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Discussion en direct avec François Le Gall sur les maladies animales, leurs conséquences, les risques de pandémie avec la grippe aviaire, le rôle des services vétérinaires et l'aide de la Banque mondiale - 14 juin 2006

Ces dernières années, plusieurs crises sanitaires ont mis en évidence l’ampleur mondiale d’un nombre croissant de maladies animales émergentes et ré-émergentes, en particulier de zoonoses, et ont conduit la communauté internationale à reconnaître que la lutte contre ces maladies était un Bien Public International. La crise de la fièvre aphteuse, de l’encéphalopathie spongiforme bovine et plus récemment de l’influenza aviaire hautement pathogène, en sont des exemples notoires. Ces événements ont contribué à accroître l'intérêt suscité par l’amélioration de la prophylaxie de ces maladies, en particulier en renforçant la capacité des Services Vétérinaires dans le domaine de la détection précoce et de l'intervention rapide pour réduire l’impact économique et social des crises, et plus généralement en plaidant en faveur de l’augmentation des investissements en matière de santé animale et de zoonoses.


Robert McKee : Quelle est la probabilité pour que la grippe aviaire devienne un problème en Amérique du Nord ? Comment les gens peuvent-ils se protéger ?

François Le Gall : Il y a en fait ici deux questions en une. En ce qui concerne la première question : quelles sont les chances que la grippe aviaire devienne un problème en Amérique du Nord. La réponse à cette question est étroitement liée aux routes migratoires des oiseaux. Il est hautement possible que le virus puisse être introduit dans la partie nord du continent américain de cette façon, et ceci pourrait se passer dans les 6 ou 12 prochains mois. Par conséquent, il y a donc une possibilité réelle.

Quant à la seconde question, comment les gens peuvent-ils se protéger. La réponse à cette question tient à des pratiques simples d’hygiène. Tout d’abord, il est important d’éviter tout contact avec des animaux malades, des oiseaux malades ou des oiseaux morts. Il est également important de bien éduquer les enfants, de leur faire comprendre qu’ils ne peuvent pas ramasser des oiseaux morts, ou manipuler des animaux malades. Si vous êtes cependant amenés à le faire, lavez-vous les mains à l’eau savonneuse. C’est un moyen fort efficace car le virus est très vulnérable au savon. Éviter de mettre vos mains sur la figure lorsque vous vous trouvez dans des zones où la maladie est apparue. Comme vous le voyez, il y a des choses très simples que vous pouvez faire pour vous protéger.

Le deuxième élément a trait à la sécurité alimentaire, et j’y reviendrai, vu qu’il y a plusieurs questions sur ce sujet.


Cheng Lee : Est-il vraiment nécessaire de tuer autant de poulets dans des endroits comme le Vietnam ou l’Indonésie, où on a trouvé un cas de grippe aviaire ?

François Le Gall : Ceci est une question très importante. Dans le cas du Vietnam et de l’Indonésie, la maladie a maintenant atteint un degré endémique, ce qui veut dire que le virus se retrouve partout et qu’il est là pour longtemps. Par conséquent, non, il n’est pas nécessaire de tuer tant de poulets. En fait, la mesure qui consiste à tuer les poulets est au départ la meilleure pour empêcher la propagation du virus. Mais dans certains cas, lorsque ce n’est pas efficace, ou que ce n’est pas possible parce que vous n’avez pas les moyens de le faire, il est important de compléter cette mesure par des outils supplémentaires, comme par exemple la vaccination de la volaille. Ce que nous recommandons donc n’est pas de tuer autant de volaille, parce que le faire implique que vous n’êtes pas capable de maîtriser la maladie, mais de commencer par tuer de la volaille et indemniser les propriétaires, d’essayer de contenir le virus et d’empêcher sa propagation, de mettre en place des moyens de contrôle du mouvement des oiseaux et de tous les autres produits contaminés, de mettre en œuvre des mesures de biosécurité, bref toute une série de mesures qui permettent d’arrêter la propagation de la maladie. Si vous ne réussissez pas à maîtriser la maladie, alors vous pourrez toujours envisager de vacciner les oiseaux, en tant que mesure complémentaire.


