En savoir plus sur Christine
Zhen-Wei Qiang (a)
Transcription
Rajan B Paudel :
Je suis d’accord sur le fait que les technologies
de l’information et des communications (TIC) élargissent
considérablement les opportunités économiques de
millions de personnes. Mais la manière dont elles
créent des opportunités et fournissent des services
aux populations rurales diffère de celle des populations
urbaines. Pouvez-vous nous éclairer sur ce point.
De plus, une hausse du nombre de connexions Internet
à haut débit s’accompagne-t-elle d’un même surplus
de croissance économique pour les zones rurales
que pour les zones urbaines ?
Christine Zhen-Wei Qiang :
Bonjour ! Je tiens à vous remercier pour l’intérêt
que vous portez à IC4D 2009 ainsi que pour toutes
vos questions très intéressantes. Mais ne perdons
pas de temps et commençons immédiatement.
Les TIC offrent des opportunités
économiques tant aux populations urbaines que rurales.
Elles permettent souvent d’augmenter la productivité
et l’efficacité des marchés, même si les répercussions
en termes de croissance économique sont susceptibles
de différer. Pratiquement tous les nouveaux utilisateurs
de téléphones portables dans les années à venir
se trouveront dans des pays en développement, et
plus particulièrement dans les zones rurales. Cette
tendance souligne le fait que la plateforme des
TIC parvient désormais à atteindre les populations
à faibles revenus et au taux d'alphabétisation bas.
Par conséquent, les TIC sont en
voie de constituer la plateforme de distribution
la plus importante pour fournir des services publics
et privés à des millions de personnes habitant des
zones rurales et pauvres. Par le passé, le manque
de connectivité, que qu’elle soit, rendait souvent
indisponible l’accès à des informations sur les
marchés ainsi qu’aux services financiers, sanitaires
et éducatifs. À présent, la plateforme sans fil
favorise la création de NOUVELLES opportunités économiques
et sociales à tous les niveaux pour les populations
à faibles revenus.
Otabor Isaac :
Sans conteste, les nouvelles technologies de l’information
et des communications (TIC), et en particulier l’Internet
à haut débit, transforment la manière dont les entreprises
opèrent, modifiant par la même le mode de prestation
des services publics tout en démocratisant l’innovation.
Veuillez nous expliquer comment les petites entreprises
des pays en développement peuvent amortir au mieux
leurs investissements dans les TIC ?
Christine Zhen-Wei Qiang :
Selon notre étude (se référer au chapitre 4 de notre
rapport
IC4D06 (a)) portant
sur 20 000 entreprises de 26 secteurs dans 56 pays
en développement, les entreprises qui ont davantage
recours aux TIC (téléphonie, informatique et messagerie
électronique) font preuve d’une plus grande productivité,
d’une croissance plus rapide, d’investissements
plus conséquents et d’une plus grande rentabilité.
De nombreuses petites et moyennes entreprises (PME)
ont participé à cette étude.
En plus des lacunes existantes
en matière d’infrastructures de télécommunication
dans les pays en développement, certains obstacles
freinent l’adoption et l’utilisation des TIC, tout
particulièrement dans le cas des PME. Ces dernières
se trouvent notamment confrontées au manque de capacité
d’évaluation du rendement et des coûts associés
à l’utilisation des TIC ainsi qu’à une pénurie de
personnel qualifié dans le domaine ou à l’incapacité
de retenir cette main d’œuvre. Dans certains pays,
des associations professionnelles viennent en aide
aux entreprises en vue d’évaluer leurs besoins en
termes d’investissements dans les TIC (il convient
de noter que toutes ne bénéficieraient pas de leur
utilisation), de leur porter conseil sur le choix
des technologies et de fournir aux PME des applications
courantes de l’entreprise (par ex. : RH ou comptabilité)
à moindre coût.
DNA :
Dans la mesure où les TIC jouent un rôle prépondérant,
non seulement dans le développement économique des
zones urbaines mais aussi dans celui des zones rurales,
quelle est la démarche à suivre pour favoriser l’accès
aux TIC auprès des populations rurales des pays
en développement ? Quel rôle la Banque mondiale
doit-elle jouer dans la promotion des TIC au sein
des pays en développement ?
