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Discussion en direct avec Humberto Lopez et William Maloney sur l'Amérique Latine - "Pauvreté et croissance" - 21 février 2006

Humberto López et William Maloney, co-auteurs d’un nouveau rapport de la Banque mondiale, “Poverty Reduction and Growth: Virtuous and Vicious Circles” (Réduction de la pauvreté et croissance: cercles vicieux et vertueux) ont participé à une discussion en direct sur la pauvreté et la croissance. Leur rapport offre un nouveau regard sur les liens entre croissance et pauvreté, et fait des recommandations pour augmenter la croissance et réduire en même temps la pauvreté.

En savoir plus sur ce rapport.



Jorge Perez : Le taux moyen d’inflation des pays de l’Amérique latine a baissé au cours des dernières années. Selon vous, de quelle manière cette situation peut-elle contribuer à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté en Amérique latine?

William Maloney : Je pense que cette baisse du taux d’inflation permettra de réduire la pauvreté en Amérique latine, par ce que, de manière générale, l’inflation affecte surtout les personnes pauvres dont la majorité des avoirs ne sont pas indexés au coût de la vie et n’augmentent pas en valeur avec l’inflation. Cette dernière entrave également la croissance, alors que celle-ci est, comme nous le savons, le principal mécanisme qui permette de réduire la pauvreté.


Mario Enrique La Riva Málaga : Combien d’indicateurs numériques faudrait-il créer pour nous permettre de nous rendre compte que nous nous approchons de la solution à la pauvreté?

William Maloney : En réalité, nous faisons remarquer dans le présent rapport qu’une bonne représentation, et donc une bonne compréhension, de la pauvreté demande de rechercher des indicateurs supplémentaires. Néanmoins, il faut retenir qu’à l’heure actuelle, le degré d’évaluation de la pauvreté ne constitue pas le principal obstacle à son élimination. Nous savons très bien faire la différence entre les personnes pauvres et celles qui ne le sont pas.


Gueric Boucard : Monsieur Maloney, selon vous, pourquoi si peu admette que le système monétaire mondial qui prévaut aujourd’hui est la cause profonde de l’iniquité économique mondiale? Seuls quelques pays jouissent de devises fortes et sont susceptibles de manipuler leur monnaie comme ils l’entendent, souvent au détriment des autres 150 nations. Pour démontrer qu’ils jouent loyalement le jeu du ‘libre échange’, ces derniers sont obligés d’acheter les instruments monétaires (factures et obligations) au prix fort alors que leur population gagne à peine 2 dollars EU par jour ?

William Maloney : Il est vrai que les pays possédant une devise forte peuvent émettre des devises dans des conditions qui ne sont pas à la portée des autres. Il faut cependant se rappeler que la Chine, l’Inde et le Chili font partie des pays du monde dont le taux de croissance est le plus élevé, bien qu’ils ne possèdent pas de devises fortes.


RIGOBERTO TORRES MORA : Comment pouvons-nous réduire la pauvreté sachant que la croissance est concentrée dans les pays développés?

William Maloney : Ceci n’est pas tout à fait vrai. Je voudrais vous rappeler que les taux de croissance de la Chine, de l’Inde et du Chili sont de l’ordre de 6 à 10% ; et donc dépassent ceux des pays industrialisés. Le problème, c’est que la plupart des pays pauvres n’ont pas des taux de croissance aussi élevés. C’est pourquoi, nous avons consacré une partie du présent rapport à réfléchir sur les mesures à mettre en œuvre pour permettre à ces pays d’avoir des taux de croissance plus élevés.


sheina leoni : Quel est le meilleur moyen d’éradiquer la pauvreté?

