Selon un nouveau rapport de la
Banque mondiale, malgré la crise financière
mondiale et le ralentissement économique
en résultant, les pays en développement
ont, l'année dernière, plus que jamais
sollicité le Groupe de la Banque mondiale
pour obtenir un soutien dans leurs efforts de développement
et face au changement climatique, considérés
comme deux défis interdépendants.
Les pays en développement sont en demande
de différents modes d'assistance, leur permettant
notamment d'évoluer vers un mode de développement
résistant aux effets du changement climatique,
de mettre en place des stratégies d'adaptation
et des technologies propres, et d’obtenir
des financements en faveur de l'efficacité
énergétique et des énergies
renouvelables. Publié ce mois-ci, le Progress
Report on the Strategic Framework for Development
and Climate Change (« Rapport
d'activité sur le Cadre stratégique
pour le développement et le changement climatique
» (a)) souligne
l'intervention croissante du Groupe de la Banque
mondiale pour répondre à ces demandes.
Kseniya Lvovsky est responsable
de l'équipe Changement climatique à
la Banque mondiale. Le 27 mai, elle a répondu
en direct à vos questions sur les mesures
de lutte contre le changement climatique dans les
pays en développement.
Pour en savoir plus sur Kseniya
Lvovsky (a)
Transcription
Madeleine Nawar :
Bonjour. Je serais curieuse de savoir ce qui est
fait pour sensibiliser les États membres
de la Banque mondiale, surtout là où
l’impact du changement climatique est potentiellement
le plus important. Je voudrais également
savoir si des mesures sont prises dans ces régions
pour minimiser, ou plutôt pour atténuer,
les impacts négatifs du changement climatique.
Kseniya Lvovsky :
Bienvenue à tous. Je suis en ligne. J’aimerais
remercier toutes celles et ceux qui m’ont
envoyé des questions. Bien, on peut commencer.
Bonjour Madeleine. Merci pour votre
question. Oui, nous avons beaucoup travaillé
pour sensibiliser les pays membres aux impacts du
changement climatique. Nous avons notamment publié
le Rapport sur le développement dans le monde
consacré au changement climatique en septembre
2009 ainsi qu’une étude sur l’économie
de l’adaptation (Global Study of the Economics
of Adaptation). Nous avons également élargi
le portefeuille de nos projets et activités
qui aident les pays et les communautés les
plus vulnérables à gérer les
impacts du changement climatique. Cela va de la
gestion des ressources naturelles en Afrique à
la fonte des glaciers en Amérique latine.
Oluwadamilola :
Serait-il possible pour la Banque mondiale d’organiser
une conférence de sensibilisation au changement
climatique pour les jeunes en Afrique de l’Ouest
?
Kseniya Lvovsky :
Je suis contente que vous abordiez la question de
la sensibilisation des jeunes car ce sont des interlocuteurs
essentiels dans les discussions sur le changement
climatique. Oui, la Banque mondiale a soutenu des
efforts de sensibilisation et de vulgarisation ciblant
les jeunes. C’est une bonne suggestion d’étendre
ces activités à l’Afrique de
l’Ouest.
Fatma Khalil :
Je suis journaliste pour un journal égyptien
et je souhaiterais vous poser des questions au sujet
de mon pays, l’Égypte.
1- Comment la Banque mondiale peut-elle aider l’Égypte
à faire face au changement climatique ?
2- À combien s’élève
l’aide que la Banque mondiale a accordée
à l’Égypte ?
3 – Quel est votre avis sur ceux qui pensent
que la Banque mondiale exerce des pressions sur
les pays auxquels elle fournit de l’aide ou
du financement ?
Kseniya Lvovsky :
Merci de vos questions Fatma. Le programme de soutien
du Groupe de la Banque mondiale en Égypte
est vaste. Nos engagements actuels dépassent
les 3 milliards de dollars. Nous avons également
produit une étude sur l’adaptation
au changement climatique à Alexandrie. L’Égypte
est aussi l’un des premiers pays à
bénéficier d’un financement
de 300 millions de dollars dans le cadre du Fonds
pour les technologies propres (FTP). Ce Fonds soutient
des programmes nationaux s’inscrivant dans
les stratégies de développement économique
des pays. Vous pouvez en savoir plus sur le FTP
sur le site http://www.climateinvestmentfunds.org/cif/
(a).
dekkiche :
Pourquoi les pays en développement devraient-ils
participer activement à la lutte contre le
changement climatique alors qu’ils ne sont
pas responsables de ce changement ?
