu’elle concentre toutes les attentions.La survie de la zone euro dépend désormais de l'Italie et de l'Espagne. Ces pays sont trop importants pour qu'on les laisse faire faillite, ou pour qu'on puisse les secourir. Les mesures extraordinaires adoptées par la Banque centrale européenne ont diminué les taux d'intérêt dont leur dette est assortie, mais n'ont pas résolu leurs problèmes.En un sens les Allemands, harcelés de toutes parts, ont raison. Le sort de l'Italie et de l'Espagne sera fonction des mesures que leurs gouvernements appliqueront pour diminuer les dépenses, réduire la dette, consolider les banques et procéder à des réformes structurelles. Les pare-feu rassurent les marchés, mais l'action des autorités, le soutien à leurs politiques et les liquidités de la BCE seront les facteurs décisifs.L'obsession du pare-feu détourne l'attention de la question fondamentale : que doit faire l'UE pour aider l'Italie et l'Espagne à conserver l'appui politique nécessaire aux réformes ? Les mesures structurelles sont éprouvantes pour tous les gouvernements. Elles sont extraordinairement difficiles à appliquer en l'absence de croissance. Les réformes risquent de perturber l'économie pendant que l'investissement, les entreprises et les salariés s'y adaptent.En Italie, le Premier ministre M. Mario Monti a engagé une action exemplaire associant l’assainissement des finances publiques et la réforme des retraites et du marché du travail. Mais le chômage augmente. L'Italie pourra-t-elle maintenir cette politique de réformes en l'absence de mesures de soutien de l'Union européenne ? Le Premier ministre espagnol, M. Mariano Rajoy, s'est engagé sur une voie similaire, mais il a suffi de modestes concessions aux mesures de réduction du déficit, conjuguées à un taux de chômage de 23 % et aux problèmes rencontrés durant les élections et dans la rue, pour entraîner une hausse des coûts du crédit pour l'Espagne. L'ajustement économique et les réformes seraient plus faciles pour l'Italie et pour l'Espagne si ces deux pays étaient soutenus par la croissance européenne.Or, comme me l'a expliqué un Européen, l'économie est en Allemagne une branche de la philosophie morale. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que les politiques de stimulation de la demande l’emportent sur la droiture, la discipline et la rigueur. Il existe toutefois un autre moyen de favoriser la croissance, en agissant sur l'offre et en renforçant pour cela l'investissement, le marché unique et l'Union européenne elle-même.Au lieu de se quereller sur les pare-feu, les Européens devraient augmenter — disons de 10 milliards d'euros — le capital de la Banque européenne d'investissement. Dans la situation actuelle, il se peut que cette dernière ne soit en fait obligée de diminuer ses prêts. À l’inverse, elle pourrait consacrer davantage de capitaux à l'emprunt, puis investir à l'appui de réformes structurelles, montrant ainsi aux Espagnols et aux Italiens que leurs sacrifices attireront des investissements productifs. La BEI est du reste aujourd'hui dirigée par un Allemand talentueux, M. Werner Hoyer, issu de la coalition gouvernementale. Le président de la Commission européenne, M. José Manuel Barroso, devrait quant à lui exiger le décaissement de milliards d'euros actuellement inutilisés dans les fonds structurels et les fonds de cohésion alors même que les régions défavorisées d'Europe sont dans le besoin. Il faut trouver le point de blocage et l’éliminer.Le marché unique, l'épine dorsale de l'intégration européenne, pourrait également venir à la rescousse. Bien que les marchandises circulent librement dans l'Union européenne, le secteur des services de nombreux pays, Allemagne comprise, pourrait s'ouvrir davantage. La circulation de la main d'œuvre y est également beaucoup plus restreinte que dans un véritable marché unique. Que la cause en soit la langue, les coutumes, l’appariement des emplois et des travailleurs ou les coûts de l’expatriation, le moment est venu de surmonter ces obstacles et de faire véritablement progresser l’unification européenne. Il faut montrer aux personnes désireuses de travailler que l'Union européenne veut, elle aussi, les faire travailler.La conjugaison de tous ces éléments — réformes budgétaires et structurelles, investissements de la BEI et de la Commission européenne, ouverture des marchés des services et mesures visant à faciliter la mobilité des travailleurs — sera payante et fructueuse. M. Monti s'est rendu à Beijing pour montrer au fonds d'investissement souverain chinois que l'Italie devient une destination intéressante pour les investissements. Cette démarche est plus judicieuse que de faire pression auprès des Chinois pour qu'il participe aux pare-feu, surtout si l'Union européenne elle-même investit et rend le marché unique plus attrayant.Les pare-feu ont leur utilité. Mais le débat à leur sujet risque de détourner l'attention des points importants. Les Européens et leurs partenaires doivent rester concentrés sur la cible stratégique : aider l'Italie et l'Espagne par la croissance et par des politiques d’assainissement budgétaire et de réformes structurelles qui dynamiseront les entreprises, la concurrence et l'emploi. La BCE a fait son travail. Les autres institutions de l'Union européenne doivent s'empresser de prendre des mesures d'investissement et de renforcer le marché unique pour préserver et consolider leur union.L'auteur est Président de la Banque mondiale. Afficher moins -
