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Ces dernières années,
plusieurs crises sanitaires ont mis en évidence
l’ampleur mondiale d’un nombre croissant
de maladies animales émergentes et ré-émergentes,
en particulier de zoonoses, et ont conduit la communauté
internationale à reconnaître que la
lutte contre ces maladies était un Bien Public
International. La crise de la fièvre aphteuse,
de l’encéphalopathie spongiforme bovine
et plus récemment de l’influenza aviaire
hautement pathogène, en sont des exemples
notoires. Ces événements ont contribué
à accroître l'intérêt
suscité par l’amélioration de
la prophylaxie de ces maladies, en particulier en
renforçant la capacité des Services
Vétérinaires dans le domaine de la
détection précoce et de l'intervention
rapide pour réduire l’impact économique
et social des crises, et plus généralement
en plaidant en faveur de l’augmentation des
investissements en matière de santé
animale et de zoonoses.
Robert McKee :
Quelle est la probabilité pour que la grippe
aviaire devienne un problème en Amérique
du Nord ? Comment les gens peuvent-ils se protéger
?
François Le Gall
: Il y a en fait ici deux questions en
une. En ce qui concerne la première question
: quelles sont les chances que la grippe aviaire
devienne un problème en Amérique du
Nord. La réponse à cette question
est étroitement liée aux routes migratoires
des oiseaux. Il est hautement possible que le virus
puisse être introduit dans la partie nord
du continent américain de cette façon,
et ceci pourrait se passer dans les 6 ou 12 prochains
mois. Par conséquent, il y a donc une possibilité
réelle.
Quant à la seconde question,
comment les gens peuvent-ils se protéger.
La réponse à cette question tient
à des pratiques simples d’hygiène.
Tout d’abord, il est important d’éviter
tout contact avec des animaux malades, des oiseaux
malades ou des oiseaux morts. Il est également
important de bien éduquer les enfants, de
leur faire comprendre qu’ils ne peuvent pas
ramasser des oiseaux morts, ou manipuler des animaux
malades. Si vous êtes cependant amenés
à le faire, lavez-vous les mains à
l’eau savonneuse. C’est un moyen fort
efficace car le virus est très vulnérable
au savon. Éviter de mettre vos mains sur
la figure lorsque vous vous trouvez dans des zones
où la maladie est apparue. Comme vous le
voyez, il y a des choses très simples que
vous pouvez faire pour vous protéger.
Le deuxième élément
a trait à la sécurité alimentaire,
et j’y reviendrai, vu qu’il y a plusieurs
questions sur ce sujet.
Cheng Lee : Est-il
vraiment nécessaire de tuer autant de poulets
dans des endroits comme le Vietnam ou l’Indonésie,
où on a trouvé un cas de grippe aviaire
?
François Le Gall
: Ceci est une question très importante.
Dans le cas du Vietnam et de l’Indonésie,
la maladie a maintenant atteint un degré
endémique, ce qui veut dire que le virus
se retrouve partout et qu’il est là
pour longtemps. Par conséquent, non, il n’est
pas nécessaire de tuer tant de poulets. En
fait, la mesure qui consiste à tuer les poulets
est au départ la meilleure pour empêcher
la propagation du virus. Mais dans certains cas,
lorsque ce n’est pas efficace, ou que ce n’est
pas possible parce que vous n’avez pas les
moyens de le faire, il est important de compléter
cette mesure par des outils supplémentaires,
comme par exemple la vaccination de la volaille.
Ce que nous recommandons donc n’est pas de
tuer autant de volaille, parce que le faire implique
que vous n’êtes pas capable de maîtriser
la maladie, mais de commencer par tuer de la volaille
et indemniser les propriétaires, d’essayer
de contenir le virus et d’empêcher sa
propagation, de mettre en place des moyens de contrôle
du mouvement des oiseaux et de tous les autres produits
contaminés, de mettre en œuvre des mesures
de biosécurité, bref toute une série
de mesures qui permettent d’arrêter
la propagation de la maladie. Si vous ne réussissez
pas à maîtriser la maladie, alors vous
pourrez toujours envisager de vacciner les oiseaux,
en tant que mesure complémentaire.
Aaron Bendal :
Comment la maladie se transmet-elle des animaux
aux êtres humains ? Est-ce que le fait de
porter des gants ou des vêtements de protection
empêche la transmission de la maladie ?