Kseniya Lvovsky :
En effet, les pays en développement ne sont
pas à l’origine du problème,
mais ils peuvent contribuer à la solution.
De nombreux pays en développement ont adopté
des mesures dans le domaine de l’adaptation
et de l’atténuation du changement climatique
pour les raisons suivantes. Rares sont les programmes
de développement répondant à
des objectifs économiques nationaux et locaux
qui sont également bénéfiques
dans le domaine du changement climatique, notamment
en termes d’efficacité énergétique
et de gestion durable des ressources en eau. Un
grand nombre de pays ont mis en œuvre des programmes
d’efficacité énergétique
qui ne sont pas motivés par l’enjeu
du changement climatique, mais par des questions
relatives à la sécurité énergétique.
De plus, au cours des dernières années,
d’importants efforts ont été
réalisés pour mobiliser davantage
de financement en faveur de la lutte contre le changement
climatique, même si les ressources actuelles
sont bien inférieures aux besoins. Enfin,
bon nombre de pays s’inquiètent des
impacts du changement climatique et souhaitent commencer
à renforcer leurs capacités, leurs
politiques et leurs institutions pour y faire face.
C’est pour cette raison qu’entre juillet
2008 et décembre 2009, la Banque a fourni
6 milliards de dollars pour de telles actions.
Anupam :
Les autres intervenants ont vu juste. Premièrement,
la Banque mondiale doit informer dans leur langue
locale les décideurs politiques et toutes
les parties intéressées sur les risques
encourus localement (seul un petit pourcentage d’entre
eux parle anglais dans les pays en développement).
Deuxièmement, la Banque mondiale doit faire
savoir ce qui peut être fait pour atténuer
les risques à l’échelle locale.
Leur dire qu’ils doivent réduire leurs
émissions de gaz à effet de serre
ne suffira pas. Ces pays savent très bien
qu’ils ne sont pas la cause du problème,
même s’ils y contribuent. Ils savent
également que même s’ils arrêtaient
complètement d’émettre des gaz
à effet de serre, le problème ne serait
pas réglé. Par conséquent,
la Banque mondiale doit adopter une approche honnête
en matière de communication. Troisièmement,
il est nécessaire de communiquer sur les
effets « locaux » de la pollution, en
plus de parler de ses effets globaux tels que le
changement climatique. Si vous disposez d’une
étude qui démontre que la réduction
de la pollution permet des gains économiques
nets à l’échelle locale, indépendamment
des effets globaux, cela pourrait marcher. Pourquoi
mon journal en langue locale ne traite presque jamais
de ce que fait la Banque mondiale même si
le travail qu’elle accomplit est très
bénéfique ? Communiquez! Il faut communiquer
davantage ! Les chercheurs doivent apprendre à
communiquer.
Kseniya Lvovsky :
Cher Anupam, vous avez tout à fait raison.
Je suis entièrement d’accord avec vous.
Nous travaillons à améliorer notre
communication et cibler les acteurs locaux. À
titre d’exemple, nous sommes actuellement
en train de mettre au point en collaboration avec
le PNUD une Plateforme de connaissances sur le changement
climatique, qui sera exploitable sur le Web et disponible
en plusieurs langues. Cet outil offrira des conseils
complets sur l’accès et l’utilisation
de l’ensemble des sources sur le changement
climatique. Nous sommes ouverts à toutes
les suggestions pour améliorer l’accessibilité
de nos outils et documents.
Matelita RAGOGO :
J’ai épluché votre rapport sur
l’état d’avancement du Cadre
stratégique pour le développement
et le changement climatique : le terme « gender
» n’y figure qu’une seule fois,
et encore c’était en référence
à une autre publication, et donc non dans
le cadre du plan stratégique de la Banque.
