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Un nouveau rapport de la Banque,
intitulé "Afghanistan: Gérer
les finances publiques pour le développement",
publié le 23 janvier 2006, indique sans équivoque
que si l'aide n'est pas acheminée de manière
efficace en Afghanistan, le gouvernement en sortira
affaibli et son autorité sera fragilisée.
La publication de ce rapport précède
une conférence internationale à Londres
le 31 janvier 2006, et au cours de laquelle le nouveau
cadre pour le développement du pays: "Contrat
pour l'Afghanistan" a été dévoilé
En
savoir plus sur l'Afghanistan.
Larry Hendricks
: J’ai été consultant en Afghanistan
pendant environ 12 mois, à compter de la
fin de 2003. Je comprends que la Banque mondiale
et d’autres bailleurs de fonds multilatéraux
doivent octroyer des fonds au gouvernement. Ce que
je ne comprends pas par contre c’est que,
en dépit de toute cette corruption au sein
du Gouvernement afghan, la Banque mondiale propose
que l’aide de tous les bailleurs de fonds
transite par le gouvernement. L’essentiel
de ces fonds ne parviendra jamais aux projets, et
cela donne au gouvernement un moyen d’éluder
la question de la corruption. Pouvez-vous justifier
votre raisonnement, puisque ça ne s’explique
pas qu’un gouvernement s’efforce d’équilibrer
son budget avec l’argent des bailleurs de
fonds ?
William Byrd :
Plusieurs raisons justifient le passage des fonds
par le canal budgétaire, parmi lesquelles
le programme de mise en place d’un État
afghan et la production de résultats dont
le mérite et la responsabilité reviendraient
au gouvernement. Et le risque de corruption est
tout à fait réel, mais n’allons
pas penser que seuls les projets financés
par le budget du Gouvernement afghan sont vulnérables
à la corruption et que les autres projets
ne le sont pas. La solution pour atténuer
cette vulnérabilité consiste donc
à améliorer davantage les mécanismes
de gestion et de contrôle financiers, tel
que le recommande le rapport.
Harriet Myers
: Combien de temps cela prendra-t-il ? Pensez-vous
que l’Afghanistan sera effectivement en mesure
de gérer convenablement toute aide qui lui
est octroyée ?
Stephane Guimbert
: Le rapport reconnaît que les contraintes
liées aux capacités du gouvernement
sont réelles. Il laisse entendre toutefois
que cette insuffisance de capacités pourrait
très bien devenir une prophétie qui
se réalise si l’on ne donne jamais
au gouvernement la possibilité de gérer
les ressources. L’expérience montre
que les capacités peuvent être renforcées
au fil du temps en gérant l’aide. Un
bon exemple des progrès dans le renforcement
des capacités au cours de ces dernières
années est le processus budgétaire
engagé d’une manière très
rudimentaire en 2002, et le rapport fait état
des progrès réalisés chaque
année depuis 2002. Bien sûr, cela n’exclut
pas la nécessité d’améliorer
davantage le processus budgétaire dans le
futur, tout comme les autres processus.
Marcus Wesley : Quels services
exactement le gouvernement serait-il mieux à
même de gérer personnellement... et
quels services ferait-il simplement mieux de confier
à d’autres acteurs ?
William Byrd
: La réponse n’est pas aussi simple.
Il peut y avoir une variété de mécanismes.
Tout dépend des capacités du gouvernement
et des caractéristiques du service. Dans
le cas de l’Afghanistan, la gestion de l’enseignement
primaire est assurée d’une manière
centralisée par le gouvernement. Ce qui a,
au cours de ces dernières années,
donné lieu à une forte augmentation
du taux de scolarisation, garçons et filles
y compris, à des niveaux inédits dans
l’histoire de l’Afghanistan. Ce type
de mécanisme de fourniture de services peut
contribuer à soutenir l’unification
des programmes d’études. Mais l’aspect
qualité suscite des préoccupations.
