Le rapport State and Trends
of the Carbon Market Report 2009 (Rapport sur
l’état et les tendances du marché du carbone en
2009) de la Banque mondiale révèle que le marché
a doublé de taille pour atteindre 126 milliards
de dollars, comme nous l’avions souligné dans un
récent article sur la finance carbone intitulé Carbon
Finance Key Part of Future Climate Change Fight
(La finance carbone est un élément clé de la lutte
future contre le changement climatique).
Une nouvelle moins réjouissante
est que la valeur des transactions finançant de
véritables réductions d’émissions dans le cadre
de projets a diminué de 12 % pour se chiffrer à
environ 6,5 milliards de dollars en 2008.
La baisse est attribuable à un
ensemble complexe de facteurs liés à la difficulté
d’obtenir un financement pour les projets respectueux
de l’environnement en temps de crise financière,
aux délais réglementaires et à l’incertitude relative
à l’avenir du marché suite à un nouvel accord sur
le changement climatique qui devrait entrer en vigueur
en 2012.
« Il faut dès à présent et plus
que jamais trouver des solutions novatrices pour
financer la lutte contre le changement climatique
si nous voulons affronter ce qui constitue la plus
importante menace aux priorités de développement
des pays et communautés les plus pauvres », dit
Joëlle Chassard, directrice de l’unité de finance
carbone de la Banque mondiale.
Joëlle Chassard, responsable de
l’unité Finance Carbone de la Banque mondiale, a
répondu à vos questions sur l'état du marché du
carbone dans le monde.
En savoir plus sur Joëlle
Chassard (a)
Transcription
Daniel Chege Muoria :
Je suis du Kenya et j’estime qu’il est de la responsabilité
de tous de planter des arbres et de sauver notre
planète. Je me suis donné pour mission de planter
20 000 arbres. J’aimerais savoir comment m’inscrire
à un programme de crédit carbone et en faire bénéficier
ma communauté.
Joëlle Chassard :
Il existe actuellement deux façons d’obtenir des
crédits carbone :
a) le marché du carbone volontaire et
b) le Mécanisme de développement propre (MDP) du
Protocole de Kyoto.
Chacune de ces initiatives a établi ses propres
critères d’admissibilité et processus pour la mise
en œuvre des activités qui peuvent rapporter des
crédits carbone.
Pour plus d’informations, consultez leurs sites
web respectifs. Votre admissibilité dépendra, entre
autres, du type de terres sur lesquelles vous plantez
et de la taille de la plantation. Votre premier
interlocuteur devrait être le point focal sur le
changement climatique (MDP) du Kenya, au ministère
de l’Environnement et des Ressources naturelles.
Vous pourriez également vous adresser à des organisations,
telles que le Green Belt Movement, qui
sont actives au Kenya dans la mobilisation des communautés,
pour qu’elles plantent des arbres et obtiennent
des crédits carbone. L’équipe de la Banque mondiale
peut également vous aider en vous fournissant davantage
d’informations.
Consultez notre service
d’assistance (a)
Francois Tchuissi:
Bonjour madame Chassard,
Je suis un planteur de cacao camerounais en zone
forestière, je possède environ quatre vingt hectares
de forêt vierge. Inquiet des conséquences du changement
climatique je dois néanmoins prendre soin de ma
famille; or en zone forestière; l’exploitation du
bois, et le déboisement en vue de créer de nouvelles
plantations sont les seules alternatives rentables
à court terme.
Voici ma question:
Comment les habitants des zones forestières peuvent-ils
bénéficier directement des crédit carbone pour préserver
la forêts?
Je souligne le mot directement ou via un tiers de
confiance car la corruption est telle en Afrique
que si l’on confie cet argent aux administration
locales, il est certain qu’ils ne toucheront pas
l’intégralité de ce qui leur est du, mettant en
péril la possibilité de transformer les habitants
des zones forestière en “gardiens” des forêts qu’ils
occupent.
Merci de bien vouloir considérer ma question.
Joëlle Chassard:
Le Cameroun est un des pays participant au Fonds
de Partenariat pour le Carbone Forestier (FCPF)
de la Banque mondiale (Forest
Carbon Partnership Facility (a)),
dont le but est d’appuyer les pays dans la préparation
et mise en œuvre d’une stratégie nationale pour
la réduction des émissions dues à la déforestation
et la dégradation des forêts (REDD).
