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Conseil de coopération du Golfe : rapport de suivi de la situation économique (avril 2017)


BAHREÏN

La croissance poursuit son raletissement tandis que le déficit budgétaire reste énorme. Le compte courant a viré au rouge et les réserves internationales sont en baisse, ce qui pèse lourdement sur la parité du taux de change. En dépit des efforts d’assainissement budgétaire entrepris récemment, Bahreïn est le pays du CCG le plus vulnérable à la chute des cours du pétrole et de la bauxite en raison de son épargne limitée et du niveau élevé de sa dette qui l’exposent à des risques de financement.

Le pétrole bon marché continue d’éprouver la résilience de l’économie bahreïnienne. Depuis 2009, Bahreïn applique une politique budgétaire expansionniste qui a entrainé des déficits publics. La situation a empiré en 2015 suite à une baisse des recettes pétrolières d’environ 10 % du PIB et d’un déficit budgétaire global estimé à 12,8 % du PIB (contre 3,4 % en 2014). Certes, des dépenses déficitaires ont aidé à maintenir la croissance économique à 2,9 %, mais elles ont ramené les réserves à 2,6 mois d’importations et creusé la dette publique à 62 % du PIB.

La croissance économique devrait ralentir au cours de la période considérée. Les prévisions de croissance du PIB réel ont été ramenées à 1,9 % en 2017 et 2018, dans un contexte de persistance de cours pétroliers bas qui grèvent la consommation publique et privée. Certains investissements en matière d’infrastructure devraient également être mis en attente. À moins d’assainir profondément ses finances publiques, Bahreïn restera vulnérable aux risques budgétaires. On s’attend à ce que le taux moyen d’inflation descende à 2,1 % en 2017, en raison du ralentissement de l’activité économique et de l’effacement progressif de l’effet stimulant temporaire de la réforme des subventions sur les prix. 

KOWEÏT

L'économie a crû d'environ 3 % en 2016, appuyée par une hausse de la production de pétrole et la mise en oeuvre du Plan de développement. Un redressement partiel des prix du pétrole au cours de l'année écoulée a allégé quelque peu la pression sur les soldes budgétaires. Les liquidités du secteur bancaire continuent de s’améliorer. À court et à moyen terme, de grands projets d'infrastructure continueront à soutenir la croissance. La dépendance par rapport aux hydrocarbures et l’opposition du parlement à des réformes structurelles en profondeur constituent les principaux défis à relever.

La croissance du PIB s’est accélérée en 2016, passant de 1,8 % en 2015 à 3 % (prix du marché) selon les estimations. La production dans les secteurs hors pétrole a progressé d'environ 2 %, soit une évolution meilleure qu’en 2015 (1,3 %) mais inférieure à la moitié du taux de croissance d'avant le début de la baisse des cours mondiaux de l’énergie en 2014.

Les réductions de la production de pétrole décidées par l’OPEP pourraient contribuer au ralentissement de la croissance du PIB qui s’établirait à 2,5 % en 2017. À moyen terme, cependant, la production de pétrole devrait rebondir, à moins de négociation d’un autre accord de l’OPEP. En outre, le gouvernement prévoit d'investir 115 milliards de dollars dans le secteur pétrolier au cours des cinq prochaines années, ce qui devrait également permettre d'accroître la production de pétrole à partir d'environ 2018. Avec un soutien supplémentaire provenant des dépenses d'investissement public, la croissance devrait augmenter à environ 3,2 % à moyen terme. Dopées par la remontée des cours du pétrole et la hausse de la production, les pressions sur le compte courant et sur le budget devraient baisser elles aussi. Le niveau de référence retenu suppose la réforme progressive de la dépense et des recettes, notamment l’introduction de la TVA en 2018, dont la mise en application par le Koweït semble en bonne voie.

OMAN

La faiblesse persistante des cours du pétrole continue de peser sur l’économie omanaise. L’accord de réduction de la production de pétrole conclu par l’OPEP en 2017 et la détermination des autorités publiques à poursuivre leur politique d’austérité devraient encore freiner la croissance. Le déficit budgétaire et le déficit du compte courant restent importants, et Oman a de plus en plus recours à des emprunts extérieurs pour les financer. La croissance devrait toutefois reprendre en 2018, Oman misant sur son plan de diversification économique au profit du secteur de la pêche et du tourisme.