Par exemple dans le domaine de la santé,
le gouvernement a, sur une base compétitive,
passé des marchés de fourniture de
services de santé de base à des prestataires
non gouvernementaux.
Je pense donc que de nombreuses formules sont possibles,
et un point essentiel est que les marchés
de fourniture de services commercialisables tels
que l’électricité, l’eau,
etc., devraient être confiés à
des tiers et non exécutés par le gouvernement.
Haleem : Le Gouvernement afghan
a-t-il vraiment les capacités d’utiliser
les fonds judicieusement ? Y a-t-il des exemples
concrets à cet effet ?
Stephane Guimbert
: Le rapport fait état d’un
certain nombre de secteurs où le Gouvernement
afghan a démontré ses capacités
à bien utiliser les fonds. Dans une de nos
réponses précédentes, nous
avons parlé du secteur de l’éducation.
Deux des programmes les mieux réussis en
Afghanistan sont le Programme de solidarité
nationale et le programme de base de services de
santé. Dans le cadre du Programme de solidarité
nationale, des subventions sont accordées
aux communautés qui planifient et mettent
en œuvre des projets communautaires. Le programme
de base de services de santé permet de fournir
des prestations à la majorité des
populations à travers le pays. Ces deux exemples
sont intéressants parce que dans les deux
cas, le gouvernement a démontré des
capacités à superviser les programmes.
Mais ces deux cas montrent également que
tous ces services ne devraient pas nécessairement
être fournis par le gouvernement. Ici les
services sont fournis par des organisations non
gouvernementales (ONG), sous la supervision du gouvernement.
Steve Renshaw : De quelles capacités
le Gouvernement afghan dispose-t-il pour gérer
le flux de fonds d’aide ? Après tout,
l’Afghanistan est encore en proie à
la guerre...
William Byrd
: En fait, l’un des premiers efforts déployés
dans le cadre du programme de reconstruction consistait
à doter le gouvernement des capacités
appropriées pour gérer les fonds d’aide
alloués au pays. Cette démarche est
très importante, et a connu un certain succès,
comme le montre l’évaluation du système
de gestion des finances présentée
dans le rapport qui indique que l’octroi des
fonds présente le risque lié à
la gestion saine des ressources budgétaires.
L’essentiel pour l’avenir est qu’une
grande partie de ces capacités a été
mise à la disposition du pays, à travers
des contrats signés avec des entreprises
et des consultants internationaux, et le défi
à relever sera de renforcer les capacités
essentielles appropriées et durables au sein
du gouvernement, afin qu’il ne dépende
plus des capacités externes mises à
sa disposition.
Harry Greenburg : La situation
actuelle de la sécurité en Afghanistan
ne bat-elle pas en brèche votre argument
? Car en effet, si en ce moment le gouvernement
ne peut déjà maîtriser la situation,
comment pouvez-vous espérer qu’il maintienne
son contrôle sur les financements ?
William Byrd
: La sécurité constitue le premier
des défis dans le programme de reconstruction
de l’Afghanistan, et la fourniture de services
tels que l’éducation, la santé,
la construction, l’infrastructure, etc., est
beaucoup plus difficile et onéreuse dans
un climat d’insécurité. Donc
la situation de la sécurité a un effet
pervers, notamment dans les parties du pays où
le conflit perdure. Alors, la réponse à
ce défi consistait notamment à constituer
des forces de sécurité nationales
afghanes tout en dépendant, sur le court
terme, du soutien international. Et un aspect tout
aussi important que l’armée nationale
qu’on est en train de pourvoir en effectifs,
c’est l’amélioration du corps
de la police et du secteur de la justice. Le rapport
présente une analyse détaillée
du secteur de la sécurité sous l’angle
des finances publiques et du développement,
laquelle analyse reconnaît qu’il est
important de résoudre le problème
d’insécurité et d’instituer
des pratiques saines de gestion financière
dans le secteur de la sécurité tout
comme dans les secteurs civils.
