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Les augmentations incontrôlées
des prix alimentaires peuvent miner les bénéfices
obtenus au cours de la dernière décennie
au niveau de la réduction de la pauvreté
et de la malnutrition. Malgré une correction
récente des prix des produits alimentaires
au niveau mondial, leur coût reste beaucoup
plus important qu’il y a six mois. De nombreuses
personnes souffrent de cette situation dans le monde,
en particulier dans les pays qui n’ont pas
la possibilité d’amortir le choc de
l’augmentation des prix. En tenant compte
de l’impact potentiel du commerce sur les
prix alimentaires et la demande, quels types d’actions
politiques devraient être mis en œuvre
(ou non) par les pays et la communauté internationale
face à cette crise ?
En
savoir plus sur la crise alimentaire.
Transcription
Otabor Isaac :
Le contrôle de l’augmentation des prix
alimentaires par l’adoption de mesures politiques
est-il une stratégie durable ? Si c’est
le cas, pour quelle raison les pays et organisations
de développement soutiennent-ils l’augmentation
de la qualité et de la quantité de
la production alimentaire au niveau mondial ?
Will Martin :
Cher Otabor,
Sur le long terme, l’amélioration de
la qualité et de la quantité de produits
alimentaires est essentielle. Il est prouvé
que le retour sur investissement de la recherche-développement
dans le domaine agricole réalisé par
les pays en développement est extrêmement
élevé. La recherche-développement
peut permettre aux agriculteurs d’améliorer
leurs revenus tout en contenant les prix des denrées
alimentaires à des niveaux plus faibles,
ce qui est avantageux pour le consommateur. Les
politiques de contrôle, telles que le contrôle
des prix, entraînent de nombreux problèmes
tels que la réduction des profits des agriculteurs
et la création de pénuries.
Michel Donner :
Bonjour M. Martin,
Quel est le degré de vraisemblance de l’article
du "The Guardian" intitulé «
Rapport secret : les biocombustibles à l’origine
de la crise alimentaire » De Aditya Chakrabortty
4 juillet 2008 (The Guardian1© Copyright 2008.
The Guardian. Tous droits réservés.)
D’après un rapport
confidentiel de la Banque mondiale obtenu par le
journal The Guardian, les biocarburants ont entraîné
une augmentation de 75 % des prix alimentaires (bien
plus que ce qui avait été estimé
préalablement).
« L’évaluation
inédite accablante…etc… »
?
>>> La Banque est accoutumée
à être blâmée de tous
bords pour de bonnes et mauvaises raisons. Ses rapports
et ses politiques sont souvent critiqués
simplement parce que c’est elle qui les produit.
Il est ironique de noter qu’un de ses rapports,
apparemment secret, est brandi comme la dernière
référence sur cette question.
Will Martin :
Cher Michel,
Le document en question est une version préliminaire
qui avait circulé au niveau interne en vue
de commentaires avant sa finalisation. L’étude
essaie d’analyser l’importance relative
des facteurs contribuant à l’augmentation
des prix. Elle montre que la demande des pays en
développement a augmenté de manière
plus ou moins proportionnelle à l’offre,
et que les chocs climatiques ont joué un
rôle relativement mineur. La faiblesse du
dollar est par contre un facteur clé.
Un autre changement fondamental
du marché est l’utilisation croissante
des produits alimentaires pour la production de
biocarburants. D’après ce document,
la hausse initiale des prix a été
aggravée par les conséquences de ce
choc, telles que les restrictions d’exportation
et les faibles stocks de grains.
M. Pheak Tra Pich :
Cher M. Martin,
Je considère que l’augmentation vertigineuse
des prix des produits alimentaires et du pétrole
ont affecté négativement des millions
de personnes. Quelles sont d’après
vous les principales solutions que les pays du G8
devraient mettre en œuvre afin de répondre
à cette situation ?
Will Martin :
Cher Pheak,
Je suis d’accord avec votre évaluation.
À court terme, nous devons traiter les problèmes
rencontrés par les personnes les plus touchées
en prenant des mesures telles que l’aide alimentaire.
Les politiques de protection sociale peuvent jouer
un rôle essentiel si elles reposent sur des
mesures existantes ou si elles peuvent être
mises en œuvre rapidement. Sur le long terme,
il est très important de réaliser
des améliorations au niveau de la technologie
agricole. Elles peuvent en effet avantager les agriculteurs
tout en réduisant le coût des produits
alimentaires pour les consommateurs. Toujours sur
le long terme, nous devons organiser le système
de commerce international afin qu’il fonctionne
de manière adéquate et ainsi éviter
de futures crises.
Antonio G. Gomez-Plana
:
D’après certaines estimations de la
Banque mondiale, le libre commerce des denrées
alimentaires peut augmenter les prix dans de nombreux
pays en développement. Ainsi, ce type de
conséquence semble indiquer que la manière
la plus « sûre » de réduire
les prix des produits alimentaires (ou d’éviter
leur augmentation continue) est d’augmenter
la productivité. Une nouvelle Révolution
verte est-elle la « seule réponse »
à ce problème sur le long terme ?
Will Martin :
Cher Antonio,
Une Révolution verte continue qui augmente
la productivité des agriculteurs pauvres
dans les pays en développement est la principale
réponse à ce problème sur le
long terme. La libéralisation du commerce
entraînera l’augmentation des prix au
niveau mondial. Les évaluations que j’ai
réalisées avec Kym Anderson dans mon
dernier livre montrent que la libéralisation
totale du commerce entraînera une hausse du
prix des denrées alimentaires d’environ
5 %. Dans ce scénario, les prix de détail
baisseraient dans la plupart des pays en développement
en raison de l’abolition des droits de douane.
