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Le rapport « Repositioning
Nutrition as Central to Development » (Redonner
à la nutrition une place centrale dans le
développement) indique que la malnutrition
est l’un des problèmes de santé
les plus sérieux au niveau mondial. La malnutrition
peut cependant être empêchée
avec plus d’aide financière, et si
les pays prennent des actions appropriées.
Pour
en savoir plus sur ce rapport, cliquez ici.
Ismael Miller :
Au sujet des programmes de nutrition destinés
aux enfants de plus de 2 ans, vous avancez l’argument
comme quoi ce n’est pas assez, et c’est
trop tard… Mais vous devez bien admettre qu’il
y aurait un certain effet bénéfique
à en tirer ?
Meera Shekar : Oui, il pourrait
y avoir un certain effet bénéfique
à en tirer, mais, à mon sens, l’aspect
qui a plus d’importance à cet égard,
c’est ce qu’on peut faire qui soit le
plus rentable. Et tous les éléments
d’appréciation qu’on possède
à ce jour montrent que la meilleure façon
de rentabiliser son investissement, c’est
d’investir dans les besoins de l’enfant
durant la grossesse ou pendant les deux premières
années de l’existence. Si l’on
investit plus tard, le dommage a déjà
été fait et il y a très peu
de choses qu’on puisse faire pour y remédier.
Par conséquent, quoiqu’on fasse pour
les enfants après l’âge de 2
ans, c’est trop peu, trop tard, et aussi très
coûteux du point de vue des subsides publics.
Sola Osidele :
Y a-t-il un risque quelconque pour les enfants qui
sont entièrement nourris au sein, sans aucune
préparation lactée particulière
qui soit envisageable ? Est-ce que la qualité
des aliments consommés par la mère
a un quelconque impact sur la qualité du
lait maternel consommé par l’enfant
?
Meera Shekar : Pour la plupart
des enfants, tout ce qu’il leur faut durant
les six premiers mois de leur vie, c’est d’être
exclusivement nourris au sein, et je tiens à
mettre vraiment l’accent sur l’aspect
exclusif de la chose. L’enfant n’a même
pas besoin d’eau. Cela, on ne le sait pas
généralement, et beaucoup de gens
introduisent de fait d’autres aliments, mais
tout ce à quoi cela aboutit, c’est
des infections.
Donc, tout ce qu’il faut à l’enfant
au cours des six premiers mois, c’est du lait
maternel uniquement. Après l’âge
de 6 mois, l’enfant a de fait besoin d’aliments
supplémentaires. Beaucoup de ces aliments
peuvent dériver du régime alimentaire
existant de la famille, et il n’y a donc pas
besoin d’aliments particuliers à proprement
parler, bien qu’ils soient parfois disponibles
et puissent donc servir.
Vous vouliez savoir si la qualité du régime
alimentaire de la mère a une incidence sur
le lait maternel. L’organisme de la mère
est physiologiquement tel qu’il cherche à
ne pas compromettre la qualité du lait maternel
— sa qualité ou sa quantité.
C’est ce qu’il cherche à faire,
et donc, dans une assez large mesure, si l’état
de la mère est déficient, le bébé
n’en souffrira pas. Mais si l’état
de la mère est sérieusement déficient,
alors oui, cela aura un impact sur la qualité
du lait maternel, tout comme sur sa quantité.
Lawson : La nutrition
est au carrefour de tous les secteurs : santé,
agriculture, transport, etc. Mais, malheureusement,
dans mon pays, le Bénin, les ministères
ont du mal à se mettre ensemble pour mettre
en place une stratégie de promotion de la
nutrition. D’ailleurs, les plans stratégiques
ont été élaborés, actualisés,
mais n’ont jamais été mis en
œuvre. Au même moment, le taux de malnutrition
ne cesse d’augmenter. En quoi votre réflexion
sur le sujet peut améliorer cette situation
?
