Dix
ans après la crise financière qui a
anéanti l’Extrême-Orient au cours
de l’année 1997, la région est
plus riche, compte moins de pauvres et joue un rôle
à l’échelle mondiale plus important
que jamais auparavant. Ces données proviennent
du dernier bulletin de la Banque mondiale sur l’Extrême-Orient
et le Pacifique, un rapport publié tous les
six mois sur la santé économique et
sociale de la région. Mais la prospérité
amène son lot de défis que les pays
qui cherchent à éviter le « piège
du revenu intermédiaire » doivent éviter.
Milan Brahmbhatt,
auteur principal du rapport, et Dan Biller ont répondu
à vos questions dans ce rapport.
Nous vous remercions de participer
à cette discussion. En
savoir plus sur ce rapport
Transcription
Lucie Lesaffre :
Quel rôle a joué l'aide publique étrangère
au développement en Asie de l'Est ? A-t-elle,
selon vous, été efficace pour la croissance
des pays et la réduction de la pauvreté
? Quels sont, selon vous, les freins à cette
efficacité ? Comment peut-on améliorer
cette aide ?
Milan Brahmbhatt
:
Traduction par la Banque mondiale :
What role has foreign aid played in the development
of East Asia? Has it, according to you, effectively
helped economic growth and poverty reduction? What
are, according to you, the checks on this effectiveness?
How can this aid be improved?
Le rôle de l’Aide publique
au développement (APD) en Extrême-Orient
n’a pas toujours été ce qu’il
est aujourd’hui et varie grandement d’un
pays à l’autre. Pour l’ensemble
de la région, l’APD est passée
à moins de 10 milliards de dollars par an,
ce qui correspond à environ 0,4 % du produit
intérieur brut (PIB) seulement. Cela représente
une baisse d’environ 1 % par rapport au PIB
des années 1970 et 1980. Cela représente
également bien moins que la moyenne pour
l’ensemble des pays en voie de développement,
qui correspond également à environ
1 % du PIB.
D’un point de vue historique,
de nombreux pays d’Extrême-Orient ont
utilisé l’APD de façon efficace
pour entraîner une croissance rapide et, avec
le temps, ont pu s’en passer de plus en plus.
Dans les années 1960, la Corée, par
exemple, bénéficiait d’une APD
correspondant à plus de 5 % de son PIB. Celle-ci
est tombée à zéro dans les
années 1980 et 1990, et la Corée est
maintenant en mesure d’offrir une aide extérieure.
Dans la plupart des économies à revenu
intermédiaire de la région, l’APD
est passée à moins de 0,5 % du PIB
actuel. En Chine, par exemple, l’APD représente
maintenant seulement 0,1 % environ du PIB.
La situation diffère toutefois
d’un pays à l’autre. Comme on
peut s’y attendre, les niveaux d’APD
sont généralement plus élevés
dans les économies à bas revenus de
la région. Au cours des dernières
années, l’APD correspondait, en moyenne,
à environ 4 % du PIB au Viêtnam, et
à 10 % - 15 % du PIB au Cambodge et en RDP
lao. Dans certaines des économies des plus
petites îles du Pacifique, l’APD peut
même atteindre des niveaux plus élevés,
parfois jusqu’à 30 % ou 50 % du PIB.
Les économies qui ont bénéficié
de l’APD s’en sont généralement
servies pour renforcer certaines conditions de base
au développement, notamment l’enseignement
et la santé, les infrastructures, les institutions
et le gouvernement. Parallèlement, des réformes
ont été entreprises pour encourager
les entrepreneurs et les investissements dans le
secteur privé. En d’autres termes,
l’APD a fait office de tremplin pour lancer
des réformes plutôt que de béquille
pour éviter ou reporter les réformes.
Saral Seth :
À votre avis, quelle est la différence
réelle entre les économies indienne
et chinoise, et quel est le succès majeur
que l’économie chinoise a remporté
? Est-il lié au gouvernement démocratique
de l’Inde ? Je veux dire, la démocratie
est-elle en train de détruire l’Inde
?
Milan Brahmbhatt
:
Cette comparaison a suscité beaucoup d’intérêt
au cours de ces dernières années,
particulièrement en ce qui concerne la croissance
supérieure de la Chine par rapport à
l’Inde.
Les raisons qui sous-tendent la
performance économique d’un pays sont
toujours très complexes et impliquent l’histoire,
la géographie, la culture, les institutions
et les politiques. Et il est encore plus difficile
d’apporter des réponses satisfaisantes
en comparant la performance de pays qui peuvent
être différents à tous ces égards.
Un premier aspect important à
noter est que tandis que le taux de croissance de
l’Inde était inférieur à
celui de la Chine ; il s’est accéléré
au cours de ces dernières années et
s’est rapproché de celui de la Chine.
La pauvreté est également en train
de diminuer. Cela fait 30 ans que je me rends en
Inde pratiquement chaque année. J’ai
constaté des améliorations visibles
par rapport au niveau de vie des gens.
L’un des éléments
pouvant expliquer ces différences de croissance
est peut-être simplement le fait que la Chine
a entamé ses réformes en 1979, soit
plus de dix ans avant l’Inde, qui a lancé
les siennes en 1991.