Christine Zhen-Wei Qiang :
En ce qui concerne la connectivité aux TIC, le Groupe
de la Banque mondiale a favorisé l’accès aux TIC
dans les pays en développement par le biais de (1)
la mise à disposition d’informations relatives aux
réformes sectorielles et institutionnelles afin
d’encourager la concurrence et la participation
du secteur privé et (2) des mécanismes de financement
novateurs, tels que les incubateurs et les partenariats
public-privé (PPP) pour étendre l’accès aux zones
rurales.
Entre 1997 et 2006, les pays à
faibles revenus qui ont mis en œuvre de profondes
réformes sectorielles, avec l’appui du Groupe de
la Banque mondiale, sont parvenus à générer quelque
16 milliards de dollars d’investissements. Un mécanisme
d’assistance en fonction des résultats, doté d’un
portefeuille de 20 millions de dollars US déployé
au Népal, au Nicaragua, au Nigéria et en Ouganda,
a permis de garantir l’accès aux TIC dans 3356 localités
isolées, soit à plus de 7,8 millions de bénéficiaires.
En outre, l’IFC, la branche du
Groupe de la Banque mondiale qui soutient le secteur
privé, a également octroyé des financements à hauteur
de 1,5 milliard de dollars et a mobilisé 330 millions
de dollars supplémentaires pour financer, à ce jour,
84 projets de développement des TIC dans 32 pays
à faibles revenus. Ces projets ont principalement
permis d’étendre les réseaux mobiles et de transmission
de données.
Matt Gyory :
Le service de messagerie SMS, et plus généralement
les technologies mobiles, constituent de plus en
plus un outil utile pour nombre d’activités dans
les pays en développement, tout particulièrement
en Afrique. Pourtant, le coût des services de messagerie
SMS, tel que celui lancé récemment en Ouganda par
Google, reste relativement élevé. Des efforts sont-ils
actuellement entrepris pour accroître l’infrastructure
mobile et la concurrence dans le secteur privé en
vue de faire baisser les prix de sorte qu’un nombre
croissant de consommateurs puissent bénéficier de
ces services ?
Christine Zhen-Wei Qiang :
Oui, il est vrai que le continent africain présente
toujours le taux de pénétration de la téléphonie
et d’Internet le plus faible (avec un taux d’environ
25 % et 5 % respectivement contre un taux
moyen de 70 % et 20 % à l’échelle mondiale)
ainsi que les tarifs les plus élevés (par ex. :
le tarif mensuel moyen pour un abonnement à Internet
y est de 40 dollars contre une moyenne mondiale
de 20 dollars). En raison des faibles revenus de
la région, ces coûts élevés constituent d’importants
handicaps qui freinent l’adoption des TIC.
La Banque mondiale a travaillé
en étroite collaboration avec une trentaine de pays
d’Afrique subsaharienne en vue de renforcer leurs
cadres réglementaires, de forger leurs capacités
réglementaires et d’apporter une solution aux problèmes
d’accès dans les zones rurales. Les réformes adoptées
depuis l’an 2000 ont déclenché une concurrence féroce
dans le secteur, tout particulièrement au sein du
marché de la téléphonie mobile. Cette situation
a généré une augmentation des investissements sans
précédent. Dans la région, le total des investissements
dans les télécommunications a atteint 20 milliards
de dollars entre les années 2000 et 2007. Sur le
marché mondial des téléphones portables, l’Afrique
constitue la région présentant la plus forte croissance,
le nombre d’abonnés étant passé de 2 millions en
l’an 2000 à plus de 150 millions en 2007.
Depuis 2005, les partenariats publics-privés au
service de la connectivité régionale sont reconnus
comme étant un moyen influent pour réduire les coûts
de la bande passante internationale et rendre l’Internet
à haut débit plus abordable. L’actuel projet de
câble sous-marin en Afrique de l’Est, baptisé EASSy
(Eastern Africa Submarine System) et bénéficiant
du soutien de l’IFC, ainsi que le Programme régional
d’infrastructures de communication de la Banque
mondiale (RCIP) constituent des exemples de partenariats.
Les projets EASSy et RCIP sont, à eux deux, à l’origine
d’une course effrénée pour la connectivité dans
l’est et le sud africain, avec des prix devant être
divisés par cinq ou plus. Actuellement, cette approche
est partiellement adoptée en Afrique centrale et
de l’Ouest. Une réduction des taxes et des frais
de résiliation constituent des alternatives permettant
également de faire baisser les prix. Tout effort
progressif entrepris pour abaisser les tarifs rendrait
ces services plus abordables et aurait, par conséquent,
d’importantes répercussions en termes d’accessibilité.
