|
Humberto López et William
Maloney, co-auteurs d’un nouveau rapport de
la Banque mondiale, “Poverty Reduction
and Growth: Virtuous and Vicious Circles”
(Réduction de la pauvreté et croissance:
cercles vicieux et vertueux) ont participé
à une discussion en direct sur la pauvreté
et la croissance. Leur rapport offre un nouveau
regard sur les liens entre croissance et pauvreté,
et fait des recommandations pour augmenter la croissance
et réduire en même temps la pauvreté.
En
savoir plus sur ce rapport.
Jorge Perez : Le taux moyen d’inflation
des pays de l’Amérique latine a baissé
au cours des dernières années. Selon
vous, de quelle manière cette situation peut-elle
contribuer à la croissance économique
et à la réduction de la pauvreté
en Amérique latine?
William Maloney :
Je pense que cette baisse du taux d’inflation
permettra de réduire la pauvreté en
Amérique latine, par ce que, de manière
générale, l’inflation affecte
surtout les personnes pauvres dont la majorité
des avoirs ne sont pas indexés au coût
de la vie et n’augmentent pas en valeur avec
l’inflation. Cette dernière entrave
également la croissance, alors que celle-ci
est, comme nous le savons, le principal mécanisme
qui permette de réduire la pauvreté.
Mario Enrique La Riva Málaga
: Combien d’indicateurs numériques
faudrait-il créer pour nous permettre de
nous rendre compte que nous nous approchons de la
solution à la pauvreté?
William Maloney :
En réalité, nous faisons remarquer
dans le présent rapport qu’une bonne
représentation, et donc une bonne compréhension,
de la pauvreté demande de rechercher des
indicateurs supplémentaires. Néanmoins,
il faut retenir qu’à l’heure
actuelle, le degré d’évaluation
de la pauvreté ne constitue pas le principal
obstacle à son élimination. Nous savons
très bien faire la différence entre
les personnes pauvres et celles qui ne le sont pas.
Gueric Boucard :
Monsieur Maloney, selon vous, pourquoi si peu admette
que le système monétaire mondial qui
prévaut aujourd’hui est la cause profonde
de l’iniquité économique mondiale?
Seuls quelques pays jouissent de devises fortes
et sont susceptibles de manipuler leur monnaie comme
ils l’entendent, souvent au détriment
des autres 150 nations. Pour démontrer qu’ils
jouent loyalement le jeu du ‘libre échange’,
ces derniers sont obligés d’acheter
les instruments monétaires (factures et obligations)
au prix fort alors que leur population gagne à
peine 2 dollars EU par jour ?
William Maloney :
Il est vrai que les pays possédant une devise
forte peuvent émettre des devises dans des
conditions qui ne sont pas à la portée
des autres. Il faut cependant se rappeler que la
Chine, l’Inde et le Chili font partie des
pays du monde dont le taux de croissance est le
plus élevé, bien qu’ils ne possèdent
pas de devises fortes.
RIGOBERTO TORRES MORA :
Comment pouvons-nous réduire la
pauvreté sachant que la croissance est concentrée
dans les pays développés?
William Maloney :
Ceci n’est pas tout à fait vrai. Je
voudrais vous rappeler que les taux de croissance
de la Chine, de l’Inde et du Chili sont de
l’ordre de 6 à 10% ; et donc dépassent
ceux des pays industrialisés. Le problème,
c’est que la plupart des pays pauvres n’ont
pas des taux de croissance aussi élevés.
C’est pourquoi, nous avons consacré
une partie du présent rapport à réfléchir
sur les mesures à mettre en œuvre pour
permettre à ces pays d’avoir des taux
de croissance plus élevés.
sheina leoni :
Quel est le meilleur moyen d’éradiquer
la pauvreté?
Humberto Lopez :
Une stratégie simple serait de réaliser
des taux de croissance élevés et de
veiller à ce que les pauvres profitent de
cette croissance. Toutefois, comme l’indique
le rapport, les politiques axées sur la croissance
et les mesures visant à améliorer
la répartition des revenus seront différentes
d’un pays à l’autre. Il est certain
que la situation se complique lorsqu’il s’agit
du type de politiques nécessaires pour atteindre
ces objectifs, vu que cela dépend en grande
partie des choix opérés par les pays.