Humberto Lopez : Une stratégie simple serait de réaliser des taux de croissance élevés et de veiller à ce que les pauvres profitent de cette croissance. Toutefois, comme l’indique le rapport, les politiques axées sur la croissance et les mesures visant à améliorer la répartition des revenus seront différentes d’un pays à l’autre. Il est certain que la situation se complique lorsqu’il s’agit du type de politiques nécessaires pour atteindre ces objectifs, vu que cela dépend en grande partie des choix opérés par les pays. A notre avis, tous les pays devraient être caractérisés, entre autres , par une stabilité économique, une ouverture commerciale et des mesures destinées à relever le niveau d’instruction de la population et à améliorer les infrastructures du pays. Il faudrait par ailleurs prendre en compte certains programmes tels que le “programa Oportunidades” mis en oeuvre au Mexique, pour assurer un revenu minimal aux familles les plus défavorisées et renforcer le capital humain.


Pasupuleti : La pauvreté humaine et la pauvreté économique sont deux aspects du même problème. De nombreux programmes ayant pour objectif la réduction de la pauvreté n’abordent en fait que la pauvreté économique en ignorant ses aspects sociaux et humains. Le résultat est qu’ils n’ont pas l’impact prévu. Il apparaît donc essentiel qu’un programme de réduction de la pauvreté contienne un ensemble de services intégrés aussi complet que possible. Dès lors, pourquoi cet accent mis par les agences de développement sur la pauvreté économique?

William Maloney : Un des principaux messages du rapport est qu’il faut prendre en compte toutes les dimensions de la pauvreté, en particulier la santé, le bien-être général, la violence, etc. Nous montrons d’ailleurs que de nombreux programmes, y compris ceux de la Banque mondiale, ont abordé ces aspects de la pauvreté économique et humaine de manière explicite. Cela étant dit, il reste évident que de façon générale la croissance semble être notre outil le meilleur pour réduire la pauvreté, quels qu’en soient les aspects.


FERNANDO LUNA : à M.Humberto Lopez: Quel est l’impact sur la pauvreté de la concentration des richesses entre quelques mains et de la fuite des capitaux vers des paradis fiscaux?

Humberto Lopez : En ce qui concerne la première partie de la question, il ressort du rapport que des inégalités trop fortes freinent la croissance économique notamament dans les pays les plus pauvres. Pour ce qui est de la fuite des capitaux, il serait peut-être intéressant d’en connaître les raisons



Oscar Barbosa : Comment peut-on faire reculer la pauvreté si rien n’est entrepris pour lutter contre la corruption ?
Humberto Lopez: Il ne fait aucun doute que la lutte contre la corruption est un élément essentiel de la stratégie de réduction de la pauvreté. Les chapitres 3 et 6 du rapport mettent en relief les carences institutionnelles à l’origine du cercle vicieux de la pauvreté et des faibles taux de croissance


Sonia Tellez : Est-ce que vous pensez que l’absence de responsabilisation et les carences en matière de d’éthique tant au niveau du gouvernement que des citoyens sont les principales causes de la mauvaise gestion et de la distribution inadéquate des richesses ainsi que d’une insuffisance de moteurs de croissance en Amérique latine ? L’éducation constitue-t-elle le salut des générations futures?

William Maloney : Dans bon nombre de nos études à la Banque mondiale, nous avons démontré que la question de qualité institutionnelle, qui recouvre les différents problèmes que vous avez mentionnés, s’avère être un facteur déterminant important de la croissance, et de sa capacité à réduire la pauvreté. Comme le présent rapport plaide également en faveur du rôle important à jouer par l’État dans le transfert de revenus des riches vers les pauvres, il devient encore plus important d’avoir des institutions de grande qualité auxquelles les gens ont confiance dans le cadre de la redistribution de l’argent et des ressources.

L’éducation, est-elle le salut des générations futures ? Elle est, certes, un facteur important de la croissance dans la plupart des cas. Cependant, elle n’est pas une recette magique qu’il suffit d’appliquer pour garantir la croissance. Elle doit s’accompagner d’un ensemble de réformes et d’efforts dans plusieurs domaines.