La question des genres et de l’égalité
des sexes est cruellement absente et il me semble
que, avec tout le respect que je vous dois pour
tout ce que vous avez fait jusqu’à
présent, les perspectives relatives à
l’égalité hommes-femmes ne sont
mentionnées ou examinées par des organisations
comme les vôtres que lorsque cela est politiquement
correct et/ou bien pratique. Ma question est la
suivante : quand vos organisations vont-elles commencer
à prendre la question de l’égalité
des sexes suffisamment au sérieux pour en
faire l’un de vos principes fondamentaux par
exemple ? Oui, nous serons tous touchés par
le changement climatique, mais des études
ont démontré que, sans l’ombre
d’un doute, les normes relatives aux sexes
ont une influence sur ces impacts, qu’elles
éclairent nos réponses et que les
hommes et les femmes ne sont pas affectés
de la même manière par le changement
climatique. N’êtes-vous pas d’accord
pour dire que sans cette position proactive, vous
(votre organisation) êtes complice de perpétuer
la croyance selon laquelle les femmes accepteront
le fardeau de la mise en œuvre de la lutte
contre le changement climatique sans se plaindre
parce que c’est « pour leur bien »
? Pour que les programmes créés par
les décideurs politiques soient efficaces,
ne pensez-vous pas qu’il est essentiel que
les questions d’inégalités entre
les sexes y soient intégrées dès
le départ et qu’une telle approche
proactive permettrait aux femmes d’être
consultées ? « Technologies propres
», « développement résilient
» et « mécanismes d’adaptation
» sont des termes très techniques et
vous me direz que c’est votre métier
alors que l’égalité des sexes
est une question sociale, mais soyez honnête
et demandez-vous : est-ce vraiment le cas ? La question
de l’égalité des sexes n’est-elle
pas un facteur sous-jacent qui doit être considéré
quel que soit le secteur ou le domaine dans lequel
vous travaillez ? Au bout du compte, la mise en
œuvre est la clé de l’efficacité,
et surtout du succès, et lorsque vous parlez
de la mise en œuvre dans les pays en développement,
vous faites référence principalement
aux femmes, n’est-ce pas ?
Kseniya Lvovsky :
J’entends votre point de vue Matelita. Les
dimensions relatives au genre et aux inégalités
entre les sexes auraient pu être davantage
mises en avant dans ce rapport. Nous sommes actuellement
en train de produire plusieurs documents qui traitent
des différents liens entre cette question
et le changement climatique. En particulier, nous
élaborons des lignes directrices pour intégrer
les questions relatives au genre dans les projets
concernant le changement climatique. Nous nous assurerons
de mieux prendre en compte cet enjeu dans nos futurs
rapports.
Moussa Na Abou :
Pourquoi la Banque mondiale est-elle si impopulaire
dès qu’il est question de la gestion
des fonds climatiques au niveau international/de
la CCNUCC ?
Quel est le facteur qui détermine l’intervention
de la Banque mondiale pour lutter contre le changement
climatique dans les pays en développement
? La génération de profits, la responsabilité
sociale (« principe du pollueur-payeur »)
ou l’aide ?
Kseniya Lvovsky :
D’après les discussions que j’ai
pu avoir avec les parties intéressées
dans les pays en développement, je pense
que ces derniers ont deux préoccupations
principales. La première concerne la gouvernance
de la Banque mondiale, qui est dominée par
les pays développés. La deuxième
a trait au fait que la Banque ne fournirait que
des prêts tandis que les financements pour
le climat devraient être distribués
sous forme de dons. Dans ce contexte, j’aimerais
vous faire part de notre expérience avec
les Fonds d’investissement climatiques, qui
ont été créés en juillet
2008 et qui ont mobilisé des promesses de
dons de 6,3 milliards de dollars de la part des
pays développés (http://www.climateinvestmentfunds.org/cif/
(a)). La gouvernance
de ces fonds est équilibrée et répartie
équitablement entre les pays développés
et les pays en développement. Alors que le
Fonds pour les technologies propres fournit des
prêts concessionnels, d’autres programmes
ciblant les pays à faible revenu tels que
le Programme pilote de protection contre l’impact
du changement climatique et le Programme de développement
accéléré des énergies
renouvelables, fournit des dons.