Meera Shekar : Cette situation
dans laquelle se trouve le Bénin n’est
pas inhabituelle. C’est un problème
qui se pose également dans beaucoup de pays
et beaucoup d’institutions, le problème
étant que la nutrition est une question multisectorielle,
et c’est donc une importante question. Il
y a plusieurs moyens de s’y prendre pour aborder
cette question, et beaucoup de pays s’y sont
pris différemment, en fonction de leur situation
propre.
Certains pays pensent que la meilleure façon
de traiter la nutrition consiste à en faire
un problème multisectoriel, mais à
l’aborder d’une façon sectorielle.
Par conséquent, on laisse le ministère
de la santé continuer de faire ce qu’il
est en mesure de faire pour améliorer la
nutrition, et le ministère de l’agriculture,
le ministère de l’éducation,
etc., feraient leur part. Chaque ministère
s’occuperait de la part qui lui revient. Mais
il n’est pas nécessaire d’avoir
des programmes multisectoriels. C’est une
chose qui mérite réflexion, mais l’idée
est d’agir à l’échelon
sectoriel. C’est une façon de traiter
de cette question.
C’est ce qu’ont fait certains pays :
à Madagascar, par exemple, ils ont essayé
de mettre en place une institution faîtière,
de type conseil national de la nutrition, destinée
à assurer la coordination entre les ministères.
Mais l’important dans ce contexte est de s’assurer
que le conseil de la nutrition qui est établi
a effectivement un certain pouvoir pour fédérer
les divers ministères. Il y a énormément
de modèles différents d’un pays
à l’autre pour aborder ce problème,
et ils espèrent également, et nous
espérons aussi, étudier cette question
d’un peu plus près pour voir quels
sont les dispositifs institutionnels les mieux adaptés
à la mise en œuvre de programmes de
nutrition.
Nafiou : Au Niger,
mon pays, la malnutrition est un phénomène
structurel lié à une habitude alimentaire.
De nombreux enfants sont pénalisés
et voient leur avenir compromis. C’est comme
si la malnutrition crée une inégalité
entre les enfants quant à leur chance de
réussir. Comment limiter cet effet négatif
? Ne serait-il pas possible d’envisager de
soutenir un peu plus tard les enfants victimes de
la malnutrition ?
Meera Shekar : Merci. C’est
une excellente question, et c’est précisément
l’idée maîtresse de tout ce rapport
: que faire pour prévenir les effets négatifs
de la malnutrition ? Et, comme je l’ai déjà
dit en réponse à l’une des autres
questions, la meilleure façon de prévenir
la malnutrition consiste à empêcher
les dommages qui se produisent entre la grossesse
et l’âge de 2 ans, mais en se concentrant
sur une intervention au niveau de ce groupe d’âge,
qu’il s’agisse de réduire l’insuffisance
pondérale à la naissance ou de s’assurer
que les enfants sont exclusivement nourris au lait
maternel, qu’ils ont accès à
des soins de santé adéquats, et qu’ils
vivent dans de bonnes conditions d’hygiène.
Dr A. Sarvalingam :
Dans la plupart des pays en développement,
la malnutrition l’emporte uniquement à
cause de la pauvreté ; c’est aux autorités
de prendre des mesures pour éradiquer la
pauvreté. L’aide visant à établir
des services de santé appropriés permet
d’améliorer le sort des populations
de ces pays.
Meera Shekar : Vous avez raison
de penser que la malnutrition est en grande partie
liée à la pauvreté, mais je
ne serais pas d’accord pour dire qu’elle
l’est entièrement. Je crois qu’on
a suffisamment d’indications en notre possession
et, si vous lisez le rapport, vous verrez ces indications
montrant de façon certaine que les taux de
malnutrition sont plus élevés dans
les pays plus pauvres. Mais même dans les
pays pauvres, pour tenter de résoudre ce
problème du lien entre malnutrition et pauvreté,
la Banque axe absolument son effort sur la réduction
de la pauvreté ; c’est là son
mot d’ordre. Mais il faudra beaucoup de temps
pour réduire la pauvreté et, si l’on
attend que cela se fasse, il faudra aller bien au-delà
de 2015 avant d’être en mesure de régler
la malnutrition. L’argument qu’on essaie
donc de présenter dans ce document, c’est
qu’on veut faire en sorte d’aller au-delà
des considérations de pauvreté monétaire
et, de fait, la malnutrition est ce qu’on
appelle le visage même de la pauvreté
non monétaire. C’est une forme de pauvreté
proprement dite.