Claudio Arce : Vous proposez d’augmenter les impôts (parce que vous estimez que le recouvrement de l’impôt n’a aucun lien avec le PIB par habitant) et dans l’ensemble du rapport vous soulignez l’importance de la croissance. La question est de savoir comment atteindre une croissance économique tout en relevant le taux d’imposition. En Amérique latine, à quelques exceptions près, les procédures de recouvrement de l’impôt sur le revenu sont, dans la pratique, loin d’être performantes. Comment peut-on augmenter les impôts et réaliser par ailleurs des taux de croissance qui permettent de réduire la pauvreté? Selon vos estimations, quel est le ratio taxes/PIB qui apparaît adéquat pour garantir une croissance qui profite aux pauvres?

Humberto Lopez : Il s’agit à coup sûr d’un point sensible. C’est pourquoi le rapport indique qu’avant de modifier le niveau des taxes, il convient d’améliorer la qualité des dépenses tant en ce qui concerne l’efficacité que l’affectation aux différents postes. Il est tout aussi important de lutter contre la fraude fiscale. Ce n’est qu’à ce moment là que l’on pourra parler d’augmentation des impôts. Pour ce qui est du chiffre idéal, j’aimerais souligner qu’il n’existe pas de chiffre magique. Mais comparativement, le taux de recouvrement de l’impôt dans la région Amérique latine et Caraïbes est inférieur au niveau attendu.


Joaquin Costa : Si Henry Ford a été désigné comme l’homme du MILLENNAIRE pour avoir contribué au développement des Etats-Unis en accordant de fortes hausses de salaire aux travailleurs, pourquoi n’appliquerait-on pas le même modèle (relèvement des salaire) en Amérique latine? L’augmentation de la capacité de consommation permettrait d’insufler une nouvelle dynamique à l’économie.

Humberto Lopez : Ce type de solutions nous incite à la prudence. Henry Ford a pu relever les salaires comme il ’a fait parce l’introduction de la chaîne de montage avait permis à sa société d’augmenter considérablement sa productivité. S’il en avait été autrement, la société Ford aurait perdu sa compétitivité et se serait laissé distancer par ses concurrents. Le meilleur moyen de garantir des salaires élevés à long terme c’est d’être très compétitif.


Pablo : 1. Croyez-vous que les valeurs dominantes que sont la religion, la culture et les habitudes de vie en Amérique latine ont un effet négatif sur le développement? Si nous considérons que la plupart des pays européens et de l’Amérique du Nord sont fondés sur des valeurs protestantes, telles que l’honnêteté, l’effort personnel, etc., l’éducation constitue-t-elle un facteur fondamental de réduction de la pauvreté en Amérique latine ?

William Maloney : Les valeurs et la culture constituent un sujet difficile à cerner. Je vous encourage à lire un livre très intéressant sur la culture, écrit par Rao et Michael Walton avec le parrainage de la Banque mondiale et publié par Stanford University Press. Ce livre vous permettra de mieux comprendre les relations entre culture, valeurs et croissance.

Je voudrais, cependant, dire que la culture est quelque chose qu’on ne peut pas ignorer. Mais elle ne doit pas être au centre des préoccupations. Permettez-moi de citer, à titre d’exemple, un rapport publié par la Ligue des Nations entre les deux guerres mondiales. Selon ce rapport, les valeurs confucéennes qui prédominaient en Corée rendaient peu probable l’entrée de ce pays dans le club des nations industrialisées. Cette même conclusion s’applique aussi à la Chine. Pourtant ces deux pays ont enregistré des taux de croissance de l’ordre de 10% depuis de nombreux années.

C’est toujours une surprise de voir décoller la croissance économique dans des pays dont les valeurs culturelles ne sont pas celles qu’on associe traditionnellement à la croissance économique).