A notre avis, tous les pays devraient être
caractérisés, entre autres , par une
stabilité économique, une ouverture
commerciale et des mesures destinées à
relever le niveau d’instruction de la population
et à améliorer les infrastructures
du pays. Il faudrait par ailleurs prendre en compte
certains programmes tels que le “programa
Oportunidades” mis en oeuvre au Mexique, pour
assurer un revenu minimal aux familles les plus
défavorisées et renforcer le capital
humain.
Pasupuleti : La
pauvreté humaine et la pauvreté économique
sont deux aspects du même problème.
De nombreux programmes ayant pour objectif la réduction
de la pauvreté n’abordent en fait que
la pauvreté économique en ignorant
ses aspects sociaux et humains. Le résultat
est qu’ils n’ont pas l’impact
prévu. Il apparaît donc essentiel qu’un
programme de réduction de la pauvreté
contienne un ensemble de services intégrés
aussi complet que possible. Dès lors, pourquoi
cet accent mis par les agences de développement
sur la pauvreté économique?
William Maloney :
Un des principaux messages du rapport est qu’il
faut prendre en compte toutes les dimensions de
la pauvreté, en particulier la santé,
le bien-être général, la violence,
etc. Nous montrons d’ailleurs que de nombreux
programmes, y compris ceux de la Banque mondiale,
ont abordé ces aspects de la pauvreté
économique et humaine de manière explicite.
Cela étant dit, il reste évident que
de façon générale la croissance
semble être notre outil le meilleur pour réduire
la pauvreté, quels qu’en soient les
aspects.
FERNANDO LUNA :
à M.Humberto Lopez: Quel est l’impact
sur la pauvreté de la concentration des richesses
entre quelques mains et de la fuite des capitaux
vers des paradis fiscaux?
Humberto Lopez :
En ce qui concerne la première partie de
la question, il ressort du rapport que des inégalités
trop fortes freinent la croissance économique
notamament dans les pays les plus pauvres. Pour
ce qui est de la fuite des capitaux, il serait peut-être
intéressant d’en connaître les
raisons
Oscar Barbosa :
Comment peut-on faire reculer la pauvreté
si rien n’est entrepris pour lutter contre
la corruption ?
Humberto Lopez: Il ne fait aucun doute que la lutte
contre la corruption est un élément
essentiel de la stratégie de réduction
de la pauvreté. Les chapitres 3 et 6 du rapport
mettent en relief les carences institutionnelles
à l’origine du cercle vicieux de la
pauvreté et des faibles taux de croissance
Sonia Tellez :
Est-ce que vous pensez que l’absence de responsabilisation
et les carences en matière de d’éthique
tant au niveau du gouvernement que des citoyens
sont les principales causes de la mauvaise gestion
et de la distribution inadéquate des richesses
ainsi que d’une insuffisance de moteurs de
croissance en Amérique latine ? L’éducation
constitue-t-elle le salut des générations
futures?
William Maloney : Dans
bon nombre de nos études à la Banque
mondiale, nous avons démontré que
la question de qualité institutionnelle,
qui recouvre les différents problèmes
que vous avez mentionnés, s’avère
être un facteur déterminant important
de la croissance, et de sa capacité à
réduire la pauvreté. Comme le présent
rapport plaide également en faveur du rôle
important à jouer par l’État
dans le transfert de revenus des riches vers les
pauvres, il devient encore plus important d’avoir
des institutions de grande qualité auxquelles
les gens ont confiance dans le cadre de la redistribution
de l’argent et des ressources.
L’éducation, est-elle
le salut des générations futures ?
Elle est, certes, un facteur important de la croissance
dans la plupart des cas. Cependant, elle n’est
pas une recette magique qu’il suffit d’appliquer
pour garantir la croissance. Elle doit s’accompagner
d’un ensemble de réformes et d’efforts
dans plusieurs domaines.
Claudio Arce : Vous
proposez d’augmenter les impôts (parce
que vous estimez que le recouvrement de l’impôt
n’a aucun lien avec le PIB par habitant) et
dans l’ensemble du rapport vous soulignez
l’importance de la croissance. La question
est de savoir comment atteindre une croissance économique
tout en relevant le taux d’imposition. En
Amérique latine, à quelques exceptions
près, les procédures de recouvrement
de l’impôt sur le revenu sont, dans
la pratique, loin d’être performantes.
