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Discussion en direct avec Kseniya Lvovsky - 27 mai 2010

Kseniya Lvovsky

Selon un nouveau rapport de la Banque mondiale, malgré la crise financière mondiale et le ralentissement économique en résultant, les pays en développement ont, l'année dernière, plus que jamais sollicité le Groupe de la Banque mondiale pour obtenir un soutien dans leurs efforts de développement et face au changement climatique, considérés comme deux défis interdépendants. Les pays en développement sont en demande de différents modes d'assistance, leur permettant notamment d'évoluer vers un mode de développement résistant aux effets du changement climatique, de mettre en place des stratégies d'adaptation et des technologies propres, et d’obtenir des financements en faveur de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables. Publié ce mois-ci, le Progress Report on the Strategic Framework for Development and Climate Change (« Rapport d'activité sur le Cadre stratégique pour le développement et le changement climatique » (a)) souligne l'intervention croissante du Groupe de la Banque mondiale pour répondre à ces demandes.

Kseniya Lvovsky est responsable de l'équipe Changement climatique à la Banque mondiale. Le 27 mai, elle a répondu en direct à vos questions sur les mesures de lutte contre le changement climatique dans les pays en développement.

Pour en savoir plus sur Kseniya Lvovsky (a)


Transcription

Madeleine Nawar :
Bonjour. Je serais curieuse de savoir ce qui est fait pour sensibiliser les États membres de la Banque mondiale, surtout là où l’impact du changement climatique est potentiellement le plus important. Je voudrais également savoir si des mesures sont prises dans ces régions pour minimiser, ou plutôt pour atténuer, les impacts négatifs du changement climatique.

Kseniya Lvovsky :
Bienvenue à tous. Je suis en ligne. J’aimerais remercier toutes celles et ceux qui m’ont envoyé des questions. Bien, on peut commencer.

Bonjour Madeleine. Merci pour votre question. Oui, nous avons beaucoup travaillé pour sensibiliser les pays membres aux impacts du changement climatique. Nous avons notamment publié le Rapport sur le développement dans le monde consacré au changement climatique en septembre 2009 ainsi qu’une étude sur l’économie de l’adaptation (Global Study of the Economics of Adaptation). Nous avons également élargi le portefeuille de nos projets et activités qui aident les pays et les communautés les plus vulnérables à gérer les impacts du changement climatique. Cela va de la gestion des ressources naturelles en Afrique à la fonte des glaciers en Amérique latine.


Oluwadamilola :
Serait-il possible pour la Banque mondiale d’organiser une conférence de sensibilisation au changement climatique pour les jeunes en Afrique de l’Ouest ?

Kseniya Lvovsky :
Je suis contente que vous abordiez la question de la sensibilisation des jeunes car ce sont des interlocuteurs essentiels dans les discussions sur le changement climatique. Oui, la Banque mondiale a soutenu des efforts de sensibilisation et de vulgarisation ciblant les jeunes. C’est une bonne suggestion d’étendre ces activités à l’Afrique de l’Ouest.


Fatma Khalil :
Je suis journaliste pour un journal égyptien et je souhaiterais vous poser des questions au sujet de mon pays, l’Égypte.
1- Comment la Banque mondiale peut-elle aider l’Égypte à faire face au changement climatique ?
2- À combien s’élève l’aide que la Banque mondiale a accordée à l’Égypte ?
3 – Quel est votre avis sur ceux qui pensent que la Banque mondiale exerce des pressions sur les pays auxquels elle fournit de l’aide ou du financement ?

Kseniya Lvovsky :
Merci de vos questions Fatma. Le programme de soutien du Groupe de la Banque mondiale en Égypte est vaste. Nos engagements actuels dépassent les 3 milliards de dollars. Nous avons également produit une étude sur l’adaptation au changement climatique à Alexandrie. L’Égypte est aussi l’un des premiers pays à bénéficier d’un financement de 300 millions de dollars dans le cadre du Fonds pour les technologies propres (FTP). Ce Fonds soutient des programmes nationaux s’inscrivant dans les stratégies de développement économique des pays. Vous pouvez en savoir plus sur le FTP sur le site http://www.climateinvestmentfunds.org/cif/ (a).


dekkiche :
Pourquoi les pays en développement devraient-ils participer activement à la lutte contre le changement climatique alors qu’ils ne sont pas responsables de ce changement ?