L’une des conséquences
de cette situation est que la Chine est aujourd’hui
mieux intégrée à l’économie
mondiale, que ses taux de commerce international
et d’investissements étrangers directs
(IED) sont nettement supérieurs et qu’elle
bénéficie des avantages qui découlent
de son intégration. La Chine a également
été la première à construire
ses infrastructures physiques. Toutefois, l’Inde
progresse également dans cette direction,
et la partie est loin d’être finie.
Certains observateurs ont également remarqué
que l’Inde possède certains avantages
sur la Chine. Par exemple, ses systèmes de
gouvernance d’entreprise, son droit commercial
et autres infrastructures souples sont en place
depuis plus longtemps que ceux de la Chine et sont,
par conséquent, mieux développés.
L’inégalité des revenus est
également moins marquée en Inde qu’en
Chine.
Le dernier aspect que je souhaite
souligner est la question de la démocratie
et son rôle dans le développement.
Il faut commencer par noter que beaucoup de gens
considèrent que la démocratie en elle-même
est quelque chose de bien, sans tenir compte de
sa relation avec l’économie. Le fait
de pouvoir choisir son gouvernement et de décider
des politiques de son pays est quelque chose qui
contribue à la dignité et à
la valeur personnelle de l’individu, et cet
aspect est apprécié en tant que tel.
Bien sûr, les gens accordent
aussi de la valeur à d’autres éléments,
tels que la sécurité et la prospérité
économique. Dans ce cas-là, l’observation
de différents pays indique qu’il n’existe
aucune relation claire ou simple entre la démocratie
et la croissance économique. En fait, les
taux de croissance moyens à long terme dans
les pays démocratiques ne sont ni plus élevés
ni plus bas que dans les pays non démocratiques.
On sait toutefois que la croissance est moins volatile
dans les pays démocratiques que dans les
pays non démocratiques et aussi, que les
démocraties sont plus en mesure d’absorber
les chocs économiques, car elles possèdent
de meilleures institutions permettant de gérer
les conflits sociaux qui peuvent s’intensifier
en cas de choc ou de crise.
DR PRABIR DUTTA
:
Les secteurs de l’agro-industrie présentent
les taux de pauvreté les plus élevés
d’Asie. La productivité agricole ou
les secteurs qui ne relèvent pas de l’agro-industrie
sont-ils en mesure de résoudre le problème
de la pauvreté dans cette partie du monde
?
Dan Biller :
Quatre points me paraissent ici importants à
relever. Il est vrai que la pauvreté rurale
est plus importante que la pauvreté urbaine
en Extrême-Orient. Il faut également
remarquer que la population extrême-orientale
est en grande partie rurale, ce qui risque toutefois
de changer au cours des 20 prochaines années.
Le deuxième aspect important
est que les villes d’Extrême-Orient
attirent les pauvres des régions rurales
comme des aimants. Dans certains pays, les industries
qui dépendent de la main-d’œuvre
peu qualifiée sont en plein essor au même
titre que les économies d’Extrême-Orient.
Dans ces pays, certaines régions continueront
à constituer des pôles d’attraction
pour les populations rurales et pourront chercher
à mieux canaliser ce flux de migrants en
équilibrant leur croissance économique.
Dans d’autres pays, la surpopulation
des pôles d’attraction et la dépendance
des villes par rapport à l’économie
d’une seule région urbaine indiquent
également la nécessité de mieux
équilibrer la croissance.
Enfin, il faut tout de même
reconnaître que les villes constituent une
force majeure dans la lutte contre la pauvreté
menée par cette région.
Mali :
Quelles sont les implications possibles de l’approvisionnement
en eau et en nourriture pour l’essor des régions
urbaines ?
De quelle façon les logements
devront-ils être attribués afin d’éviter
la création de ghettos urbains ?
Dan Biller :
Je pense que ces deux questions sont fondamentales
par rapport à la question de l’urbanisation,
et je voudrais commencer par répondre à
la deuxième question : De quelle façon
les logements devront-ils être attribués
afin d’éviter la création de
ghettos urbains ?
Selon la réponse précédente
que je viens d’apporter, comme je l’ai
mentionné, il est important de gérer
ou de canaliser le flux des migrants. Certains pays
de la région essaient d’y faire face
en mettant en œuvre différents moyens
d’action, avec le risque de produire des effets
inattendus comme la modification des termes d’échange
entre les régions rurales et urbaines.
L’autre aspect de la question
concerne les régions urbaines. L’approvisionnement
des logements dans les villes est influencé
par plusieurs facteurs. Certains, comme la disponibilité
des marchés de crédit à long
terme, sortent du champ de compétence des
autorités locales ; pourtant, d’autres,
comme l’aménagement urbain, les normes
des logements et de l’infrastructure ainsi
que les instruments économiques qui influencent
les logements et les sites sont du ressort des autorités
locales.
Pour éviter la ghettoïsation
des zones urbaines, il faut disposer d’instruments
politiques à l’échelle locale
permettant de mieux équilibrer la croissance
des villes et de maintenir les biens collectifs,
tels que la lutte contre les inondations et autres
services du même genre qui contribuent à
améliorer les conditions de vie dans les
villes.
Dans la première question
pour le Mali, à savoir quelles sont les implications
possibles de l’approvisionnement en eau et
en nourriture pour l’essor des régions
urbaines ?