Ce qu’on veut donc, c’est avoir des
programmes directement axés sur le problème
de la malnutrition, en plus des programmes de lutte
contre la pauvreté. Et si vous considérez
certaines des données contenues dans le rapport,
elles montrent qu’en fait, dans un pays comme
l’Inde — et je suppose que vous êtes
originaire de l’Inde, Dr Sarvalingam —,
même parmi les catégories de revenus
supérieures, 25 % des enfants présentent
une insuffisance pondérale et 64 % sont anémiques.
La malnutrition se concentre donc de façon
certaine parmi les pauvres, mais elle ne se limite
pas aux seuls pauvres.
Mavioga : Pourquoi
n’arrive-t-on pas à régler la
question de la malnutrition dans le monde, lorsqu’on
parle de surabondance alimentaire dans les pays
du Nord, lorsqu’on parle d’agriculture
industrielle ? N’est-ce pas une aberration
de voir autant d’enfants des pays pauvres
mourir de malnutrition lorsque des tonnes de nourriture
sont décimées ou détruites
?
Meera Shekar : Merci. Il y a en
fait plusieurs questions sur le même thème,
et je vais donc essayer de répondre à
plusieurs de ces questions à la fois.
Beaucoup d’entre vous avancent l’idée
qu’améliorer la production alimentaire
ou investir dans l’agriculture — qu’il
s’agisse de l’élevage, de la
pêche, etc. — améliorera la nutrition,
et vous avez raison de penser que cela fait partie
de la solution, mais je tiens vraiment à
souligner que tout indique que l’agriculture
et le développement rural sont certes importants
mais pas suffisants pour améliorer les résultats
sur le plan de la nutrition. Il y a des pays qui
ont obtenu de bons résultats en matière
de production mais qui n’ont pas nécessairement
amélioré leur situation sur le plan
nutritionnel, et cela tient au fait que la nutrition
est considérée comme un élément
dont l’amélioration dépend de
trois séries de facteurs : l’accès
à la nourriture, l’accès aux
soins et services de santé, et les pratiques
suivies par les dispensateurs de soins.
Par conséquent, même si la nourriture
est disponible à l’échelon d’un
pays, elle peut ne pas l’être au niveau
d’un ménage, mais c’est là
que se situe souvent le point de rupture. Si elle
est disponible au niveau du ménage, la répartition
des aliments au sein du ménage peut être
telle que l’enfant qui est le plus vulnérable
sera souvent celui qui reçoit le moins de
nourriture. Dans les ménages, la femme enceinte
est souvent celle qui mange le moins alors même
qu’elle en a le plus besoin.
Prendre en considération ces questions de
répartition au niveau des ménages,
ces questions de comportement et d’établissement
des priorités au sein du foyer, est donc
presque aussi important, sinon plus, que les seules
considérations de production alimentaire
au niveau global. Et en plus de cela, il faut aussi
tenir compte de la question des soins de santé
et des questions de comportement en matière
de soins pour les jeunes enfants.
Par conséquent, oui, la production alimentaire
et son augmentation fait certainement partie de
la solution, mais ce n’est pas la solution
qui permettra d’améliorer la nutrition.