Comment peut-on augmenter les impôts et réaliser
par ailleurs des taux de croissance qui permettent
de réduire la pauvreté? Selon vos
estimations, quel est le ratio taxes/PIB qui apparaît
adéquat pour garantir une croissance qui
profite aux pauvres?
Humberto Lopez :
Il s’agit à coup sûr d’un
point sensible. C’est pourquoi le rapport
indique qu’avant de modifier le niveau des
taxes, il convient d’améliorer la qualité
des dépenses tant en ce qui concerne l’efficacité
que l’affectation aux différents postes.
Il est tout aussi important de lutter contre la
fraude fiscale. Ce n’est qu’à
ce moment là que l’on pourra parler
d’augmentation des impôts. Pour ce qui
est du chiffre idéal, j’aimerais souligner
qu’il n’existe pas de chiffre magique.
Mais comparativement, le taux de recouvrement de
l’impôt dans la région Amérique
latine et Caraïbes est inférieur au
niveau attendu.
Joaquin Costa :
Si Henry Ford a été désigné
comme l’homme du MILLENNAIRE pour avoir contribué
au développement des Etats-Unis en accordant
de fortes hausses de salaire aux travailleurs, pourquoi
n’appliquerait-on pas le même modèle
(relèvement des salaire) en Amérique
latine? L’augmentation de la capacité
de consommation permettrait d’insufler une
nouvelle dynamique à l’économie.
Humberto Lopez :
Ce type de solutions nous incite à la prudence.
Henry Ford a pu relever les salaires comme il ’a
fait parce l’introduction de la chaîne
de montage avait permis à sa société
d’augmenter considérablement sa productivité.
S’il en avait été autrement,
la société Ford aurait perdu sa compétitivité
et se serait laissé distancer par ses concurrents.
Le meilleur moyen de garantir des salaires élevés
à long terme c’est d’être
très compétitif.
Pablo : 1. Croyez-vous
que les valeurs dominantes que sont la religion,
la culture et les habitudes de vie en Amérique
latine ont un effet négatif sur le développement?
Si nous considérons que la plupart des pays
européens et de l’Amérique du
Nord sont fondés sur des valeurs protestantes,
telles que l’honnêteté, l’effort
personnel, etc., l’éducation constitue-t-elle
un facteur fondamental de réduction de la
pauvreté en Amérique latine ?
William Maloney :
Les valeurs et la culture constituent un sujet difficile
à cerner. Je vous encourage à lire
un livre très intéressant sur la culture,
écrit par Rao et Michael Walton avec le parrainage
de la Banque mondiale et publié par Stanford
University Press. Ce livre vous permettra de mieux
comprendre les relations entre culture, valeurs
et croissance.
Je voudrais, cependant, dire que
la culture est quelque chose qu’on ne peut
pas ignorer. Mais elle ne doit pas être au
centre des préoccupations. Permettez-moi
de citer, à titre d’exemple, un rapport
publié par la Ligue des Nations entre les
deux guerres mondiales. Selon ce rapport, les valeurs
confucéennes qui prédominaient en
Corée rendaient peu probable l’entrée
de ce pays dans le club des nations industrialisées.
Cette même conclusion s’applique aussi
à la Chine. Pourtant ces deux pays ont enregistré
des taux de croissance de l’ordre de 10% depuis
de nombreux années.
C’est toujours une surprise
de voir décoller la croissance économique
dans des pays dont les valeurs culturelles ne sont
pas celles qu’on associe traditionnellement
à la croissance économique).
Vanel Beuns :
J’ai reçu une formation en finance
et en gestion de la technologie de l’information.