Aaron Bendal : Comment la maladie se transmet-elle des animaux aux êtres humains ? Est-ce que le fait de porter des gants ou des vêtements de protection empêche la transmission de la maladie ?

François Le Gall : Dans le cas de la grippe aviaire, les voies oculaires et respiratoires sont impliquées. Pour d’autres maladies, il y a plusieurs autres contacts possibles, directs ou indirects, entre les animaux et les personnes, ou une transmission via les produits animaux, selon le type de maladie qui est impliqué. En ce qui concerne les équipements protecteurs, oui, des gants et des vêtements protecteurs ainsi que des masques peuvent être des moyens efficaces de protection vu la transmission par les voies respiratoires. Ces équipements sont d’ailleurs utilisés par les travailleurs de première ligne qui sont en contact proche avec des animaux morts ou malades, et qui doivent se déplacer dans les zones où la maladie s’est déclarée. Ces équipements ne sont pas recommandés pour tout le monde. Il faut limiter leur usage aux personnes qui sont réellement exposées au virus et ont des contacts proches avec des animaux malades. Ces personnes devront porter des masques, voire des masques à usage unique qui sont efficaces pendant 6 à 8 heures, ainsi que des vêtements de protection. En ce qui concerne la protection, je reviens à ma réponse précédente : la façon la plus efficace de se protéger de la contamination est d’éviter les contacts et de se laver les mains.


Nathalie Martinet : Peut-on attraper la grippe aviaire ou toute autre maladie animale en mangeant de la viande cuite ?

François Le Gall : Oui, c’est possible. Mais en général, la température de cuisson va tuer les différents virus. Par exemple, en ce qui concerne la viande, si vous la cuisez à une température de 70 degrés Celsius pendant quelques secondes, cette température va tuer les virus. En ce qui concerne les œufs, une température de 60 degrés Celsius pendant quelques secondes va également tuer les virus. D’habitude, les virus ne survivent pas à des températures supérieures à 60 degrés Celsius. Par conséquent, une bonne cuisson va obligatoirement tuer les virus. Par contre, des parasites et des bactéries peuvent développer des formes résistantes. Nous les appelons des spores dans le cas des bactéries. Elles peuvent produire des toxines dites thermostables et constituer par conséquent poser un problème en termes de sécurité alimentaire. A ce sujet, il faut que vous sachiez que les services vétérinaires publics prennent des mesures à cet effet et s’assurent que tout produit animal mis sur le marchés est inspecté et sûr pour la consommation.


Mamadou Wague : Quelles sont les mesures que les pays peuvent prendre pour protéger leurs citoyens contre la grippe aviaire ?

François Le Gall : Il est important de se rappeler qu’il s’agit ici principalement d’une maladie animale. Elle affecte le secteur de la volaille et il est très difficile pour les êtres humains d’être infectés. Il est également important de mentionner ici que l’un des meilleurs moyens d’éviter le contact et l’infection des humains par les animaux est de s’attaquer à la maladie au niveau de l’animal, c’est-à-dire au sein du secteur de la volaille et de tenter d’y abaisser la charge virale dans l’environnement. Le niveau d’exposition des êtres humains sera ainsi minimisé. Le message est donc le suivant : si vous voulez protéger vos citoyens, la première et la meilleure des choses à faire est de vous attaquer à la maladie au niveau de la source animale. C’est d’ailleurs le mandat des services vétérinaires officiels.

La seconde mesure qui doit être prise a trait à la communication. Celle-ci est en effet essentielle. Elle assurera que tous les citoyens, et le monde rural en particulier, sont bien conscients des risques et savent exactement ce qu’ils doivent faire, en particulier la façon dont ils peuvent se protéger en appliquant des pratiques d’hygiènes très simples.


Martin Rabelle : Que font les organisations internationales, les gouvernements pour éviter une pandémie de grippe aviaire ?

Pépé Nagyimé : Quels sont les points communs et les différences entre la grippe aviaire et le SRAS ?