Manu Mago : Pourquoi la communauté
internationale ne met-elle pas l’accent sur
les réformes qui s’attaquent aux préoccupations
immédiates telles que la pauvreté
et l’autonomie complète plutôt
que de placer le pays sous la férule d’un
autre État, pour plus ou moins préserver
l’identité de la nation afghane ? La
communauté internationale devrait se contenter
de fournir l’aide et éviter d’empiéter
sur la volonté des citoyens afghans.
Stephane Guimbert
: En effet, le rapport soutient que l’aide
extérieure doit être fournie d’une
manière qui souligne et renforce la légitimé
du gouvernement vis-à-vis du peuple. Comme
nous l’avons déjà dit dans des
réponses précédentes, cela
ne signifie pas que le gouvernement doit nécessairement
fournir tous les services, mais plutôt qu’il
faut doter le gouvernement de moyens lui permettant
d’être comptable des résultats
vis-à-vis du peuple. Par conséquent,
le gouvernement doit être capable d’assurer
une supervision adéquate des services dans
les secteurs de la santé, de l’éducation
et de l’énergie. Et cet aspect des
choses gagne d’ailleurs en importance avec
l’élection récente du parlement
qui devrait devenir une institution majeure permettant
de renforcer l’obligation de rendre compte.
Anne Bradshaw : N’est-ce
pas là une véritable condamnation
des organisations non gouvernementales ? Après
tout, je suppose que beaucoup d’ONG font partie
de ces organismes utilisant ces fonds qui, d’après
vous, devraient plutôt être remis au
gouvernement ou transiter par ce dernier...
William Byrd :
Le rapport ne condamne pas les ONG. Le principal
point soulevé par le rapport, ou le thème
traité, c’est le rôle de supervision
que doit jouer le gouvernement et l’utilisation
des processus budgétaires et financiers du
gouvernement pour la fourniture de services publics
et de l’aide ; et le rapport ne précise
pas la manière dont la fourniture de l’aide
devrait ou ne devrait pas se faire par le biais
des ONG. Comme l’indiquent les réponses
aux questions précédentes, il existe
des exemples de programmes gouvernementaux mis en
œuvre par le canal budgétaire pour lesquels
les marchés de la fourniture de services
ont été attribués à
des ONG.
Donc, pour ce qui est des ressources, y compris
l’aide passant par le budget de l’État,
nous avons des cas où le gouvernement lui-même
fournit le service, comme l’enseignement primaire,
et des cas où une société ou
un prestataire fournit le service, ou encore il
peut s’agir d’ONG ou d’entreprises
privées sous contrat. De la même manière,
une grande partie de l’aide fournie hors budget
l’est au moyen d’entreprises privées
ou d’ONG engagées directement par les
bailleurs de fonds.
Je pense que nous devons faire une distinction nette,
sachant que nous parlons du rôle de supervision
du gouvernement et du financement par le budget,
ce qui ne signifie pas la non implication des ONG
dans la fourniture de l’aide. La question
du choix des entités devant assurer la fourniture
de l’aide se distingue de celle de l’acheminement
de l’aide par le canal budgétaire ou
en dehors de celui-ci.
Patrice Yapi N'cho : Le souhait
de toutes les institutions intervenant dans le développement
serait que l'aide arrive majoritairement aux bénéficiaires
que sont les populations. Ce qui a suscité
la floraison d'ONG du Nord et du Sud dans l'exécution
de certains projets communautaires dans les PMA
et autres PVD. Au final, certains prêts provenant
de la réalisation des projets exécutés
par des ONG doivent être remboursés
par les États. Notre préoccupation
est de pouvoir élaborer une plateforme où
les bailleurs de fonds, les États, les ONG
et les vrais bénéficiaires (mairies,
conseils généraux, organisations professionnelles
agricoles, mutuelles de développement des
localités ou structures légalement
constituées et reconnues dans la région
par ses actions au profit du développement)
se rencontrent régulièrement pour
discuter des projets dès la conception jusqu'au
stade de l'évaluation. Messieurs, avez-vous
fait allusion à ce type de procédures
lors de la conception de votre projet ?