Guedna : La malnutrition
est un fléau mondial qu’il fallait
enrayer au même titre que le sida, mais comment
arriver à relever ce défi d’autant
plus que la plupart des pays africains détournent
sans cesse les aides envoyées par l’Occident
pour lutter contre la pauvreté ? À
mon humble avis, l’Occident doit, pour que
ces donations atteignent leur objectif final, combattre
nos chefs d’État voraces que ces mêmes
occidentaux placent à la tête de nos
États africains. Partant, la lutte contre
la malnutrition aura sa raison d’être
; faute de quoi, c’est de l’argent jeté
aux vents.
Meera Shekar : Merci pour cette
très bonne question. Il y a une question
similaire posée également par Elizabeth
sur ce même point, et quelques autres questions
aussi.
Je crois que vous soulevez un point très
important : la transparence, la corruption, une
bonne gestion des fonds au titre de l’aide,
tout cela est extrêmement important, qu’il
s’agisse de traiter de la malnutrition ou
d’autres problèmes de santé,
ou qu’il s’agisse de s’occuper
de l’éducation. Dans tous ces domaines
de développement, l’aide ne peut être
efficace que si elle est effectivement ciblée
sur les problèmes qu’elle tente de
régler. La Banque en est bien consciente,
et elle continue de prêter encore plus d’attention
aux problèmes de responsabilité de
l’aide, et nous espérons qu’au
fil du temps, cette question sera prise en compte
dans une mesure bien plus large que ça n’a
été le cas dans le passé.
James Cole : Vous
mentionnez la nécessité d’un
allaitement de qualité jusqu’à
l’âge de 6 mois. Que fait la Banque
mondiale pour contrer l’influence des sociétés
de production de lait en poudre qui sont actives
dans des endroits comme l’Afrique subsaharienne
?
Meera Shekar : Merci, c’est
là une excellente question. La Banque travaille
avec des entreprises privées à beaucoup
de niveaux différents et, en fait, plus encore
que la Banque dans ce domaine en particulier, l’organisme
qui a fait le plus gros travail est l’UNICEF,
qui a par exemple fait en sorte qu’il y ait
un code international pour la commercialisation
des substituts du lait maternel, code qui est appliqué
dans le monde entier.
Les ONG ont également joué un rôle
très important pour ce qui est de faire en
sorte que le secteur privé respecte le code.
Il y a en fait un très puissant groupe de
pression qui supervise cela, et je pense que c’est
un des exemples de réussite en matière
de nutrition.
Mais il y a peut-être une question en rapport
avec cela, de la part du Docteur Murtha, qui demande
si la Banque envisage des activités avec
des sociétés multinationales. En réalité,
pas seulement la Banque mais l’ensemble des
milieux de la nutrition envisagent de resserrer
les partenariats publics-privés pour améliorer
la nutrition.
Et pour vous donner ne serait-ce qu’un exemple,
il y a d’énormes quantités d’aliments
transformés qui sont disponibles à
travers le monde. Au niveau des pays en développement,
beaucoup ou la plupart d’entre eux ne sont
pas fortifiés, et ajouter de petites quantités
de micronutriments aux aliments est une chose que
les entreprises peuvent faire pour un coût
relativement modique et d’une manière
extrêmement profitable.
Manifestement, donc, la Banque travaille avec des
organismes du secteur privé pour aider à
concrétiser cela. Nous travaillons actuellement
avec des groupes comme l’Initiative micronutriments,
qui est basée au Canada, ou encore le programme
GAIN (Alliance mondiale pour l’amélioration
de la nutrition), et bien d’autres partenariats
analogues encore, afin d’associer au maximum
le secteur privé à notre effort.
Yamiletmejia :
Au Honduras, nous mettons en place le filet de protection
sociale, et le problème posé par plus
de 400 000 enfants atteints de malnutrition constitue
une priorité du Programme de redressement
économique. Pourriez-vous nous faire part
d’informations éventuelles sur la façon
d’aborder cela d’un point de vue communautaire,
et d’autres bonnes pratiques qui puissent
nous aider à élaborer une stratégie
efficace en vue d’éliminer la malnutrition
infantile ?