Kseniya Lvovsky :
En effet, les pays en développement ne sont pas à l’origine du problème, mais ils peuvent contribuer à la solution. De nombreux pays en développement ont adopté des mesures dans le domaine de l’adaptation et de l’atténuation du changement climatique pour les raisons suivantes. Rares sont les programmes de développement répondant à des objectifs économiques nationaux et locaux qui sont également bénéfiques dans le domaine du changement climatique, notamment en termes d’efficacité énergétique et de gestion durable des ressources en eau. Un grand nombre de pays ont mis en œuvre des programmes d’efficacité énergétique qui ne sont pas motivés par l’enjeu du changement climatique, mais par des questions relatives à la sécurité énergétique. De plus, au cours des dernières années, d’importants efforts ont été réalisés pour mobiliser davantage de financement en faveur de la lutte contre le changement climatique, même si les ressources actuelles sont bien inférieures aux besoins. Enfin, bon nombre de pays s’inquiètent des impacts du changement climatique et souhaitent commencer à renforcer leurs capacités, leurs politiques et leurs institutions pour y faire face. C’est pour cette raison qu’entre juillet 2008 et décembre 2009, la Banque a fourni 6 milliards de dollars pour de telles actions.


Anupam :
Les autres intervenants ont vu juste. Premièrement, la Banque mondiale doit informer dans leur langue locale les décideurs politiques et toutes les parties intéressées sur les risques encourus localement (seul un petit pourcentage d’entre eux parle anglais dans les pays en développement). Deuxièmement, la Banque mondiale doit faire savoir ce qui peut être fait pour atténuer les risques à l’échelle locale. Leur dire qu’ils doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ne suffira pas. Ces pays savent très bien qu’ils ne sont pas la cause du problème, même s’ils y contribuent. Ils savent également que même s’ils arrêtaient complètement d’émettre des gaz à effet de serre, le problème ne serait pas réglé. Par conséquent, la Banque mondiale doit adopter une approche honnête en matière de communication. Troisièmement, il est nécessaire de communiquer sur les effets « locaux » de la pollution, en plus de parler de ses effets globaux tels que le changement climatique. Si vous disposez d’une étude qui démontre que la réduction de la pollution permet des gains économiques nets à l’échelle locale, indépendamment des effets globaux, cela pourrait marcher. Pourquoi mon journal en langue locale ne traite presque jamais de ce que fait la Banque mondiale même si le travail qu’elle accomplit est très bénéfique ? Communiquez! Il faut communiquer davantage ! Les chercheurs doivent apprendre à communiquer.

Kseniya Lvovsky :
Cher Anupam, vous avez tout à fait raison. Je suis entièrement d’accord avec vous. Nous travaillons à améliorer notre communication et cibler les acteurs locaux. À titre d’exemple, nous sommes actuellement en train de mettre au point en collaboration avec le PNUD une Plateforme de connaissances sur le changement climatique, qui sera exploitable sur le Web et disponible en plusieurs langues. Cet outil offrira des conseils complets sur l’accès et l’utilisation de l’ensemble des sources sur le changement climatique. Nous sommes ouverts à toutes les suggestions pour améliorer l’accessibilité de nos outils et documents.


