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Discussion en direct avec Christine Cornelius sur l'Ouganda - 3 septembre 2008
Alors qu’une grande partie de l’Afrique est confrontée à une hausse des prix et à une pénurie alimentaire, l’Ouganda parvient à améliorer sa productivité agricole. Ce pays possède certes des terres cultivables et les précipitations y sont suffisantes. Mais il doit également sa réussite à une stratégie qui sensibilise les agriculteurs aux technologies agricoles et les met en rapport avec les marchés. Cela lui a permis d’augmenter sa production de 27%.

La Banque mondiale ainsi que plusieurs autres donateurs se sont regroupés pour apporter leur soutien financier et technique au Projet national de services de conseils à l’agriculture.

Merci à tous d’avoir participé à cette discussion. Cliquez ici pour obtenir plus d’informations sur le projet.

En savoir plus sur Christine Cornelius (a).

Transcription

Emezat Menegesha : Les fermiers concernés sont-ils de petits ou seulement de gros exploitants ? Quel est l’impact du projet auprès des femmes, sachant que selon les statistiques, elles constituent la majorité des petits exploitants ?

Christine Cornelius : Le projet concerne les petits exploitants. Ils se regroupent pour demander ensuite une aide par l’intermédiaire des forums organisés au niveau des sous-districts. Il s’agit principalement de femmes. On constate d’ailleurs que les fermières obtiennent des revenus et une productivité supérieure dans les sous-districts où le projet a été mis en place.


Cheikh Drame : Quelles sont les stratégies adoptées pour faire passer ces fermiers d’une agriculture de subsistance à une agriculture dont les produits soient commercialisables et source de profit ?

Qui forme les fermiers aux techniques de l’agriculture moderne ?

Quelles mesures les autres pays africains (possédant des terres arables et des précipitations suffisantes) doivent-ils adopter pour développer leur agriculture ?

Merci

Christine Cornelius : Le projet a pour objectif de transformer l’agriculture vivrière en une agriculture commerciale. Plusieurs moyens sont mis en œuvre. Il s’agit premièrement d’encourager les fermiers, en les conseillant, à cultiver des produits pour lesquels il existe une demande sur le marché. Il faut deuxièmement les mettre en contact avec les marchés, en coordonnant l’offre et la demande. Le projet a par exemple aidé les fermiers à se regrouper afin de vendre du riz, de la vanille, du sorgho, des arachides, des fruits tempérés, etc. Les fermiers choisissent les trois produits qu’ils veulent cultiver, et les conseillers, recrutés selon une procédure d’appel d’offres, leur fournissent un soutien adapté. Les groupes reçoivent aussi initialement un soutien matériel. Selon moi, pour réussir, les fermiers africains ont besoin d’informations mais aussi d’équipements et de contacts avec les marchés.


Carlos Vicente : Il est souvent arrivé que des projets donnent des résultats décevants, à cause de la corruption politique. Comment avez-vous réussi à éviter au maximum le clientélisme dans le cadre de ce projet ?

Christine Cornelius : Comme toute action d’aide au développement, ce projet n’échappe pas aux interférences politiques. À mon avis, le meilleur moyen de s’assurer qu’il profite bien aux fermiers, c’est de laisser ceux-ci décider du type de soutien apporté et de choisir qui participe. Nous veillons aussi à ce que les fermiers décident si le contrat d’un conseiller sera renouvelé ou non. Si le conseiller ne fournit pas le soutien attendu, il est renvoyé.


DR.A.SARVALINGAM : L’adoption de technologies sophistiquées, telles que l’utilisation d’engrais minéraux pour augmenter la productivité, peut provoquer une détérioration du sol. Dans ce contexte, quel type de projet prévoit-on pour préserver l’état du sol dans ce pays pauvre ?

Christine Cornelius : C’est une question intéressante, qui s’est effectivement posée en Ouganda, où de nombreuses régions disposent d’un sol pauvre. Le projet vise en partie à promouvoir l’adoption de nouvelles technologies, dont l’efficacité à long terme consiste en une bonne gestion des sols et de l’eau. Le soutien apporté à la production de riz de montagne, par exemple, a permis de multiplier par quatre cette production sur les deux dernières années. La gestion du sol joue un rôle dans cette réussite. On a adopté une approche système de l’exploitation agricole, axée en outre sur les besoins spécifiques des fermiers et du marché.


Tobias Haahr Lorenzen : Comment la Banque mondiale soutient-elle le projet agricole en Ouganda ?
Quelles sommes y sont consacrées, approximativement ?

Christine Cornelius : Ce projet est financé par le gouvernement ougandais et six partenaires de l’aide au développement, dont la Banque. Les financements accordés jusqu’à présent, sur une période de 8 ans, s’élèvent à 100 millions de dollars, dont 50 millions alloués par la Banque mondiale. Le projet, qui a démarré moins vite que prévu, a été prolongé d’un an et cette phase de soutien s’achèvera fin juin 2009.


Vinita Krishna : Quelle est la technologie agricole qui a le plus contribué à augmenter la productivité des fermiers ougandais ?