En ce qui concerne la nourriture,
il me semble qu’il s’agit d’un
produit négociable, et la région est
assez ouverte aux échanges commerciaux. Ainsi,
comme cela est déjà le cas, il est
probable qu’à l’avenir, la nourriture
proviendra du commerce avec des pays possédant
des avantages similaires en termes de production
d’aliments.
D’un autre côté,
il est beaucoup plus difficile de traiter l’eau
comme un produit négociable, et dans certaines
régions d’Extrême-Orient, l’eau
est un problème grave. Certaines des métropoles
de la région se trouvent dans des régions
très arides où le manque d’eau
est inquiétant. Par ailleurs, la pollution
de l’eau diminue la quantité d’eau
potable disponible pour l’usage général
de la population urbaine et de différentes
sources de croissance économique, comme les
industries.
En général, les droits
de propriété concernant l’eau
sont très peu explicites dans le monde entier.
À mon avis, pour apporter une solution à
ce problème, il faudrait, au moins, clarifier
les droits de propriété sur l’eau,
soit, en d’autres termes, déterminer
qui possède quoi pour ensuite permettre le
commerce de l’eau et être en mesure
d’appliquer les droits de propriété
sur l’eau.
Des tarifs appropriés devraient
également être fixés pour l’utilisation
de l’eau dans les zones urbaines et rurales
afin d’attribuer l’eau plus efficacement.
Il faut aussi remarquer que très souvent,
dans le monde entier, l’eau est utilisée
pour des activités de peu d’importance.
Par ailleurs, il faudrait mettre
en œuvre des outils et des régulations
pour tenter de corriger les déficiences du
marché en lien avec l’eau, comme la
pollution de l’eau.
Elfi Moralita :
Vivre en Indonésieest plus difficile qu’auparavant.
Il n’est pas facile de trouver du riz, les
gens doivent faire la queue. L’alimentation
en électricité n’est pas fiable,
le kérosène est rare et surtout, il
est difficile de trouver un bon emploi.
Milan Brahmbhatt
:
Premièrement, il convient de noter que l’économie
de l’Indonésie a été
la plus touchée par la crise financière
de 1997-1998. Cela a été suivi par
une véritable révolution politique,
marquée par le passage d’un régime
autoritaire à une démocratie avec
un niveau élevé de décentralisation.
Naturellement, il a fallu un certain
temps pour que les nouvelles institutions commencent
à fonctionner et pour regagner la confiance
des investisseurs nationaux et étrangers.
Malgré tout, le gouvernement
tente maintenant de mettre en œuvre des réformes
pour, par exemple, créer un environnement
propice aux investissements, renforcer le secteur
financier, maîtriser la corruption et améliorer
le respect des lois. Certaines réformes ont
été plus difficiles à mettre
en place que d’autres, comme, par exemple,
la décision de diminuer les subventions pour
les frais de carburant en 2005. Cela était
nécessaire pour empêcher une augmentation
ingérable du déficit financier du
gouvernement, ce qui aurait pu altérer la
confiance et pire encore, entraîner une versatilité
économique. Le gouvernement a allégé
l’impact de ces réformes en établissant
un programme de transfert inconditionnel de fonds
pour les démunis. Il est également
en train d’augmenter les dépenses relatives
aux programmes sociaux pour le bien-être de
la communauté.
Les bénéfices tirés
de ces réformes se font maintenant sentir.
Les dépenses d’investissement et la
croissance économique étaient en plein
essor vers la fin de 2006. La croissance a dépassé
6 % au cours du dernier trimestre de 2006. Une croissance
rapide et soutenue, sous-tendue par des politiques
économiques et sociales inclusives et judicieuses,
constitue le meilleur moyen d’améliorer
l’ensemble du niveau de vie à long
terme.
Emmanuel Kare
:
Pourquoi la plupart des pays d’Extrême-Orient,
tels que Singapour et la Malaisie, progressent-ils
si rapidement alors que d’autres pays comme
la PNG, qui est un pays riche en ressources naturelles,
sont en train de devenir des États ingouvernables
et ne se développent pas ?
Milan Brahmbhatt
:
Nous devons commencer par remarquer que l’Extrême-Orient
comporte une pluralité de niveaux et de conditions
économiques, plus que dans la plupart des
autres régions. Certaines économies
telles que la Corée, Singapour, Hong-Kong
et Taiwan (Chine) bénéficient déjà
du statut de pays à revenus élevés,
tandis que d’autres appartiennent toujours
à la catégorie des bas revenus.
Il est toutefois vrai que bon nombre
de ces économies ont réalisé
des taux de croissance beaucoup plus élevés
sur des périodes durables que la plupart
des autres régions en voie de développement.
Cette situation a été analysée
sous tous les angles, mais les experts ne sont toutefois
pas parvenus à un accord total sur les sources
du prétendu miracle économique de
l’Extrême-Orient. Mais bon nombre d’entre
eux s’accorderaient sans doute sur les caractéristiques
suivantes. La plupart des économies d’Extrême-Orient
ont mis en place, et généralement
suivi, ce qui est généralement considéré
comme des principes et des politiques économiques
sensés. Néanmoins - et c’est
la partie la plus complexe - elles ont également
fait preuve d’une grande créativité
et d’une grande souplesse pour définir
les formes institutionnelles nécessaires
à la mise en œuvre de ces principes
en fonction des conditions politiques et sociales
respectives de ces pays.