François Le Gall : Toutes deux sont des maladies qu’on appelle zoonotiques. Ceci veut dire des maladies d’origine animale mais qui peuvent être communes aux animaux et aux hommes. Toutes deux sont des maladies virales. Il s’agit d’un virus différent, mais toutes deux sont des maladies virales ayant la même zone géographique pour origine, à savoir l’Asie du Sud. Toutes deux se transmettent par voie respiratoire, et dans une moindre mesure par voie oculaire. Toutes deux sont également très pathogènes pour les hommes.

La principale différence est que le SARS est hautement contagieux d’être humain à être humain, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle pour le virus de la grippe aviaire qui est difficilement transmissible de l’animal à l’homme.


Roger Namiba : Comment peut-on aider l’Afrique à faire face au virus de la grippe aviaire ?

François Le Gall : Ceci est à nouveau une question importante. En guise d’introduction, je voudrais dire que l’Afrique est un cas spécial vu que l’élevage est un moyen de subsistance extrêmement important pour les populations de ce continent, en particulier pour les personnes pauvres et l’économie de façon générale. C’est également un continent qui est victime de nombreuses maladies importantes, tant humaines qu’animales, y compris des maladies zoonotiques majeures. C’est aussi un continent où la majorité des pays n’ont que de faibles capacités en matière de services de santé vétérinaire et de santé humaine. Par conséquent, il est extrêmement important d’aider l’Afrique.

Cependant, l’Afrique dispose de nombreux avantages. Tout d’abord, elle est dotée d’institutions telles que l’Union africaine et son bureau de l’élevage (BAR) à Nairobi, qui est impliqué dans la lutte contre la maladie. L’équivalent pour les maladies humaines est le bureau AFRO de l’OMS à Brazzaville. En Afrique, nous avons également la plateforme dite ALive (l’abréviation de Africa Livestock) au sein de laquelle on retrouve les principaux acteurs, les partenaires politiques, les donateurs et les autres partenaires techniques. Cette plateforme a été mobilisée pour appuyer les pays africains et les institutions régionales, et les aider à maîtriser le virus. En Afrique, nous faisons la même chose que ce qui a été fait dans d’autres pays précédemment infectés en Asie et en Europe. Nous aidons les gouvernements à mettre en place un plan national de lutte intégrée qui s’attaque aux maladies à la fois animales et humaines, et en même temps renforce la communication vis-à-vis des populations.

Récemment, à Vienne, il y a quelques semaines, la communauté internationale a convenu que plus d’appui était nécessaire pour l’Afrique. Par conséquent, elle s’est mobilisée tout entière pour aider l’Afrique.


Christopher Delgado : Comment fait-on pour évaluer les compromis risques/coûts entre une situation présentant un risque hautement probable et très élevé financièrement de décapitalisation des groupes pauvres dans les pays pauvres, résultant d’une indemnisation sélective insuffisante, et le fait que le risque de pandémie humaine a une faible probabilité mais un coût terriblement élevé ?

François Le Gall : Ceci est une question difficile, et je ne suis pas certain de pouvoir vous donner une réponse complète. Permettez-moi de vous donner quelques éléments de réponse. Nous en revenons à nouveau à la réponse technique à la maladie. Il n’est pas question de décapitaliser l’entièreté du secteur de la volaille d’un pays. Il s’agit d’éliminer les animaux à risque dans des cas très spécifiques, et de façon limitée, pour tenter d’arrêter le virus dès l’émergence de la maladie. Ce faisant, et cela est capital, il faut mettre en place des mécanismes d’indemnisation efficaces qui assurent que les paysans vont effectivement déclarer la maladie dès qu’ils la verront apparaître.

La meilleure formule est la suivante : l’indemnisation et l’élimination sont les moyens les plus appropriés pour empêcher la propagation de la maladie. Mais dans de nombreux cas, elles ne suffisent pas et il faut y ajouter d’autres instruments, y compris la possibilité de recourir à la vaccination, qu’elle soit ciblée ou de masse. Tout va dépendre de l’évaluation des risques. Ceci répond peut-être un peu à votre question, en ce sens qu’il n’est pas question de décapitaliser les groupes pauvres dans les pays pauvres mais que dans les cas où l’élimination des volailles malades est nécessaire, on entreprendra également des actions plus complètes qui comprendront la vaccination et d’autres mesures de contrôle.