Vanel Beuns : J’ai reçu une formation en finance et en gestion de la technologie de l’information. Ces disciplines ont permis d’améliorer la vie des hommes partout dans le monde, et de développer l’économie. Je crois très sincèrement que la croissance et la pauvreté sont intimement liées. Je ne peux que recommander une utilisation efficace des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour accélérer la croissance et réduire la pauvreté en Amérique latine et aux Antilles. La réussite se mesure en termes d’opportunités concrètes qui sont offertes aux pays en développement pour leur permettre de tirer profit des technologies de l’information (TI). En ma qualité de Directeur Général d’une importante organisation non gouvernementale internationale (ONG), je soutiens des technologies efficientes, parce que je crois qu’elles constituent des instruments essentiels pour accroître rapidement l’accès à l’énergie et à l’informatique dans les pays en développement, et qu’elles sont nécessaires pour réaliser les Objectifs de développement pour le millénaire (ODM). Je souhaiterais vivement aider la Banque mondiale à mettre au point un cadre qui permettrait d’accroître les investissements favorisant un accès meilleur à des technologies efficaces. Que faudrait-il que je fasse pour aider la Banque mondiale à profiter de cet élan pour aider les gouvernements des pays de l’Amérique latine et des Antilles à réaliser les Objectifs de développement pour le millénaire grâce à un renforcement des capacités à grande échelle ?

William Maloney : En réalité, bien que le présent rapport n’aborde pas ce sujet de manière spécifique, d’autres travaux que nous avons effectués et qui sont également disponibles sur notre site Web s’intéressent beaucoup au progrès technologique et au rôle de la TIC dans la promotion de la croissance, de manière plus générale. Nous croyons comme vous qu’il est important de mettre à la disposition des personnes pauvres des informations pour les aider à améliorer leur vie. C’est dans cette perspective que de nombreux projets de la Banque mondiale sont mis en œuvre pour étendre l’infrastructure de TIC aux zones rurales particulièrement pauvres.


Dr.Shelan : Je tiens à vous remercier. Il y a, en effet, tant d’autres questions liées aux cercles vicieux qui mènent à la pauvreté et qui ont trait à la démographie, à la structure sociale ainsi qu’à l’éducation et à l’information du public. Dès lors, peut-on imaginer qu’il existe des programmes standards de restauration de la croissance économique?

William Maloney : Je vous répondrai qu’il n’en existe évidemment pas. Il y a des principes généraux qui semblent importants. Je voudrais vous renvoyer à d’autres publications de la Banque mondiale, parce que, dans le présent rapport, cet aspect du problème n’est pas abordé.

Le présent rapport souligne le fait que différents pays ont besoin de différentes solutions à leurs problèmes pour lutter contre la pauvreté. Les pays très pauvres qui disposent de peu de ressources à répartir doivent se concentrer sur la croissance. Pour que cette dernière se matérialise, il faut que l’accent soit mis avant tout sur l’investissement direct extérieur, sur une éducation accrue, sur l’ouverture de leurs économies aux technologies étrangères et au commerce extérieur. Par contre, des pays plus riches, tels que l’Argentine et le Brésil jouissent d’un potentiel important de redistribution de leurs ressources. Par conséquent, leurs stratégies de réduction de la pauvreté consisteraient à mettre l’accent en partie sur la croissance et un peu plus sur la redistribution des richesses.


Gabriela Mayorga : La réduction des inégalités dans la région aura-t-elle le même impact sur la croissance? Ou faudrait-il que les stratégies nationales décident de privilégier la réduction des disparités au détriment de la lutte contre la pauvreté et vice versa?

Humberto Lopez : J’aimerais souligner qu’il est imposible de faire reculer la pauvreté s’il n’y a pas de croissance économique. C’est pourquoi il est très important d’établir un bon équilibre entre objectifs de croissance et objectifs de réduction des inégalités. Les stratégies de développement qui mettent l’accent sur la lutte contre les inégalités au détriment de la croissance ont pour résultat une augmentation de la pauvreté, et le rapport insiste sur les éventuelles complémentarités existant entre la réduction de la pauvreté et la croissance. Certaines mesures telles que celles qui préconisent d’investir dans l’éducaiton sont bonnes pour la croissance et pour la répartition de la richesse


Natalia Stenimachiti : Quelles sont les chances pour les pays de l’Amérique latine de réaliser l’ODM numéro 8 relatif au développement économique? Croyez-vous comme certains spécialistes que l’iniquité constitue le principal problème en Amérique latine, et que plus d’équité est synonyme de plus de croissance économique ? Enfin, quel est le niveau de collaboration effective entre les gouvernements des pays de l’Amérique latine, notamment ceux de l’Argentine et de la Bolivie, d’une part, et la Banque mondiale, d’autre part, en vue d’atteindre des niveaux de croissance plus élevés? Je vous remercie.