Premièrement, les décideurs
et l’élite de ces pays se sont mis
d’accord et se sont concentrés sur
la réalisation d’une croissance rapide
et partagée. Le fait que tous les niveaux
de la société puissent bénéficier
de cette croissance est important, car cela signifie
qu’une croissance élevée est,
d’un point de vue social, plus durable à
long terme. L’un des moyens utilisés
par les pays d’Extrême-Orient pour assurer
l’intégration sociale consistait à
offrir un enseignement de base à tous et
maintenant, petit à petit, un enseignement
secondaire et tertiaire afin que des couches larges
de la société puissent contribuer
à la croissance et en bénéficier.
Deuxièmement, ces pays ont
généralement suivi des politiques
macroéconomiques prudentes, à savoir
des déficits fiscaux limités, des
politiques monétaires avisées et une
inflation modeste. Ces politiques ont limité
l’incertitude et la volatilité de l’économie
et ont assuré une croissance soutenue sur
de longues périodes.
Ils reçoivent généralement
des encouragements de la part du secteur privé
et assurent la protection des droits de propriété.
Fondamentalement, cela signifie que les hommes d’affaires
qui font des investissements risqués sont
raisonnablement certains de pouvoir sécuriser
le rendement de ces investissements plutôt
que de se voir expropriés par les politiciens,
les bureaucrates ou autres initiés influents.
Généralement, ils ont également
pris le parti d’exporter, ce qui implique
que les entreprises se soumettent à la discipline
imposée par la concurrence mondiale et soient
sous une pression constante pour améliorer
leur efficacité.
Enfin, les institutions gouvernementales
de ces pays ont été raisonnablement
compétentes et ont réussi à
mettre en œuvre les politiques gouvernementales
de manière efficace. Cet aspect est important
dans le sens où les gouvernements d’Extrême-Orient
ont souvent adopté des approches activistes
pour redresser les déficiences du marché,
par exemple, par le biais d’investissements
publics, d’encouragements fiscaux ou autres
instruments. Pour pouvoir être mises en œuvre
avec efficacité, ces approches nécessitent
des gouvernements compétents. Ces pays ont
également appliqué ces interventions
avec pragmatisme, en les évaluant sur la
base de leur contribution au développement
global, en procédant à des ajustements
chaque fois que cela était nécessaire
et de manière générale, en
faisant attention à ce que ces interventions
ne deviennent pas des sources majeures de gaspillage
et de corruption.
Par rapport à la PNG, il
faut remarquer que ce pays doit faire face à
des conditions plus difficiles que dans la plupart
des autres pays d’Extrême-Orient. À
titre d’exemple, sa géographie est
complexe. Elle est très montagneuse, ce qui
ne facilite pas le transport ni les communications.
La fragmentation sociale est extrême. Par
exemple, 800 langues distinctes (pas seulement des
dialectes) sont parlées dans cette région.
Le développement du capital humain est faible.
Comme la question le souligne,
les pays qui dépendent trop des ressources
naturelles se retrouvent également confrontés
à des problèmes particuliers. Les
revenus provenant de ces ressources peuvent être
facilement accaparés par des groupes d’intérêts
limités au lieu d’être utilisés
à des fins de développement plus larges.
Les fluctuations affectant le cours des produits
de base internationaux peuvent contribuer à
une forte volatilité des dépenses,
notamment des dépenses excessives et ruineuses
durant les périodes de boom. Il est toutefois
possible d’éviter cette situation.
Par exemple, des pays comme la Malaisie et l’Australie
ont utilisé leurs ressources naturelles avec
succès pour soutenir leurs efforts de développement.
Ils ont toutefois dû mettre en place des institutions
gouvernementales de qualité, capables de
gérer ces richesses naturelles avec discernement.
Dr Ashish Manohar Urkude
:
M. Milan Brahmbhatt, qu’est-ce qui pourrait
constituer ou avoir constitué des mesures
préventives pour éviter le piège
du revenu intermédiaire ? S’agit-il
d’une phase temporaire ou va-t-elle durer
longtemps ? De plus, qu’en est-il de ces personnes
pauvres moins nombreuses que vous avez mentionnées
? Vont-elles bénéficier de cette situation
une fois la phase de « piège du revenu
intermédiaire » terminée ?
Milan Brahmbhatt
:
Dans notre bulletin, nous avons considéré
la question du prétendu piège du revenu
intermédiaire comme faisant partie de notre
évaluation de l’évolution de
la région dix ans après la crise financière
de l’Extrême-Orient, qui a débuté
en 1997. Il est utile de posséder quelques
connaissances sur le sujet. C’était--souvenons-nous,
au moment de la crise, de la vision apocalyptique
des prospects potentiels pour la région d’Extrême-Orient.
Par exemple, selon de nombreux analystes, la région,
le prétendu miracle de l’Extrême-Orient
touchait à sa fin, la région allait
perdre dix ans de sa croissance, suivant l’exemple
de l’Amérique latine après sa
crise de l’endettement.
En fait, les choses se sont produites
très différemment sous bien des aspects.
Des progrès incroyables ont au contraire
été réalisés au cours
des dix ans qui ont suivi la crise. Par exemple,
la valeur du PIB de la région a doublé,
les revenus réels par habitant ont augmenté
de 75 % et ont dépassé les niveaux
précédant la crise dans toutes les
économies touchées par cette dernière.