Kouame marcel : - Combien de temps faut-il pour l'incubation de la groupe aviaire ? - Combien de temps un oiseau qui quitte l'Asie met-il pour arriver en Côte d'Ivoire et comment fait-il pour survivre et venir contaminer des volailles en Côte d'Ivoire ? - Que sont devenus les six membres d'une famille qui avaient été contaminés et à propos desquels on pensait à une contamination d’homme à homme ? - Que prévoient les organismes internationaux pour venir en aide aux pays touchés par la grippe aviaire pour corriger le mal sachant que chez moi en Côte d'Ivoire l'état a dû débourser 1500 FCFA.

François Le Gall : Il y a ici à nouveau plusieurs questions en une. Tout d’abord en ce qui concerne l’incubation. Pour les animaux, celle-ci est de l’ordre de trois à cinq jours. Pour les humains, elle varie d’une à deux semaines avant l’apparition des premiers symptômes. En ce qui concerne la migration, le sujet est très complexe vu qu’il existe différentes espèces qui ont toutes des sensibilités différentes au virus. On peut avoir des oiseaux qui sont porteurs du virus mais qui ne présentent absolument aucun symptôme. Ils peuvent voler sur de très longues distances et atteindre plusieurs continents, par exemple jusqu’en Côte d’Ivoire et être en contact avec des animaux domestiques dans ce pays, et par conséquent y être responsables de l’introduction de la maladie.

Il existe des oiseaux qui sont peut-être un peu moins sensibles au virus. Ils peuvent afficher certains symptômes et mourir durant leur migration. Cependant, ils auront eu le temps de transmettre le virus à d’autres oiseaux sauvages qui vont continuer la migration, transporter le virus et rentrer en contact avec des oiseaux domestiques. Toutes les combinaisons de ces différents évènements peuvent arriver. Par conséquent, c’est tout à fait possible. Il m’est très difficile de vous répondre par oui ou par non. De nouveau, tout va dépendre de chaque oiseau et de la sensibilité à la maladie de son espèce. Si les oiseaux sont tous sensibles et meurent rapidement, comme c’est le cas pour la volaille domestique, le risque associé à la migration sera minimisé. Malheureusement, ceci n’est pas le cas.

Quant à votre question sur la transmission d’être humain à être humain, cette dernière n’a pas encore été démontrée. Jusqu’ici par conséquent il n’y a pas encore de transmission d’être humain à être humain. Cependant, il est important de noter que les êtres humains peuvent être infectés dans des situations où ils rentrent en contact direct avec des animaux malades. Lorsque cela se produit, à cause de l’effet pathogène élevé de la maladie sur l’homme, on observe des taux de mortalité élevés qui peuvent aller jusqu’à 50 %.

Votre dernière question fait référence à l’indemnisation des paysans. À nouveau, ceci est absolument capital. Il faut s’assurer que les paysans soient bien informés du fait qu’ils seront indemnisés de façon équitable, à un taux adéquat, pour qu’ils soient encouragés à déclarer la maladie à un state précoce. Dans ces conditions, on aura de bien meilleures chances de traiter la maladie dès le début du processus, ce qui est crucial. Cependant, l’indemnisation est difficile parce qu’il faut mettre au point des barèmes, qui ne soient ni trop haut ni trop bas, pour éviter toutes les distorsions que l’on peut imaginer. Nous avons mis en place un mécanisme qui assure que les bonnes personnes seront effectivement indemnisées. Ce genre de mécanismes est toujours difficile à mettre en place. Mais c’est quelque chose qu’il faut faire dans chacun des pays.


Jamal : comment expliquez-vous, pour autant que cela soit vrai, que le Maroc soit épargné par la grippe aviaire alors qu'il se trouve sur le chemin des oiseaux migrateurs ?