Meera Shekar : Le Honduras est
un pays où, de fait, une expérience
très réussie d’amélioration
de la santé infantile est en train de se
mettre en place, et vous en savez probablement plus
à ce sujet. Il s’agit du programme
AIN, qui est soutenu principalement par le Gouvernement
hondurien et l’Agence des États-Unis
pour le développement international. Je n’ai
pas visité moi-même ce projet mais,
selon tous les rapports qui en émanent, c’est
un des programmes les plus réussis pour ce
qui est d’amener les communautés à
améliorer la croissance des jeunes enfants.
Vous pourriez envisager de passer en revue l’expérience
qui s’en dégage. Il en a également
été question, il y a quelque temps,
dans la série Time-Life, celle consacrée
au monde.
Et de même, au Mexique, il y a un programme
très concluant, qui s’appelle Opportunidades.
Ce programme a également mis en relief, d’un
point de vue de l’offre, les deux aspects
qu’on doit s’attacher à améliorer
: mobiliser les communautés, et améliorer
la nutrition. Il y a donc au moins ces deux modèles
qui me viennent immédiatement à l’esprit,
mais il y a bien d’autres approches qui pourraient
nous permettre d’améliorer la nutrition
et qui ont bien fonctionné, en particulier
dans un contexte latino-américain.
Wayne Gordon :
Dans le communiqué de presse, il est fait
mention d’un fonds ou don de la Banque —
un récent don de 3,6 millions de dollars
de la Banque pour aider à faire de la nutrition
une partie intégrante des programmes de santé
maternelle et infantile. Pourriez-vous préciser
à quoi ce montant est affecté ? Qu’entendez-vous
par faire de la nutrition une partie intégrante
des programmes de santé maternelle et infantile
?
Meera Shekar : Permettez-moi de
commencer par répondre ce que j’entends
par faire de la nutrition une partie intégrante
des programmes maternels et infantiles. Dans l’une
des questions précédentes, quelqu’un
s’interrogeait sur la systématisation
de dispositions nutritionnelles pour les enfants.
À l’échelon des pays, il est
difficile pour les ministères d’assurer
une coordination entre eux, et c’est pourquoi
l’une des approches que nous avons adoptées
consiste à continuer de travailler avec les
ministères de la santé pour, entre
guillemets, faire de la nutrition une partie intégrante
des programmes de santé maternelle et infantile.
De même, nous comptons travailler avec les
ministères de l’agriculture pour intégrer
l’aspect nutritionnel dans les programmes
agricoles envisagés sous l’angle du
développement impulsé par les communautés.
L’un de vous posait également la question
de la systématisation d’activités
dans les programmes de développement communautaire,
et autres aspects du même ordre.
Maintenant, ce don en particulier s’attache
à identifier les interventions qu’il
y a lieu d’inclure dans les programmes de
travail des ministères de la santé,
et c’est cela qu’on entend par l’expression
« faire partie intégrante ».
Mais pour que cela se matérialise, nous avons
alloué ces fonds aux institutions des pays
en développement comme le Centre international
de recherche sur les maladies diarrhéiques
au Bangladesh (ICDDRB), en leur donnant pour mandat
de faire la synthèse des problèmes
de nutrition au niveau mondial ainsi qu’au
niveau des pays, et, une fois qu’ils auront
réuni les éléments d’appréciation
à cet égard, ils s’en serviront
comme base pour un effort de plaidoyer, et je tiens
vraiment à insister sur le fait qu’il
s’agit d’un effort de plaidoyer basé
sur des éléments tangibles, pas seulement
d’un effort de plaidoyer sans éléments
de référence.
Ainsi, au fil du temps, de plus en plus de ministères
de la santé dans les pays seront à
même d’avoir accès à ces
éléments de référence,
et aux données d’expérience
d’autres pays quant à la façon
dont les interventions en matière de nutrition
sont intégrées dans l’action
des ministères de la santé. De ce
fait, l’ICDDRB travaillera avec plusieurs
équipes de pays en Asie du Sud, en Afrique,
ou encore en Amérique latine et aux Caraïbes,
pour aider à réaliser cela.