De l’art rupestre préhistorique au GPS en passant par les cartes marines, l’homme a toujours créé et utilisé des cartes pour définir son environnement, y mettre de l’ordre et l’explorer. Il y a 400 an... Afficher plus + s, à l’époque des grands navigateurs, les cartographes, travaillant souvent seuls, utilisaient la position des étoiles et les mathématiques pour le calcul des longitudes et la cartographie du Nouveau Monde. Aujourd’hui, à l’ « âge de la participation » , les internautes prennent le relais des experts pour établir les cartes de leur Nouveau Monde.En combinant l’art ancien de la cartographie à celui relativement nouveau du crowdsourcing — qui fait appel à la masse des internautes pour réaliser certaines tâches —, il est possible d’ouvrir de nouvelles perspectives pour le monde en développement : il s’agit de permettre aux citoyens d’établir les cartes des infrastructures de leur propre pays et de leur donner ainsi les moyens de tracer l’avenir.La cartographie citoyenne constitue un puissant outil de mobilisation. À la suite du séisme qui a secoué Haïti, les secouristes ont utilisé des téléphones portables pour télécharger des données en temps réel sur le système Open Street Map et créer ainsi des cartes actualisées qui ont servi au sauvetage des blessés. Des ingénieurs du monde entier se sont réunis « virtuellement » pour évaluer les dégâts.En octobre dernier, la Banque mondiale et ses partenaires ont organisé le premier « hackathon mondial pour l’eau » : des experts ont mis au point à Londres un système permettant aux Tanzaniens de signaler des problèmes d’approvisionnement en eau à l’aide de messages SMS, tandis qu’à Lagos d’autres experts créaient de nouvelles applications pour signaler les bris d’aqueduc.Autre exemple : à Dar es Salaam, les autorités locales ont engagé des étudiants pour établir des plans des rues, des réseaux d’égouts et des systèmes d’éclairage en vue d’un projet d’aménagement urbain, favorisant ainsi d’une part la production de données de planification transparentes, et fournissant d’autre part une plateforme pour la consultation des populations et un espace de concertation sur le développement entre décideurs et citoyens.La dure réalité, c’est que la plupart des pays en développement n’ont tout simplement pas de données de base sur l’emplacement de leurs écoles ou de leurs hôpitaux. Une récente étude portant sur l’emplacement d’une centaine de dispensaires et d’écoles au Kenya a révélé que 25 % seulement des dispensaires et 20 % des écoles étaient localisés correctement sur les cartes. Près de 75 % des données cartographiques avaient besoin d’être mises à jour.Le manque de connaissances sur les infrastructures sociales comme les écoles et les hôpitaux augmente le coût des interventions en cas de catastrophes et retarde parfois de plusieurs mois la reconstruction. Cette situation crée par ailleurs des obstacles supplémentaires pour les autorités et les communautés qui souhaitent solliciter de meilleurs services ou une augmentation des financements.Que faut-il donc faire ? On peut dans un premier temps faire un usage plus intensif des techniques de cartographie modernes et faire appel à la communauté des internautes. Cette idée est au cœur d’un nouvel accord de partenariat conclu par la Banque mondiale et Google et en vertu duquel la Banque mondiale et ses partenaires du développement — autorités des pays en développement et institutions des Nations Unies — auront accès à la plateforme mondiale Map Maker de Google. Ils pourront ainsi recueillir, visualiser et chercher des données, et bénéficier d’un libre accès aux informations géographiques de plus de 150 pays dans 60 langues.En deux mots, cela signifie qu’on peut créer des cartes actualisées des infrastructures sociales utilisées par près d’un milliard de personnes autour du monde en utilisant des outils de crowdsourcing et en s’appuyant sur des « cartographes » bénévoles équipés de téléphones ou autres appareils utilisant le système GPS.Le succès réside dans le recours aux compétences locales pour défricher de nouvelles pistes : il consiste à mobiliser une communauté active de citoyens cartographes passionnés, issus de milieux divers — organisations de la société civile, administrations publiques locales, prestataires de services publics, universités — et capables de fournir les données qui serviront à la préparation de cartes diffusées ensuite sur le web.Pour les navigateurs de jadis, les cartes étaient l’outil indispensable pour arriver à bon port. Aujourd’hui, nos cartes interactives peuvent orienter les efforts de développement là où les besoins sont les plus grands. Les plateformes cartographiques établies par la collectivité des internautes peuvent permettre aux citoyens non seulement d’établir des cartes, mais également de faire connaître leur point de vue sur la portée et la qualité des services offerts dans leurs collectivités. Ces informations peuvent ensuite servir à améliorer la prestation des services, à lutter contre la corruption et à assurer le suivi des ressources. Il ne s’agit donc pas que de cartographie citoyenne, mais aussi de surveillance citoyenne de l’action publique, d’évaluation citoyenne, de développement citoyen …Les organismes de développement ne sont pas en reste. La Banque mondiale a cartographié 2500 projets dans plus de 30000 lieux géographiques répartis dans l’ensemble de ses pays partenaires. Tablant sur cette réussite, la Banque mondiale, le Royaume-Uni, la Suède, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Estonie et la Finlande ont donné leur appui à un projet de partenariat pour l’ouverture des données sur l’aide(Open Aid Partnership), qui veillera à cartographier les projets de développement de l’ensemble des partenaires et à assurer ainsi une meilleure coordination du développement local. La mise à contribution du savoir-faire des citoyens peut contribuer puissamment aux efforts déployés par la Banque mondiale pour veiller à ce que chaque dollar consacré au développement soit bien dépensé.Les cartographes du XVIIe siècle disposaient d’un avantage sur les populations locales : ils possédaient une vision globale du monde. Au XXIe siècle, les rôles sont renversés : les populations locales sont les plus aptes à intervenir concrètement sur le terrain. Les internautes cartographes peuvent faire toute la différence.Caroline Anstey est directrice générale à la Banque mondiale. 