François Le Gall : Franchement je ne sais pas. Il y a trois possibilités. La première est que rien n’est arrivé et que les oiseaux sauvages n’aient pas été infectés et ne soient pas entrés en contact avec des oiseaux domestiques. La seconde possibilité est que cela est arrivé mais que cela n’a pas été détecté par les services vétérinaires officiels. Il existe encore une troisième possibilité, qui peut aussi se produire, bien que je ne pense pas que ce soit le cas au Maroc. Elle s’est cependant produite dans d’autres pays. Il s’agit du fait que, pour des tas de raisons, le pays ait choisi de ne pas déclarer l’arrivée de la maladie ou de retarder cette déclaration. Je ne connais pas la situation particulière du Maroc et je vous ai donné les trois possibilités théoriques.


Guèye Mamadou : Quelle stratégie faudrait-il mettre en place pour protéger les fermes avicoles des paysans pauvres face à la menace de la grippe aviaire transmise par les oiseaux migrateurs

François Le Gall : Laissez-moi tout d’abord vous rappeler que la contamination par les oiseaux sauvages est une des formes de contamination mais non la seule, et probablement pas la principale. Des mouvements d’oiseaux non contrôlés ou illégaux, des oiseaux vivants ou des produits contaminés, des aliments pour la volaille sont également responsables de la transmission et de la propagation de la maladie. Il est très important de reconnaître ce fait. Par conséquent, dans le cas des éleveurs de volaille pauvres je pense qu’il est essentiel de bien les informer et de les former par rapport à cette maladie, des risques qu’elle présente, des premières mesures qu’ils ont à prendre pour y répondre et pour essayer d’en minimiser ou d’éviter l’introduction. Si la maladie se déclare, il faut alors s’assurer que les éleveurs de volaille soient indemnisés comme il faut et les aider à mettre en place des mesures de contrôle.


Marguerite Voltaire Harlem : A Camp-Perrin l'élevage est l'une des activités principales de la population. Il n’existe par contre que peu de gens ayant une connaissance en technique vétérinaire capables de soigner les animaux de cette communauté. A cause de cela les gens ont depuis des années vu mourir beaucoup de leur bêtes. Par exemple, chaque année et particulièrement en été, la fièvre des poulets tue beaucoup de ces oiseaux, sans que, jusqu'a présent, on n’ait enregistré de contamination des gens. Donc comment la banque mondiale, de concert avec l'etat haïtien, peut-elle aider cette communauté à résoudre ce problème? Il en va de même avec les porcs.

François Le Gall : Il s’agit ici, pour les pays pauvres, d’une question de capacité nationale en matière de maladie et de services vétérinaires. La grippe aviaire nous a démontré qu’il est aujourd’hui crucial pour la communauté internationale d’aider les pays pauvres à acquérir les moyens appropriés et des services vétérinaires dotés de tous les moyens nécessaires pour assurer la prévention de l’introduction de la maladie. Au cas où la maladie s’introduit, il est tout aussi essentiel de les aider à en prévenir la propagation, et pas seulement pour la grippe aviaire. Il faut en effet rappeler que les mêmes mesures vont s’appliquer à toutes les maladies qui peuvent apparaître ou refaire surface, et il y a beaucoup, beaucoup de maladies qui surgir dans le monde animal. Par conséquent, ceci est à nouveau une question de développement des capacités. Lorsque nous parlons aujourd’hui des services vétérinaires, ceux-ci ne comprennent pas seulement les services du secteur public, qui ont cette prévention pour mandat, mais également le secteur privé, les vétérinaires privés, les organisations de producteurs, les paysans eux-mêmes, qui sont les premières sentinelles, qui sont en fait ceux qui vont voir la maladie au moment où elle se déclare et qui vont appeler les vétérinaires privés ou publics pour faire démarrer la réponse à la maladie.