François Le Gall
: Dans le cas de la grippe aviaire, les
voies oculaires et respiratoires sont impliquées.
Pour d’autres maladies, il y a plusieurs autres
contacts possibles, directs ou indirects, entre
les animaux et les personnes, ou une transmission
via les produits animaux, selon le type de maladie
qui est impliqué. En ce qui concerne les
équipements protecteurs, oui, des gants et
des vêtements protecteurs ainsi que des masques
peuvent être des moyens efficaces de protection
vu la transmission par les voies respiratoires.
Ces équipements sont d’ailleurs utilisés
par les travailleurs de première ligne qui
sont en contact proche avec des animaux morts ou
malades, et qui doivent se déplacer dans
les zones où la maladie s’est déclarée.
Ces équipements ne sont pas recommandés
pour tout le monde. Il faut limiter leur usage aux
personnes qui sont réellement exposées
au virus et ont des contacts proches avec des animaux
malades. Ces personnes devront porter des masques,
voire des masques à usage unique qui sont
efficaces pendant 6 à 8 heures, ainsi que
des vêtements de protection. En ce qui concerne
la protection, je reviens à ma réponse
précédente : la façon la plus
efficace de se protéger de la contamination
est d’éviter les contacts et de se
laver les mains.
Nathalie Martinet :
Peut-on attraper la grippe aviaire ou toute autre
maladie animale en mangeant de la viande cuite ?
François Le Gall
: Oui, c’est possible. Mais en général,
la température de cuisson va tuer les différents
virus. Par exemple, en ce qui concerne la viande,
si vous la cuisez à une température
de 70 degrés Celsius pendant quelques secondes,
cette température va tuer les virus. En ce
qui concerne les œufs, une température
de 60 degrés Celsius pendant quelques secondes
va également tuer les virus. D’habitude,
les virus ne survivent pas à des températures
supérieures à 60 degrés Celsius.
Par conséquent, une bonne cuisson va obligatoirement
tuer les virus. Par contre, des parasites et des
bactéries peuvent développer des formes
résistantes. Nous les appelons des spores
dans le cas des bactéries. Elles peuvent
produire des toxines dites thermostables et constituer
par conséquent poser un problème en
termes de sécurité alimentaire. A
ce sujet, il faut que vous sachiez que les services
vétérinaires publics prennent des
mesures à cet effet et s’assurent que
tout produit animal mis sur le marchés est
inspecté et sûr pour la consommation.
Mamadou Wague : Quelles
sont les mesures que les pays peuvent prendre pour
protéger leurs citoyens contre la grippe
aviaire ?
François Le Gall
: Il est important de se rappeler qu’il
s’agit ici principalement d’une maladie
animale. Elle affecte le secteur de la volaille
et il est très difficile pour les êtres
humains d’être infectés. Il est
également important de mentionner ici que
l’un des meilleurs moyens d’éviter
le contact et l’infection des humains par
les animaux est de s’attaquer à la
maladie au niveau de l’animal, c’est-à-dire
au sein du secteur de la volaille et de tenter d’y
abaisser la charge virale dans l’environnement.
Le niveau d’exposition des êtres humains
sera ainsi minimisé. Le message est donc
le suivant : si vous voulez protéger vos
citoyens, la première et la meilleure des
choses à faire est de vous attaquer à
la maladie au niveau de la source animale. C’est
d’ailleurs le mandat des services vétérinaires
officiels.
La seconde mesure qui doit être
prise a trait à la communication. Celle-ci
est en effet essentielle. Elle assurera que tous
les citoyens, et le monde rural en particulier,
sont bien conscients des risques et savent exactement
ce qu’ils doivent faire, en particulier la
façon dont ils peuvent se protéger
en appliquant des pratiques d’hygiènes
très simples.
Martin Rabelle :
Que font les organisations internationales, les
gouvernements pour éviter une pandémie
de grippe aviaire ?
Pépé Nagyimé
: Quels sont les points communs et les
différences entre la grippe aviaire et le
SRAS ?
François Le Gall
: Toutes deux sont des maladies qu’on
appelle zoonotiques. Ceci veut dire des maladies
d’origine animale mais qui peuvent être
communes aux animaux et aux hommes. Toutes deux
sont des maladies virales. Il s’agit d’un
virus différent, mais toutes deux sont des
maladies virales ayant la même zone géographique
pour origine, à savoir l’Asie du Sud.