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Imaginez qu'une ville comptant près de 4 millions d'habitants disparaisse chaque année, une ville comme Los Angeles, Johannesburg, Yokohama. Un tel événement passerait difficilement inaperçu.Pourtant,... Afficher plus + le « déficit » de près de 4 millions de filles et de femmes enregistré chaque année dans les pays en développement par rapport aux pays développés n’attire guère l’attention. Environ les deux cinquièmes d’entre elles ne parviennent pas au stade de la naissance, un sixième meurent dans leur petite enfance et plus d’un tiers décèdent durant leurs années reproductives.Le niveau élevé des taux de mortalité n’est que l'un des nombreux obstacles à l'égalité entre les hommes et les femmes, selon le nouveau rapport de la Banque mondiale. L’égalité n’est pas uniquement un objectif fondamental, elle est aussi un atout pour l’économie. Comment un pays peut-il exploiter pleinement son potentiel s’il fait abstraction de la moitié de sa population, la marginalise ou n’investit pas dans son capital humain ?Le monde a pris des mesures importantes au cours des 25 dernières années pour réduire les disparités entre les hommes et les femmes dans les domaines de l'éducation et de la santé et sur le marché du travail.Les écarts entre les garçons et les filles dans l'enseignement primaire se sont résorbés dans la plupart des pays en développement ; dans un tiers de ces pays, les filles sont à présent plus nombreuses que les garçons à poursuivre des études secondaires, et dans 60 pays, davantage de jeunes femmes que de jeunes hommes sont inscrits dans l'enseignement supérieur.Les femmes se servent de l’éducation qu’elles reçoivent pour accroître leur présence sur le marché du travail, diversifier leur emploi du temps au-delà des travaux ménagers et des soins à la famille, et avoir un impact au sein de leur communauté, de l'économie et de la société. Elles constituent maintenant plus de 40 % de la population active mondiale — et une proportion importante des entrepreneurs et des agriculteurs à l'échelle mondiale.Le rythme des transformations est stupéfiant : par exemple, l’accroissement de la scolarisation des filles enregistré sur une période de 40 ans aux États-Unis n’a pris qu’une dizaine d’années au Maroc.À d’autres égards, la situation est nettement moins favorable.Il est toujours plus difficile pour les filles pauvres, vivant dans un lieu isolé, ou appartenant à un groupe minoritaire d'aller à l'école que pour les garçons. Les femmes sont plus susceptibles que les hommes d’exercer des activités peu rémunérées, d’exploiter des terrains de plus petite taille et de gérer des entreprises moins importantes dans des secteurs moins rentables.Qu'elles soient salariées, agricultrices ou entrepreneurs, les femmes gagnent moins que les hommes : 20 % de moins au Mexique et en Égypte ; 40 % de moins en Géorgie, en Allemagne ou en Inde ; 66 % de moins en Éthiopie. Les femmes — surtout lorsqu’elles sont pauvres — ont une influence plus limitée que les hommes sur les décisions et le contrôle des ressources du ménage. L'influence et la représentation des femmes au sein de la société, dans les entreprises et dans la sphère politique sont nettement moindres que celles des hommes — et ce aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvres.Donner des chances égales aux femmes ouvrirait des possibilités considérables.Prenons l'exemple de Julian Omalla. En 2007, il était très difficile à cette femme ougandaise chef d’entreprise d’obtenir un prêt, et elle était loin d’être la seule dans ce cas. Selon nos données, près de 40 % des entreprises figurant au registre du commerce appartenaient à des Ougandaises, mais ces dernières ne bénéficiaient que de moins de 10 % des crédits commerciaux. Depuis que Mme Omalla a accès au crédit, grâce à DFCU Bank, une banque ougandaise, et à l'IFC, l'institution du Groupe de la Banque mondiale travaillant avec le secteur privé, son entreprise de produits alimentaires et de boissons prospère. Elle emploie aujourd'hui des centaines de personnes.Il est possible de faire beaucoup plus pour mettre un terme à la marginalisation économique des femmes.Assurer aux agricultrices le même accès aux engrais et aux autres facteurs de production qu’aux agriculteurs, par exemple, pourrait accroître les rendements agricoles de 11 à 20 % dans la majeure partie de l'Afrique. L'élimination des obstacles à l'emploi des femmes dans certaines professions ou dans certains secteurs pourrait accroître la production individuelle de 3 à 25 % — selon le pays considéré. Des réformes juridiques permettant aux femmes d'être propriétaire de terres et d'entreprises, ou d'hériter, pourraient donner à ces dernières les moyens de devenir des agents économiques du changement.On a pu constater que la détermination par les femmes de l’emploi des ressources a un impact favorable non seulement sur leur situation, mais aussi sur celle de leurs enfants. Les chances de survie de ces derniers s’améliorent, de même que leur santé, leur nutrition et leurs résultats scolaires.Donner aux femmes les moyens d'utiliser leurs talents et leurs compétences peut accroître la compétitivité des pays et favoriser leur croissance — elles sont une ressource précieuse mais sous-employée dans une économie mondiale incertaine. Durant la crise financière de 2008, les revenus dégagés par les femmes ont permis à de nombreuses familles de ne pas tomber dans la pauvreté — ce qui montre clairement à quel point il est important de veiller à ce que la productivité et les revenus des femmes ne soient pas maintenus à un faible niveau par les obstacles érigés par le marché ou les institutions, ou par une discrimination flagrante.Les défis à relever ne concernent pas uniquement les pays en développement. À l’échelle planétaire, une femme sur dix sera victime d’abus sexuels ou physiques perpétrés par un partenaire ou une personne qu’elle connaît.Le nouveau rapport de la Banque mondiale prône la poursuite d'une action dans quatre domaines afin de :• s’attaquer aux questions de capital humain, telles que le surcroît de mortalité des filles et des femmes — en investissant dans l'approvisionnement en eau potable et les soins maternels — et les poches d’inégalités qui persistent dans le domaine de l’éducation — en mettant en œuvre des programmes ciblés ;• combler les écarts entre les niveaux de rémunération et la productivité des femmes et des hommes — en améliorant l'accès aux ressources productives, à l'eau et à l'électricité, et aux services de garderie d'enfants ;• accroître l’influence des femmes sur les décisions prises au sein du ménage et dans la société ; et• lutter contre la perpétuation des disparités entre les hommes et les femmes d’une génération à la suivante en investissant dans la santé et dans l'éducation des adolescents et des adolescentes, en créant des opportunités d'améliorer leurs conditions de vie et en mettant à disposition des informations sur la planification familiale.Nous avons pu constater que la poursuite de stratégies ciblées peut produire des résultats. Pour assurer la pérennité des solutions retenues, il importe de les formuler dans le cadre de