Selon les estimations officielles omanaises, le taux de croissance réel du PIB est tombé de 5,7 % en 2015 à 2,2 % 2016. Le taux de croissance du PIB hors hydrocarbures n’était plus que de 2 % en 2016, contre 7 % en 2015 en raison de la contraction des dépenses publiques et de ses répercussions sur l’investissement et la consommation. La croissance du PIB due aux hydrocarbures a diminué de près de moitié en 2016, pour s’établir à 2,4 %, contre 4,2 % en 2015.

Selon les projections, la croissance réelle du PIB global continuera de se ralentir en 2017 pour tomber à moins de 1 % par suite, d’une part, de l’accord conclu avec les producteurs de l’OPEP en vue de réduire la production de pétrole jusqu’en juin 2017 et, d’autre part, des compressions des dépenses publiques qui ont atténué la confiance des entreprises et réduit la consommation privée. Le projet de budget pour 2017 prévoit des réductions de dépenses de 8 % qui se soldent par un déficit budgétisé représentant 10,6 % du PIB. Ce déficit pourrait toutefois atteindre 13,9 % en 2017 par suite des retards pris dans le cadre des efforts de rééquilibrage. La politique monétaire continuera d’avoir un caractère restrictif car les taux d’intérêt poursuivent leur évolution à la hausse. L’inflation devrait légèrement s’accélérer pour atteindre 1,4 % en raison du relèvement des tarifs de l’électricité et de la hausse plus rapide des prix alimentaires mondiaux.

QATAR

Les soldes des finances publiques et du compte courant sont devenus déficitaires par suite de la faiblesse persistante des cours mondiaux de l’énergie. Les autorités publiques ont réduit les dépenses courantes et ont procédé à des réformes des subventions. La poursuite des dépenses au titre des projets d’investissement associés à la Coupe du monde de la FIFA de 2022 soutient toutefois la croissance. Les marges financières demeurent également importantes. Étant donné l’incertitude des perspectives du secteur des hydrocarbures à moyen terme, il sera essentiel de diversifier l’économie.

Le taux de croissance du PIB a diminué pour tomber de 3,5 % en 2015 à 2,9 % en 2016, selon les estimations. La production du secteur des hydrocarbures ne s’est guère modifiée par rapport aux années précédentes par suite, essentiellement, des effets du moratoire concernant l’augmentation de la production du gisement massif de North Field (dont la production de gaz a permis au Qatar de devenir l’un des plus grands  exportateurs de GNL au monde) que s’est lui-même imposé le Qatar.

Le Qatar a entrepris un programme pluriannuel de modernisation des infrastructures d’un montant de 200 milliards de dollars en prévision de la Coupe du monde, qui devrait soutenir l’activité économique, en particulier dans les secteurs du bâtiment, des transports et des services. Le projet du champ gazier de Barzan, qui a une capacité de 39,6 millions de m3 par jour — et qui est le dernier projet approuvé avant le moratoire de North Field —entrera en production en 2017. Il devrait permettre d’accélérer le taux de croissance jusqu’à 3,3 % en 2017 et compenser une partie de la baisse de production de gaz naturel prévue pour les prochaines années. Les investissements liés à la Coupe du monde commençant à se tasser, la croissance se stabilisera peu à peu, pour atteindre environ 2,5 % en 2019. L‘ancrage de la monnaie qatarienne au dollar signifie que la politique monétaire se durcira progressivement parallèlement à l’évolution observée aux États-Unis à une époque caractérisée par la faible croissance du PIB intérieur. Le solde des finances publiques et le solde du compte courant devraient progressivement s’améliorer. Les recettes d’exportation augmenteront parallèlement à l’augmentation de la production de gaz et à la reprise des cours du pétrole. Le déficit budgétaire diminuera, en partie grâce aux économies réalisées au niveau des dépenses courantes, à la réforme des subventions et à la mise en place d’une TVA en 2018.