Toutes deux se transmettent par voie respiratoire,
et dans une moindre mesure par voie oculaire. Toutes
deux sont également très pathogènes
pour les hommes.
La principale différence
est que le SARS est hautement contagieux d’être
humain à être humain, ce qui n’est
pas le cas à l’heure actuelle pour
le virus de la grippe aviaire qui est difficilement
transmissible de l’animal à l’homme.
Roger Namiba : Comment
peut-on aider l’Afrique à faire face
au virus de la grippe aviaire ?
François Le Gall
: Ceci est à nouveau une question
importante. En guise d’introduction, je voudrais
dire que l’Afrique est un cas spécial
vu que l’élevage est un moyen de subsistance
extrêmement important pour les populations
de ce continent, en particulier pour les personnes
pauvres et l’économie de façon
générale. C’est également
un continent qui est victime de nombreuses maladies
importantes, tant humaines qu’animales, y
compris des maladies zoonotiques majeures. C’est
aussi un continent où la majorité
des pays n’ont que de faibles capacités
en matière de services de santé vétérinaire
et de santé humaine. Par conséquent,
il est extrêmement important d’aider
l’Afrique.
Cependant, l’Afrique dispose
de nombreux avantages. Tout d’abord, elle
est dotée d’institutions telles que
l’Union africaine et son bureau de l’élevage
(BAR) à Nairobi, qui est impliqué
dans la lutte contre la maladie. L’équivalent
pour les maladies humaines est le bureau AFRO de
l’OMS à Brazzaville. En Afrique, nous
avons également la plateforme dite ALive
(l’abréviation de Africa Livestock)
au sein de laquelle on retrouve les principaux acteurs,
les partenaires politiques, les donateurs et les
autres partenaires techniques. Cette plateforme
a été mobilisée pour appuyer
les pays africains et les institutions régionales,
et les aider à maîtriser le virus.
En Afrique, nous faisons la même chose que
ce qui a été fait dans d’autres
pays précédemment infectés
en Asie et en Europe. Nous aidons les gouvernements
à mettre en place un plan national de lutte
intégrée qui s’attaque aux maladies
à la fois animales et humaines, et en même
temps renforce la communication vis-à-vis
des populations.
Récemment, à Vienne,
il y a quelques semaines, la communauté internationale
a convenu que plus d’appui était nécessaire
pour l’Afrique. Par conséquent, elle
s’est mobilisée tout entière
pour aider l’Afrique.
Christopher Delgado : Comment
fait-on pour évaluer les compromis risques/coûts
entre une situation présentant un risque
hautement probable et très élevé
financièrement de décapitalisation
des groupes pauvres dans les pays pauvres, résultant
d’une indemnisation sélective insuffisante,
et le fait que le risque de pandémie humaine
a une faible probabilité mais un coût
terriblement élevé ?
François Le Gall
: Ceci est une question difficile, et je
ne suis pas certain de pouvoir vous donner une réponse
complète. Permettez-moi de vous donner quelques
éléments de réponse. Nous en
revenons à nouveau à la réponse
technique à la maladie. Il n’est pas
question de décapitaliser l’entièreté
du secteur de la volaille d’un pays. Il s’agit
d’éliminer les animaux à risque
dans des cas très spécifiques, et
de façon limitée, pour tenter d’arrêter
le virus dès l’émergence de
la maladie. Ce faisant, et cela est capital, il
faut mettre en place des mécanismes d’indemnisation
efficaces qui assurent que les paysans vont effectivement
déclarer la maladie dès qu’ils
la verront apparaître.
La meilleure formule est la suivante
: l’indemnisation et l’élimination
sont les moyens les plus appropriés pour
empêcher la propagation de la maladie. Mais
dans de nombreux cas, elles ne suffisent pas et
il faut y ajouter d’autres instruments, y
compris la possibilité de recourir à
la vaccination, qu’elle soit ciblée
ou de masse. Tout va dépendre de l’évaluation
des risques. Ceci répond peut-être
un peu à votre question, en ce sens qu’il
n’est pas question de décapitaliser
les groupes pauvres dans les pays pauvres mais que
dans les cas où l’élimination
des volailles malades est nécessaire, on
entreprendra également des actions plus complètes
qui comprendront la vaccination et d’autres
mesures de contrôle.
