| Alors
qu’une grande partie de l’Afrique est
confrontée à une hausse des prix et
à une pénurie alimentaire, l’Ouganda
parvient à améliorer sa productivité
agricole. Ce pays possède certes des terres
cultivables et les précipitations y sont suffisantes.
Mais il doit également sa réussite à
une stratégie qui sensibilise les agriculteurs
aux technologies agricoles et les met en rapport avec
les marchés. Cela lui a permis d’augmenter
sa production de 27%.
La Banque mondiale ainsi que plusieurs
autres donateurs se sont regroupés pour apporter
leur soutien financier et technique au Projet
national de services de conseils à l’agriculture.
Merci à tous d’avoir
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sur le projet.
En
savoir plus sur Christine Cornelius (a).
Transcription
Emezat Menegesha :
Les fermiers concernés sont-ils de petits
ou seulement de gros exploitants ? Quel est l’impact
du projet auprès des femmes, sachant que
selon les statistiques, elles constituent la majorité
des petits exploitants ?
Christine Cornelius
: Le projet concerne les petits exploitants.
Ils se regroupent pour demander ensuite une aide
par l’intermédiaire des forums organisés
au niveau des sous-districts. Il s’agit principalement
de femmes. On constate d’ailleurs que les
fermières obtiennent des revenus et une productivité
supérieure dans les sous-districts où
le projet a été mis en place.
Cheikh Drame :
Quelles sont les stratégies adoptées
pour faire passer ces fermiers d’une agriculture
de subsistance à une agriculture dont les
produits soient commercialisables et source de profit
?
Qui forme les fermiers aux techniques
de l’agriculture moderne ?
Quelles mesures les autres pays
africains (possédant des terres arables et
des précipitations suffisantes) doivent-ils
adopter pour développer leur agriculture
?
Merci
Christine Cornelius :
Le projet a pour objectif de transformer l’agriculture
vivrière en une agriculture commerciale.
Plusieurs moyens sont mis en œuvre. Il s’agit
premièrement d’encourager les fermiers,
en les conseillant, à cultiver des produits
pour lesquels il existe une demande sur le marché.
Il faut deuxièmement les mettre en contact
avec les marchés, en coordonnant l’offre
et la demande. Le projet a par exemple aidé
les fermiers à se regrouper afin de vendre
du riz, de la vanille, du sorgho, des arachides,
des fruits tempérés, etc. Les fermiers
choisissent les trois produits qu’ils veulent
cultiver, et les conseillers, recrutés selon
une procédure d’appel d’offres,
leur fournissent un soutien adapté. Les groupes
reçoivent aussi initialement un soutien matériel.
Selon moi, pour réussir, les fermiers africains
ont besoin d’informations mais aussi d’équipements
et de contacts avec les marchés.
Carlos Vicente :
Il est souvent arrivé que des projets donnent
des résultats décevants, à
cause de la corruption politique. Comment avez-vous
réussi à éviter au maximum
le clientélisme dans le cadre de ce projet
?
Christine Cornelius :
Comme toute action d’aide au développement,
ce projet n’échappe pas aux interférences
politiques. À mon avis, le meilleur moyen
de s’assurer qu’il profite bien aux
fermiers, c’est de laisser ceux-ci décider
du type de soutien apporté et de choisir
qui participe. Nous veillons aussi à ce que
les fermiers décident si le contrat d’un
conseiller sera renouvelé ou non. Si le conseiller
ne fournit pas le soutien attendu, il est renvoyé.
DR.A.SARVALINGAM : L’adoption
de technologies sophistiquées, telles que
l’utilisation d’engrais minéraux
pour augmenter la productivité, peut provoquer
une détérioration du sol. Dans ce
contexte, quel type de projet prévoit-on
pour préserver l’état du sol
dans ce pays pauvre ?