D’ailleurs, ils commencent juste à
collaborer avec le groupe international qui travaille
actuellement à l’étude du Lancet
sur la nutrition, comme vous l’avez mentionné
— il y a eu une série du Lancet précédente,
et il va y en avoir une sur la nutrition. L’un
des apports de ce travail sera précisément
cela : contribuer à l’étude
du Lancet. Mais nous espérons qu’il
y aura d’autres articles analogues également.
Harry Greenburg :
Vous parlez apparemment de l’établissement
d’un fonds mondial pour s’attaquer à
la malnutrition. Au total, combien d’argent
faut-il… et est-ce qu’il est rentable
pour les pays de consacrer des fonds à cela...
alors qu’il y a tant d’autres appels
à financement — surtout de la Banque
?
Meera Shekar : Merci. Excellente
question. En fait, elle recouvre plusieurs questions,
et permettez-moi par conséquent de les traiter
séparément.
Premièrement, il vous semble que ce dont
on parle, c’est d’un fonds mondial pour
s’attaquer à la malnutrition, et cette
question a été soulevée par
d’autres personnes également. Non,
en fait, ce qu’on dit en substance, si vous
lisez le rapport, c’est qu’il n’y
a pas besoin d’une fondation mondiale pour
la malnutrition. On dit qu’il y a besoin de
certains fonds, par exemple, pour l’ICDDRB,
pour l’effort de plaidoyer en faveur de la
nutrition au niveau des pays, afin de susciter un
engagement à ce niveau ainsi qu’avec
les bailleurs de fonds partenaires.
Mais pour passer effectivement à une échelle
supérieure dans les interventions en matière
de nutrition, ce qu’on vise, ce n’est
pas vraiment un fonds mondial. Nous pensons que,
comme l’ont suggéré plusieurs
d’entre vous, une meilleure façon consiste
à financer la nutrition par le biais de l’aide
existante dont font l’objet les pays, des
circuits d’aide à destination des pays.
Il faut plus d’argent, mais pas nécessairement
au moyen d’un projet de fonds mondial. J’espère
que cela est clair.
La deuxième question est : au total, combien
d’argent faut-il ? Comme vous le verrez dans
le rapport, on n’a pas encore établi
de chiffre précis, pour la simple raison
qu’on n’en a pas. Nous y travaillons
actuellement, et nous espérons avoir une
estimation un peu meilleure d’ici peu.
L’autre question que vous posez est : est-ce
qu’il est rentable de consacrer des fonds
à cela ? Bien sûr, c’est l’une
des nouvelles orientations les plus rentables qui
soient dans le monde à l’heure actuelle.
Vous êtes peut-être au courant du travail
effectué par le Consensus de Copenhague,
l’année dernière, et si vous
regardez la liste, ce Consensus de Copenhague était
un consensus auquel étaient parvenus des
économistes de premier plan au niveau mondial,
y compris trois lauréats du Prix Nobel, et
ce ne sont donc pas juste des spécialistes
de la nutrition qui disent que c’est une bonne
chose. Et si vous regardez la liste des meilleurs
investissements en matière de développement
que le Consensus de Copenhague a dressée,
vous verrez que la nutrition y figure en très
bonne place. C’est l’une des raisons,
mais il y en a bien d’autres, pour lesquelles
on pense qu’il s’agit là d’un
investissement très rentable pour les pays.
Nishith Acharya :
Comment utiliser les programmes de repas scolaires
ou de repas de midi pour assurer une meilleure nutrition
pour les jeunes enfants et les femmes enceintes
?