Kouame marcel :
- Combien de temps faut-il pour l'incubation de
la groupe aviaire ? - Combien de temps un oiseau
qui quitte l'Asie met-il pour arriver en Côte
d'Ivoire et comment fait-il pour survivre et venir
contaminer des volailles en Côte d'Ivoire
? - Que sont devenus les six membres d'une famille
qui avaient été contaminés
et à propos desquels on pensait à
une contamination d’homme à homme ?
- Que prévoient les organismes internationaux
pour venir en aide aux pays touchés par la
grippe aviaire pour corriger le mal sachant que
chez moi en Côte d'Ivoire l'état a
dû débourser 1500 FCFA.
François Le Gall
: Il y a ici à nouveau plusieurs
questions en une. Tout d’abord en ce qui concerne
l’incubation. Pour les animaux, celle-ci est
de l’ordre de trois à cinq jours. Pour
les humains, elle varie d’une à deux
semaines avant l’apparition des premiers symptômes.
En ce qui concerne la migration, le sujet est très
complexe vu qu’il existe différentes
espèces qui ont toutes des sensibilités
différentes au virus. On peut avoir des oiseaux
qui sont porteurs du virus mais qui ne présentent
absolument aucun symptôme. Ils peuvent voler
sur de très longues distances et atteindre
plusieurs continents, par exemple jusqu’en
Côte d’Ivoire et être en contact
avec des animaux domestiques dans ce pays, et par
conséquent y être responsables de l’introduction
de la maladie.
Il existe des oiseaux qui sont
peut-être un peu moins sensibles au virus.
Ils peuvent afficher certains symptômes et
mourir durant leur migration. Cependant, ils auront
eu le temps de transmettre le virus à d’autres
oiseaux sauvages qui vont continuer la migration,
transporter le virus et rentrer en contact avec
des oiseaux domestiques. Toutes les combinaisons
de ces différents évènements
peuvent arriver. Par conséquent, c’est
tout à fait possible. Il m’est très
difficile de vous répondre par oui ou par
non. De nouveau, tout va dépendre de chaque
oiseau et de la sensibilité à la maladie
de son espèce. Si les oiseaux sont tous sensibles
et meurent rapidement, comme c’est le cas
pour la volaille domestique, le risque associé
à la migration sera minimisé. Malheureusement,
ceci n’est pas le cas.
Quant à votre question sur
la transmission d’être humain à
être humain, cette dernière n’a
pas encore été démontrée.
Jusqu’ici par conséquent il n’y
a pas encore de transmission d’être
humain à être humain. Cependant, il
est important de noter que les êtres humains
peuvent être infectés dans des situations
où ils rentrent en contact direct avec des
animaux malades. Lorsque cela se produit, à
cause de l’effet pathogène élevé
de la maladie sur l’homme, on observe des
taux de mortalité élevés qui
peuvent aller jusqu’à 50 %.
Votre dernière question
fait référence à l’indemnisation
des paysans. À nouveau, ceci est absolument
capital. Il faut s’assurer que les paysans
soient bien informés du fait qu’ils
seront indemnisés de façon équitable,
à un taux adéquat, pour qu’ils
soient encouragés à déclarer
la maladie à un state précoce. Dans
ces conditions, on aura de bien meilleures chances
de traiter la maladie dès le début
du processus, ce qui est crucial. Cependant, l’indemnisation
est difficile parce qu’il faut mettre au point
des barèmes, qui ne soient ni trop haut ni
trop bas, pour éviter toutes les distorsions
que l’on peut imaginer. Nous avons mis en
place un mécanisme qui assure que les bonnes
personnes seront effectivement indemnisées.
Ce genre de mécanismes est toujours difficile
à mettre en place. Mais c’est quelque
chose qu’il faut faire dans chacun des pays.
Jamal : comment
expliquez-vous, pour autant que cela soit vrai,
que le Maroc soit épargné par la grippe
aviaire alors qu'il se trouve sur le chemin des
oiseaux migrateurs ?