Ces disciplines ont permis d’améliorer
la vie des hommes partout dans le monde, et de développer
l’économie. Je crois très sincèrement
que la croissance et la pauvreté sont intimement
liées. Je ne peux que recommander une utilisation
efficace des technologies de l’information
et de la communication (TIC) pour accélérer
la croissance et réduire la pauvreté
en Amérique latine et aux Antilles. La réussite
se mesure en termes d’opportunités
concrètes qui sont offertes aux pays en développement
pour leur permettre de tirer profit des technologies
de l’information (TI). En ma qualité
de Directeur Général d’une importante
organisation non gouvernementale internationale
(ONG), je soutiens des technologies efficientes,
parce que je crois qu’elles constituent des
instruments essentiels pour accroître rapidement
l’accès à l’énergie
et à l’informatique dans les pays en
développement, et qu’elles sont nécessaires
pour réaliser les Objectifs de développement
pour le millénaire (ODM). Je souhaiterais
vivement aider la Banque mondiale à mettre
au point un cadre qui permettrait d’accroître
les investissements favorisant un accès meilleur
à des technologies efficaces. Que faudrait-il
que je fasse pour aider la Banque mondiale à
profiter de cet élan pour aider les gouvernements
des pays de l’Amérique latine et des
Antilles à réaliser les Objectifs
de développement pour le millénaire
grâce à un renforcement des capacités
à grande échelle ?
William Maloney :
En réalité, bien que le présent
rapport n’aborde pas ce sujet de manière
spécifique, d’autres travaux que nous
avons effectués et qui sont également
disponibles sur notre site Web s’intéressent
beaucoup au progrès technologique et au rôle
de la TIC dans la promotion de la croissance, de
manière plus générale. Nous
croyons comme vous qu’il est important de
mettre à la disposition des personnes pauvres
des informations pour les aider à améliorer
leur vie. C’est dans cette perspective que
de nombreux projets de la Banque mondiale sont mis
en œuvre pour étendre l’infrastructure
de TIC aux zones rurales particulièrement
pauvres.
Dr.Shelan : Je
tiens à vous remercier. Il y a, en effet,
tant d’autres questions liées aux cercles
vicieux qui mènent à la pauvreté
et qui ont trait à la démographie,
à la structure sociale ainsi qu’à
l’éducation et à l’information
du public. Dès lors, peut-on imaginer qu’il
existe des programmes standards de restauration
de la croissance économique?
William Maloney :
Je vous répondrai qu’il n’en
existe évidemment pas. Il y a des principes
généraux qui semblent importants.
Je voudrais vous renvoyer à d’autres
publications de la Banque mondiale, parce que, dans
le présent rapport, cet aspect du problème
n’est pas abordé.
Le présent rapport souligne
le fait que différents pays ont besoin de
différentes solutions à leurs problèmes
pour lutter contre la pauvreté. Les pays
très pauvres qui disposent de peu de ressources
à répartir doivent se concentrer sur
la croissance. Pour que cette dernière se
matérialise, il faut que l’accent soit
mis avant tout sur l’investissement direct
extérieur, sur une éducation accrue,
sur l’ouverture de leurs économies
aux technologies étrangères et au
commerce extérieur. Par contre, des pays
plus riches, tels que l’Argentine et le Brésil
jouissent d’un potentiel important de redistribution
de leurs ressources. Par conséquent, leurs
stratégies de réduction de la pauvreté
consisteraient à mettre l’accent en
partie sur la croissance et un peu plus sur la redistribution
des richesses.
Gabriela Mayorga :
La réduction des inégalités
dans la région aura-t-elle le même
impact sur la croissance? Ou faudrait-il que les
stratégies nationales décident de
privilégier la réduction des disparités
au détriment de la lutte contre la pauvreté
et vice versa?
Humberto Lopez :
J’aimerais souligner qu’il est imposible
de faire reculer la pauvreté s’il n’y
a pas de croissance économique. C’est
pourquoi il est très important d’établir
un bon équilibre entre objectifs de croissance
et objectifs de réduction des inégalités.
Les stratégies de développement qui
mettent l’accent sur la lutte contre les inégalités
au détriment de la croissance ont pour résultat
une augmentation de la pauvreté, et le rapport
insiste sur les éventuelles complémentarités
existant entre la réduction de la pauvreté
et la croissance. Certaines mesures telles que celles
qui préconisent d’investir dans l’éducaiton
sont bonnes pour la croissance et pour la répartition
de la richesse
Natalia Stenimachiti :
Quelles sont les chances pour les pays de l’Amérique
latine de réaliser l’ODM numéro
8 relatif au développement économique?
Croyez-vous comme certains spécialistes que
l’iniquité constitue le principal problème
en Amérique latine, et que plus d’équité
est synonyme de plus de croissance économique
? Enfin, quel est le niveau de collaboration effective
entre les gouvernements des pays de l’Amérique
latine, notamment ceux de l’Argentine et de
la Bolivie, d’une part, et la Banque mondiale,
d’autre part, en vue d’atteindre des
niveaux de croissance plus élevés?