partenariats réunissant les ménages, le secteur privé, les pouvoirs publics, les organismes de développement, les groupes religieux et la société civile.Même dans les sociétés les plus traditionnelles et dans les villages les plus pauvres, j'ai pu constater que, lorsque que les femmes peuvent rapporter plus d’argent au foyer, l'attitude défavorable des hommes, voire même leur hostilité initiale, disparaît rapidement.Mais il faut souvent pour cela qu'un projet ouvre des perspectives différentes. Les pays les plus pauvres peuvent faire beaucoup plus s'ils bénéficient d'une aide financière. La Banque mondiale investira, en partie, parce que les répercussions économiques de ces investissements seront importantes.L'égalité des genres est un objectif fondamental. Elle est aussi un atout pour l'économie.Robert. B Zoellick est le Président du Groupe de la Banque mondiale. Le nouveau rapport du Groupe, intitulé « Rapport sur le développement dans le monde 2012 : Égalité des genres et développement » a été diffusé lundi. Afficher moins -
Pour le président de la Banque mondiale, Robert B. Zoellick, les plus gros problèmes auxquels ait à faire face le monde en 2011 ne sont pas ceux qui paraissent le plus évidents.Interview parue le dima... Afficher plus + nche 23 janvier 2011 dans NewsweekL’année 2010 a vu des marchés émergents tels que la Chine, l’Inde et le Brésil continuer à jouer un rôle moteur dans la croissance de l’économie mondiale, tandis que les pays développés, notamment les États-Unis et une partie des pays européens, restaient englués dans les problèmes de dette et de chômage. À la veille du Forum économique mondial de Davos, R. M. Schneiderman a interviewé pour Newsweek le président de la Banque mondiale, Robert B. Zoellick, au sujet des perspectives de l’économie mondiale.Quel est le plus gros problème auquel aient à faire face les pays en développement en 2011 ?Le plus gros défi, pour la majorité des pays en développement, est le risque de forte poussée des prix alimentaires. L’alimentation représente une part importante et de plus en plus fluctuante du budget des familles pauvres qui vivent en milieu urbain dans ces pays. Lorsque les prix des denrées de base s’envolent, ce sont les pays à faible revenu et les pauvres qui en pâtissent le plus. Le président français Sarkozy, qui préside cette année le G-8 et le G-20, a qualifié à juste titre ce problème de dossier prioritaire.Comment le monde peut-il assurer la sécurité alimentaire face à la montée des prix ?On fait face à deux problèmes qui sont liés entre eux. Tout d’abord, il convient d’accroître les niveaux de productivité et de production alimentaire dans les pays en développement, surtout en Afrique subsaharienne et au niveau des petits exploitants. Pour cela, il faut régler les problèmes qui se posent à tous les niveaux de la chaîne de valeur : droits de propriété, effort de recherche-développement en matière de semences et d’intrants, irrigation, engrais, vulgarisation agricole, crédit, infrastructures rurales, stockage, accès aux marchés. Le Groupe de la Banque mondiale administre un Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire, auquel contribuent actuellement six pays ainsi que la Fondation Bill et Melinda Gates, pour aider à promouvoir les investissements au niveau des petits exploitants. J’espère que nous pourrons obtenir d’autres contributions en 2011. Par ailleurs, le Groupe de la Banque a entrepris de porter à 6 ou 8 milliards de dollars par an son effort en faveur de l’agriculture sous forme d’activités de prêt et de projets d’investissement.Le second problème a trait à la volatilité des prix alimentaires, qui tient souvent à des facteurs sur lesquels les pays pauvres n’ont pas de prise. Toute une conjugaison de mesures coordonnées pourrait contribuer à faire en sorte que les pays et populations les plus vulnérables aient accès aux ressources nutritionnelles dont ils ont besoin. Il y a moyen, par exemple, d’accroître l’information publique sur le niveau de qualité et de quantité des stocks de céréales, afin de rassurer les marchés et de tempérer les flambées des prix résultant de mouvements de panique. On peut améliorer le travail de surveillance et de prévision météorologique à longue échéance, surtout en Afrique, pour mieux parer aux dangers. Et comme les mesures de restriction sur les exportations ne font qu’accroître l’effet de panique sur les prix, il nous faut un code de conduite qui permette au moins aux achats de produits alimentaires effectués à des fins humanitaires d’échapper à ces mesures.On peut contribuer à faire une plus grande place pour les petits exploitants agricoles, dans les mesures prises pour apporter une solution au problème de la sécurité alimentaire, par le biais des appels d’offres lancés par les organismes humanitaires qui achètent des produits agricoles, tels que le Programme alimentaire mondial. Nous avons besoin d’outils financiers et autres pour aider les agriculteurs et les dirigeants de leurs pays à gérer les risques découlant notamment des intempéries ou des prix des facteurs de production tels que l’énergie. Il nous faut peut-être aussi établir de petites réserves régionales de produits alimentaires d’ordre humanitaire dans les zones faiblement dotées en infrastructures et sujettes aux catastrophes. Nous devons également veiller à ce que des filets de protection sociale effectifs et ciblés soient en place, de manière à protéger les groupes de population les plus vulnérables, tels que les femmes enceintes ou allaitantes et les enfants de moins de 2 ans. Conclusion : il incombe aux membres du G-20 de s’entendre pour faire de l’alimentation la priorité numéro un.Qu’en est-il de l’économie mondiale ?Pour l’économie mondiale prise globalement, le problème d’ensemble consiste à gérer et bonifier une reprise à plusieurs vitesses et de niveau modeste tout en évitant toute une série d’écueils, ce qui veut dire : pour les grands marchés émergents, empêcher une surchauffe ou des bulles dans certains secteurs ; pour l’Union européenne, naviguer entre les icebergs constitués par les problèmes de dette souveraine, qui risquent d’ouvrir d’énormes brèches dans le système financier ; pour les États-Unis, créer aujourd’hui des emplois tout en brisant la vague de dépenses structurelles et d’accumulation de dette ; et pour l’ensemble des pays, s’engager sur la