La pauvreté a considérablement
diminué. Avant la crise, le nombre de personnes
vivant avec moins de deux dollars par jour constituait
50 % de la population d’Extrême-Orient.
Ce chiffre est maintenant tombé à
environ 29 %, ce qui représente une amélioration
spectaculaire.
Et selon nos estimations, d’ici
à 2010, qui n’est qu’à
quelques années de là, plus de 9 personnes
sur 10 vivant en Extrême-Orient vivront dans
un pays à revenu intermédiaire. Ce
constat soulève plusieurs questions intéressantes,
car les pays à revenu intermédiaire
doivent faire face à des types de problèmes
différents de ceux des pays à bas
revenu.
Lorsque nous examinons de près
la situation des pays en voie de développement
dans le monde entier, nous remarquons que bon nombre
de pays sont capables de passer du statut de bas
revenu à celui de revenu intermédiaire,
tandis que beaucoup moins de pays sont passés
du statut de revenu intermédiaire à
celui de revenu élevé. La raison retenue
est que les pays à revenu intermédiaire
doivent relever des défis beaucoup plus complexes,
complexes en termes de logistique technique, en
termes de maintien de la cohésion sociale,
en termes de découverte d’une niche
compétitive pour son pays sur le marché
de l’économie mondiale, en termes de
politique, etc.
Ainsi, par exemple, nous remarquons
que de nombreux pays qui se trouvent, disons, en
Amérique latine ont atteint le statut de
revenu intermédiaire il y a des dizaines
d’années, mais n’ont pas réussi
à passer au statut de revenu élevé
ou à conserver le statut de revenu intermédiaire
très longtemps. De la même façon,
on peut observer des économies similaires
au Moyen-Orient.
Pour répondre à la
question de savoir si les pays d’Extrême-Orient
risquent de tomber dans ce piège, dans ce
rapport, nous présentons trois défis
auxquels la région doit faire face. Le premier
que nous avons mentionné est le maintien
d’une croissance soutenue. Et deux questions
différentes se posent alors. D’un côté,
il y a la Chine qui jouit d’un taux de croissance
extrêmement rapide. Pour ce pays, la question
n’est pas vraiment de renforcer la croissance,
mais plutôt de maintenir une croissance élevée
soutenue. Et nous constatons que tandis que la Chine
a connu cette croissance formidable, elle a également
accumulé un certain nombre de tensions et
de déséquilibres, le cas le plus évident
étant, par exemple, les coûts de protection
de l’environnement. À l’heure
actuelle, on estime que 20 villes sur les 30 villes
les plus polluées du monde se trouvent en
Chine. La croissance a également--des déséquilibres
se sont également produits, par exemple,
en raison d’une dépendance trop importante
vis-à-vis de la consommation, des services
en lien avec l’industrie, etc.
De fait, les autorités chinoises
ont elles-mêmes pris conscience de cela et
cherchent à rééquilibrer la
croissance. Cela représente une première
série de défis.
Dans d’autres pays d’Extrême-Orient,
le défi à relever consiste - selon
nos observations depuis la crise dans de nombreuses
économies post-crise, la croissance a perdu
quelques points de pourcentage par rapport à
avant la crise. Cela semble dû, en partie,
au taux d’investissement inférieur
à ce qu’il était avant la crise.
Et personne ne comprend vraiment bien pourquoi le
taux d’investissement est inférieur
dans une grande partie de l’Extrême-Orient,
particulièrement dans les pays du centre
de la région. Cela est peut-être dû
à la progression extraordinaire réalisée
avant la crise et à l’excès
de capacité qui en résulte.
De plus, nous aurons peut-être
des questions à poser lorsque nous prendrons
connaissance des enquêtes effectuées
auprès des entreprises. Des sociétés
d’Extrême-Orient soulèvent également
le problème de l’incertitude, notamment
en raison de la macroinstabilité et du manque
de clarté des politiques.
Nous pensons donc qu’il est
nécessaire de prendre certaines mesures de
façon à améliorer le climat
d’investissement en Extrême-Orient.
Il s’agit simplement de créer un environnement
politique plus sûr tout en remédiant
à certaines failles du climat d’investissement,
de réduire les coûts inutiles engendrés
par les formalités administratives et de
se concentrer sur le renforcement des infrastructures.
Par exemple, de nombreux pays font état du
manque de travailleurs qualifiés ou formés.
Il y a donc une demande d’amélioration
de l’enseignement et de la formation de la
force de travail, etc.
Ainsi, dans de nombreux domaines,
les pays doivent se concentrer sur le renforcement
du climat d’investissement, qui représente
l’un des piliers du renforcement de la croissance
à long terme.
Le deuxième défi
important à relever pour éviter le
piège du revenu intermédiaire est
ce que nous appelons la difficulté à
maintenir une cohésion sociale. D’après
nos observations, bien que la pauvreté ait
continué à baisser, parallèlement,
les inégalités se sont accrues dans
plusieurs économies d’Extrême-Orient,
dans certains cas de manière très
prononcée. Par exemple, les inégalités
sont plus nombreuses en Chine, en Indonésie,
aux Philippines, également au Viêtnam
et dans d’autres économies, et c’est
important car les inégalités prononcées
peuvent, à long terme, entraver la croissance,
notamment en créant une instabilité,
des tensions, des tensions sociales, etc.