Matelita RAGOGO :
J’ai épluché votre rapport sur l’état d’avancement du Cadre stratégique pour le développement et le changement climatique : le terme « gender » n’y figure qu’une seule fois, et encore c’était en référence à une autre publication, et donc non dans le cadre du plan stratégique de la Banque. La question des genres et de l’égalité des sexes est cruellement absente et il me semble que, avec tout le respect que je vous dois pour tout ce que vous avez fait jusqu’à présent, les perspectives relatives à l’égalité hommes-femmes ne sont mentionnées ou examinées par des organisations comme les vôtres que lorsque cela est politiquement correct et/ou bien pratique. Ma question est la suivante : quand vos organisations vont-elles commencer à prendre la question de l’égalité des sexes suffisamment au sérieux pour en faire l’un de vos principes fondamentaux par exemple ? Oui, nous serons tous touchés par le changement climatique, mais des études ont démontré que, sans l’ombre d’un doute, les normes relatives aux sexes ont une influence sur ces impacts, qu’elles éclairent nos réponses et que les hommes et les femmes ne sont pas affectés de la même manière par le changement climatique. N’êtes-vous pas d’accord pour dire que sans cette position proactive, vous (votre organisation) êtes complice de perpétuer la croyance selon laquelle les femmes accepteront le fardeau de la mise en œuvre de la lutte contre le changement climatique sans se plaindre parce que c’est « pour leur bien » ? Pour que les programmes créés par les décideurs politiques soient efficaces, ne pensez-vous pas qu’il est essentiel que les questions d’inégalités entre les sexes y soient intégrées dès le départ et qu’une telle approche proactive permettrait aux femmes d’être consultées ? « Technologies propres », « développement résilient » et « mécanismes d’adaptation » sont des termes très techniques et vous me direz que c’est votre métier alors que l’égalité des sexes est une question sociale, mais soyez honnête et demandez-vous : est-ce vraiment le cas ? La question de l’égalité des sexes n’est-elle pas un facteur sous-jacent qui doit être considéré quel que soit le secteur ou le domaine dans lequel vous travaillez ? Au bout du compte, la mise en œuvre est la clé de l’efficacité, et surtout du succès, et lorsque vous parlez de la mise en œuvre dans les pays en développement, vous faites référence principalement aux femmes, n’est-ce pas ?

Kseniya Lvovsky :
J’entends votre point de vue Matelita. Les dimensions relatives au genre et aux inégalités entre les sexes auraient pu être davantage mises en avant dans ce rapport. Nous sommes actuellement en train de produire plusieurs documents qui traitent des différents liens entre cette question et le changement climatique. En particulier, nous élaborons des lignes directrices pour intégrer les questions relatives au genre dans les projets concernant le changement climatique. Nous nous assurerons de mieux prendre en compte cet enjeu dans nos futurs rapports.


Moussa Na Abou :
Pourquoi la Banque mondiale est-elle si impopulaire dès qu’il est question de la gestion des fonds climatiques au niveau international/de la CCNUCC ?
Quel est le facteur qui détermine l’intervention de la Banque mondiale pour lutter contre le changement climatique dans les pays en développement ? La génération de profits, la responsabilité sociale (« principe du pollueur-payeur ») ou l’aide ?

Kseniya Lvovsky :
D’après les discussions que j’ai pu avoir avec les parties intéressées dans les pays en développement, je pense que ces derniers ont deux préoccupations principales. La première concerne la gouvernance de la Banque mondiale, qui est dominée par les pays développés. La deuxième a trait au fait que la Banque ne fournirait que des prêts tandis que les financements pour le climat devraient être distribués sous forme de dons. Dans ce contexte, j’aimerais vous faire part de notre expérience avec les Fonds d’investissement climatiques, qui ont été créés en juillet 2008 et qui ont mobilisé des promesses de dons de 6,3 milliards de dollars de la part des pays développés (http://www.climateinvestmentfunds.org/cif/ (a)). La gouvernance de ces fonds est équilibrée et répartie équitablement entre les pays développés et les pays en développement. Alors que le Fonds pour les technologies propres fournit des prêts concessionnels, d’autres programmes ciblant les pays à faible revenu tels que le Programme pilote de protection contre l’impact du changement climatique et le Programme de développement accéléré des énergies renouvelables, fournit des dons.