Christine Cornelius :
C’est une question intéressante, qui
s’est effectivement posée en Ouganda,
où de nombreuses régions disposent
d’un sol pauvre. Le projet vise en partie
à promouvoir l’adoption de nouvelles
technologies, dont l’efficacité à
long terme consiste en une bonne gestion des sols
et de l’eau. Le soutien apporté à
la production de riz de montagne, par exemple, a
permis de multiplier par quatre cette production
sur les deux dernières années. La
gestion du sol joue un rôle dans cette réussite.
On a adopté une approche système de
l’exploitation agricole, axée en outre
sur les besoins spécifiques des fermiers
et du marché.
Tobias Haahr Lorenzen :
Comment la Banque mondiale soutient-elle le projet
agricole en Ouganda ?
Quelles sommes y sont consacrées, approximativement
?
Christine Cornelius :
Ce projet est financé par le gouvernement
ougandais et six partenaires de l’aide au
développement, dont la Banque. Les financements
accordés jusqu’à présent,
sur une période de 8 ans, s’élèvent
à 100 millions de dollars, dont 50 millions
alloués par la Banque mondiale. Le projet,
qui a démarré moins vite que prévu,
a été prolongé d’un an
et cette phase de soutien s’achèvera
fin juin 2009.
Vinita Krishna : Quelle
est la technologie agricole qui a le plus contribué
à augmenter la productivité des fermiers
ougandais ?
Les risques inhérents à
cette technologie ont-ils été bien
évalués ?
Si oui, la formule est-elle applicable à
d’autres pays en développement ?
Christine Cornelius :
Au cours du projet, on a utilisé
de nombreuses technologies qui ont permis d’augmenter
la production agricole. On a notamment encouragé
la culture de la vanille, du riz de montagne, des
mangues, des oranges, de fruits tempérés
comme les pommes et les poires dans les régions
montagneuses, sans oublier des cultures plus traditionnelles
comme l’arachide, le sorgo et la banane. On
a également augmenté la productivité
de l’élevage en introduisant de nouvelles
espèces de chèvres et de poulets.
Les fermiers ont bénéficié
de conseils, mais aussi initialement d’un
soutien matériel. Chaque sous-district a
choisi de se spécialiser dans trois activités
par an, le type d’activité étant
déterminé en fonction du marché
mais aussi de considérations entre autres
agronomiques.
PIUS OSEI YEBOAH : Quels
projets la Banque mondiale va-t-elle mettre en œuvre
au Bostwana en 2009 ?
Christine Cornelius :
Concernant les activités de la Banque mondiale
au Botswana, vous pouvez consulter ce
site web.
Ricardo Gomez : Ce
projet concerne-t-il uniquement la « production
alimentaire » ou bien s’inscrit-t-il
dans une stratégie attentive à la
« sécurité alimentaire »
? Si c’est le cas, pourriez-vous développer
ce point ? Prend-il notamment en compte les enfants,
c’est-à-dire la partie la plus vulnérable
de la population ?
Christine Cornelius :
Le projet vise à augmenter la production
et les revenus agricoles des fermiers qui y participent
en les formant et en leur apportant une aide matérielle.
L’objectif est de transformer une agriculture
vivrière en agriculture commerciale, d’où
nos efforts pour créer des liens avec le
marché en coordonnant la production et la
vente. Ce soutien bénéficie tant aux
cultures existantes que nouvelles ; celle de la
vanille par exemple a été introduite
en Ouganda à une période où
Madagascar, du fait de mauvaises conditions climatiques,
ne pouvait répondre à la demande du
marché. L’Ouganda est aujourd’hui
le quatrième producteur mondial de vanille.
Il ne s’agit pas à proprement parler
d’un projet consacré à la sécurité
alimentaire, mais d’aider les fermiers à
produire assez pour suffire à leurs besoins
personnels, vendre une partie de leurs récoltes
et obtenir un surplus leur permettant de nourrir
leur famille.
Riva : Pourquoi
soulignez-vous que ce projet bénéficie
du soutien de la Banque mondiale ainsi que d’autres
donateurs ? Dans le cadre des autres projets, ne
s’agit-il pas aussi d’une coopération
entre les donateurs ?