François Le Gall
: Franchement je ne sais pas. Il y a trois
possibilités. La première est que
rien n’est arrivé et que les oiseaux
sauvages n’aient pas été infectés
et ne soient pas entrés en contact avec des
oiseaux domestiques. La seconde possibilité
est que cela est arrivé mais que cela n’a
pas été détecté par
les services vétérinaires officiels.
Il existe encore une troisième possibilité,
qui peut aussi se produire, bien que je ne pense
pas que ce soit le cas au Maroc. Elle s’est
cependant produite dans d’autres pays. Il
s’agit du fait que, pour des tas de raisons,
le pays ait choisi de ne pas déclarer l’arrivée
de la maladie ou de retarder cette déclaration.
Je ne connais pas la situation particulière
du Maroc et je vous ai donné les trois possibilités
théoriques.
Guèye Mamadou :
Quelle stratégie faudrait-il mettre en place
pour protéger les fermes avicoles des paysans
pauvres face à la menace de la grippe aviaire
transmise par les oiseaux migrateurs
François Le Gall
: Laissez-moi tout d’abord vous rappeler
que la contamination par les oiseaux sauvages est
une des formes de contamination mais non la seule,
et probablement pas la principale. Des mouvements
d’oiseaux non contrôlés ou illégaux,
des oiseaux vivants ou des produits contaminés,
des aliments pour la volaille sont également
responsables de la transmission et de la propagation
de la maladie. Il est très important de reconnaître
ce fait. Par conséquent, dans le cas des
éleveurs de volaille pauvres je pense qu’il
est essentiel de bien les informer et de les former
par rapport à cette maladie, des risques
qu’elle présente, des premières
mesures qu’ils ont à prendre pour y
répondre et pour essayer d’en minimiser
ou d’éviter l’introduction. Si
la maladie se déclare, il faut alors s’assurer
que les éleveurs de volaille soient indemnisés
comme il faut et les aider à mettre en place
des mesures de contrôle.
Marguerite Voltaire Harlem
: A Camp-Perrin l'élevage est l'une
des activités principales de la population.
Il n’existe par contre que peu de gens ayant
une connaissance en technique vétérinaire
capables de soigner les animaux de cette communauté.
A cause de cela les gens ont depuis des années
vu mourir beaucoup de leur bêtes. Par exemple,
chaque année et particulièrement en
été, la fièvre des poulets
tue beaucoup de ces oiseaux, sans que, jusqu'a présent,
on n’ait enregistré de contamination
des gens. Donc comment la banque mondiale, de concert
avec l'etat haïtien, peut-elle aider cette
communauté à résoudre ce problème?
Il en va de même avec les porcs.
François Le Gall
: Il s’agit ici, pour les pays pauvres,
d’une question de capacité nationale
en matière de maladie et de services vétérinaires.
La grippe aviaire nous a démontré
qu’il est aujourd’hui crucial pour la
communauté internationale d’aider les
pays pauvres à acquérir les moyens
appropriés et des services vétérinaires
dotés de tous les moyens nécessaires
pour assurer la prévention de l’introduction
de la maladie. Au cas où la maladie s’introduit,
il est tout aussi essentiel de les aider à
en prévenir la propagation, et pas seulement
pour la grippe aviaire. Il faut en effet rappeler
que les mêmes mesures vont s’appliquer
à toutes les maladies qui peuvent apparaître
ou refaire surface, et il y a beaucoup, beaucoup
de maladies qui surgir dans le monde animal. Par
conséquent, ceci est à nouveau une
question de développement des capacités.
Lorsque nous parlons aujourd’hui des services
vétérinaires, ceux-ci ne comprennent
pas seulement les services du secteur public, qui
ont cette prévention pour mandat, mais également
le secteur privé, les vétérinaires
privés, les organisations de producteurs,
les paysans eux-mêmes, qui sont les premières
sentinelles, qui sont en fait ceux qui vont voir
la maladie au moment où elle se déclare
et qui vont appeler les vétérinaires
privés ou publics pour faire démarrer
la réponse à la maladie.
Il s’agit par conséquent
d’un véritable partenariat entre le
secteur public, le secteur privé, et le secteur
associatif. Il est donc plus que temps pour la communauté
internationale, y compris pour la Banque mondiale,
de renforcer les services vétérinaires
pour les aider à faire de la détection
précoce et à mettre en place des réponses
rapides aux maladies d’origine animale qui
émergent ou qui refont surface, comme la
grippe aviaire.