Dr Michael Dorsey :
Quand la Banque mondiale tirera-t-elle les leçons de ses analyses sur les industries extractives et arrêtera-t-elle de financer les projets de carburants fossiles, qui sont à l’origine du changement climatique ? À ce sujet, comment la Banque compte-t-elle diminuer le financement accordé aux projets de carburants fossiles et augmenter celui des projets d’énergie renouvelable ?

Kseniya Lvovsky :
Bonjour Michael. Je suis d’accord avec vous sur le fait qu’accroître le soutien accordé aux énergies renouvelables est très important. Au cours de l’exercice 2009, le financement octroyé aux projets d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique a atteint la somme record de 3,3 milliards de dollars. À elle seule, l’IFC a vu ses engagements envers les énergies renouvelables multipliés par 5 par rapport à l’année précédente. Le financement que nous accordons à ce type de projets continue d’augmenter. Toutefois, les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie montrent que les carburants fossiles demeureront pendant encore un certain temps une composante importante de la combinaison d’énergies utilisées tant dans les pays développés qu’en développement. Comme l’a dit le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, nous ne pouvons pas priver les pays pauvres en énergie d’une source d’énergie que les pays riches continuent à utiliser. La meilleure manière de répondre à votre préoccupation serait de militer en faveur d’un prix élevé du carbone dans les pays développés, ce qui faciliterait les investissements dans la recherche, le développement et le déploiement de nouvelles technologies énergétiques plus propres, et de rendre ces technologies abordables et accessibles pour les pays en développement.


Khadija :
L'effet du changement climatique sur les catastrophes naturelles est-il le même pour les pays développés et les pays pauvres ?

Kseniya Lvovsky :
Votre question Khadija touche au cœur du problème de l’« injustice climatique ». Malheureusement, bon nombre de pays pauvres qui n’ont pas contribué au problème du changement climatique sont parmi les plus vulnérables aux catastrophes naturelles liées au changement climatique, telles que les inondations, les sécheresses, les tempêtes, les cyclones et l’élévation du niveau de la mer. C’est pour cette raison que l’une de nos principales priorités est de fournir suffisamment d’aide aux pays pauvres dans les domaines de la gestion des risques climatiques, de la prévention des catastrophes naturelles et de l’adaptation au changement climatique.


Megan Rowling :
Bonjour Kseniya.
Je suis une journaliste basée à Londres et je travaille pour Reuters AlertNet.
Quelle est selon vous la meilleure façon d’accroître le soutien aux pays pauvres pour qu’ils puissent mettre en action leurs plans d’adaptation étant donné qu’il y a une importante pénurie de fonds ?
De plus, que répondriez-vous au scepticisme de bon nombre de pays en développement quant au rôle de la Banque mondiale dans le versement du financement pour le changement climatique et à l’argument selon lequel cet argent devrait plutôt être distribué par le biais d’un mécanisme tel que la CCNUCC ?
Merci.

Kseniya Lvovsky :
Je pense que la meilleure manière de soutenir les plans d’adaptation dans les pays en développement dans un avenir rapproché est de veiller à ce que le financement rapide promis à Copenhague soit effectivement équilibré entre l’adaptation et l’atténuation. Pour le moment, nous nous inquiétons du fait que la plupart des promesses de dons faites à ce jour concernent l’atténuation plutôt que l’adaptation. Accroître l’accès des pays en développement à un financement destiné à l’adaptation qui soit complémentaire à l’aide au développement reçue pour atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire est une des principales priorités du Groupe de la Banque mondiale pour les prochaines années. En ce qui a trait à la deuxième partie de votre question, je vous invite à vous reporter à la réponse que j’ai fournie à Moussa Na Abou plus tôt dans cette discussion et qui, je pense, correspond tout à fait à votre interrogation.
Nous n’avons plus de temps à présent. Merci beaucoup pour toutes vos questions, et toutes mes excuses à celles et ceux à qui je n’ai pas pu répondre.

 

 

(a) indique une page en anglais.

 
 

 

 

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