Christine Cornelius : Oui,
ce projet est soutenu par la Banque et six autres
donateurs ; en Ouganda, c’est le seul programme
national qui propose des services de conseils agricoles.
Alberto Huitron Gomez :
En quoi se distingue-t-il des programmes
précédemment mis en œuvre sur
le continent africain ?
Christine Cornelius :
C’est une bonne question. Ce projet se démarque
vraiment des projets traditionnels visant à
développer la productivité agricole
en Afrique. Premièrement, il réunit
des partenaires du développement sur la base
d’une mise en commun des financements. Cela
signifie que le gouvernement rédige un seul
rapport d’étape, un seul rapport d’audit,
etc. Deuxièmement, il s’agit d’une
assistance financée par des capitaux publics,
mais fournie par l’intermédiaire du
secteur privé. C’est-à-dire
qu’au niveau des sous-districts, les groupes
de fermiers engagent les conseillers en fonction
de leurs besoins. Troisièmement, il soutient
la chaîne de valeur allant du fermier à
l’acheteur/ au fabricant en reliant les fermiers
aux entreprises désireuses d’acheter
leurs produits.
Sonia Sanchez-Quintela
: Quel est le meilleur moyen de familiariser
les fermiers avec les technologies agricoles et
les marchés ? Qui doit essentiellement jouer
ce rôle de médiateur ? Le Mozambique
développe actuellement sa propre stratégie
agricole ; outre le fait qu’il s’agit
d’une approche bipartite, le rôle du
secteur public demeure difficile à déterminer.
Christine Cornelius :
Voilà encore une bonne question. Dans le
cas présent, le soutien accordé par
le gouvernement joue un rôle très spécifique
; le programme facilite les liens avec le marché
de plusieurs façons. Premièrement,
il guide les sous-districts dans le choix de trois
spécialités en leur fournissant des
informations sur le marché et des notions
d’agronomie. Deuxièmement, il recherche
les acheteurs/entreprises présents dans la
région et susceptibles de nouer une relation
commerciale avec les fermiers. Il n’a pas
toujours été facile de définir
où s’arrête l’intervention
du gouvernement et où commence celle des
acteurs commerciaux. Nous avons défini les
lignes directrices de manière à mettre
l’accent sur la production et l’agro-alimentaire.
Les fermiers peuvent ainsi vendre leur produits
et à partir de là, nous incitons les
entreprises à établir des contrats
avec les fermiers sans passer par le gouvernement/le
projet. Dans certains cas, nous avons incité
les entreprises commerciales à fournir des
services de conseils ainsi que du matériel,
ce qui a donné des résultats encourageants.
Mathias HOUNKPE :
Bonjour Mme Cornelius, je m’appelle Mathias
HOUNKPE. Je travaille dans une cellule d’analyse
politique en relation avec l’Assemblée
nationale du Bénin. J’aimerais avoir
quelques précisions sur l’approche
adoptée par l’Ouganda en matière
d’agriculture.
Christine Cornelius :
Je vous conseille de visiter le site consacré
à ce projet pour en savoir plus sur ce thème.
Voici le lien : http://www.naads.or.ug/
Alfred Kabuchu : Les
fermiers reçoivent-ils un soutien financier
leur permettant d’acquérir le matériel
nécessaire (équipement agricole et
engrais par exemple) ?
Aident-on les fermiers à
accéder aux marchés de manière
à vendre leurs produits à des prix
plus intéressants ?
Le projet encourage-t-il la création
de valeur ajoutée sur ces produits, afin
de donner plus de poids financier à ces fermiers
?
Quand le projet parviendra-t-il
à s’autofinancer ? D’ailleurs,
la question se pose-t-elle, ou s’agit-il d’un
projet qui aura toujours besoin du financement des
donateurs et prendra fin lorsque les fonds se tariront
?