Le Cameroun a déjà signé son Accord de Participation
avec le FCPF et doit bientôt commencer à préparer
sa stratégie nationale. Dans cette stratégie, il
est possible que le pays adopte un mécanisme pour
compenser les propriétaires directement, mais ça
dépendra du pays. Vous pourriez obtenir plus d’information
auprès du Ministère de l’Environnement et de la
Protection de la Nature.
Une autre possibilité pour qu’un propriétaire puisse
accéder directement au marché de carbone, est celle
du marché volontaire pour lequel il faudrait préparer
un dossier de projet à présenter à des acheteurs
intéressés.
Tom Diwai Vigus :
La finance carbone reconnaîtra-t-elle bientôt le
fait que les produits du bois tels que les artéfacts,
les meubles, les éléments structurels des maisons,
etc. sont de véritables capteurs de carbone et qu’à
ce titre ils devraient être inclus dans les mécanismes
de transaction des crédits carbone ?
Joëlle Chassard :
Votre question est très intéressante, Tom.
Pour le moment, il n’y a aucune solution immédiate
en vue dans la Convention-cadre des Nations Unies
sur le changement climatique (CCNUCC).
Parmi les principaux obstacles, il y a la question
de l’attribution (Qui obtient les crédits carbone
? L’entité qui a planté les arbres ? La personne
qui achète la table ? Ou la personne qui utilise
la table ?).
Il y a également la question de la vérification
(comment vérifier que les produits du bois continuent
à séquestrer le carbone ?).
En termes de comptabilité, un plein débit est enregistré
lorsque le bois est récolté (il est tenu pour acquis
que tout le carbone contenu dans le bois est alors
émis) et aucun crédit ne peut être comptabilisé
pour la séquestration du carbone dans les produits.
Vijay Mathur :
J’aimerais savoir comment une usine de production
de vêtements en Inde peut participer à la finance
carbone. J’ai également besoin de la liste des experts
qui pourraient m’aider dans ce domaine. Les experts
peuvent me joindre à mon adresse électronique vj.aepc@gmail.com.
Joëlle Chassard :
J’ai bien peur qu’il n’y ait pas beaucoup de chances
qu’une usine de vêtements puisse bénéficier de la
finance carbone. En effet, la production de vêtements
ne demande pas une très forte consommation en énergie
et, par conséquent, le potentiel de réduction des
émissions au moyen d’améliorations de l’efficacité
énergétique est relativement limité.
De plus, il serait très difficile de justifier le
caractère complémentaire de ces améliorations, un
principe clé du Mécanisme de développement propre.
La source de production d’électricité qui alimente
l’usine présente davantage de potentiel. Il y a
encore beaucoup à faire au niveau de la production
d’électricité pour en réduire le contenu en carbone,
surtout en Inde. Nous espérons travailler plus étroitement
avec l’Inde dans ce domaine à l’avenir.
Musa Sidibey :
On dit que les pays en développement contribuent
moins aux émissions de carbone, mais qu’ils ont
tendance à souffrir davantage de leurs effets négatifs
sur le climat. Que fait votre unité pour atténuer
cette externalité négative à la suite du rapport
indiquant que le financement actuel des projets
axés sur les émissions est en baisse ? Quel impact
aura cette diminution du financement sur notre scénario
qui est déjà le plus défavorable ?
Joëlle Chassard :
Même s’il est vrai qu’il y a actuellement un ralentissement
des transactions dans le cadre de projets sur le
marché du carbone, la Banque mondiale continue d’accroître
son soutien aux projets de réduction d’émissions.
Mon unité (www.carbonfinance.org
(a)) gère les fonds
carbone qui achètent les réductions d’émissions
générées par des investissements dans bon nombre
de pays en développement. Nous avons en particulier
un vaste éventail d’activités en Afrique dans les
domaines de l’énergie, de la foresterie et de la
gestion des déchets. De plus, nous aidons les pays
à mettre au point des stratégies
de préservation des forêts (a).
Malgré la crise financière, nous
poursuivons ces activités et globalement la Banque
mondiale incite fortement à l’atténuation du changement
climatique dans le monde en développement. Si par
« externalité négative » vous faites référence à
l’impact du changement climatique sur les perspectives
de développement de votre pays, telle qu’une augmentation
des événements météorologiques extrêmes (inondations,
sécheresses prolongées, ouragans plus fréquents,
par exemple), la Banque mondiale accélère ses travaux
sur l’« adaptation », en commençant par de nombreuses
analyses sur ce qu’elle signifie et quels sont ses
coûts. La Banque travaille en collaboration avec
les pays individuels pour évaluer leurs besoins
en matière d’adaptation et trouver des solutions
pour répondre à leurs besoins. Ne manquez pas la
publication en octobre prochain d’un rapport de
la Banque mondiale sur l’économie de l’adaptation.
