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Réexaminer les sources de la croissance : la qualité de l’éducation de base
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  • Volume 7


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LES POINTS MARQUANTS
  • La septième édition des « Cahiers économiques du Cameroun » souligne la nécessité d’améliorer la qualité de l’éducation de base au Cameroun
  • Pays d’Afrique centrale qui ambitionne de devenir une économie émergente d’ici 2035, le Cameroun ne consacre que 3,3% de son PIB à l’éducation contre 4,3% en moyenne pour les pays d’Afrique subsaharienne
  • Si l’accès à l’éducation de base s’est beaucoup amélioré au cours de la dernière décennie, la qualité de l’éducation s’est quant à elle dégradée et d’importantes disparités subsistent

YAOUNDÉ, le 24 avril 2014—  Si le Cameroun veut concrétiser son objectif de devenir une économie émergente à l’horizon 2035, le pays devra investir dans le capital humain en commençant par améliorer la qualité de son éducation primaire, constate l’édition la plus récente des Cahiers économiques du Cameroun. 

Publication semestrielle de la Banque mondiale, cette revue qui analyse les perspectives économiques du pays, s’intéresse en effet à l’éducation de base comme source essentielle de croissance.  « Si l’économie camerounaise croît à un rythme assez honorable (4 à 5% par an) depuis une dizaine d’années, à ce rythme, le Cameroun ne parviendra pourtant pas à atteindre l’objectif que s’est fixé le gouvernement dans sa vision 2035», constate Souleymane Coulibaly, économiste principal pour l’Afrique centrale à la Banque mondiale et co-auteur de ce rapport.

Un réexamen des sources de croissance est donc essentiel, à commencer par l’éducation de base, pilier d’une croissance à long terme.  « L’éducation primaire permet à une large partie de la population de participer au processus de production et de croissance », souligne l’économiste. « Il existe en effet un lien étroit entre le niveau d’éducation et la probabilité pour les ménages de tomber sous le seuil de pauvreté », ajoute-t-il.  

Or, si l’accès à l’éducation de base s’est beaucoup amélioré au Cameroun, le taux d’achèvement du cycle primaire passant de 53% à 2001 à 80% en 2011, les résultats scolaires des Camerounais se sont cependant dégradés.

Le rapport note en effet que les résultats des Camerounais à un test standardisé ont empiré entre 1998 et 2005, même  s’ils restent supérieurs à ceux de nombreux pays d’Afrique francophone. Une étude du ministère de l’Éducation de base (MINEBUB), réalisée en 2010 auprès d’élèves du primaire, vient confirmer ce constat : en troisième année du cycle primaire 49% des jeunes Camerounais éprouvaient beaucoup de difficultés à lire et 27% ne savaient pas lire du tout, preuve que le Cameroun doit renforcer d’urgence la qualité de son secteur éducatif.

Les Cahiers économiques du Cameroun notent également la persistance de très fortes disparités au niveau inter et intrarégional ainsi qu’entre les sexes et les catégories sociales. A titre d’exemple, si 91% des élèves achèvent l’école primaire dans les zones urbaines, dans les zones rurales le taux d’achèvement n’est que de 68%. D’autre part, le taux d’analphabétisme des adultes en zone rurale (57%) est trois fois plus élevé qu’en zone urbaine (17%).

Autre statistique révélatrice des disparités qui semblent caractériser le système éducatif camerounais, dans les zones rurales, le taux de scolarisation des filles n’est que de 65% contre 79% pour les garçons. Enfin, alors que la quasi-totalité des élèves appartenant aux milieux les plus nantis achèvent le cycle primaire, seuls 40% du quintile le plus pauvre de la population y parviennent.  


« L’éducation primaire permet à une large partie de la population de participer au processus de production et de croissance »

Souleymane Coulibaly

Économiste principal pour l’afrique centrale à la banque mondiale

Des mesures pour améliorer la qualité de l’enseignement primaire

Pourquoi de telles disparités ? « Le fait que le Cameroun alloue beaucoup moins de ressources à l’éducation primaire que des pays à revenu similaire explique en partie ceci », constate Shobhana Sosale, spécialiste en éducation à la Banque mondiale et coauteure du rapport. Bien que les dépenses publiques d’éducation aient rapidement augmenté entre 2001 et 2003, passant de 1.9% du PIB à 3,3%, elles ont ensuite marqué le pas, et restent actuellement bien en dessous de la moyenne régionale (4.3%). « Ce à quoi il faut ajouter la pénurie d’enseignants (avec un ratio d’un enseignant pour 53 élèves) ainsi que le manque de matériel didactique dans le primaire (en moyenne, seul un élève sur 12 avait accès aux manuels scolaires en 2011) », précise Shobhana Sosale.

Si l’éducation de base est censée être gratuite au Cameroun, elle est en réalité coûteuse, les parents devant prendre en charge les manuels scolaires, les uniformes, les frais d’examen et le transport, précisent les auteurs du rapport.  Le manque de moyens financiers reste donc la principale cause d’abandon scolaire.  Si les régions septentrionales (qui sont les moins bien loties) ont fait l’objet d’une attention particulière dans le cadre du programme ZEP (zone d’éducation prioritaire) qui vise à améliorer l’accès et la qualité de l’éducation, les résultats ne sont pas encore probants.

Les Cahiers économiques du Cameroun notent également que le manque de transparence et les problèmes de gouvernance contribuent à aggraver la situation. La revue souligne en effet que, selon l’indice de perception de la corruption établi en 2013 par Transparency International, le système éducatif camerounais est le cinquième plus corrompu d’Afrique subsaharienne. 

La revue offre  cependant des pistes de réflexion pour améliorer l’éducation de base au Cameroun.

«À l’avenir, les pouvoirs publics pourraient se concentrer sur l’essentiel en améliorant la collecte de données pour un meilleur suivi de la prestation des services d’éducation, en évaluant de façon plus systématique les acquis des élèves et en augmentant l'allocation budgétaire à l'éducation dans son ensemble», souligne Shobhana Sosale.

Réaffecter en priorité les dépenses publiques aux zones désavantagées, veiller à la transparence des allocations de crédits et réexaminer la politique des manuels scolaires figurent aussi parmi les recommandations. « À l’heure actuelle, les  manuels sont à la charge des parents et sont conçus de façon à ce que les étudiants puissent y écrire ce qui impose l’achat de nouveaux livres chaque année », précise le rapport. 

Améliorer l’accès aux manuels scolaires représente donc le moyen le plus économique et le plus efficace d’améliorer la qualité des apprentissages. 



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Numéro 7 : Réexaminer les sources de la croissance