Les risques inhérents à cette technologie ont-ils été bien évalués ?
Si oui, la formule est-elle applicable à d’autres pays en développement ?

Christine Cornelius : Au cours du projet, on a utilisé de nombreuses technologies qui ont permis d’augmenter la production agricole. On a notamment encouragé la culture de la vanille, du riz de montagne, des mangues, des oranges, de fruits tempérés comme les pommes et les poires dans les régions montagneuses, sans oublier des cultures plus traditionnelles comme l’arachide, le sorgo et la banane. On a également augmenté la productivité de l’élevage en introduisant de nouvelles espèces de chèvres et de poulets. Les fermiers ont bénéficié de conseils, mais aussi initialement d’un soutien matériel. Chaque sous-district a choisi de se spécialiser dans trois activités par an, le type d’activité étant déterminé en fonction du marché mais aussi de considérations entre autres agronomiques.


PIUS OSEI YEBOAH : Quels projets la Banque mondiale va-t-elle mettre en œuvre au Bostwana en 2009 ?

Christine Cornelius : Concernant les activités de la Banque mondiale au Botswana, vous pouvez consulter ce site web.


Ricardo Gomez : Ce projet concerne-t-il uniquement la « production alimentaire » ou bien s’inscrit-t-il dans une stratégie attentive à la « sécurité alimentaire » ? Si c’est le cas, pourriez-vous développer ce point ? Prend-il notamment en compte les enfants, c’est-à-dire la partie la plus vulnérable de la population ?

Christine Cornelius : Le projet vise à augmenter la production et les revenus agricoles des fermiers qui y participent en les formant et en leur apportant une aide matérielle. L’objectif est de transformer une agriculture vivrière en agriculture commerciale, d’où nos efforts pour créer des liens avec le marché en coordonnant la production et la vente. Ce soutien bénéficie tant aux cultures existantes que nouvelles ; celle de la vanille par exemple a été introduite en Ouganda à une période où Madagascar, du fait de mauvaises conditions climatiques, ne pouvait répondre à la demande du marché. L’Ouganda est aujourd’hui le quatrième producteur mondial de vanille. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un projet consacré à la sécurité alimentaire, mais d’aider les fermiers à produire assez pour suffire à leurs besoins personnels, vendre une partie de leurs récoltes et obtenir un surplus leur permettant de nourrir leur famille.


Riva : Pourquoi soulignez-vous que ce projet bénéficie du soutien de la Banque mondiale ainsi que d’autres donateurs ? Dans le cadre des autres projets, ne s’agit-il pas aussi d’une coopération entre les donateurs ?

Christine Cornelius : Oui, ce projet est soutenu par la Banque et six autres donateurs ; en Ouganda, c’est le seul programme national qui propose des services de conseils agricoles.


Alberto Huitron Gomez : En quoi se distingue-t-il des programmes précédemment mis en œuvre sur le continent africain ?

Christine Cornelius : C’est une bonne question. Ce projet se démarque vraiment des projets traditionnels visant à développer la productivité agricole en Afrique. Premièrement, il réunit des partenaires du développement sur la base d’une mise en commun des financements. Cela signifie que le gouvernement rédige un seul rapport d’étape, un seul rapport d’audit, etc. Deuxièmement, il s’agit d’une assistance financée par des capitaux publics, mais fournie par l’intermédiaire du secteur privé. C’est-à-dire qu’au niveau des sous-districts, les groupes de fermiers engagent les conseillers en fonction de leurs besoins. Troisièmement, il soutient la chaîne de valeur allant du fermier à l’acheteur/ au fabricant en reliant les fermiers aux entreprises désireuses d’acheter leurs produits.


Sonia Sanchez-Quintela : Quel est le meilleur moyen de familiariser les fermiers avec les technologies agricoles et les marchés ? Qui doit essentiellement jouer ce rôle de médiateur ? Le Mozambique développe actuellement sa propre stratégie agricole ; outre le fait qu’il s’agit d’une approche bipartite, le rôle du secteur public demeure difficile à déterminer.

Christine Cornelius : Voilà encore une bonne question. Dans le cas présent, le soutien accordé par le gouvernement joue un rôle très spécifique ; le programme facilite les liens avec le marché de plusieurs façons. Premièrement, il guide les sous-districts dans le choix de trois spécialités en leur fournissant des informations sur le marché et des notions d’agronomie. Deuxièmement, il recherche les acheteurs/entreprises présents dans la région et susceptibles de nouer une relation commerciale avec les fermiers. Il n’a pas toujours été facile de définir où s’arrête l’intervention du gouvernement et où commence celle des acteurs commerciaux. Nous avons défini les lignes directrices de manière à mettre l’accent sur la production et l’agro-alimentaire. Les fermiers peuvent ainsi vendre leur produits et à partir de là, nous incitons les entreprises à établir des contrats avec les fermiers sans passer par le gouvernement/le projet. Dans certains cas, nous avons incité les entreprises commerciales à fournir des services de conseils ainsi que du matériel, ce qui a donné des résultats encourageants.