Pour en savoir plus, veuillez consulter le site
Internet de RCIP
(a).
John ALI :
Oui, il est absolument vrai que les TIC, et tout
particulièrement l’Internet à haut débit, transforment
la manière dont les entreprises opèrent. Mais ce
n’est pas le cas des pays en développement. Au Ghana,
mon pays d’origine, la vitesse de connexion d’Internet
pose de gros problèmes. J’aimerais savoir s’il existe
un programme concret au sein de la Banque mondiale
afin d’aider les pays en développement, tels que
le Ghana et les autres pays connaissant une situation
similaire.
Merci.
Christine Zhen-Wei Qiang:
Oui, il est vrai qu’il est actuellement très difficile
de disposer d’Internet à haut débit à un tarif abordable
dans la majorité des pays africains. L’absence de
connectivité dans certains endroits, que cela soit
aux niveaux international, régional, national et
rural, ne permet pas de récolter facilement les
bénéfices d’un secteur TIC pleinement opérationnel
et efficace. Ce problème d’infrastructure fait également
obstacle car la région ne peut tirer profit des
applications novatrices afin d’améliorer la prestation
des services tant dans les secteurs publics que
privés.
Comme je l’ai dit dans ma réponse
à Matt, la Banque mondiale a travaillé en étroite
collaboration avec une trentaine de pays d’Afrique
subsaharienne en vue d’améliorer la connectivité
aux TIC. Parallèlement, nous avons également lancé
des projets et des programmes afin de développer
des applications d’e-gouvernement ainsi qu’un secteur
tertiaire bénéficiant des atouts informatiques.
À titre d’exemple, le Ghana est un pays sur le point
de connaître des progrès considérables en matière
de connectivité Internet. La création de la National
Communications Backbone Company Limited, chargée
du développement d’un réseau national de fibres
optiques, ainsi que l’approbation du droit d’installation
de câbles à au moins deux entreprises, en vue de
concurrencer le système de câbles SAT-3, devraient
très prochainement garantir à la majorité des Ghanéens
un accès plus abordable et plus fiable à l’Internet
haut débit.
En 2006, la Banque mondiale a également
lancé un projet doté d’un portefeuille de 40 millions
de dollars US et baptisé e-Ghana.
L’objectif de ce programme est d’encourager la concurrence
au Ghana au sein des secteurs informatiques et des
services bénéficiant des atouts informatiques, dont
notamment l’externalisation des processus métier
(BPO). Ce programme vise également à améliorer la
prestation de services publics à l’aide de l’introduction
de l’e-gouvernement. Dans le cadre de ce projet,
un réseau de communication à haut débit est notamment
mis en service à l’échelle gouvernementale permettant
ainsi de connecter des ministères, des départements
et des agences clés. Ce projet vise également à
mettre en œuvre un portail commun pour les agences
stratégiques ainsi qu’à développer des applications
électroniques devant bénéficier aux premières agences
génératrices de revenus du pays.
Baloko Makala :
De quelle manière la Banque mondiale soutient-elle
la technologie SMS au sein des TIC de façon à favoriser
l'accès à ces plateformes mobiles à un prix abordable
tout en encourageant l'innovation et l'expansion
des services et, par la même, les opportunités économiques
aux populations ?
Comment la Banque mondiale envisage-t-elle
d'aider les pays, notamment ceux d'Afrique subsaharienne,
à développer leur capacité commerciale dans les
services liés aux TIC aux niveaux national et international ?
Quelles mesures concrètes sont adoptées en vue de
rendre l’Afrique subsaharienne davantage compétitive
dans ce secteur ?
Christine Zhen-Wei Qiang :
Le fait de disposer d'un environnement propice au
commerce peut favoriser le développement des TIC.