C’est une question difficile
à cerner, car certaines causes de ces inégalités
croissantes ont précisément un dénominateur
commun avec les facteurs qui stimulent une croissance
élevée. Ainsi, par exemple, l’adoption
d’une nouvelle technologie tend à augmenter
les inégalités, car celle-ci accroît
la demande de main-d’œuvre qualifiée
et, par conséquent, accroît également
l’écart de salaires entre la main-d’œuvre
qualifiée et non qualifiée.
Un autre exemple similaire. En Chine, les zones
urbaines se sont développées beaucoup
plus rapidement que les régions rurales,
car les zones urbaines sont bien plus intégrées
à l’économie mondiale, bénéficient
de plus d’investissements étrangers
directs, etc. alors que la croissance des régions
rurales est à la traîne.
Ainsi, la question est la suivante
: comment les pays peuvent-ils s’attaquer
à ces questions difficiles sans entraver
leur croissance économique ? Par ailleurs,
certains pensent que ces pays doivent aborder ces
problèmes de front, par exemple, en améliorant
l’enseignement. Si la mondialisation s’étend,
si la technologie implique l’augmentation
des travailleurs qualifiés, nous devrions
alors les former en plus grand nombre et nous devons
donc mettre l’accent sur les enseignements
secondaire et tertiaire, et sur l’amélioration
des formations offertes à la force de travail,
etc.
Nous devons également penser
en termes d’amélioration de l’accès
au crédit pour les personnes démunies,
car les pauvres survivent grâce aux petites
entreprises -- sont plus en mesure de lancer leurs
propres affaires, peuvent se partager les nouvelles
opportunités créées. Nous devons
penser en termes de réduction des obstacles
entravant la route des travailleurs qui quittent
la campagne pour la ville. Les salaires ont principalement
augmenté en raison du déplacement
des travailleurs vers la ville à la recherche
de meilleures opportunités.
Enfin, nous pourrions également
mentionner l’amélioration des systèmes
de protection sociale en Extrême-Orient, par
exemple, en termes d’aspects tels que l’assurance-emploi,
l’assurance-maladie, la pension de retraite,
les combinaisons d’assurance, etc.
Je parlerai du dernier point dans
le cadre de la réponse à une autre
question. Je reviendrai donc dessus plus tard, et
cela concerne la maîtrise et la baisse de
la vulnérabilité face aux crises financières.
Cela constitue le troisième défi important
que nous pensons que la région doit relever.
Plusieurs questions s’y rapportent, et je
peux soit en parler maintenant, soit y revenir un
peu plus tard.
Happy Wambura
:
Quel rôle les entreprises multinationales
jouent-elles dans l’économie à
croissance rapide de la Chine ?
Milan Brahmbhatt
:
Comme nous le savons tous, la Chine a su attirer
des volumes importants d’investissements étrangers
directs (FDI), qui ont joué un rôle
important dans sa stratégie de développement
économique. Depuis le début des années
1990, les FDI nets encaissés par la Chine
se sont montés à 20-40 milliards de
dollars par an. Au cours des dernières années,
ils sont passés à 50-70 milliards
de dollars. Au milieu des années 1990, par
rapport à la taille de son économie,
les FDI encaissés correspondaient à
5-6 % du PIB, mais parallèlement au développement
économique de la Chine, cette proportion
a baissé à 3 % du PIB.
Les FDI ont joué un rôle
particulièrement important dans le secteur
de la fabrication, plus particulièrement
en stimulant la croissance rapide des exportations
de la Chine. Les multinationales ont non seulement
contribué à constituer un capital
d’investissement, mais - et cet aspect est
peut-être encore plus important - elles ont
aussi ouvert l’accès aux marchés
et aux canaux de distribution des pays développés
tout en facilitant l’entrée des nouvelles
technologies et idées en Chine. Les FDI se
sont maintenant déplacés vers le secteur
des services, et cela stimulera peut-être
encore un peu plus les opportunités de croissance
de la Chine.
Yannick :
Est-ce que la technologie passe aujourd'hui comme
la seule source de la croissance facilitant la pauvreté
?
Milan Brahmbhatt
:
À long terme, l’accroissement de la
productivité constituera le moteur central
de l’amélioration du niveau de vie.
L’adoption de nouvelles technologies est l’une
des façons majeures de stimuler la productivité.
L’Extrême-Orient s’est appliqué
à encourager ses entreprises à adopter
de nouvelles technologies.
Au niveau de base, de bonnes macropolitiques,
des droits de propriété et d’autres
facteurs ont visé à stimuler les entreprises
pour qu’elles investissent dans les nouvelles
technologies. Deuxièmement, les politiques
orientées vers l’extérieur ont
bénéficié aux entreprises d’Extrême-Orient,
qui ont profité d’un niveau d’engagement
élevé de la part de sociétés
ayant leur siège dans des pays développés
et donc porteuses et responsables de la mise au
point de la plupart des nouvelles technologies.
Cet engagement a permis aux entreprises d’Extrême-Orient
d’absorber de nouvelles idées et technologies.
Parfois, cet engagement se produit lorsque les entreprises
d’Extrême-Orient tiennent le rôle
de fournisseurs vis-à-vis des multinationales
dans le cadre de leurs réseaux de production
mondiale et d’autres fois, lorsqu’elles
sont les bénéficiaires des investissements
directs faits par ces multinationales étrangères.