Ajayi Tunde : Quels
sont les symptômes, les mesures préventives,
les mesures de contrôle, de traitement et
le pronostic de la grippe aviaire ?
François Le Gall
: Il y a plusieurs symptômes. A cause
du haut pouvoir pathogène du virus, la plupart
du temps ce qu’on observe c’est une
mortalité très élevée
dans un troupeau de volaille. En plus de cela, vous
avez également tous les symptômes associés
aux maladies respiratoires. En ce qui concerne les
mesures de prévention et de contrôle,
la première chose à faire est de s’assurer
que la maladie ne s’introduit pas dans votre
élevage ou dans votre village ou dans votre
pays. Il existe des mesures préventives de
surveillance et de détection précoce.
Si malgré tout la maladie se déclare,
il est alors extrêmement important d’alerter
les services vétérinaires officiels
et de s’assurer qu’on parviendra à
contenir la propagation du virus. S’il n’existe
que quelques flambées isolées de la
maladie, la meilleure chose à faire est de
tuer tous les animaux qui sont infectés ou
à risque. Ensuite, il faut disposer des carcasses
et de tous les autres produits animaux. Enfin, il
faudra aller se laver et se désinfecter et
attendre trois semaines avant de commencer à
reconstituer l’élevage. Ce sont des
mesures qui ont été très bien
développées par l’Organisation
mondiale pour la santé animale(OIE) et que
chaque pays devrait suivre.
En ce qui concerne le traitement,
il n’en existe pas pour les oiseaux. Si la
maladie s’introduit dans un élevage,
surtout s’il s’agit d’un élevage
à haute densité et concentré,
la mortalité sera très élevée
et il est probable que l’élevage entier
sera perdu.
Daniel Crickx : Quand
pensez-vous que la pandémie va arriver ?
François Le Gall
: Personne aujourd’hui, pas même
les experts, n’est capable de prédire
si et quand une pandémie va se déclarer.
Répétons que la probabilité
est faible mais que l’impact est très
important. C’est pourquoi, malgré cette
faible probabilité, il est très important,
à cause de l’énorme impact qu’une
pandémie pourrait avoir dans le monde, que
chaque pays se prépare du mieux qu’il
le peut pour faire face à cette possibilité.
La probabilité d’une
pandémie est liée à la charge
virale du virus de la grippe aviaire dans l’environnement,
et, par conséquent, un des meilleurs moyens
d’éviter la pandémie est de
s’attaquer à la maladie au niveau de
ses sources animales, et de s’assurer que
nous maîtrisons la maladie dans le secteur
de la volaille en prenant toutes les mesures vétérinaires
qui s’imposent.
Hua Wilfried : quelles
sont les incidences et les avantages de la grippe
aviaire sur l'economie de la Cote d'Ivoire-
François Le Gall
: À ma connaissance, on n’a
encore ni calculé ni estimé ces incidences.
Mais ce que nous savons c’est que la Côte
d’Ivoire est un pays où l’industrie
de la volaille est très importante. Le pays
a d’ailleurs énormément investi
dans ce secteur. Tant au niveau de la production
villageoise que de la production industrielle, il
s’agit par conséquent de quelque chose
d’important pour le pays. Nous avons aujourd’hui
l’expérience du Vietnam où cette
incidence a été calculée. Le
simple fait de perdre 44 millions d’oiseaux,
soit 17 % de la population avicole totale, morts
à cause de la maladie ou tués suite
à l’application de mesures sanitaires,
représente une perte directe estimée
à 120 millions de dollars EU, équivalant
à 0,3 % du PIB de ce pays.
Les conséquences socioéconomiques
peuvent donc être énormes. Nous constatons
aujourd’hui qu’en plus des coûts
directs que je viens de mentionner pour le Vietnam,
cette maladie et d’autres maladies d’origine
animale peuvent avoir un impact majeur en raison
de leurs coûts indirects liés aux retombées
sur les autres secteurs, aux effets à long
terme, etc.. Lorsque ces différents éléments
sont pris en considération, le coût
socioéconomique total peut être gigantesque.