ARABIE SAOUDITE

Le pétrole bon marché continue d’éprouver la résilience économique du Royaume d’Arabie saoudite. En 2016, les autorités ont renforcé les mesures d’assainissement budgétaire et adopté d’importantes réformes pour faire face aux défis croissants associés à la nouvelle réalité des marchés pétroliers. Les actions entreprises pour rationaliser les finances publiques ont permis d’améliorer les perspectives budgétaires à moyen terme, au détriment de la croissance, qui est fortement tributaire des dépenses publiques.

La faiblesse des cours pétroliers reste une entrave à la croissance et à la viabilité des finances publiques du Royaume d’Arabie saoudite. Même en remontant jusqu’à 54 dollars le baril après une moyenne mensuelle de 30 dollars au premier semestre 2016, les prix en janvier 2017 ont resté largement inférieurs à la moitié de leur plafond de 2014. Les hydrocarbures représentant environ 80 % des recettes budgétaires et plus de 40 % du PIB (graphique 1), l’Arabie saoudite demeure vulnérable à l’atonie des prix.

D’après les prévisions, on s’attend à un nouveau ralentissement au niveau de la croissance économique en Arabie saoudite pendant l’année 2017. Dans le secteur des hydrocarbures, elle devrait être moribonde, eu égard au récent accord conclu dans le cadre de l’OPEP. Les autorités ont déjà ramené la production pétrolière du Royaume à 9,8 millions de barils par jour en janvier 2017, ce qui est comparable aux niveaux atteints avant la baisse des cours pétroliers en 2014. Cela dit, en raison du léger assouplissement des mesures d’assainissement dans la loi de finances 2017, le secteur non pétrolier devrait rebondir et enregistrer un taux de croissance de 2,1 % en 2017. De façon générale, on projette une croissance du PIB de 0,6 % en 2017.

ÉMIRATS ARABES UNIS

La réduction de la production pétrolière imposée par l’OPEP va limiter la croissance en 2017, mais celle-ci devrait rebondir à moyen terme à la faveur d’une remontée des cours du pétrole, de l’augmentation de la capacité de production pétrolière et de l’accélération des investissements en préparation à l’exposition universelle de Dubaï (Dubaï Expo 2020). Ces perspectives sont néanmoins menacées par le ralentissement de l’économie mondiale et le resserrement des liquidités régionales.

La persistance de bas prix pétroliers et l’austérité budgétaire continuent de grever l’économie émirienne. La croissance globale du PIB réel est estimée à 2,3 % en 2016, largement inférieure à la moyenne de 5 % sur la période précédant le choc pétrolier de 2014 (2010-14). Les mesures d’austérité ont affaibli les entreprises et la confiance des consommateurs, et ralenti la croissance des crédits au secteur privé en 2016. On estime que la croissance du secteur des hydrocarbures a chuté jusqu’à 3 % en 2016, contre 4,6 % 2015.

La réduction de la production pétrolière imposée par l’OPEP devrait limiter à 2 % la croissance en 2017. Par la suite, la croissance devrait rebondir légèrement et atteindre 3,2 % en 2019. Le gouvernement fédéral s’est fixé un objectif de 4 % pour 2017, ce qui semble ambitieux compte tenu de la faible progression des liquidités bancaires et des baisses de production que devrait imposer l’OPEP cette année-là. En 2018 cependant, la production pétrolière devrait augmenter sous l’effet d’investissements dans la mise en valeur de champs pétroliers. La croissance du secteur non pétrolier devrait rebondir alors que : i) la hausse attendue des prix du pétrole et ses effets positifs sur la confiance et la situation budgétaire atténuent l’impact des mesures de rationalisation du budget ; ii) la mise en œuvre de mégaprojets s’accélère en préparation de l’Expo 2020 ; et iii) la levée des sanctions contre l’Iran se traduit par une augmentation des échanges commerciaux. L’Expo 2020 devrait attirer un grand nombre de visiteurs, et doper en conséquence la consommation privée et les exportations de services.