voie de réformes structurelles adaptées au besoin de chacun dans l’optique d’une croissance renforcée et d’un rééquilibrage de l’économie mondiale.Quelle sera, selon vous, la plus grosse pierre d’achoppement au plan économique cette année, et pourquoi ?Ce sur quoi on achoppe aujourd’hui, c’est sur l’extrême difficulté qu’il y a à résoudre les problèmes sans léser autrui. L’argent étant l’instrument qui lie entre elles les économies, les divergences se traduiront par des plaintes à l’encontre du système monétaire international, des taux de change entre devises, des mouvements de capitaux de grande ampleur et de nature peut-être instable, et des politiques monétaires intérieures qui risquent d’avoir des incidences au plan international.Tout cela pourrait avoir des contrecoups dans d’autres domaines d’interaction, par exemple sous forme de protectionnisme en matière d’échanges, de favoritisme anticoncurrentiel envers les entreprises et la main-d’œuvre locales, ou de restrictions sur les exportations de produits agricoles. Inversement, une croissance durable, assortie d’un rééquilibrage de la demande entre la production intérieure et les échanges ainsi qu’au niveau de pays situés à divers stades de redressement et de développement, pourrait offrir des possibilités de gagner sur les deux tableaux et atténuer ainsi les tensions.Quelle a été la plus belle réussite de l’année 2010 sur le plan économique, et qui semble s’orienter dans ce sens en 2011 ?La croissance affichée par les pays en développement a été un motif de satisfaction particulier. De fait, une différence essentielle entre cette récession et les précédentes est que les pays en développement ont comblé le vide grâce à leur performance. Ils représentent aujourd’hui la moitié environ de la croissance mondiale. Notre monde actuel est très différent de celui d’il y a ne serait-ce que dix ans. On est certainement aux antipodes des crises économiques mondiales des années 70, 80 et 90, qui résultaient de problèmes au niveau des pays en développement. Aujourd’hui, ces économies constituent un important vecteur de demande pour les exportations des pays développés. Et les pays en développement présentent des opportunités dans le contexte d’une économie mondiale en mutation, sous forme de pôles de croissance nouveaux et multiples, de possibilités d’investissements et de profits, de mains-d’œuvre mieux instruites et à même d’apporter un plus en termes d’innovation et de productivité, de talents supplémentaires pour apporter des solutions aux problèmes, et de moyens de répartir les responsabilités. Cela étant, le processus d’ajustement à un multilatéralisme moderne représentera un défi continu et de tous les instants.Faut-il s’attendre à des bulles dans l’un ou l’autre des grands marchés émergents ?Le monde en développement a, dans l’ensemble, été un facteur de solidité, mais les principaux marchés émergents — la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Asie du Sud-Est — commencent à lever le pied pour éviter une surchauffe ou des bulles dans certains secteurs. Dans certains pays, cet ajustement ne sera pas sans poser problème, en raison des incidences de l’économie mondiale ou de goulets d’étranglement au niveau de l’offre intérieure. Au chapitre des éléments positifs, presque tous sont sensibilisés à ces dangers et ils semblent, pour la plupart, à même d’y faire face.Pour l’avenir, nous devons reconnaître qu’il n’y a plus de « tiers monde ». Les pays en développement varient énormément, et pourtant ils peuvent apprendre au contact les uns des autres, entreprendre mutuellement des investissements et des échanges commerciaux et, surtout au sein de régions données, renforcer leur propre intégration. La notion de « tiers monde » supposait un transfert du Nord vers le Sud ; dans notre nouveau monde multipolaire, nous sommes destinés à voir des transferts de biens, de capitaux et d’idées dans un axe Sud-Sud et même Sud-Nord, en plus des échanges Nord-Sud et Nord-Nord.Cette évolution multiplie les possibilités, mais elle mettra les responsables des pays développés comme ceux des pays en développement au défi de s’adapter et de façonner de nouveaux dispositifs de coopération. C’est ce que fait déjà le secteur privé. Et les organisations multilatérales qui, comme le Groupe de la Banque, se sont modernisées ont, elles aussi, besoin de s’adapter.Comment peut-on réduire les tensions monétaires entre les États-Unis et la Chine ?Il y aura des tensions, dans la mesure où les relations monétaires (y compris en termes de devises) sont un facteur principal d’intermédiation dans le contexte des déformations tectoniques qu’implique le passage à une nouvelle économie multipolaire, et dans le même temps où nous faisons face au grand bouleversement actuel. Mais ces problèmes d’ordre monétaire ne doivent pas détourner l’attention des enjeux fondamentaux sous-jacents que sont le rééquilibrage de la demande mondiale et la création de nouvelles opportunités pour la croissance.Les États-Unis et la Chine sont les deux plus grosses économies mondiales ; l’une est développée, l’autre en développement. Bien que les Chinois doivent, à mon avis, revaloriser leur monnaie au fil du temps, ce changement ne sera pas une solution miracle. Ce qu’il faut à la Chine, ce sont des changements d’ordre structurel destinés à accroître la demande intérieure par un surcroît de consommation et une baisse de l’épargne, à commencer par les bénéfices non distribués d’entreprises favorisées qui bénéficient de financements à faible coût et d’une concurrence limitée. La Chine s’orientera dans cette direction dans le cadre de son prochain Plan quinquennal (le douzième), mais ce ne sera pas une mutation aisée.Pour les États-Unis, c’est l’évolution inverse qui se profile : ils ont besoin d’un peu plus d’épargne et d’un peu moins de consommation. Pour eux, il va donc falloir des réformes structurelles destinées à réduire les taux d’augmentation des dépenses et de l’endettement publics, tout en encourageant les mesures d’incitation pour la croissance et les gains de productivité, ainsi que l’innovation et les opportunités.De la même façon, d’autres pays et régions doivent traiter les problèmes structurels et de renforcement de la croissance qui revêtent le plus d’importance dans leur propre contexte. Cela ne sera pas une chose aisée, surtout pour les