Otabor Isaac :
Comment les gouvernements des pays en développement
peuvent-ils inciter les entreprises à financer de
manière novatrice la lutte contre le changement
climatique, alors même que la plupart d’entre elles
sont gravement touchées par le ralentissement économique
mondial actuel ?
Merci.
Joëlle Chassard :
La beauté du Protocole de Kyoto est qu’il a mis
en place des mécanismes qui permettent aux entreprises
des pays industrialisés de soutenir les réductions
des émissions dans les pays en développement en
achetant des crédits carbone. Il s’agit d’une réelle
innovation dans le monde du développement puisque
les entreprises des pays industrialisés sont en
relation directe avec les projets des pays en développement
qui ont pour objectif spécifique de réduire les
émissions de gaz à effet de serre et qui permettent,
par la même occasion, un transfert de technologies.
À titre d’exemple, la Banque mondiale
a mis sur pied un certain nombre de fonds carbone
qui servent justement à cela (www.carbonfinance.org
(a)). Ces fonds ont
reçu de l’argent de diverses entreprises de l’Europe
et du Japon (consultez notre rapport annuel sur
notre site Web pour obtenir la liste de ces entreprises).
Avec cet argent, la Banque mondiale achète des crédits
carbone pour des investissements réalisés par les
initiateurs des projets dans des pays en développement.
Andrianjakarivelo Solofonirina:
Madagascar figure parmi les pays à haute biodiversité,
la Grande Ile participe-t-elle au marché du Carbone?
Combien en a-t-elle déjà gagné ?
Vos perspectives pour ce pays de l’Océan Indien.
Joëlle Chassard:
Bonjour de Washington!
Madagascar a plusieurs opérations carbone
en cours. Dans le secteur des forêts, par exemple,
le Ministère de l’ Environnement, Eaux et Forêts
est en train de mettre en œuvre un projet de reboisenement
avec des essences autochtones dans la région de
Moramanga, avec l’appui de Conservation International
(CI) et de la Banque mondiale (BM). Madagascar est
aussi un des premiers pays à mettre en œuvre des
projets REDD – Réduction des émissions liées à la
déforestation et dégradation des forêts, y compris
un projet assez avancé dans le Corridor Ankenihenzy-Zahamena,
avec CI et la BM et un autre project dans le Parc
de Makira, avec WCS. Ces projets sont en train de
commercialiser des crédits carbone sur le marché
volontaire, car les activités REDD ne sont pas éligibles
dans le Mécanisme de Développement Propre du Protocole
de Kyoto.
Mayumi :
Il me semble que le système actuel de financement
de carbone a très peu contribué à aider les pauvres
dans les pays en développement à adopter des sources
d’énergie de remplacement propres. Comment peut-on
lier de manière efficace la finance carbone et les
institutions de microfinancement afin de répondre
aux besoins en énergie propre des pauvres ?
Joëlle Chassard :
Je ne suis pas vraiment d’accord avec vous. Même
si le processus est lent et que nous en sommes encore
au début de l’atténuation du changement climatique,
notre expérience avec les fonds carbone tels que
le Fonds de développement communautaire pour le
carbone (www.carbonfinance.org
(a)) nous prouve qu’il
est possible d’atteindre les communautés locales
et les populations pauvres pour travailler avec
elles afin qu’elles aient accès à des énergies de
remplacement propres.
Nous travaillons, par exemple, avec la banque Grameen
au Bangladesh pour promouvoir l’utilisation de l’énergie
solaire par les ménages pauvres. Il y a encore beaucoup
à faire dans ce domaine, en travaillant de concert
avec les institutions de microfinancement.
Si vous travaillez dans le domaine de la microfinance,
n’hésitez pas à communiquer avec notre gestionnaire
de fonds. Notre service
d’assistance (a).
Robert Desbiens:
Bonjour Mme. Chassard
Je vous ai adressé hier une question concernant
le lien possible entre le CDM/MDP et le financement
en mode PPP pour ce qui est des investissements
en infrastructures, en transports urbains durables
(notamment en ce qui regarde les projets de corridors
réservés pour autobus). J’aimerais savoir si vous
pouvez y répondre. Merci et salutations
Joëlle Chassard:
Bonjour! Puisque vous semblez être québécois, laissez-moi
répondre en français. En effet, nous travaillons
sur le développement de methodologie s’appliquant
au transport urbain dans le cadre du Mécanisme de
développement propre.