Je vous remercie.
William Maloney :
De manière générale, le rapport
soutient que ce n’est pas l’iniquité,
en tant que telle, mais plutôt la pauvreté
qui constitue l’obstacle principal à
la croissance. Et c’est cette pauvreté
qui, en réalité, nous préoccupe
le plus. En réalité, des pays très
riches peuvent connaître des niveaux élevés
d’iniquité. Cela ne signifie pas qu’ils
tomberont dans le type de cercles vicieux dont nous
parlions auparavant. C’est pourquoi, nous
sommes tentés de croire que l’accent
devrait être mis sur la pauvreté. Quant
à la réponse à donner à
votre question, à savoir si les pays de l’Amérique
latine peuvent atteindre l’ODM relatif au
développement économique, je dirais
que cela dépend en réalité
de leur performance en matière de croissance
au cours des 10 prochaines années. Mais la
leçon que nous avons vraiment tirée
du cas du Chili, c’est qu’une croissance
soutenue et continue au cours des 10 prochaines
années peut entraîner des grandes réductions
de la pauvreté. Nous espérons, par
conséquent, pouvoir reproduire ce modèle
dans d’autres pays.
Flora Cabranes :
Le rapport met en exergue l’importance de
la croissance dans la stratégie de lutte
contre la pauvreté; pourtant l’expérience
nous a montré que pour engranger des résultats,
la croissance doit s’accompagner d’une
répartition adéquate des richesses.
Quelles seraitent, à votre avis, les meilleures
stratégies pour garantir une redistribution
équitable des bénéfices de
la croissance? Selon vous, quelles sont les carences
observées à ce niveau et quelles leçons
pouvons-nous tirer de l’expérience
d’autres pays qui sont parvenus à redistribuer
les richesses d’une manière plus équitable?
Humberto Lopez :
J’aimerais souligner qu’une croissance
économique forte et durable est la meilleure
recette en matière de réduction de
la pauvreté. En toute honnêteté,
je dois dire que je ne connais pas de cas où
de forts taux de croissance soutenue sur une longue
période n’ont pas fait reculer la pauvreté.
En fait, la question fondamentale contenue dans
le rapport est de savoir comment réaliser
une croissance économique élevée
dans les pays pauvres. Nous avons donc fait valoir
que les restrictions qu’impose la pauvreté
elle-même (faible niveau d’instruction,
pays dotés de faibles infrastructures, systèmes
financiers qui excluent les petits entrepreneurs,
etc.) peuvent freiner la croissance
Flora Cabranes :
Quelles sont les caractéristiques des programmes
sociaux qui ont eu un impact réel sur la
réduction de la pauvreté? Par ailleurs,
quelles sont, d’après vous, les principales
failles de la plupart des programmes sociaux actuels?
A votre avis, où se situe le problème?
Au niveau de la formulation des programmes ou de
leur mise en oeuvre?
Humberto Lopez :
Les programmes sociaux doivent bien cibler les pauvres
et créer des mesures particulières
en leur faveur. Par exemple l’enseignement
primaire, la santé ou les programmes de transferts
conditionnels (“Oportunidades” au Mexique,
par exemple) sont en général bien
ciblés et ils appuient, en outre, la création
du capital humain.
Moira Faul : Selon
vous, quel rôle peut-on faire jouer au secteur
privé (qui va des grandes multinationales
aux petites entreprises) pour s’assurer que
la croissance se traduise réellement par
une réduction de la pauvreté ?
William Maloney :
Une des conclusions du rapport est que les possibilités
d’assurer une croissance favorable en soi
aux populations pauvres paraissent limitées.
Par exemple, nous avons en effet découvert
que la dostribution des revenus provenant du marché,
c’est-à-dire les revenus créés
avant toute redistribution des richesses par l’État,
sont plus ou mojns semblables dans des économies
aussi différentes que le Royaume Uni, l’Irlande,.
voire la Suède et les pays d’Amérique
latine. Ces sytèmes économiques sont
radicalement différents, en particulier en
termes d’éducation et d’inclusion,
mais aussi en termes de distribution des revenus
du marché. Ceci tend à montrer que
l’État pourrait jouer un rôle
égalisateur plus important dans la distribution
des revenus.