Richard L. Johnson : Prévenir
la propagation de maladie telles que la grippe aviaire
est un bien public mondial, les bénéfices
en sont également partagés au niveau
mondial. Une approche plus orientée vers
le marché ne pourrait-elle pas être
conçue et appliquée pour directement
indemniser les éleveurs de volaille des pays
en développement ? Par exemple, quels éléments
du marché sont-ils nécessaires pour
que les nations développées puissent
payer directement les éleveurs des pays en
développement pour la volaille qu’ils
doivent éliminer. Cela devrait réduire
les détournements d’indemnisations,
qui autrement découlent des transferts de
subventions des agences gouvernementales vers les
paysans ? Pourrait-on envisager une commercialisation
sur Internet (des animaux détruits, brûlés,
ou enterrés sur place), et ajouter une surveillance
et une vérification à la « Performance,
vision et stratégie » des services
nationaux vétérinaires, qui est actuellement
en train d’être mise en place par l’Organisation
mondiale pour la santé animale et l’Institut
interaméricain pour la coopération
et l’agriculture ?
François Le Gall
: Il y a ici deux éléments
à considérer. Premièrement,
la nécessité de mettre en place des
indemnités qui permettent de s’assurer
que les fermiers, parce qu’ils savent qu’ils
seront indemnisés de façon équitable,
continuent à déclarer l’arrivée
de la maladie à un stade précoce et
acceptent qu’on viennent chez eux détruire
leurs animaux pour des raisons sanitaires. L’indemnisation
fait véritablement partie des mesures de
contrôle.
Certains pays ont mis en place
d’autres mécanismes d’indemnisation
pour leurs paysans en cas de pertes dues à
des maladies animales. La plupart du temps, il s’agit
de mécanismes d’indemnisation privée.
A la Banque mondiale, nous essayons en collaboration
avec l’Organisation mondiale de la santé
animale et d’autres organismes, de réfléchir
au niveau international à un fonds mondial
capable de prendre les mesures d’indemnisation
nécessaires pour aider les pays pauvres à
réagir rapidement à la maladie. Nous
recherchons également des mécanismes
mondiaux qui pourraient prendre en compte toutes
les pertes qui ne sont pas couvertes par le fonds
d’indemnisation dont je viens de parler. Il
s’agit ici de quelque chose de nouveau, de
particulièrement important, qui est pour
nous plus qu’un objectif à moyen terme
pour nous et que nous allons aborder non seulement
dans le contexte de la grippe aviaire, mais également
dans celui de maladies d’origine animale nouvelles
ou récurrentes. La justification de ce mécanisme
est qu’il s’agit d’un avoir public
mondial, et que par conséquent il est du
devoir de la communauté internationale tout
entière de se mobiliser autour de ce problème.
Nook : Qu’est-ce
que la grippe aviaire ? Quand a-t-elle commencé
? De quel pays est-elle partie ?
François Le Gall
: La grippe aviaire est causée par
les virus de la grippe qui circulent parmi les oiseaux.
Il s’agit de quelque chose qui n’est
pas nouveau. Ce qui est nouveau c’est le pouvoir
pathogène élevé de ce virus
et sa propagation rapide parmi les oiseaux de basse-cour.
Quand a-t-elle commencé
? C’est difficile à dire. Ces virus
circulent parmi des oiseaux sauvages en contact
avec des oiseaux de basse-cour. Des flambées
de la maladie sont observées chez les animaux
de basse-cour lorsqu’une souche hautement
pathogène pour eux circule chez les oiseaux
sauvages et leur est transmise à la suite
de contacts avec ces derniers.
La souche H5N1 s’est déclarée
à Hong Kong en 1997, au cours d’une
flambée de la maladie qui n’a fait
que très peu de victimes humaines. C’est
pourquoi nous pensons qu’elle vient de Hong
Kong et qu’elle a démarré en
1997. Elle s’est rapidement répandue
pour atteindre aujourd’hui trois continents.
Ce type de propagation d’un virus hautement
pathogène parmi les oiseaux de basse-cour
ne se produit pas tous les jours, comme vous pouvez
l’imaginer. Avec la grippe aviaire nous avons
typiquement affaite à une maladie de type
zoonotique de portée mondiale.