William Maloney : De manière générale, le rapport soutient que ce n’est pas l’iniquité, en tant que telle, mais plutôt la pauvreté qui constitue l’obstacle principal à la croissance. Et c’est cette pauvreté qui, en réalité, nous préoccupe le plus. En réalité, des pays très riches peuvent connaître des niveaux élevés d’iniquité. Cela ne signifie pas qu’ils tomberont dans le type de cercles vicieux dont nous parlions auparavant. C’est pourquoi, nous sommes tentés de croire que l’accent devrait être mis sur la pauvreté. Quant à la réponse à donner à votre question, à savoir si les pays de l’Amérique latine peuvent atteindre l’ODM relatif au développement économique, je dirais que cela dépend en réalité de leur performance en matière de croissance au cours des 10 prochaines années. Mais la leçon que nous avons vraiment tirée du cas du Chili, c’est qu’une croissance soutenue et continue au cours des 10 prochaines années peut entraîner des grandes réductions de la pauvreté. Nous espérons, par conséquent, pouvoir reproduire ce modèle dans d’autres pays.


Flora Cabranes : Le rapport met en exergue l’importance de la croissance dans la stratégie de lutte contre la pauvreté; pourtant l’expérience nous a montré que pour engranger des résultats, la croissance doit s’accompagner d’une répartition adéquate des richesses. Quelles seraitent, à votre avis, les meilleures stratégies pour garantir une redistribution équitable des bénéfices de la croissance? Selon vous, quelles sont les carences observées à ce niveau et quelles leçons pouvons-nous tirer de l’expérience d’autres pays qui sont parvenus à redistribuer les richesses d’une manière plus équitable?

Humberto Lopez : J’aimerais souligner qu’une croissance économique forte et durable est la meilleure recette en matière de réduction de la pauvreté. En toute honnêteté, je dois dire que je ne connais pas de cas où de forts taux de croissance soutenue sur une longue période n’ont pas fait reculer la pauvreté. En fait, la question fondamentale contenue dans le rapport est de savoir comment réaliser une croissance économique élevée dans les pays pauvres. Nous avons donc fait valoir que les restrictions qu’impose la pauvreté elle-même (faible niveau d’instruction, pays dotés de faibles infrastructures, systèmes financiers qui excluent les petits entrepreneurs, etc.) peuvent freiner la croissance


Flora Cabranes : Quelles sont les caractéristiques des programmes sociaux qui ont eu un impact réel sur la réduction de la pauvreté? Par ailleurs, quelles sont, d’après vous, les principales failles de la plupart des programmes sociaux actuels? A votre avis, où se situe le problème? Au niveau de la formulation des programmes ou de leur mise en oeuvre?

Humberto Lopez : Les programmes sociaux doivent bien cibler les pauvres et créer des mesures particulières en leur faveur. Par exemple l’enseignement primaire, la santé ou les programmes de transferts conditionnels (“Oportunidades” au Mexique, par exemple) sont en général bien ciblés et ils appuient, en outre, la création du capital humain.


Moira Faul : Selon vous, quel rôle peut-on faire jouer au secteur privé (qui va des grandes multinationales aux petites entreprises) pour s’assurer que la croissance se traduise réellement par une réduction de la pauvreté ?

William Maloney : Une des conclusions du rapport est que les possibilités d’assurer une croissance favorable en soi aux populations pauvres paraissent limitées. Par exemple, nous avons en effet découvert que la dostribution des revenus provenant du marché, c’est-à-dire les revenus créés avant toute redistribution des richesses par l’État, sont plus ou mojns semblables dans des économies aussi différentes que le Royaume Uni, l’Irlande,. voire la Suède et les pays d’Amérique latine. Ces sytèmes économiques sont radicalement différents, en particulier en termes d’éducation et d’inclusion, mais aussi en termes de distribution des revenus du marché. Ceci tend à montrer que l’État pourrait jouer un rôle égalisateur plus important dans la distribution des revenus.