La libéralisation de l’agriculture
prévue dans les accords de l’OMC tend
à réduire la pauvreté car elle
porte sur une plus vaste gamme de produits de base
(pas seulement les denrées alimentaires)
et crée des opportunités pour les
pays en développement avec les marchandises
à valeur ajoutée.
Geoff Cooper :
Les résultats de la récente étude
« non publiée » de la Banque
mondiale indiquent que les biocarburants sont responsables,
à hauteur de 75 %, de l’augmentation
des prix alimentaires au niveau mondial. Cette conclusion
me paraît trompeuse et va à l’encontre
de la logique économique. L’éthanol
par exemple n’utilise que 3 % des grains produits
au niveau mondial (la plupart étant du maïs).
Comment un marché si petit peut-il avoir
un impact si important sur les prix des grains au
niveau mondial ? Pourquoi l’augmentation des
biocarburants tirés du maïs est-elle
responsable de celle des prix du blé et du
riz par exemple ? Une très faible quantité
de biocarburants est produite à partir du
blé alors que le riz n’est pas utilisé
pour leur fabrication.
De même, ne considérez-vous
pas qu’il est irresponsable que les conclusions
d’un rapport parviennent à la presse
sans que ce dernier ne fasse l’objet d’une
analyse et d’une critique exhaustives ?
Will Martin :
Cher Geoff,
L’étude en question est une version
préliminaire, non publiée qui était
en phase de révision et ne devait pas être
citée ou publiée. Malheureusement,
quelqu’un n’a pas respecté cette
exigence.
Sur le fond, il est nécessaire
de réaliser un débat dynamique sur
l’importance relative des différents
facteurs contribuant à l’augmentation
des prix alimentaires. La version de l’étude
que j’ai lue repose sur une approche très
précise et décompose les causes de
la hausse des prix.
J’espère que la version
complète de cette étude sera bientôt
disponible au public afin d’encourager le
débat qu’il est nécessaire de
réaliser sur cette question.
Prime Sarmiento :
Les Philippines sont le plus grand importateur de
riz au niveau mondial. Est-ce que leur dépendance
vis-à-vis de ces importations aura un impact
sur leur croissance économique ?
Will Martin :
Cher Prime,
Les grands importateurs de riz, tels que les Philippines,
ont généralement une géographie
peu favorable à sa production. Les améliorations
technologiques peuvent jouer un rôle essentiel
afin de réduire ce problème et, en
général elles entraînent des
revenus importants pouvant soutenir la croissance
économique. Au contraire, les mesures protectionnistes
réduisent la croissance économique.
Leon Bembamba :
La crise alimentaire actuelle est mondiale, mais
ses conséquences devraient être plus
graves au niveau des populations les plus pauvres
et principalement en Afrique. Il apparaît
ainsi que davantage d’efforts doivent être
réalisés par les dirigeants politiques
africains dans le domaine agricole, ces derniers
s’étant centrés sur l’éducation
et la santé au cours de la dernière
décennie. En outre, la libéralisation
du commerce a eu des impacts néfastes sur
le secteur agricole africain qui était moins
compétitif que ceux d’Europe et d’Asie.
Quelles sont les politiques à mettre en œuvre
afin de développer le secteur agricole sur
le continent africain à moyen terme ?
Will Martin :
Cher Leon,
La crise alimentaire a des effets particulièrement
graves sur les populations africaines. Comme vous,
je crois qu’il est extrêmement important
d’améliorer la performance de l’agriculture
africaine. Mais la protection de secteurs non compétitifs
n’est pas la réponse car elle augmente
inévitablement le coût des produits
alimentaires consommés par les personnes
les plus pauvres, celles-ci dépensant jusqu’à
75 % de leurs revenus pour l’achat de denrées
alimentaires. L’amélioration de la
productivité et de la compétitivité
du secteur agricole africain à travers le
développement et l’extension de nouvelles
techniques est essentielle. La Banque mondiale a
récemment annoncé qu’elle doublait
son soutien à l’agriculture africaine.
http://www.worldbank.org/banquemondiale/themes/crise-alimentaire/
Edgar Díaz :
Où est-il possible de trouver des informations
sur le ratio de dépendance économique
des pays en développement vis-à-vis
de l’importation de céréales
?
Will Martin :
Cher Edgar,
Je vous conseille de lire le rapport d’Ataman
Aksoy et Francis Ng de la série Document
de travail de la Banque mondiale consacré
à la recherche sur les politiques. Pour télécharger
ce document en anglais, veuillez vous rendre sur
http://go.worldbank.org/2Q90MSGTS0.
Oumara mamadou :
Comment la Banque Mondiale va-t-elle soutenir les
agriculteurs des pays en développement à
moyen et long terme afin d’accroître
la production alimentaire ?
Will Martin :
Cher Oumara,
La Banque dispose de nombreux instruments pour aider
les agriculteurs à développer leur
production alimentaire. L’une des approches
essentielles qu’elle privilégie est
le soutien de la recherche et développement
à travers le Groupe consultatif pour la recherche
agricole internationale (pour plus d’informations,
veuillez vous rendre sur http://www.cgiar.org).
Les équipes pays de la Banque participent
également de manière très active
au soutien du développement agricole, soit
directement soit à travers des investissements
dans le domaine de l’infrastructure. À
travers nos recherches, nous encourageons l’adoption
de politiques économiques adéquates
pour le développement agricole. Dans une
vaste étude réalisée avec Kym
Anderson et à paraître prochainement,
nous mettons par exemple en lumière le coût
élevé des impôts agricoles dans
de nombreux pays.
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