Stephane Guimbert
: Le rapport, en effet, tel que revu, mentionne
les procédures par lesquelles tous les acteurs
que vous avez mentionnés (bailleurs de fonds,
États, ONG et communautés) se mettront
ensemble pour débattre de ces questions.
Le rapport présente de solides arguments
qui sous-tendent que la plateforme centrale de ce
dialogue est le processus budgétaire. Le
niveau stratégique est, en l’occurrence,
la Stratégie nationale afghane de développement,
qui est un document de stratégie élaboré
par le gouvernement en consultation avec toutes
ces parties prenantes, notamment les ONG et les
communautés. Ce rapport est en fait examiné
aujourd’hui à Londres par le gouvernement
et la communauté internationale. C’est
la première étape de cette stratégie,
et le gouvernement envisage d’élaborer
une stratégie complète au cours du
mois prochain en consultation avec le peuple afghan.
La deuxième étape de ce processus,
le forum de discussion, est le budget annuel, où
la stratégie doit être traduite dans
les faits tel présenté dans le rapport.
Et puis vient la dernière étape du
processus budgétaire, le vote par le parlement,
qui, une fois de plus, constitue la réponse
à la question du dialogue entre le gouvernement
et le peuple, par le truchement de ses représentants.
Ismail : Êtes-vous en train
de dire que les organisations non gouvernementales
ne sont pas bien outillées pour gérer
l’aide en direction de l’Afghanistan
?
William Byrd
: Le rapport ne dit pas que les ONG sont outillées
pour gérer l’aide en direction de l’Afghanistan.
Je pense, comme cela a été mentionné
précédemment, que la solution clé
réside dans la supervision par le gouvernement
et le fait d’œuvrer pour des programmes
nationaux et des objectifs nationaux ; et une chose
qui s’est avérée très
efficace dans les programmes élaborés
par le gouvernement et dans lesquels des ONG ont
été impliquées est la passation
des marchés par voie compétitive,
la maîtrise des coûts, ainsi que le
suivi et l’évaluation. Avec ce type
de dispositions, qui constituent une bonne pratique
en matière d’aide, les ONG représentent
certainement l’un des mécanismes utiles
de fourniture de l’aide.
Patrice Yapi N'cho : Dans le cadre
de la réalisation des objectifs de développement
pour le Millénaire, quels sont les objectifs
qui ont été mis en relief dans la
réalisation de cette étude ? Qu'est-ce
qui a été concrètement fait
dans le cadre de l'attribution des marchés
publics ? Quel est le poids du secteur privé
dans le développement du pays ?
Stephane Guimbert
: Permettez-moi de commencer par les ODM.
En 2005, le gouvernement s’était approprié
les ODM. L’un des changements majeurs que
le gouvernement a portés à ces objectifs
consistait à y ajouter des objectifs liés
à la sécurité, ce qui est révélateur
du fait que la sécurité reste aujourd’hui
une préoccupation majeure pour beaucoup d’Afghans.
Concernant les autres ODM, tels que passés
en revue, il y a eu des progrès, certains
très encourageants, comme l’augmentation
sensible du taux de scolarisation qui est passé
de seulement un million d’enfants scolarisés
en 2001 à près de cinq millions aujourd’hui
; mais il faut des changements très importants
pour atteindre les ODM dans le secteur de la santé,
notamment pour ce qui est de la mortalité
infantile et maternelle. Réduire les disparités
entre les garçons et les filles et entre
les hommes et les femmes reste également
un énorme défi.
Permettez-moi maintenant d’aborder le second
volet de votre question. Le gouvernement a adopté
plusieurs mesures pour améliorer la passation
des marchés. Bien plus tôt, il avait
engagé une société internationale
pour entreprendre ce processus de passation de marchés
et pour l’accompagner de professionnalisme
et de transparence, ce qui a permis d’améliorer
considérablement l’efficacité
de ses programmes. Mais il reste vrai que le secteur
privé demeure très faible dans le
pays, aussi les règles régissant la
passation des marchés doivent-elles veiller
à soutenir l’émergence d’un
secteur privé dynamique en Afghanistan.