Meera Shekar : Merci, c’est
une excellente question. Tout indique que si l’on
veut améliorer la nutrition — et je
crois que vous m’avez entendu dire cela plusieurs
fois maintenant —, il faut intervenir à
un stade précoce. Par conséquent,
les programmes de repas scolaires, ceux qui offrent
un déjeuner ou un repas de midi complet,
sont de bonnes interventions pour ce qui est de
maintenir les filles à l’école
ou de réduire les taux d’abandon scolaire
parmi les enfants pauvres. Ils ne sont pas nécessairement
la meilleure façon d’améliorer
la nutrition. L’objectif des programmes de
repas scolaires est un objectif éducatif.
Il n’aura pas d’impact sur la nutrition.
Dinar : Chère
Meera, je m’appelle Dinar et je suis le programme
de maîtrise en santé publique à
l’Université Curtin de Perth, en Australie.
Je rédige en ce moment ma thèse de
maîtrise sur les perceptions maternelles concernant
le poids des enfants, à Denpasar (Bali).
Ma question est : comment lutter contre le double
fardeau de la malnutrition dans un pays comme l’Indonésie
?
Meera Shekar : Dinar, vous mettez
le doigt sur une chose qui est un problème
qui commence à se faire jour à travers
le monde, en particulier dans les pays développés
mais plus encore aussi dans les pays en développement.
D’ailleurs, il y a la semaine prochaine à
Genève une réunion du comité
permanent de la nutrition, et cette réunion
sera spécifiquement consacrée au double
fardeau de la malnutrition. Si donc vous pouvez
y avoir accès, peut-être, des informations
sont disponibles en ligne à ce sujet ainsi
que sur l’ordre du jour et les résultats
de cette réunion, et cela vous apportera
certaines des réponses.
Mais une réponse peut-être que je veux
apporter en particulier, c’est que, dans des
pays comme l’Indonésie, le double fardeau
est très étroitement lié à
la sous-alimentation qui se produit durant les premières
années de la vie, et on a de plus en plus
d’éléments d’appréciation
disponibles aujourd’hui à cet égard.
Vous avez peut-être vu les travaux menés
par le Professeur David Barker, au Royaume-Uni,
comme quoi les enfants qui sont sous-alimentés,
maigres ou atteints d’insuffisance pondérale
à la naissance et pendant les premiers mois
ou années de leur existence sont ceux-là
même qui, une fois arrivés à
l’âge adulte, sont plus sujets aux maladies
cardiovasculaires, à l’obésité,
au diabète, et ainsi de suite.
Il est donc vraiment paradoxal de constater que,
dans les mêmes pays où la population
souffre aujourd’hui de sous-alimentation,
20 ou 30 années après, ces personnes
souffriront d’une surcharge pondérale
et seront bien plus sujettes aux maladies cardiovasculaires,
à l’obésité, au diabète,
et ainsi de suite. C’est donc une chose à
laquelle on veut être en mesure d’apporter
une réponse, mais, encore une fois, on doit
y apporter déjà une réponse
à un stade très précoce de
l’existence.
Brodie Miller :
Quelle est la raison qui explique que l’Asie
du Sud se classe moins bien que l’Afrique
subsaharienne en termes de malnutrition ? J’aurais
pensé — même si vous faites remarquer
que ce n’est pas une question d’accès
à la nourriture — que les conditions
d’ensemble en Afrique subsaharienne se prêteraient
davantage à ce qu’il y ait plus de
malnutrition.
Meera Shekar : C’est là
une très, très bonne question, et
c’est une chose qui intrigue les milieux de
la nutrition depuis très longtemps —
il y a un certain temps déjà était
publié un rapport intitulé l’Énigme
de la malnutrition en Asie du Sud-Est.