César S. Granados : Comment l’État peut-il aider les personnes vivant en milieu rural à augmenter leurs revenus, sachant que ces personnes n’ont ni l’éducation ni les capacités d’augmenter leur productivité ?

William Maloney : Vous venez de poser une question très pertinente. Nous ne faisons que l’effleurer dans le présent rapport. Je vous conseille de visiter le site Web, www.worldbank.org/lac. Vous y trouverez un rapport écrit l’an dernier dont le titre est: « Au-delà de la ville: La contribution des zones rurales au développement ». Ce rapport porte sur la problématique générale du développement rural dans le contexte général de croissance et de réduction de la pauvreté. J’ose espérer que vous y trouverez la réponse à votre question.


Roberto Tejada Ponce : Vu la corrélation étroite entre la pauvreté et la vie en milieu rural, comment pourrait-on utiliser la migration “stratégique” pour améliorer l’accès des citoyens aux services publics de base et aux opportunités d‘emploi?

William Maloney : En fait, nous avons consacré tout un chapitre du présent rapport aux aspects régionaux de la pauvreté. Un des constats que nous avons faits est que bien que les zones qui sont fréquemment touchées par la pauvreté aient des incidences de pauvreté plus élevées, en réalité, la plupart des personnes pauvres ne vivent pas en milieu rural. En effet, dans la majorité des pays d’Amérique latine, les pauvres vivent en ville. Cela dit, votre question est très pertinente. Nous avons un grand nombre de personnes pauvres qui vivent en milieu rural. Et nous avons constaté que la migration de ces régions pauvres est en réalité beaucoup plus faible que ce à quoi l'on peut s’attendre, compte tenu de la différence en matière de développement entre les régions. Nous avons analysé dans ce rapport toutes les raisons qui expliquent ce phénomène ainsi que la nécessité de fournir un ensemble d’infrastructures et de services publics améliorés, sans oublier une éducation meilleure aux zones rurales non seulement pour les rendre plus attractives aux yeux des opérateurs économiques, mais également pour aider les jeunes ruraux avec talent à aller chercher des opportunités meilleures ailleurs.


Victor Manuel Moreno : Je voudrais plutôt savoir quand le présent document sera disponible en Espagnol. Je vous serais reconnaissant de me donner cette information pour me permettre de m’en procurer une copie dans le cadre de mes études sur les économies de l’Amérique centrale. Je voudrais remercier tout le monde pour la qualité du travail contenu dans le présent document. Dr. Victo Manuel Moreno

William Maloney : En réponse, je vous dirais que le résumé analytique est immédiatement disponible en Espagnol sur le site Web suivant: http://www.worldbank.org/lac. Pour le moment, nous envisageons de faire traduire l’ensemble du rapport en Espagnol; mais la décision n’a pas encore été prise. Aujourd’hui, vous pouvez trouver l’ensemble du rapport en Anglais sur le Web.


Alfonso Florez : sont les facteurs qui empêchent de briser le “cercle vicieux” de la misère en Amérique latine? La pauvreté est-elle une “fatalité” comme le prétendent de nombreuses personnes?

Humberto Lopez : La pauvreté n’est PAS une fatalité. Il est difficile mais pas imposible de se démarquer de l’histoire. Je me réfère au chapitre 3 du rapport dans lequel nous comparons les tendances économiques dans plusieurs pays au cours des 150 dernières années. Par exemple, au milieu du vingtième siècle, l’Asie et l’Espagne étaient à la traîne de l’Amérique latine mais ces pays ont pu modifier le cours de leur histoire en impulsant un processus de croissance accélerée.


Jesús Bances Rodríguez : Faut-il créer un ministère chargé de la réduction de la pauvreté qui coordonerait toutes les initiatives gouvernementales de lutte contre ce phénomène? La Banque mondiale dispose-t-elle d’une unité ou d’une équipe dotée d’une autonomie financière et économique et qui pourrait aider les gouvernments à combattre la pauvreté?