Christine Cornelius :
Outre des conseils, le projet fournit initialement
aux associations de fermiers du matériel
– des graines, de l’engrais, ou bien
des poulets ou des chèvres, pour les activités
d’élevage. Nous les incitons et les
aidons à créer des fonds renouvelables,
afin qu’ils puissent continuer les saisons
suivantes, et à long terme devenir de bons
clients pour les organisations et les banques de
microfinance.
La mise en contact avec les marchés
constitue un aspect essentiel du projet, comme je
l’ai expliqué précédemment.
Son aide se borne à la valeur primaire, afin
de permettre aux fermiers de vendre leurs produits.
Les investissements plus importants sont soutenus
par la microfinance.
Ce projet, organisé sous
l’égide du gouvernement ougandais,
a une durée prévue de 25 ans. Y participent
des fermiers ainsi que des institutions locales
et nationales. Il vise à faire sortir les
fermiers de la pauvreté afin qu’ils
puissent développer durablement leur production.
Le rôle du gouvernement et des partenaires
de l’aide au développement est de les
aider en introduisant des technologies plus performantes
et de les familiariser avec les marchés.
Cela leur permet d’être en phase avec
leur époque et avec les effets de la mondialisation.
Par exemple, la crise des prix de l’alimentation
offre aux fermiers africains la possibilité
d’augmenter leur production alimentaire pour
satisfaire ces nouvelles demandes. En outre, du
fait du changement climatique, des pays comme l’Ouganda,
dotés de précipitations et de ressources
en eau suffisantes, peuvent faire profiter de leur
production des pays plus démunis.
Hope Kabuchu : Le
projet vise à transformer et moderniser l’agriculture
par le biais des petites exploitations, qui emploient
essentiellement des techniques paysannes traditionnelles,
avec une utilisation prédominante de la «
houe ». Tant que la Banque mondiale financera
le projet sans fournir d’équipements
et favoriser la mécanisation, il s’agira
toujours d’une aide « au compte-gouttes
». L’agriculture ne se développera
que lentement, sans profit économique pour
les fermiers et le pays, avec pour conséquence
un fort endettement national dans les années
à venir. Qu’en pensez-vous ?
Christine Cornelius :
Hope, c’est une bonne question. La terre est
rare en Ouganda et doit être exploitée
au maximum. Cela implique la culture de nouveaux
terrains, ainsi que le développement des
produits de l’élevage et de faire en
sorte que la terre reste fertile. La mécanisation
est un élément de solution, mais on
a commis beaucoup d’erreurs, dues au manque
de pouvoir des fermiers et à des interférences
politiques. Le projet a introduit cette année
l’utilisation d’un motoculteur, une
charrue améliorée venue d’Asie,
permettant aux petits exploitants d’augmenter
les surfaces exploitables.
Suresh Babu : Pourriez-vous
développer la question du secteur privé
? Peut-on imaginer l’adoption d’une
stratégie semblable en Asie ? Que se passera-t-il
si la Banque mondiale n’accorde pas de prêts
pour la prochaine phase du projet ?
Christine Cornelius :
Le service de conseils bénéficie de
financements publics, mais il est dispensé
par le secteur privé. Les fermiers se regroupent
pour déterminer le type de services dont
ils ont besoin, guidés par des informations
relatives à l’agronomie et aux marchés.
Cette approche s’inspire d’une stratégie
adoptée en Amérique latine ; je ne
vois pas pourquoi elle ne serait pas applicable
en Asie.
Les fermiers, les institutions
locales, le gouvernement national et les partenaires
de l’aide au développement apportent
tous une contribution financière. L’idée
est d’accroître autant que possible
la part des fermiers et du gouvernement local sur
25 ans. En outre, les fermiers qui réussissent
et obtiennent des résultats commerciaux connaîtront
une promotion. Le programme bénéficie
depuis cette année d’une couverture
nationale et le soutien à ce projet d’envergure
devrait entrer dans une deuxième phase en
juillet 2009.
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