César S. Granados : Comment
l’État peut-il aider les personnes
vivant en milieu rural à augmenter leurs
revenus, sachant que ces personnes n’ont ni
l’éducation ni les capacités
d’augmenter leur productivité ?
William Maloney :
Vous venez de poser une question très pertinente.
Nous ne faisons que l’effleurer dans le présent
rapport. Je vous conseille de visiter le site Web,
www.worldbank.org/lac.
Vous y trouverez un rapport écrit l’an
dernier dont le titre est: « Au-delà
de la ville: La contribution des zones rurales au
développement ». Ce rapport porte sur
la problématique générale du
développement rural dans le contexte général
de croissance et de réduction de la pauvreté.
J’ose espérer que vous y trouverez
la réponse à votre question.
Roberto Tejada Ponce :
Vu la corrélation étroite entre la
pauvreté et la vie en milieu rural, comment
pourrait-on utiliser la migration “stratégique”
pour améliorer l’accès des citoyens
aux services publics de base et aux opportunités
d‘emploi?
William Maloney :
En fait, nous avons consacré tout un chapitre
du présent rapport aux aspects régionaux
de la pauvreté. Un des constats que nous
avons faits est que bien que les zones qui sont
fréquemment touchées par la pauvreté
aient des incidences de pauvreté plus élevées,
en réalité, la plupart des personnes
pauvres ne vivent pas en milieu rural. En effet,
dans la majorité des pays d’Amérique
latine, les pauvres vivent en ville. Cela dit, votre
question est très pertinente. Nous avons
un grand nombre de personnes pauvres qui vivent
en milieu rural. Et nous avons constaté que
la migration de ces régions pauvres est en
réalité beaucoup plus faible que ce
à quoi l'on peut s’attendre, compte
tenu de la différence en matière de
développement entre les régions. Nous
avons analysé dans ce rapport toutes les
raisons qui expliquent ce phénomène
ainsi que la nécessité de fournir
un ensemble d’infrastructures et de services
publics améliorés, sans oublier une
éducation meilleure aux zones rurales non
seulement pour les rendre plus attractives aux yeux
des opérateurs économiques, mais également
pour aider les jeunes ruraux avec talent à
aller chercher des opportunités meilleures
ailleurs.
Victor Manuel Moreno :
Je voudrais plutôt savoir quand le présent
document sera disponible en Espagnol. Je vous serais
reconnaissant de me donner cette information pour
me permettre de m’en procurer une copie dans
le cadre de mes études sur les économies
de l’Amérique centrale. Je voudrais
remercier tout le monde pour la qualité du
travail contenu dans le présent document.
Dr. Victo Manuel Moreno
William Maloney :
En réponse, je vous dirais que le résumé
analytique est immédiatement disponible en
Espagnol sur le site Web suivant: http://www.worldbank.org/lac.
Pour le moment, nous envisageons de faire traduire
l’ensemble du rapport en Espagnol; mais la
décision n’a pas encore été
prise. Aujourd’hui, vous pouvez trouver l’ensemble
du rapport en Anglais sur le Web.
Alfonso Florez :
sont les facteurs qui empêchent de briser
le “cercle vicieux” de la misère
en Amérique latine? La pauvreté est-elle
une “fatalité” comme le prétendent
de nombreuses personnes?
Humberto Lopez :
La pauvreté n’est PAS une fatalité.
Il est difficile mais pas imposible de se démarquer
de l’histoire. Je me réfère
au chapitre 3 du rapport dans lequel nous comparons
les tendances économiques dans plusieurs
pays au cours des 150 dernières années.
Par exemple, au milieu du vingtième siècle,
l’Asie et l’Espagne étaient à
la traîne de l’Amérique latine
mais ces pays ont pu modifier le cours de leur histoire
en impulsant un processus de croissance accélerée.
Jesús Bances Rodríguez
: Faut-il créer un ministère
chargé de la réduction de la pauvreté
qui coordonerait toutes les initiatives gouvernementales
de lutte contre ce phénomène? La Banque
mondiale dispose-t-elle d’une unité
ou d’une équipe dotée d’une
autonomie financière et économique
et qui pourrait aider les gouvernments à
combattre la pauvreté?