Il s’agit par conséquent d’un véritable partenariat entre le secteur public, le secteur privé, et le secteur associatif. Il est donc plus que temps pour la communauté internationale, y compris pour la Banque mondiale, de renforcer les services vétérinaires pour les aider à faire de la détection précoce et à mettre en place des réponses rapides aux maladies d’origine animale qui émergent ou qui refont surface, comme la grippe aviaire.


Ajayi Tunde : Quels sont les symptômes, les mesures préventives, les mesures de contrôle, de traitement et le pronostic de la grippe aviaire ?

François Le Gall : Il y a plusieurs symptômes. A cause du haut pouvoir pathogène du virus, la plupart du temps ce qu’on observe c’est une mortalité très élevée dans un troupeau de volaille. En plus de cela, vous avez également tous les symptômes associés aux maladies respiratoires. En ce qui concerne les mesures de prévention et de contrôle, la première chose à faire est de s’assurer que la maladie ne s’introduit pas dans votre élevage ou dans votre village ou dans votre pays. Il existe des mesures préventives de surveillance et de détection précoce. Si malgré tout la maladie se déclare, il est alors extrêmement important d’alerter les services vétérinaires officiels et de s’assurer qu’on parviendra à contenir la propagation du virus. S’il n’existe que quelques flambées isolées de la maladie, la meilleure chose à faire est de tuer tous les animaux qui sont infectés ou à risque. Ensuite, il faut disposer des carcasses et de tous les autres produits animaux. Enfin, il faudra aller se laver et se désinfecter et attendre trois semaines avant de commencer à reconstituer l’élevage. Ce sont des mesures qui ont été très bien développées par l’Organisation mondiale pour la santé animale(OIE) et que chaque pays devrait suivre.

En ce qui concerne le traitement, il n’en existe pas pour les oiseaux. Si la maladie s’introduit dans un élevage, surtout s’il s’agit d’un élevage à haute densité et concentré, la mortalité sera très élevée et il est probable que l’élevage entier sera perdu.


Daniel Crickx : Quand pensez-vous que la pandémie va arriver ?

François Le Gall : Personne aujourd’hui, pas même les experts, n’est capable de prédire si et quand une pandémie va se déclarer. Répétons que la probabilité est faible mais que l’impact est très important. C’est pourquoi, malgré cette faible probabilité, il est très important, à cause de l’énorme impact qu’une pandémie pourrait avoir dans le monde, que chaque pays se prépare du mieux qu’il le peut pour faire face à cette possibilité.

La probabilité d’une pandémie est liée à la charge virale du virus de la grippe aviaire dans l’environnement, et, par conséquent, un des meilleurs moyens d’éviter la pandémie est de s’attaquer à la maladie au niveau de ses sources animales, et de s’assurer que nous maîtrisons la maladie dans le secteur de la volaille en prenant toutes les mesures vétérinaires qui s’imposent.


Hua Wilfried : quelles sont les incidences et les avantages de la grippe aviaire sur l'economie de la Cote d'Ivoire-

François Le Gall : À ma connaissance, on n’a encore ni calculé ni estimé ces incidences. Mais ce que nous savons c’est que la Côte d’Ivoire est un pays où l’industrie de la volaille est très importante. Le pays a d’ailleurs énormément investi dans ce secteur. Tant au niveau de la production villageoise que de la production industrielle, il s’agit par conséquent de quelque chose d’important pour le pays. Nous avons aujourd’hui l’expérience du Vietnam où cette incidence a été calculée. Le simple fait de perdre 44 millions d’oiseaux, soit 17 % de la population avicole totale, morts à cause de la maladie ou tués suite à l’application de mesures sanitaires, représente une perte directe estimée à 120 millions de dollars EU, équivalant à 0,3 % du PIB de ce pays.

Les conséquences socioéconomiques peuvent donc être énormes. Nous constatons aujourd’hui qu’en plus des coûts directs que je viens de mentionner pour le Vietnam, cette maladie et d’autres maladies d’origine animale peuvent avoir un impact majeur en raison de leurs coûts indirects liés aux retombées sur les autres secteurs, aux effets à long terme, etc.. Lorsque ces différents éléments sont pris en considération, le coût socioéconomique total peut être gigantesque.