Dr. Ashish Manohar Urkude
: Observe-t-on des cas inverses, c’est-à-dire
des cas où la maladie humaine est transmise
aux animaux ? Que font les animaux lorsqu’ils
sont malades ? Tout un chacun dans le monde aujourd’hui
est préoccupé par cette maladie et
désire savoir si la Banque mondiale effectue
des recherches qui pourraient s’avérer
utiles pour la solution de ce problème ?
François Le Gall
: Nous sommes concernés ici par
une transmission allant des animaux vers les humains.
Il y a donc deux aspects. Le premier est le fait
que cette maladie animale peut détruire la
production animale avec toutes les implications
que cela peut avoir en termes de pauvreté,
de croissance économique et de commerce.
Le second concerne la santé publique.
Aujourd’hui, la Banque mondiale
aborde clairement ce problème. Elle reconnaît
que la prévention et la maîtrise de
la maladie est un avoir public mondial. Nous avons
un programme de recherche à long terme sur
ce qu’il faut pour mettre en place le cadre
mondial d’un fonds mondial destiné
à aider nos pays membres. Nous avons également
mis en place, à la Banque, avec la disposition
mondiale pour les grippes aviaire et humaine, un
mécanisme de réponse d’urgence
qui, aujourd’hui, permet à travers
des opérations d’urgence d’aider
nos pays membres à aborder la crise.
Sur le plan de la recherche, nous
sommes également actifs par rapport aux implications
socioéconomiques de la maladie. Nous ne sommes
pas les seuls dans ce domaine. En ce qui concerne
les aspects plus scientifiques de la maladie, il
existe des institutions internationales, des organisations
techniques, comme l’Organisation mondiale
pour la santé animale (OIE), l’Organisation
des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
(FAO). Vous avez le CDC à Atlanta. Vous avez
également le réseau des Instituts
Pasteur. Toutes ces institutions sont activement
impliquées dans la recherche vu qu’il
s’agit d’un domaine dans lequel il n’est
pas possible d’apprendre tous les jours. Il
est important pour nous et pour nos clients de recevoir
les conseils de ces institutions scientifiques et
techniques sur les tout derniers développements
et nous ajustons nos réponses en fonction
de ces conseils.
Santa Rusli :
Combien de temps faudra-t-il avant que nous puissions
disposer d’un vaccin contre la grippe aviaire
? Comment ce vaccin sera-t-il distribué dans
le monde ? Quels sont les symptômes qui distinguent
la grippe aviaire de la grippe normale ? Quelle
est la première chose à faire pour
un patient lorsque celui-ci est atteint du virus
H5N1 ?
François Le Gall
: Laissez-moi d’abord répondre
à la question du vaccin. Je laisserai de
côté la partie de vos questions qui
concerne la santé publique étant donné
que je ne suis pas un expert en santé humaine.
En ce qui concerne le vaccin, si vous faites référence
aux vaccins pour la volaille, il faut savoir que
nous en avons en fait déjà plusieurs
qui sont disponibles. Ces vaccins sont très
efficaces, et ils sont produits en quantité
suffisante dans le monde. Même si elle entraîne
beaucoup de difficultés sur le plan logistique,
cette distribution est faisable, et elle est efficace.
Lorsqu’on décide de combiner ces vaccins
avec d’autres outils disponibles, il faut
alors, selon la situation, choisir entre des vaccinations
de masse, ciblées ou d’urgence. Le
message est le suivant : Il s’agit d’une
question complexe et il est par conséquent
important de se référer aux normes
et directives émises par l’Organisation
mondiale de la santé animale (OIE). Ces directives
sont disponibles sur son site web. En ce qui concerne
la santé humaine, le problème est
difficile parce qu’il n’est possible
de commencer la production d’un vaccin humain
que lorsqu’on est en présence d’une
souche pandémique, ce qui, heureusement pour
nous, n’est pas le cas actuellement. Le problème
est donc, premièrement, plus difficile dans
la mesure où il est lié à une
question de temps. On ne peut commencer les travaux
que lorsqu’on dispose d’une souche.
Deuxièmement, se pose aussi actuellement
la question de la capacité de production
de masse. C’est d’ailleurs une chose
sur laquelle la communauté internationale
et des agences techniques (en particulier l’OMS)
travaillent à l’heure actuelle.
>>> Pour en savoir plus
sur ce sujet, veuillez consulter cette page:
http://www.banquemondiale.org/archives/sante-animale-archives.html
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