P :
Bonjour, Joëlle. J’essaie de trouver des statistiques
tirées de travaux de recherches sur :
1) le nombre de fonds axés sur l’environnement par
rapport au nombre de fonds commerciaux pour le carbone/l’environnement.
2) la taille moyenne des investissements.
Je vous remercie à l’avance de votre aide.
Joëlle Chassard :
Bonjour,
Je n’ai pas la réponse à votre question sous la
main, mais je serai heureuse de la chercher pour
vous. Veuillez soumettre votre question à notre
spécialiste des communications, madame Isabel Hagbrink,
à l’adresse électronique ihagbrink@worldbank.org,
et elle donnera suite à votre demande.
Arif Paul :
Bonjour Joëlle,
Je suis développeur de projet et j’ai conçu un projet
MDP de transformation des déchets de la biomasse
en 15,5 MWh d’électricité en Inde. Les données relatives
à la faisabilité du projet sont prêtes et les avantages
sociaux, économiques et financiers sont démontrés.
Le projet éclairera 150 000 maisons, créera 45 emplois
dans la région et engendrera 635 000 crédits de
réduction d’émissions sur 10 ans.
Comment peut-on s’inscrire à l’un des deux fonds
carbone de la Banque mondiale ?
Cordialement,
Joëlle Chassard :
Bonjour. Votre projet semble intéressant.
Veuillez soumettre votre note d’idée de projet à
notre service
d’assistance (a).
Nous nous ferons un plaisir de l’examiner.
Ache Idachaba :
Bonjour. J’espère que vous pourrez m’éclairer quant
aux obstacles qui freinent la mise en œuvre des
projets MDP en Afrique. À l’heure actuelle, l’Afrique
ne représente que 2 % de tous les projets MDP enregistrés.
Pourquoi l’Afrique compte-t-elle un si petit nombre
de projets ? Et que peut-on faire pour augmenter
ce nombre et avoir plus de recours aux mécanismes
de finance carbone ? Par exemple, avec toutes les
activités d’exploration et de production en Afrique
subsaharienne, pourquoi n’y a-t-il pas plus de projets
de finance carbone pour réduire les émissions fugitives,
les opérations de torchage, etc. ? Il en va de même
dans les secteurs miniers et énergétiques. Toute
réponse à ce sujet sera grandement appréciée.
Joëlle Chassard :
Bonjour ou bonsoir si vous nous écrivez d’Afrique…
Permettez-moi d’essayer de répondre à vos questions
très intéressantes. L’Afrique a peu d’émissions
de carbone, c’est un fait, et il n’est donc pas
surprenant qu’on y trouve moins de projets MDP que
dans d’autres parties du monde. Il s’agit également
d’une région où le secteur privé, qui est à l’origine
de la plupart des initiatives MDP ailleurs, est
moins proactif. Le Mécanisme de développement propre
nécessite des investissements initiaux considérables
dans le domaine du renforcement des capacités et
de la formation, tant du côté de l’investisseur
que du gouvernement du pays concerné. Il faut du
temps pour comprendre le mode de fonctionnement
et les avantages de ce mécanisme. Nous aidons les
pays à combler leur retard.
À notre avis, le continent africain est hautement
prioritaire et, par le biais de nos fonds carbone,
nous participons actuellement à bon nombre de projets
(près de 17 % de tous nos projets l’an dernier étaient
en Afrique). Plusieurs de ces projets portent justement
sur les secteurs que vous avez mentionnés. Toutefois,
nous sommes bien conscients qu’il reste encore beaucoup
à faire et nous étudions actuellement la manière
d’intensifier nos activités dans ces secteurs clés.
Charles :
Comment puis-je contribuer financièrement à ce programme
?
Joëlle Chassard :
Charles, nous sommes toujours à la recherche de
financement. Plusieurs de nos fonds pourraient vous
intéresser.
Pourquoi ne pas appelez Isabel Hagbrink
pour en discuter ? Son numéro de téléphone est le
1 202 458 0422. Elle attend votre appel.
C'était la dernière question à laquelle j’avais
le temps de répondre aujourd’hui. Merci de votre
intérêt. N’hésitez pas à communiquer avec nous par
l’intermédiaire de notre service
d’assistance (a)
ou en écrivant à notre spécialiste en communications,
madame Isabel Hagbrink, à l’adresse
ihagbrink@worldbank.org.
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