économies où sévit le chômage, du fait des pressions qui s’exerceront sur leurs systèmes politiques. Cela dit, si les pays finissent par glisser dans des situations conflictuelles, au lieu de coopérer pour trouver des solutions communes mais différenciées, les dangers risqueraient de s’aggraver.Un retour à l’étalon-or serait-il bénéfique ?Je pense que l’or est déjà considéré comme un avoir monétaire de rechange, en raison des perspectives aléatoires que les détenteurs d’avoirs monétaires perçoivent au niveau de l’ensemble des pays et des monnaies, abstraction faite de la Chine, et du fait que le renminbi ne se prête pas aux opérations de change et d’investissement. Pour les grandes économies, l’antidote à cela consiste à mener des politiques durables de promotion de la croissance fondées sur des réformes structurelles, un système commercial ouvert et une gestion avisée de leur monnaie. Ce n’est pas la même chose qu’un étalon-or, et je ne recommanderais pas non plus un retour à cet étalon ou à l’ancien système de Bretton Woods. Nous devons aller dans le sens de taux de change souples et de politiques monétaires autonomes pour les principales économies, dans le contexte d’une nouvelle économie multipolaire. Il faut s’attendre à ce que cette économie mondiale évolue elle-même dans le sens d’une multiplicité de monnaies de réserve, le dollar des États-Unis continuant d’occuper une place dominante mais pas exclusive. Ce système aura besoin de règles de conduite sur le plan monétaire et, plus largement, économique, avec le FMI pour « arbitre » ; quant à l’or, il pourrait être un outil non pas opérationnel mais informationnel permettant de jauger le degré de confiance des marchés à l’égard des politiques monétaires et de croissance sous-jacentes.Comment les États-Unis peuvent-ils concilier le retour à la croissance avec un chômage persistant ?La demande de produits et de services américains, qu’elle provienne de l’intérieur ou de l’étranger, n’a pas été assez forte pour créer suffisamment d’emplois nouveaux. Mais à ce stade du processus de redressement, si de fortes hausses de la demande devaient intervenir sous forme d’un net essor des dépenses et de l’endettement publics, les entreprises privées et les particuliers pourraient se montrer plus prudents par crainte des énormes coûts qui en résulteraient pour l’avenir.Pour les États-Unis, il s’agit donc d’opérer soigneusement un « passage du témoin » dans le sens d’une demande tirée par le secteur privé. Beaucoup de grandes entreprises américaines sont rentables et productives, et disposent de liquidités. Moyennant l’application de politiques appropriées en matière de dépenses publiques, de fiscalité, de réglementation, d’échanges commerciaux et de croissance structurelle à long terme, on verra ces entreprises investir, créer plus d’emplois au sein du secteur privé et renforcer la position compétitive de l’Amérique. Ces mêmes politiques viendraient en aide aux petites entreprises, qui ont moins de marge de manœuvre et plus de mal à obtenir des crédits. Dans le même temps où ils s’orientent vers une reprise faisant une plus grande place à l’élément « demande », les États-Unis doivent promouvoir les incitations et les processus d’innovation, d’éducation et d’investissement voulus pour renforcer leur profil de croissance à moyen et long terme.En l’absence de véritable accord mondial sur le climat, quel rôle la Banque mondiale peut-elle jouer pour la réduction des émissions ?Ce serait une grosse erreur d’attendre que 195 pays concluent un énorme nouveau traité en matière de changement climatique. Après le Sommet de Copenhague, en 2009, le Groupe de la Banque mondiale a travaillé aux côtés de pays comme le Mexique pour faire progresser les éléments clés d’une réponse au changement climatique. Cela englobait des aspects tels que la réduction des émissions résultant du déboisement et de la dégradation des forêts, l’utilisation rationnelle de l’énergie, les énergies de substitution, le développement des technologies, le développement du marché du carbone, les crédits d’émission, les mesures d’adaptation, ainsi que des instruments encore relativement inexploités tels que le piégeage du carbone dans le sol grâce à de meilleures pratiques agricoles.On peut faire des progrès et tirer des enseignements sur le terrain dans le même temps où d’autres négocient des textes. On peut amener plus de pays — en développement et développés — à soutenir un processus de réponse aux gaz à effet de serre en mettant des concepts en pratique. Nous pouvons aussi fournir un appui aux États de plus petite taille et ayant de moindres pouvoirs (comme par exemple les petits États insulaires, les pays montagneux pauvres et ceux d’Afrique subsaharienne), qui se sentent autrement ignorés, ce qui peut tenter certains de faire obstacle à des négociations qui, selon eux, ne prennent pas leurs intérêts en compte. Nous pouvons utiliser nos nouveaux Fonds d’investissement climatiques pour mobiliser d’autres sources de financement publiques et privées par effet de levier (nous levons en effet 8 dollars environ pour chaque dollar que nous investissons), afin d’aider les pays en développement à évoluer dans le sens d’un mode de croissance à faible intensité de carbone et d’une adaptation au changement climatique par le biais de projets concrets. On peut essayer ainsi de faire en sorte que le parfait ne soit pas l’ennemi du bien.Quelle importance ont les villes dans le débat sur le changement climatique ?Les villes sont des acteurs de poids pour tout ce qui touche au changement climatique, et d’importants choix de politiques se posent à elles. Selon un récent rapport de la Banque mondiale, jusqu’à 80 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde sont à mettre au compte des habitants des villes, mais ceux-ci doivent dans le même temps faire face à des impacts significatifs du fait du changement climatique, par exemple en supportant la majorité des coûts, de l’ordre de 80 à 100 milliards de dollars par an, associés au processus d’adaptation.Beaucoup de grandes villes, telles que New York, Mexico, Amman ou Sao Paulo, n’attendent pas qu’un vaste accord soit conclu au plan mondial sur le climat. Elles agissent déjà en matière de changement climatique par des mesures d’atténuation et d’adaptation dans le contexte de leurs prestations de services urbains de