Richard L. Johnson : Prévenir la propagation de maladie telles que la grippe aviaire est un bien public mondial, les bénéfices en sont également partagés au niveau mondial. Une approche plus orientée vers le marché ne pourrait-elle pas être conçue et appliquée pour directement indemniser les éleveurs de volaille des pays en développement ? Par exemple, quels éléments du marché sont-ils nécessaires pour que les nations développées puissent payer directement les éleveurs des pays en développement pour la volaille qu’ils doivent éliminer. Cela devrait réduire les détournements d’indemnisations, qui autrement découlent des transferts de subventions des agences gouvernementales vers les paysans ? Pourrait-on envisager une commercialisation sur Internet (des animaux détruits, brûlés, ou enterrés sur place), et ajouter une surveillance et une vérification à la « Performance, vision et stratégie » des services nationaux vétérinaires, qui est actuellement en train d’être mise en place par l’Organisation mondiale pour la santé animale et l’Institut interaméricain pour la coopération et l’agriculture ?

François Le Gall : Il y a ici deux éléments à considérer. Premièrement, la nécessité de mettre en place des indemnités qui permettent de s’assurer que les fermiers, parce qu’ils savent qu’ils seront indemnisés de façon équitable, continuent à déclarer l’arrivée de la maladie à un stade précoce et acceptent qu’on viennent chez eux détruire leurs animaux pour des raisons sanitaires. L’indemnisation fait véritablement partie des mesures de contrôle.

Certains pays ont mis en place d’autres mécanismes d’indemnisation pour leurs paysans en cas de pertes dues à des maladies animales. La plupart du temps, il s’agit de mécanismes d’indemnisation privée. A la Banque mondiale, nous essayons en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé animale et d’autres organismes, de réfléchir au niveau international à un fonds mondial capable de prendre les mesures d’indemnisation nécessaires pour aider les pays pauvres à réagir rapidement à la maladie. Nous recherchons également des mécanismes mondiaux qui pourraient prendre en compte toutes les pertes qui ne sont pas couvertes par le fonds d’indemnisation dont je viens de parler. Il s’agit ici de quelque chose de nouveau, de particulièrement important, qui est pour nous plus qu’un objectif à moyen terme pour nous et que nous allons aborder non seulement dans le contexte de la grippe aviaire, mais également dans celui de maladies d’origine animale nouvelles ou récurrentes. La justification de ce mécanisme est qu’il s’agit d’un avoir public mondial, et que par conséquent il est du devoir de la communauté internationale tout entière de se mobiliser autour de ce problème.


Nook : Qu’est-ce que la grippe aviaire ? Quand a-t-elle commencé ? De quel pays est-elle partie ?

François Le Gall : La grippe aviaire est causée par les virus de la grippe qui circulent parmi les oiseaux. Il s’agit de quelque chose qui n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau c’est le pouvoir pathogène élevé de ce virus et sa propagation rapide parmi les oiseaux de basse-cour.

Quand a-t-elle commencé ? C’est difficile à dire. Ces virus circulent parmi des oiseaux sauvages en contact avec des oiseaux de basse-cour. Des flambées de la maladie sont observées chez les animaux de basse-cour lorsqu’une souche hautement pathogène pour eux circule chez les oiseaux sauvages et leur est transmise à la suite de contacts avec ces derniers.

La souche H5N1 s’est déclarée à Hong Kong en 1997, au cours d’une flambée de la maladie qui n’a fait que très peu de victimes humaines. C’est pourquoi nous pensons qu’elle vient de Hong Kong et qu’elle a démarré en 1997. Elle s’est rapidement répandue pour atteindre aujourd’hui trois continents. Ce type de propagation d’un virus hautement pathogène parmi les oiseaux de basse-cour ne se produit pas tous les jours, comme vous pouvez l’imaginer. Avec la grippe aviaire nous avons typiquement affaite à une maladie de type zoonotique de portée mondiale.