Humberto Lopez : La lutte contre la pauvreté ne saurait relever uniquement d’un département ministériel mais devrait s’inscrire parmi les grands objectifs nationaux.


Gabriela Alemán : 1. A votre avis, la pauvreté en Amérique latine a-t-elle pris de l’ampleur depuis l’introduction des réformes préconisées par le “Consensus de Washington”? 2. Croyez-vous que les grandes disparités de revenus relevées dans les pays d’Amerique latine constituent une entrave de taille à la croissance et au développement économique?

Humberto Lopez : En ce qui concerne le premier point, si par réformes du " Consensus de Washington " vous entendez stabilité économique, ouverture commerciale et renforcement des institutions en general, il serait difficile de faire valoir qu’ils sont à l’origine de la pauvreté en Amérique latine. Le rapport insiste sur le fait que ces politiques sont certes insuffisantes, mais elles sont indispensables pour juguler la pauvreté. S’agissant du deuxième point, l’une des contributions du rapport est qu’il met davantage l’accent sur la pauvreté que sur la répartition des revenus lorsqu’il identifie les freins au développement. En d’autres termes, ce ne sont pas tant les inégalités qui apparemment entravent le développement en Amérique latine mais plutôt la pauvreté elle-même.


Jaime Araya : Quels sont les besoins couverts par un revenu de deux dollars par jour, pour estimer qu’une personne qui dispose d’un revenu supérieur à 60 dollars par mois n’est pas pauvre.

Humberto Lopez : Le montant de deux dollars EU par jour pour mesurrer la pauvreté est arbitraire et ne sert qu’à établir des comparaisons entre pays. Cependant, il ne faut pas oublier que le taux de change utilisé est ajusté par rapport à la parité des pouvoirs d’achat.


Maria del Carmen Sanchez G : Comment peut-on briser ce cercle vicieux qui produit la pauvreté?

Humberto Lopez : C’est la grande question qui sous-tend une bonne partie du rapport. Au risque de simplifier exagérément les choses, je dirais que la solution serait d’aider les pauvres à profiter de la croissance économique et de faire en sorte qu’ils y participent.


Lorgio Bello : A votre avis, quelles sont les cinq causes principales de la pauvreté?

Humberto Lopez : Je crois qu’il faut redéfinir la question qui a trait aux causes de la faible croissance économique et des fortes disparités observées en Amérique latine. A cet égard, j’aimerais faire remarquer que les tendances à l’”isolement” enregistrées dans les années 50 ainsi que la mauvaise gestion macroéconomique qui ont abouti à la crise d’endettement ont joué un rôle. Il serait bon de se rappeler qu’au début du vingtième siècle, certains pays d’Amérique latine comptaient parmi les plus riches du monde.


Javier Andrés Cárdenas : Pourquoi tant de pauvreté en Haití?

Humberto Lopez : Le revenu par habitant en Haïti a baissé de moitié entre 1960 et 2004. Il est difficile, dans ces conditions, de réduire la pauvreté.


Raul Ricardo, Fernandez : 1.-Alors votre conclusion finale s’inscrit en faux contre l’argument selon lequel “une croissance soutenue” aiderait à réduire la pauvreté en Amérique latine”? 2. Une augmentation des “postes budgétaires dans les pays d’Amérique latine” visant la “croissance parmi les groupes les plus désavantagés” ne permettrait-elle pas d’éradiquer la pauvreté?

Humberto Lopez : A propos du premier point, j’aimerais dire clairement que la meilleure façon de lutter contre la pauvreté est de réaliser une forte croissance durable. Nous avons conclu que lorsque les taux de pauvreté sont élevés, il est encore plus difficile d’atteindre cette croissance, ce qui crée des cercles vicieux entre la croissance et la pauvreté. Le défi à relever est d’en faire des cercles vertueux.

Je voudrais vous remercier d’avoir bien voulu prendre part à cette discussion. Pour télécharger l’ensemble du rapport, visitez le site Web suivant.

 

(a) indique une page en anglais.

 
 

 

 

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