Mathias HOUNKPE : Bonjour Mme Cornelius, je m’appelle Mathias HOUNKPE. Je travaille dans une cellule d’analyse politique en relation avec l’Assemblée nationale du Bénin. J’aimerais avoir quelques précisions sur l’approche adoptée par l’Ouganda en matière d’agriculture.

Christine Cornelius : Je vous conseille de visiter le site consacré à ce projet pour en savoir plus sur ce thème. Voici le lien : http://www.naads.or.ug/


Alfred Kabuchu : Les fermiers reçoivent-ils un soutien financier leur permettant d’acquérir le matériel nécessaire (équipement agricole et engrais par exemple) ?

Aident-on les fermiers à accéder aux marchés de manière à vendre leurs produits à des prix plus intéressants ?

Le projet encourage-t-il la création de valeur ajoutée sur ces produits, afin de donner plus de poids financier à ces fermiers ?

Quand le projet parviendra-t-il à s’autofinancer ? D’ailleurs, la question se pose-t-elle, ou s’agit-il d’un projet qui aura toujours besoin du financement des donateurs et prendra fin lorsque les fonds se tariront ?

Christine Cornelius : Outre des conseils, le projet fournit initialement aux associations de fermiers du matériel – des graines, de l’engrais, ou bien des poulets ou des chèvres, pour les activités d’élevage. Nous les incitons et les aidons à créer des fonds renouvelables, afin qu’ils puissent continuer les saisons suivantes, et à long terme devenir de bons clients pour les organisations et les banques de microfinance.

La mise en contact avec les marchés constitue un aspect essentiel du projet, comme je l’ai expliqué précédemment. Son aide se borne à la valeur primaire, afin de permettre aux fermiers de vendre leurs produits. Les investissements plus importants sont soutenus par la microfinance.

Ce projet, organisé sous l’égide du gouvernement ougandais, a une durée prévue de 25 ans. Y participent des fermiers ainsi que des institutions locales et nationales. Il vise à faire sortir les fermiers de la pauvreté afin qu’ils puissent développer durablement leur production. Le rôle du gouvernement et des partenaires de l’aide au développement est de les aider en introduisant des technologies plus performantes et de les familiariser avec les marchés. Cela leur permet d’être en phase avec leur époque et avec les effets de la mondialisation. Par exemple, la crise des prix de l’alimentation offre aux fermiers africains la possibilité d’augmenter leur production alimentaire pour satisfaire ces nouvelles demandes. En outre, du fait du changement climatique, des pays comme l’Ouganda, dotés de précipitations et de ressources en eau suffisantes, peuvent faire profiter de leur production des pays plus démunis.


Hope Kabuchu : Le projet vise à transformer et moderniser l’agriculture par le biais des petites exploitations, qui emploient essentiellement des techniques paysannes traditionnelles, avec une utilisation prédominante de la « houe ». Tant que la Banque mondiale financera le projet sans fournir d’équipements et favoriser la mécanisation, il s’agira toujours d’une aide « au compte-gouttes ». L’agriculture ne se développera que lentement, sans profit économique pour les fermiers et le pays, avec pour conséquence un fort endettement national dans les années à venir. Qu’en pensez-vous ?

Christine Cornelius : Hope, c’est une bonne question. La terre est rare en Ouganda et doit être exploitée au maximum. Cela implique la culture de nouveaux terrains, ainsi que le développement des produits de l’élevage et de faire en sorte que la terre reste fertile. La mécanisation est un élément de solution, mais on a commis beaucoup d’erreurs, dues au manque de pouvoir des fermiers et à des interférences politiques. Le projet a introduit cette année l’utilisation d’un motoculteur, une charrue améliorée venue d’Asie, permettant aux petits exploitants d’augmenter les surfaces exploitables.


Suresh Babu : Pourriez-vous développer la question du secteur privé ? Peut-on imaginer l’adoption d’une stratégie semblable en Asie ? Que se passera-t-il si la Banque mondiale n’accorde pas de prêts pour la prochaine phase du projet ?

Christine Cornelius : Le service de conseils bénéficie de financements publics, mais il est dispensé par le secteur privé. Les fermiers se regroupent pour déterminer le type de services dont ils ont besoin, guidés par des informations relatives à l’agronomie et aux marchés. Cette approche s’inspire d’une stratégie adoptée en Amérique latine ; je ne vois pas pourquoi elle ne serait pas applicable en Asie.

Les fermiers, les institutions locales, le gouvernement national et les partenaires de l’aide au développement apportent tous une contribution financière. L’idée est d’accroître autant que possible la part des fermiers et du gouvernement local sur 25 ans. En outre, les fermiers qui réussissent et obtiennent des résultats commerciaux connaîtront une promotion. Le programme bénéficie depuis cette année d’une couverture nationale et le soutien à ce projet d’envergure devrait entrer dans une deuxième phase en juillet 2009.

 

 

(a) indique une page en anglais.

 
 

 

 

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