Humberto Lopez :
La lutte contre la pauvreté ne saurait relever
uniquement d’un département ministériel
mais devrait s’inscrire parmi les grands objectifs
nationaux.
Gabriela Alemán
: 1. A votre avis, la pauvreté en
Amérique latine a-t-elle pris de l’ampleur
depuis l’introduction des réformes
préconisées par le “Consensus
de Washington”? 2. Croyez-vous que les grandes
disparités de revenus relevées dans
les pays d’Amerique latine constituent une
entrave de taille à la croissance et au développement
économique?
Humberto Lopez :
En ce qui concerne le premier point, si par réformes
du " Consensus de Washington " vous entendez
stabilité économique, ouverture commerciale
et renforcement des institutions en general, il
serait difficile de faire valoir qu’ils sont
à l’origine de la pauvreté en
Amérique latine. Le rapport insiste sur le
fait que ces politiques sont certes insuffisantes,
mais elles sont indispensables pour juguler la pauvreté.
S’agissant du deuxième point, l’une
des contributions du rapport est qu’il met
davantage l’accent sur la pauvreté
que sur la répartition des revenus lorsqu’il
identifie les freins au développement. En
d’autres termes, ce ne sont pas tant les inégalités
qui apparemment entravent le développement
en Amérique latine mais plutôt la pauvreté
elle-même.
Jaime Araya :
Quels sont les besoins couverts par un revenu de
deux dollars par jour, pour estimer qu’une
personne qui dispose d’un revenu supérieur
à 60 dollars par mois n’est pas pauvre.
Humberto Lopez :
Le montant de deux dollars EU par jour pour mesurrer
la pauvreté est arbitraire et ne sert qu’à
établir des comparaisons entre pays. Cependant,
il ne faut pas oublier que le taux de change utilisé
est ajusté par rapport à la parité
des pouvoirs d’achat.
Maria del Carmen Sanchez
G : Comment peut-on briser ce cercle vicieux
qui produit la pauvreté?
Humberto Lopez :
C’est la grande question qui sous-tend une
bonne partie du rapport. Au risque de simplifier
exagérément les choses, je dirais
que la solution serait d’aider les pauvres
à profiter de la croissance économique
et de faire en sorte qu’ils y participent.
Lorgio Bello :
A votre avis, quelles sont les cinq causes principales
de la pauvreté?
Humberto Lopez :
Je crois qu’il faut redéfinir la question
qui a trait aux causes de la faible croissance économique
et des fortes disparités observées
en Amérique latine. A cet égard, j’aimerais
faire remarquer que les tendances à l’”isolement”
enregistrées dans les années 50 ainsi
que la mauvaise gestion macroéconomique qui
ont abouti à la crise d’endettement
ont joué un rôle. Il serait bon de
se rappeler qu’au début du vingtième
siècle, certains pays d’Amérique
latine comptaient parmi les plus riches du monde.
Javier Andrés Cárdenas
: Pourquoi tant de pauvreté en Haití?
Humberto Lopez :
Le revenu par habitant en Haïti a baissé
de moitié entre 1960 et 2004. Il est difficile,
dans ces conditions, de réduire la pauvreté.
Raul Ricardo, Fernandez
: 1.-Alors votre conclusion finale s’inscrit
en faux contre l’argument selon lequel “une
croissance soutenue” aiderait à réduire
la pauvreté en Amérique latine”?
2. Une augmentation des “postes budgétaires
dans les pays d’Amérique latine”
visant la “croissance parmi les groupes les
plus désavantagés” ne permettrait-elle
pas d’éradiquer la pauvreté?
Humberto Lopez :
A propos du premier point, j’aimerais dire
clairement que la meilleure façon de lutter
contre la pauvreté est de réaliser
une forte croissance durable. Nous avons conclu
que lorsque les taux de pauvreté sont élevés,
il est encore plus difficile d’atteindre cette
croissance, ce qui crée des cercles vicieux
entre la croissance et la pauvreté. Le défi
à relever est d’en faire des cercles
vertueux.
Je voudrais
vous remercier d’avoir bien voulu prendre
part à cette discussion. Pour télécharger
l’ensemble du rapport, visitez
le site Web suivant.
|