Troisièmement, une sous-population des pays
d’Extrême-Orient a maintenant mis au
point une R&D de pointe à l’échelle
nationale et accru ses capacités d’innovation.
Il s’agit par exemple de la Corée,
Taiwan (Chine), de Singapour et de plus en plus,
de la Chine.
M. WINDFIELD :
Pensez-vous que le dernier accord commercial interrégional
en Extrême-Orient constituera une aide ou
une entrave ?
Savez-vous de quelle manière l’Extrême-Orient
pourrait éviter le « piège du
revenu intermédiaire » ?
Avez-vous observé une sorte de schéma
récurrent dans les pays qui tombent dans
le « piège du revenu intermédiaire
», et ce schéma s’est-il répété
en Extrême-Orient ?
Milan Brahmbhatt
:
J’ai répondu aux dernières parties
de cette question lors de réponses précédentes.
D’un autre côté, le commerce
intrarégional s’est effectivement développé
très rapidement. Il est toutefois intéressant
de noter qu’une majeure partie de cette croissance
s’est produite avant ou sans l’existence
d’accords commerciaux régionaux (ACR).
Elle a suivi l’évolution du marché
et les décisions commerciales prises par
les entreprises. L’Extrême-Orient est
également l’une des régions
principales à bénéficier de
la libéralisation multilatérale du
commerce mondial en vertu de l’Accord général
sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT),
et maintenant de l’Organisation mondiale du
commerce (OMC).
L’intérêt à
former des ACR s’est également accru.
L’impact des ACR dépendra beaucoup
de la qualité de leur conception. L’un
des aspects positifs des ACR est qu’il offre
un forum pour la coopération régionale,
particulièrement en libéralisant les
services, en harmonisant davantage les régulations
nationales et en apportant des réponses à
la problématique transfrontalière
afin d’éviter d’entraver le développement
continu du commerce intrarégional. Ils peuvent,
par exemple, accroître la cohérence
des règlements régissant le traitement
des investissements directs étrangers, les
droits de propriété intellectuelle,
la politique sur la concurrence et le développement
des marchés financiers. Parallèlement,
les ACR ne doivent pas augmenter la discrimination
envers les non-membres pour éviter les effets
de déplacement des courants commerciaux.
Ils doivent également éviter de créer
des règles d’origine complexes et incohérentes,
qui auraient pour résultat d’augmenter
les coûts commerciaux pour les entreprises
en déviant peut-être les avantages
prévus découlant des ACR.
Bo Vuthyearith
:
Que s’est-il passé après dix
ans ?
Et dix ans auparavant, comment se portait l’économie
du Cambodge ?
Milan Brahmbhatt
:
Dernièrement, l’économie du
Cambodge se portait très bien, et sa croissance
dépassait 10 % pendant trois années
de suite. Elle repose sur quatre piliers : l’exportation
de vêtements, le tourisme, la construction
et l’agriculture. La pauvreté est également
en train de diminuer.
Les réformes économiques
ont permis d’accomplir des progrès
importants dans différents domaines comme
l’administration financière du secteur
public, et de réduire les restrictions à
l’importation. La réforme bancaire
est également en progression. Il reste toutefois
encore beaucoup à faire dans le domaine social,
par exemple, dans les domaines de l’enseignement
et de la santé.
Elizabeth S. Tan
:
Les symptômes de la crise financière
de 1997 sont présents : les monnaies asiatiques
suscitent un regain d’intérêt
; l’immobilier et les produits de remplacement
des importations sont en train de devenir moins
chers que les articles d’exportation. Quo
vadis ?
Milan Brahmbhatt
:
Un certain nombre de questions ont été
posées pour savoir si l’Extrême-Orient
est vulnérable en cas de crise financière
ou en passe de subir une autre crise de ce genre.
Je dois avouer que je ne suis pas tout à
fait d’accord avec cette façon de voir
les choses, dans le sens où les conditions
actuelles sont, par bien des aspects, bien différentes
de ce qu’elles étaient avant la crise
de 1997. À cette époque, rappelez-vous
que l’un des principaux points faibles était
que les entreprises et les banques avaient contracté
des dettes extérieures à court terme
excessives, particulièrement en ce qui concernait
les réserves de change que les pays tenaient
à leur disposition. Les institutions financières
dans bon nombre de ces pays n’étaient
pas soumises à des règles strictes
et ainsi, par exemple, après avoir contracté
des emprunts importants à l’étranger,
les banques et les autres institutions financières
ont rapidement augmenté leurs prêts,
souvent dans des joint-ventures hautement spéculatives.
Ensuite, lorsque les investisseurs étrangers
ont soudain changé d’avis et décidé
de reprendre leur argent, cela a provoqué
une crise économique grave dans plusieurs
de ces pays.
La situation actuelle est, sous
des aspects importants, complètement différente.
D’une part, au cours des dix dernières
années, la plupart de ces économies
ont accumulé des réserves de change
très, très importantes. Pour tout
l’Extrême-Orient, le niveau de réserves
de change atteint actuellement près de deux
milliards de dollars, et en Chine seulement, il
se monte à un milliard de dollars.