De même, les TIC peuvent encourager, rendre possible
et faciliter les échanges commerciaux. Le lien entre
le commerce et les TIC peut être analysé selon trois
perspectives : le commerce des TIC (par ex
: les appels téléphoniques internationaux), le commerce
de services au sein desquels la contribution des
TIC est essentielle (par ex : la sous-traitance
des saisies de données ou les services de programmation
informatique) et enfin, les TIC en tant que facilitateurs
d’autres types de commerce (par ex : un exploitant
agricole qui a recours à la messagerie SMS pour
consulter les prix à l'exportation). Ces trois perspectives
sont collectivement désignées sous les termes « commerce
des services liés aux TIC ».
En 2007, la Banque mondiale a mené
une série d’études ainsi que des projets de renforcement
des capacités dans le domaine du commerce des services
liés aux TIC dans des pays d’Afrique de l’Est et
du Sud. Le rapport intitulé « Le commerce des
services liés à l’information et aux communications :
Opportunités pour l’Afrique de l’Est et du Sud »
est disponible sur la page
des publications de notre site Internet. Selon
ces études, certains des éléments stratégiques nécessaires
au bon développement du commerce dans le secteur
des TIC (notion de « compétitivité TIC »)
sont insuffisants. Ces éléments correspondent notamment
à : une infrastructure réseau ; une politique
habilitante accompagnée d’un cadre légal et réglementaire ;
des programmes éducatifs et des formations requis
pour disposer d'une main d'œuvre dotée des compétences
informatiques nécessaires ; l’utilisation des
applications issues des TIC par le secteur privé
et le gouvernement ; et enfin, la sensibilisation
de la clientèle.
La Banque poursuit cette étude analytique par le
biais de projets au Ghana, au Kenya, au Nigéria
et au Rwanda afin de favoriser le commerce parmi
les entreprises offrant des services liés aux TIC,
et particulièrement dans le cas de l’externalisation
des processus métier (BPO). Ces projets apportent
notamment un soutien aux associations professionnelles,
le développement de parcs informatiques, des partenariats
avec l’industrie en vue de former une main d’œuvre
qualifiée ainsi qu’un soutien aux activités de promotion
à l’investissement. Davantage de pays sont
susceptibles de rejoindre cette liste, en fonction
de l'état de préparation des pays intéressés et
de l'efficacité de ces précédents programmes.
John Daly :
Comment détermineriez-vous quelles sont les approches
les plus rentables en matière d’utilisation des
TIC en vue de lutter contre la pauvreté ? Est-il
plus important de doter les citoyens d’un téléphone
portable que d’équiper le gouvernement avec du matériel
informatique? Et même question pour les applications
d'entreprise dans les domaines de la conception
et de la production ?
Christine Zhen-Wei Qiang :
Les politiques de planification et de mise en service
des TIC devraient être étroitement liées aux stratégies
de développement économique et de lutte contre la
pauvreté d’un pays. Il n’est jamais facile d’établir
des priorités, surtout lorsque des besoins pressants
se font souvent concurrence. Un modèle unique n’est
également pas en mesure de répondre à tous les besoins.
Ceci dit, nous souhaiterions encourager la tenue
d'une évaluation complète concernant des points
clés du secteur des TIC afin d'éviter la survenue
de projets ou programmes qui favorisent l'e-gouvernement
sans infrastructure adaptée en place, l’expansion
de l'Internet à haut débit sans développer d'applications
et de contenus, ou afin d’éviter les projets qui
développent le secteur de l'informatique sans disposer
d’une main d’œuvre qualifiée.
Kibinkiri Eric Len :
Chère Christine, vous avez tout à fait raison lorsque
vous dites que les TIC sont un vecteur de transformation,
tout particulièrement dans les pays en développement.
Que fait la Banque mondiale pour informer les populations
sur le potentiel que les TIC apportent en matière
de développement et de lutte contre la pauvreté
en Afrique, et particulièrement en Afrique subsaharienne
d’où je suis originaire ? Pour être plus spécifique,
quel type de formation dans le domaine des TIC la
Banque mondiale offre-t-elle aux jeunes, qui constituent
la majeure partie de la population active et qui
sont aussi les plus vulnérables, en Afrique subsaharienne ?