Dr Michael Dorsey :
Quand la Banque mondiale tirera-t-elle les leçons
de ses analyses sur les industries extractives et
arrêtera-t-elle de financer les projets de
carburants fossiles, qui sont à l’origine
du changement climatique ? À ce sujet, comment
la Banque compte-t-elle diminuer le financement
accordé aux projets de carburants fossiles
et augmenter celui des projets d’énergie
renouvelable ?
Kseniya Lvovsky :
Bonjour Michael. Je suis d’accord avec vous
sur le fait qu’accroître le soutien
accordé aux énergies renouvelables
est très important. Au cours de l’exercice
2009, le financement octroyé aux projets
d’énergie renouvelable et d’efficacité
énergétique a atteint la somme record
de 3,3 milliards de dollars. À elle seule,
l’IFC a vu ses engagements envers les énergies
renouvelables multipliés par 5 par rapport
à l’année précédente.
Le financement que nous accordons à ce type
de projets continue d’augmenter. Toutefois,
les prévisions de l’Agence internationale
de l’énergie montrent que les carburants
fossiles demeureront pendant encore un certain temps
une composante importante de la combinaison d’énergies
utilisées tant dans les pays développés
qu’en développement. Comme l’a
dit le président de la Banque mondiale, Robert
Zoellick, nous ne pouvons pas priver les pays pauvres
en énergie d’une source d’énergie
que les pays riches continuent à utiliser.
La meilleure manière de répondre à
votre préoccupation serait de militer en
faveur d’un prix élevé du carbone
dans les pays développés, ce qui faciliterait
les investissements dans la recherche, le développement
et le déploiement de nouvelles technologies
énergétiques plus propres, et de rendre
ces technologies abordables et accessibles pour
les pays en développement.
Khadija :
L'effet du changement climatique sur les catastrophes
naturelles est-il le même pour les pays développés
et les pays pauvres ?
Kseniya Lvovsky :
Votre question Khadija touche au cœur du problème
de l’« injustice climatique ».
Malheureusement, bon nombre de pays pauvres qui
n’ont pas contribué au problème
du changement climatique sont parmi les plus vulnérables
aux catastrophes naturelles liées au changement
climatique, telles que les inondations, les sécheresses,
les tempêtes, les cyclones et l’élévation
du niveau de la mer. C’est pour cette raison
que l’une de nos principales priorités
est de fournir suffisamment d’aide aux pays
pauvres dans les domaines de la gestion des risques
climatiques, de la prévention des catastrophes
naturelles et de l’adaptation au changement
climatique.
Megan Rowling :
Bonjour Kseniya.
Je suis une journaliste basée à Londres
et je travaille pour Reuters AlertNet.
Quelle est selon vous la meilleure façon
d’accroître le soutien aux pays pauvres
pour qu’ils puissent mettre en action leurs
plans d’adaptation étant donné
qu’il y a une importante pénurie de
fonds ?
De plus, que répondriez-vous au scepticisme
de bon nombre de pays en développement quant
au rôle de la Banque mondiale dans le versement
du financement pour le changement climatique et
à l’argument selon lequel cet argent
devrait plutôt être distribué
par le biais d’un mécanisme tel que
la CCNUCC ?
Merci.
Kseniya Lvovsky :
Je pense que la meilleure manière de soutenir
les plans d’adaptation dans les pays en développement
dans un avenir rapproché est de veiller à
ce que le financement rapide promis à Copenhague
soit effectivement équilibré entre
l’adaptation et l’atténuation.
Pour le moment, nous nous inquiétons du fait
que la plupart des promesses de dons faites à
ce jour concernent l’atténuation plutôt
que l’adaptation. Accroître l’accès
des pays en développement à un financement
destiné à l’adaptation qui soit
complémentaire à l’aide au développement
reçue pour atteindre les objectifs de développement
pour le Millénaire est une des principales
priorités du Groupe de la Banque mondiale
pour les prochaines années. En ce qui a trait
à la deuxième partie de votre question,
je vous invite à vous reporter à la
réponse que j’ai fournie à Moussa
Na Abou plus tôt dans cette discussion et
qui, je pense, correspond tout à fait à
votre interrogation.
Nous n’avons plus de temps à présent.
Merci beaucoup pour toutes vos questions, et toutes
mes excuses à celles et ceux à qui
je n’ai pas pu répondre.
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