Dr. Ashish Manohar Urkude : Observe-t-on des cas inverses, c’est-à-dire des cas où la maladie humaine est transmise aux animaux ? Que font les animaux lorsqu’ils sont malades ? Tout un chacun dans le monde aujourd’hui est préoccupé par cette maladie et désire savoir si la Banque mondiale effectue des recherches qui pourraient s’avérer utiles pour la solution de ce problème ?

François Le Gall : Nous sommes concernés ici par une transmission allant des animaux vers les humains. Il y a donc deux aspects. Le premier est le fait que cette maladie animale peut détruire la production animale avec toutes les implications que cela peut avoir en termes de pauvreté, de croissance économique et de commerce. Le second concerne la santé publique.

Aujourd’hui, la Banque mondiale aborde clairement ce problème. Elle reconnaît que la prévention et la maîtrise de la maladie est un avoir public mondial. Nous avons un programme de recherche à long terme sur ce qu’il faut pour mettre en place le cadre mondial d’un fonds mondial destiné à aider nos pays membres. Nous avons également mis en place, à la Banque, avec la disposition mondiale pour les grippes aviaire et humaine, un mécanisme de réponse d’urgence qui, aujourd’hui, permet à travers des opérations d’urgence d’aider nos pays membres à aborder la crise.

Sur le plan de la recherche, nous sommes également actifs par rapport aux implications socioéconomiques de la maladie. Nous ne sommes pas les seuls dans ce domaine. En ce qui concerne les aspects plus scientifiques de la maladie, il existe des institutions internationales, des organisations techniques, comme l’Organisation mondiale pour la santé animale (OIE), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Vous avez le CDC à Atlanta. Vous avez également le réseau des Instituts Pasteur. Toutes ces institutions sont activement impliquées dans la recherche vu qu’il s’agit d’un domaine dans lequel il n’est pas possible d’apprendre tous les jours. Il est important pour nous et pour nos clients de recevoir les conseils de ces institutions scientifiques et techniques sur les tout derniers développements et nous ajustons nos réponses en fonction de ces conseils.


Santa Rusli : Combien de temps faudra-t-il avant que nous puissions disposer d’un vaccin contre la grippe aviaire ? Comment ce vaccin sera-t-il distribué dans le monde ? Quels sont les symptômes qui distinguent la grippe aviaire de la grippe normale ? Quelle est la première chose à faire pour un patient lorsque celui-ci est atteint du virus H5N1 ?

François Le Gall : Laissez-moi d’abord répondre à la question du vaccin. Je laisserai de côté la partie de vos questions qui concerne la santé publique étant donné que je ne suis pas un expert en santé humaine. En ce qui concerne le vaccin, si vous faites référence aux vaccins pour la volaille, il faut savoir que nous en avons en fait déjà plusieurs qui sont disponibles. Ces vaccins sont très efficaces, et ils sont produits en quantité suffisante dans le monde. Même si elle entraîne beaucoup de difficultés sur le plan logistique, cette distribution est faisable, et elle est efficace. Lorsqu’on décide de combiner ces vaccins avec d’autres outils disponibles, il faut alors, selon la situation, choisir entre des vaccinations de masse, ciblées ou d’urgence. Le message est le suivant : Il s’agit d’une question complexe et il est par conséquent important de se référer aux normes et directives émises par l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Ces directives sont disponibles sur son site web. En ce qui concerne la santé humaine, le problème est difficile parce qu’il n’est possible de commencer la production d’un vaccin humain que lorsqu’on est en présence d’une souche pandémique, ce qui, heureusement pour nous, n’est pas le cas actuellement. Le problème est donc, premièrement, plus difficile dans la mesure où il est lié à une question de temps. On ne peut commencer les travaux que lorsqu’on dispose d’une souche. Deuxièmement, se pose aussi actuellement la question de la capacité de production de masse. C’est d’ailleurs une chose sur laquelle la communauté internationale et des agences techniques (en particulier l’OMS) travaillent à l’heure actuelle.

>>> Pour en savoir plus sur ce sujet, veuillez consulter cette page:
http://www.banquemondiale.org/archives/sante-animale-archives.html

 

(a) indique une page en anglais.

 
 

 

 

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