Christine Zhen-Wei Qiang :
La majorité des programmes dans le domaine des TIC
menés par la Banque mondiale dans une trentaine
de pays d’Afrique subsaharienne contiennent des
projets de renforcement des capacités ciblés pour
les secteurs publics et privés. Dans certains pays,
dont le Ghana et le Nigéria, nous collaborons avec
le gouvernement afin de développer des programmes
d’incubation visant à équiper les jeunes de compétences
entrepreneuriales, particulièrement dans les domaines
du développement des logiciels et d'autres applications
innovantes. Nous travaillons également aux côtés
de ce secteur professionnel afin d'élaborer des
programmes de formation qui répondent aux besoins
du marché. Ces formations sont axées sur le développement
des logiciels et l'externalisation des processus
métier.
Malak Oussidhoum :
Je suis convaincu que la connectivité aide à transformer
la vie des gens de multiples façons mais, à la lumière
de ce que j’ai vu à diverses reprises, je me demandais
si le niveau d'éducation et d’alphabétisme des personnes
impliquées dans le processus ne conditionnait pas
cet impact ?
Deuxièmement, quelles sont les conditions requises
pour qu’une hausse de 10 % du nombre de connexion
Internet à haut débit s’accompagne d’un surplus
de croissance économique de 1,3 % ?
Merci beaucoup.
Christine Zhen-Wei Qiang :
L’impact de l’accès à Internet à haut débit, et
plus généralement des TIC, sur la croissance économique
s’accompagne de répercussions sur les particuliers,
les entreprises, le gouvernement et les communautés.
Nous ne devrions pas oublier que ces agents économiques
requièrent toujours un certain temps avant d’être
en mesure de déterminer comment utiliser au mieux
les TIC disponibles. Dans la majorité des cas, les
particuliers, les entreprises et les communautés
doivent investir dans des « capitaux complémentaires »
(par ex : formation et compétences du personnel,
modifications organisationnelles ou même institutionnelles)
afin de tirer parti au maximum des TIC. Ces effets
peuvent être intensifiés par la flexibilité et la
volonté des utilisateurs de TIC pour transformer
leurs habitudes de travail, actualiser leurs compétences
et intégrer les technologies au sein d’activités
économiques.
Pour que cet énorme potentiel de
croissance devienne réalité, les gouvernements doivent
se rendre compte de cette opportunité et s'assurer
que les conditions propices (par ex : fourniture
d'une connectivité de haute capacité) sont en place
par le biais de réformes réglementaires et politiques
ainsi que des investissements stratégiques et des
partenariats publics-privés. Pour tirer parti des
avantages apportés par l’Internet, de nouveaux contenus,
services et applications doivent être développés.
MA :
Les bailleurs de fonds semblent faire preuve d’une
certaine lassitude dans le domaine des TIC, suite
à une série d'approches d'ICT4D peu judicieuses
(dumping technologique/ des télécentres, investissements
dans des infrastructures sans renforcement des capacités,
incapacité à reconnaître l’impact des cadres réglementaires,
manque de données analytiques pour simplifier l’utilisation
des TIC dans des domaines de développement spécifiques,
tels que l’eau, l’énergie, l’éducation, etc.). Pour
ceux d'entre nous qui travaillent dans le secteur,
cette analyse et ses conclusions sont extrêmement
encourageantes et le rapport constitue un outil
indispensable pour approfondir le débat concernant
ICT4D. Jusqu’à présent, quelles ont été les réactions
des pays donateurs et des pays bénéficiaires face
à ces conclusions ? Demandent-ils davantage
de projets similaires ? Si tel est le cas,
quels domaines les intéressent plus spécifiquement ?
Si vous aviez à le refaire, quels aspects de votre
analyse approfondiriez-vous ? Merci !
Christine Zhen-Wei Qiang :
De nombreux ministères et régulateurs chargés des
TIC ainsi que des organisations internationales
ont souhaité recevoir une copie de notre rapport.
La majorité d’entre eux s’intéresse aux conclusions
concernant le fort impact économique de l’Internet
à haut débit. Chaque hausse de 10 points de
pourcentage du taux de pénétration d’Internet à
haut débit s’accompagne d’un surplus de croissance
économique de 1,3 point de pourcentage. Certains
s’intéressent également à l’énorme potentiel de
la plateforme mobile/sans fil (par ex : prestation
de services publics et privés) ainsi qu’aux secteurs
informatiques ou liés à l’informatique (par ex :
création d’emplois, encouragement de l’exportation)
pour les pays en développement.