base et de leur effort de lutte contre la pauvreté au moyen d’initiatives locales.Les villes sont dans une situation unique pour lutter contre le changement climatique en ce sens qu’elles sont à l’échelle optimale pour agir : assez grandes pour mener des activités pilotes significatives et lancer des programmes de « première réponse », et malgré tout suffisamment proches des communautés.Il s’agit pour elles de tirer des idées au contact les unes des autres, d’obtenir l’appui du pouvoir central dans leur pays, et de tirer parti de partenaires étrangers. Pour sa part, le Groupe de la Banque fournit une aide ciblée dans des zones métropolitaines comme Mexico, le Caire et Bangkok, et il a par ailleurs commencé à réaliser des études de vulnérabilité détaillées pour plusieurs villes côtières. En collaboration avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement et ONU-Habitat, il a aussi conçu un programme de travail conjoint destiné à apporter une aide plus rapide et plus coordonnée aux villes.Qu’attendez-vous de la réunion de Davos ?Je m’attends à ce que les participants discutent de la reprise mondiale et de ses risques, des prix alimentaires et de la sécurité alimentaire, des problèmes monétaires internationaux, des possibilités d’ouverture des marchés aux échanges, du dossier parité hommes-femmes et développement, de l’aide aux États sortant d’un conflit ou victimes de catastrophes, et des étapes à venir de la lutte contre le changement climatique. J’espère qu’ils porteront leur regard « au-delà de l’horizon », afin d’essayer d’anticiper les autres dossiers dont les responsables politiques et économiques devraient traiter.Davos est un forum qui sert à générer des idées et à en discuter. Les actions elles-mêmes devront venir du G-20, des organisations internationales, d’autres instances, ainsi que des organismes du secteur privé et des particuliers qui peuvent aider à résoudre les problèmes. Les graines d’idées qui sont plantées à Davos peuvent, après avoir fructifié, être récoltées ailleurs.Quels sont les pays destinés, selon vous, à être les grandes économies émergentes de demain ?Je pense que toutes les régions en développement présentent des possibilités à cet égard. À l’appui de cet argument, j’ajouterai que l’Afrique peut, à mon avis, être un pôle de croissance mondial dans les années qui viennent. Les pays d’Afrique subsaharienne ont déjà connu une croissance supérieure à la tendance mondiale en 2010, avec un PIB en progression de 4,7 %, contre 3,9 % pour le PIB mondial. Et pour l’année qui vient, la croissance en Afrique subsaharienne doit être de l’ordre de 5-6 %, selon les projections.L’Afrique est un continent qui présente une grande diversité, et il est donc difficile de généraliser, mais nous avons en gros trois groupes qui sont à présent en jeu. Tout d’abord, un tiers environ de la population connaît une bonne croissance. Pour ces habitants, les enjeux du moment sont l’accès à l’énergie, davantage d’investissements en infrastructure et en agriculture, une plus grande intégration régionale en rapport avec les marchés mondiaux, et un renforcement du secteur privé. Un autre tiers de la population vit dans des pays riches en ressources énergétiques. Pour ces pays, il s’agit d’instituer une meilleure gouvernance, des mesures de lutte contre la corruption et des politiques de croissance solidaires, tout en évitant de tomber dans le piège des économies enclavées. Enfin, un dernier tiers vit dans des pays paralysés par un conflit. Ce dont ces gens ont besoin, c’est d’un surcroît de sécurité, d’une meilleure gouvernance, et d’un appui à plus long terme pour favoriser une situation de paix et contribuer à rétablir un processus de développement stable.Avant la crise, les économies africaines ont connu durant une dizaine d’années une croissance de 5 % par an, qui est passée à plus de 6 % les trois dernières années. La pauvreté y était en recul d’environ un point de pourcentage par an, soit un rythme supérieur à celui de l’Inde. Avant la crise, les taux de scolarisation primaire y progressaient plus vite que partout ailleurs. Et en quatre années seulement, les taux de mortalité infantile ont diminué de 25 % dans environ 13 pays.Bien entendu, il y a un revers à ce tableau : les 400 millions d’Africains ou presque qui ont seulement 1,25 dollar par jour pour subsister, ou l’énorme déficit d’infrastructure qui fait qu’un habitant sur quatre seulement a accès à l’électricité, et encore moins pour ce qui est de l’eau potable et de l’assainissement. Et il y a d’autres problèmes d’ordre politique et en matière de sécurité, comme par exemple la crise qui a récemment éclaté en Côte d’Ivoire.Moyennant les politiques appropriées et une bonne gouvernance, un appui pour son infrastructure et le renforcement de ses compétences, l’Afrique peut attirer l’investissement, ce qui sera au bénéfice de tous. Grâce à un ensemble de politiques judicieuses, le secteur privé a investi plus de 56 milliards de dollars dans les réseaux de téléphone mobile sur le continent africain, ce qui a porté le nombre d’abonnés dans la région de 4 millions à plus de 400 millions. Afficher moins -
Le séisme dévastateur qui a frappé Haïti a donné lieu à un déversement massif d’aide internationale. La première priorité était de sauver des vies, autrement dit acheminer de l’eau, des vivres, des ab... Afficher plus + ris, des médicaments et d’autres fournitures essentielles aux victimes. Ces premières interventions d’urgence devront être appuyées par une chaîne logistique permanente qui devra fonctionner pendant de nombreux mois.Toutefois, alors même que nous sommes en train de stabiliser les interventions humanitaires, nous devons commencer à mettre en place l’acheminement des services essentiels et la reconstruction. C’est pourquoi le moment est opportun pour tirer les enseignements de l’expérience passée.En dépit de cinq missions de maintien de la paix et de milliards de dollars d’aide, les indicateurs du développement humain en Haïti demeurent parmi les pires de la planète.Nous savons pourtant qu’une amélioration est possible.Avant les ouragans de 2008, puis à nouveau avant le séisme survenu durant le mois, Haïti avait bien progressé, comme en témoignent le bon aboutissement d’élections paisiblement menées, la stabilisation de l’insécurité chronique, l’amélioration de la perception des