Selon la plupart des estimations,
ce niveau de réserves de change est, en fait,
beaucoup plus élevé que le montant
dont ces pays ont besoin pour amortir ou constituer
un filet de sécurité face au risque
de futures crises financières du type de
celle qui s’est produite en 1997, ou en d’autres
termes, du type ayant résulté de l’arrêt
brusque des entrées et des sorties soudaines
de capitaux.
Ce que je veux dire, c’est
qu’en général, ces réserves
sont maintenant plusieurs fois supérieures
au niveau de dettes à court terme de ces
économies. C’est un premier aspect.
L’autre aspect est que ces pays ont consacré
des efforts importants pour renforcer la qualité
des contrôles publics et de la régulation
du secteur financier. Et encore une fois, ces aspects
ne cessent d’évoluer. De nombreux domaines
restent encore inachevés en termes de renforcement
des contrôles et de la régulation,
mais de grands progrès ont été
accomplis comparé à l’état
de la situation en 1997. C’est également
un facteur qui devrait aider ces pays à assumer
le risque de nouvelles crises financières.
Et enfin, nous pouvons également
remarquer que le secteur financier s’est beaucoup
diversifié. Traditionnellement, l’Extrême-Orient,
comme de nombreuses régions en voie de développement,
dépendait très étroitement
du secteur bancaire en raison de ses services financiers
et de son intermédiation financière.
Au cours des dix dernières années,
d’autres marchés financiers ont également
connu une croissance marquée. Par exemple,
les marchés boursiers, les marchés
des obligations, etc. Cette expérience indique
qu’un secteur financier plus diversifié
tend également à être plus résistant
en termes de volatilité de l’économie
et de crises financières. C’est aussi
positif pour la croissance économique à
long terme, mais ces aspects-là ne cessent
pas non plus d’évoluer.
Il reste encore beaucoup à
faire, par exemple, en termes de développement
d’une base d’investisseurs institutionnels
visant à soutenir ces marchés financiers.
L’une des questions posées concernait
le rôle du secteur des assurances. Encore
une fois, ce secteur est un facteur qui doit être
encore développé dans ces régions
et ainsi de suite. Mais encore une fois, la tendance
semble aller dans la bonne direction.
Cela signifie-t-il que les économies
sont invulnérables en cas de crises financières
? Non. Cela est faux. En fait, probablement aucune
économie n’est invulnérable
face à la menace d’une crise financière.
Nous pourrions souligner certains aspects auxquels
les décideurs doivent porter une attention
particulière afin d’éviter l’accumulation
de risques.
Un aspect qui est plus particulièrement
lié à ce fait : nous avons remarqué
que les réserves étrangères
étaient très élevées
et, en fait, cela est en grande partie dû
au fait que les pays avaient des excédents
courants très importants, et plusieurs d’entre
eux bénéficient également d’entrées
de capitaux non négligeables. Suite à
cette situation, il devient nécessaire d’augmenter
rapidement les liquidités et les expansions
de crédit nationales et, si celles-ci ne
sont pas gérées correctement, ce type
de liquidité ou d’expansion pourrait
de nouveau mener à quelque phénomène
que nous avons observé avant la crise financière.
Par exemple, la surchauffe des économies
nationales, les augmentations importantes des prix
des actifs ainsi que la formation de doubles prix
des actifs, des prêts peu avisés, etc.
Au final, tous ces éléments peuvent
conduire à l’émergence de créances
irrécouvrables ou de prêts non productifs.
Ainsi, les économies doivent
suivre attentivement ces tendances afin d’empêcher
l’accumulation de vulnérabilités
similaires. L’une des mesures politiques appliquée
de plus en plus souvent, et qui peut être
pratique, est de s’orienter vers une plus
grande souplesse des taux d’échange.
Au cours des dernières années, cela
s’est produit dans bon nombre des économies
dont nous avons parlé. Cela est utile dans
le sens où ultérieurement, la souplesse
des taux d’échange pourrait contribuer
à résoudre le problème sous-jacent
des excédents courants très importants
et pourrait, par conséquent alléger
une partie de la pression poussant à accumuler
des liquidités pour l’économie
nationale. Il s’agit d’un domaine que
les décideurs doivent surveiller de près
afin de prévenir l’accumulation de
vulnérabilités.
Benamer Ahmed :
Comment la chine a pu maintenir la stabilité
de sa monnaie et en constituant une source stable
de demande ?.
Comment peut-elle faire un rééquilibrage
de l’économie ?.
Si la pauvreté continue
de diminuer, les inégalités de revenus
se sont creusées, et profondément
dans certains cas. Expliquez moi cette approche
sil vous plait ?.
J’aimerai aussi savoir comme la chine a pu
faire sa croissance et sur quelle base a pu réaliser
ca ?
Milan Brahmbhatt
:
J’espère avoir répondu à
cette question sur la Chine lors de réponses
précédentes. Enfin, la pauvreté
baisse lorsque les revenus des pauvres augmentent.
Ainsi, par exemple, une personne qui avait un revenu
de moins d’un dollar par jour bénéficie
maintenant d’un revenu de plus d’un
dollar par jour. Toutefois, le déclin de
la pauvreté suit une courbe inversement proportionnelle
à celle de l’augmentation des inégalités,
car les revenus de groupes à revenus plus
élevés progressent plus rapidement
que celui des pauvres.
|