La publication du prochain rapport
IC4D est prévue pour 2011 ou 2012. Nous souhaiterions
approfondir notre étude dans les domaines suivants :
(a) politiques relatives à l’Internet à haut débit
et modèles de partenariats publics-privés durables,
ainsi que (b) les applications mobiles pour un développement
sectoriel (par ex : m-banking, éducation, santé,
agriculture/informations des marchés, réseautage
social, etc.), en termes de directives réglementaires
et opérationnelles impliquant le gouvernement, les
opérateurs télécom, les développeurs d’applications
ainsi que les usagers de la téléphonie mobile.
Lambert :
Les TIC ont-ils occasionné un impact positif net
pour les pays en développement ? Sans aucun doute,
ils leur ont été bénéfiques, mais pas autant que
dans les pays développés. Je ne sais pas si des
recherches ont été entreprises sur la question mais
il se peut que les TIC aient, en réalité, rendu
les pays en développement moins compétitifs sur
les marchés mondiaux. Sans conteste, les pays en
développement sont contraints de commencer à utiliser
également les TIC, tout comme d’autres innovations,
telles que l’électricité ou les vaccins, mais les
TIC parviendront-ils « à réduire le fossé » ?
Christine Zhen-Wei Qiang :
Selon une étude transnationale que nous avons menée
entre 1980 et 2006 auprès de 120 pays développés
et en développement, le surplus de croissance attribué
aux télécommunications au sein des pays en développement
était plus important que celui des économies développées
dans toutes les catégories de services de télécommunication
(voir les données statistiques ci-dessous). Ces
chiffres s’expliquent probablement par le fait que
les services de télécommunication aident à améliorer
le fonctionnement des marchés, à réduire les coûts
des transactions et à accroître la productivité
grâce à une meilleure gestion, à la fois dans les
secteurs publics et privés. Ces problèmes étaient
davantage prononcés dans les économies en développement
que dans les pays développés. Un meilleur accès
aux télécommunications permet aux pays en développement
de résoudre certains de ces problèmes, et par conséquent
ces derniers bénéficient davantage du potentiel
des TIC.
Cela ne veut pas dire que le risque de « clivage
numérique » soit inexistant. Tout particulièrement
à l’heure où nous commençons à délaisser les messageries
vocale ou SMS simples en faveur de services et d’applications
plus complexes, la capacité d’un pays à tirer parti
du potentiel des TIC est tributaire, comme je l’ai
indiqué dans ma réponse à Malak, de facteurs au
sein desquels les pays développés disposent d’avantages
relatifs. Mais les TIC offrent de nouvelles opportunités
ainsi que la possibilité de faire des pas de géant
à tous les niveaux. Donc, essayons de conjuguer
nos efforts afin d’optimiser le potentiel des TIC
en matière de développement, tout particulièrement
dans les pays à faibles revenus.
Graphique : Répercussions
des télécommunications sur la croissance (a)
Nous allons devoir en rester là pour aujourd’hui.
Merci beaucoup pour toutes vos questions intéressantes
et pour l’intérêt que vous portez au travail de
la Banque mondiale dans le domaine des TIC. Si vous
ne l’avez pas déjà fait, n’hésitez à vous rendre
sur le site
Internet d'IC4D (a).
Qu’il s’agisse d’Internet ou de
la téléphonie mobile, la connectivité favorise de
plus en plus l’accès aux informations sur les marchés
ainsi qu’aux services financiers et aux soins dans
les régions reculées. Elle contribue à changer la
vie des gens comme jamais.
Les nouvelles technologies de l’information et des
communications (TIC), et en particulier l’Internet
à haut débit, transforment la manière dont les entreprises
opèrent, modifiant par la même le mode de prestation
des services publics tout en démocratisant l’innovation.
Une hausse de 10 % du nombre de connexions
Internet à haut débit s’accompagne d’un surplus
de croissance économique de 1,3 %.
« La plateforme mobile apparaît
comme étant le moyen unique et le plus prometteur
d’élargir les opportunités économiques et d’étendre
l’accès à des services clés à des millions de personnes, »
a signalé Christine Zhen-Wei Qiang, économiste pour
la Banque mondiale et éditrice d’un nouveau rapport
du Groupe de la Banque mondiale consacré aux technologies
de l’information et au développement, et intitulé :
Information
et communications au service du développement :
Étendre leur rayon d’action et accroître leur impact
(pdf).
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