Tout d’abord, la plupart des gens ont du mal
à y croire : ils pensent qu’on leur
fournit des données erronées quand
on dit que l’Asie du Sud a des taux élevés
; mais, avec le temps, tout le monde a fini par
accepter que cela est effectivement le cas. L’Asie
du Sud a des taux qui sont le double, ou disons
que beaucoup de pays d’Asie du Sud ont des
taux de malnutrition qui sont le double de ceux
de l’Afrique. Les raisons ne sont pas totalement
claires, mais on a des éléments qui
laissent penser que, peut-être, des aspects
comme l’autonomisation des femmes et les rôles
qu’elles jouent dans la prise des décisions
peuvent avoir extrêmement d’importance
pour ce qui est d’expliquer des niveaux élevés
de sous-alimentation. Si vous regardez l’Asie
du Sud, beaucoup d’enfants — et c’est
une estimation approximative que je vous donne ici,
soit environ 30 % des enfants en Inde et dans d’autres
pays qui ont un poids insuffisant à la naissance,
et ces enfants-là ne rattrapent jamais les
enfants qui ont un poids normal à la naissance.
Par conséquent, le problème se pose
très tôt durant la grossesse, ce qui
est très différent de ce qui arrive
en Afrique. Les taux d’insuffisance pondérale
à la naissance ne sont pas aussi élevés
en Afrique, mais ils sont très élevés
en Asie du Sud. Et cela est très étroitement
lié à ce qui se passe durant la grossesse,
et à l’accès des femmes à
la nourriture, aux pouvoirs de décision des
femmes, et ainsi de suite. Et l’autre problème
qui est peut-être lié à cela
est qu’on a des éléments qui
laissent penser qu’une mauvaise alimentation
en eau et une mauvaise hygiène sont étroitement
liées à la malnutrition.
Glenda Parmenter :
Cela dit, comment faire pour mobiliser à
l’échelle internationale un appui en
vue d’aborder dans sa totalité le problème
de la malnutrition ? Il est certes louable pour
la Banque d’avoir produit ce rapport…
mais quelle est l’étape suivante…
plus précisément, quelle action la
Banque peut-elle entreprendre ou amener d’autres
à entreprendre pour garantir qu’on
ne verra pas ces types de taux élevés
de malnutrition se répéter d’ici
20 ans ?
Meera Shekar : Merci, Glenda. Excellente
question. Je crois qu’il y a deux ou trois
choses qu’on voudrait voir se matérialiser
dans les quelques mois à venir. Premièrement,
on doit s’assurer d’avoir un message
cohérent à faire passer aux dirigeants
des pays en développement — autrement
dit, techniquement correct quant aux moyens envisageables
pour améliorer la nutrition.
Deuxièmement, on voudra s’assurer que
le même message soit transmis également
aux bailleurs de fonds partenaires. Si l’on
investit dans quelque chose et que la solution dans
laquelle on investit est la mauvaise solution, cela
n’aura pas l’impact qu’on recherche.
Une deuxième chose dont on veut s’assurer,
c’est qu’il y ait une impulsion dynamique,
un solide partenariat au niveau des pays de même
qu’au niveau mondial, ainsi qu’avec
les ONG. Et il y a une question similaire quant
à ce qu’on pourrait faire. Ce qu’on
pourrait faire tous sur un plan collectif, c’est
avoir un message cohérent, qui soit techniquement
correct, mobiliser des fonds auprès de plusieurs
partenaires pour être en mesure de soutenir
l’application sur une plus grande échelle
de ces messages cohérents, de sorte que nous
puissions avoir des programmes de grande ampleur
dans les pays. La solution ne passe pas par l’application
de programmes de portée limitée. C’est
là une bonne façon de commencer à
définir une stratégie à partir
de ce qui marche, mais la solution, en définitive,
consiste à appliquer ce qui marche sur une
plus grande échelle. Et ce que nous avons
essayé de faire dans le rapport, c’est
mettre en relief certaines des stratégies
qui ont marché dans différents pays
concernés, et lancer ensuite un appel pour
qu’elles soient désormais appliquées
à plus grande échelle au plan national
dans un grand nombre de pays, à commencer
par les pays lourdement touchés par le fardeau
de la malnutrition.
Merci d’avoir pris part à
cette discussion.
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