recettes et l’accroissement des investissements.Pour tirer profit de ces avancées, il faudra un engagement à long terme afin d’assurer la reconstruction et le relèvement en Haïti. Une fois que les caméras auront quitté le pays, comme elles commencent déjà à le faire, les bailleurs de fonds ne doivent pas leur emboîter le pas. Par le passé en effet, la lassitude qu’inspirait la situation du pays constituait un obstacle au développement au moins aussi important que les catastrophes naturelles.Les dégâts provoqués par les quatre ouragans et tempêtes tropicales qui ont ravagé le pays en 2008 ont été chiffrés à quelque 15 % du PIB. La dévastation causée par ce tremblement de terre sera probablement plus coûteuse encore, et exigera un effort coordonné et mieux soutenu dans le temps.Qu’avons-nous à apprendre de l’expérience passée ?Haïti ne saurait être reconstruite par des étrangers bien intentionnés. Les bailleurs de fonds doivent travailler de concert avec le gouvernement et le peuple haïtien, tandis que les pouvoirs publics et le parlement doivent tracer la voie à suivre et s’engager à travailler la main dans la main.L’aide des donateurs à la reconstruction doit être apportée sous forme de dons. Un volume plus important de capitaux doit être alloué par le biais du budget national afin que ces fonds puissent être rattachés aux objectifs du pays et servir à développer les capacités nationales, même si les premières phases de reconstruction reposent sur les interventions des partenaires régionaux et internationaux. Nous devons débarrasser Haïti du fardeau de sa dette. En concertation avec le FMI, nous avons l’an dernier accordé à Haïti une remise de dette de 1,2 milliard de dollars, mais il reste encore presque 1 milliard de dollars à rembourser. Moins de 4 % de cette somme, soit environ 38 millions de dollars, sont dus à la Banque mondiale. Nous avons immédiatement annoncé qu’aucun remboursement ne serait exigé pendant les cinq ans à venir, et nous sommes en train de procéder à l’annulation de tous les fonds qui nous restent dus. D’autres suivront cet exemple.Nous pouvons appuyer la transition de l’aide humanitaire à la reconstruction au moyen de programmes de travail rétribué en vivres ou en espèces afin que les Haïtiens soient rémunérés pour déblayer et reconstruire les infrastructures et planter des arbres. Des projets communautaires peuvent être engagés afin de relancer les petites exploitations agricoles qui, avec le temps, commenceront à produire avant de prendre le relais des programmes d’aide alimentaire. Avec un investissement modéré en fournitures et en équipements, Haïti peut recréer des entreprises de construction qui fourniront des emplois.Régulièrement frappée par des catastrophes naturelles, Haïti est victime de sa situation géographique. Pourtant, cette même situation pourrait aussi devenir une ouverture stratégique. Situé à quelque 900 km des États-Unis d’Amérique, le pays présente un énorme potentiel. Il a accès au marché américain en vertu de la Loi HOPE II, et pourrait développer les secteurs du vêtement et de l’agriculture et créer ainsi des emplois. Haïti peut également promouvoir le secteur privé en instaurant un climat propice à l’investissement et en reconstruisant les réseaux de distribution électrique ainsi que les infrastructures routières et portuaires.De tels succès ont déjà été remportés. La Société financière internationale, notre intervenant auprès du secteur privé, a investi chez Digicel, favorisant ainsi une expansion de la couverture de téléphonie mobile. Une zone de libre-échange à proximité de la frontière avec la République Dominicaine a attiré des entreprises américaines de vêtement, ce qui a entraîné la création de milliers d’emplois. D’autres zones de ce type pourraient être mises en place ou développées.Légitimité, sécurité et développement doivent coexister pour qu’Haïti puisse prospérer.Les téléspectateurs comprennent maintenant à quel point l’État haïtien était démuni. Il ne s’agit pas simplement du manque d’équipements lourds pour déblayer les gravats, mais aussi de l’insuffisance de policiers et de magistrats, et d’un État sans grandes capacités ou moyens financiers pour assurer la protection de la population ou lui apporter les services essentiels.Nous devons « sécuriser le développement », c’est-à-dire lui donner une assise suffisante pour rompre le cycle de la vulnérabilité, de la pauvreté et de la violence. Une fois que seront instaurés la stabilité politique, la sécurité et un gouvernement doté des moyens nécessaires, l’investissement et le développement pourront progresser.Les téléspectateurs comprennent maintenant à quel point l’État haïtien était démuni. Il ne s’agit pas simplement du manque d’équipements lourds pour déblayer les gravats, mais aussi de l’insuffisance de policiers et de magistrats, et d’un État sans grandes capacités ou moyens financiers pour assurer la protection de la population ou lui apporter les services essentiels.Nous pouvons être inspirés par l’exemple d’Aceh, en Indonésie. Aujourd’hui, cinq ans après le tsunami, tout le monde convient que la reconstruction d’Aceh a été une réussite. Quelque 140 000 maisons et près de 4 000 km de routes ont été reconstruits, tandis qu’une assistance a été apportée à 200 000 PME.À Aceh, les partenaires internationaux ont financé la reconstruction en s’appuyant sur des interventions coordonnées menées sous la direction des pouvoirs publics en conformité avec les priorités locales. L’assistance de 15 organisations et pays donateurs, soit 700 millions de dollars, a été versée à un fonds multidonateurs qui a été administré par la Banque mondiale. Ainsi, au lieu de mener en parallèle 15 projets distincts de construction de routes et de logement aux procédures et critères différents qui n’auraient pas manqué de submerger les institutions locales aux capacités limitées, un seul programme bien coordonné a été mis en œuvre par les communautés, les organismes gouvernementaux, les ONG et des organisations internationales.Les Haïtiens ne veulent pas être des victimes, pas plus que nous ne le souhaiterions nous-mêmes. Avec un solide leadership haïtien et une aide régionale et internationale coordonnée, uniforme et efficace, nous pouvons transformer le sensationnalisme de quelques jours d’actualités en des décennies d’exemples de réussites. Afficher moins -