Caroline Escobar : Votre théorie
ne devrait-elle pas s’appliquer aux gouvernements
de tous les pays – la seule manière
alors de vraiment les aider serait de faire transiter
tous les fonds d’aide par le gouvernement
plutôt que par d’autres organismes ?
William Byrd :
En effet, les principes généraux et
les bonnes pratiques de gestion financière
relevés dans le rapport sont applicables
à grande échelle. La raison pour laquelle
la situation et les recommandations, ainsi que les
mises en garde, si vous voulez, sont si importantes
pour l’Afghanistan est liée au fait
que la situation du pays, qui sort d’un conflit
et dont les recettes fiscales sont très faibles,
l’amène à dépendre, pour
l’essentiel, de l’aide extérieure
qui représente 92 % des dépenses de
l’Afghanistan ; les dépenses publiques
de l’Afghanistan sont financées par
l’aide. Dans ce type de situation, la nécessité
de passer par le budget et de respecter des procédures
de gestion financière saines est patente.
Dans un pays plus classique, un pays en développement,
où l’aide représenterait 10
à 20 % de la totalité des dépenses
publiques, le problème se poserait avec moins
d’acuité parce que si 10 ou 20 % de
ces dépenses passaient hors du canal budgétaire
et hors du contrôle du gouvernement, ce serait
bien évidemment beaucoup moins grave que
si 92 ou 75 % de la dépense publique étaient
exécutés hors du contrôle du
gouvernement, particulièrement en Afghanistan
où construire l’appareil étatique
et les institutions gouvernementales constitue une
partie essentielle de l’effort de réforme.
Donc, les principes et l’analyse s’appuyant
sur l’expérience à l’échelon
international sont appliqués, mais ils sont
plus stricts en Afghanistan, pays sortant d’un
conflit, en raison de la forte proportion que représente
l’aide, laquelle est financée par la
communauté internationale et qui ne passe
pas par le processus budgétaire.
Kevin Wheeling : Pouvez-vous davantage
expliquer le Pacte pour l’Afghanistan ? Quel
en est le but ?
William Byrd :
Le Pacte pour l’Afghanistan, qui fait l’objet
d’une conférence à haut niveau
sur l’Afghanistan organisée aujourd’hui
et demain, devrait constituer un engagement quinquennal
du gouvernement et des bailleurs de fonds. Le gouvernement
s’engage à mettre en œuvre la
Stratégie nationale afghane intérimaire
de développement élaborée le
mois dernier, non seulement pour atteindre des résultats,
mais aussi pour réaliser une modeste amélioration
des revenus nationaux, de la gestion et de l’efficacité
de l’utilisation des fonds. Les bailleurs
de fonds pour leur part s’engagent, sur le
moyen terme, à maintenir des niveaux élevés
de l’aide à l’Afghanistan et
à davantage harmoniser et renforcer l’aide,
et, avec de l’espoir, faire passer une plus
grande partie de l’aide par le budget de l’État
afghan.
Ce Pacte est très important parce qu’il
établit un cadre à moyen terme, appelle
un effort mutuel et renforce l’engagement
à long terme des deux parties à la
reconstruction de l’Afghanistan. Dans beaucoup
de pays sortant d’un conflit, un modèle
classique est celui où environ cinq, six
ou sept ans après la fin du conflit, les
ressources fournies par les bailleurs de fonds s’épuisent,
l’attention étant tournée vers
d’autres points névralgiques du globe,
au moment même où le gouvernement renforce
ses capacités et est prêt à
absorber l’aide d’une manière
plus productive et à mieux l’utiliser.
Donc, en Afghanistan, le Pacte et l’engagement
tant du gouvernement que des bailleurs de fonds
visent à éviter ce type de problème,
et plutôt à maintenir le cap, à
mener à terme le processus de reconstruction.
Jalil Alkozai : Les États-Unis
fournissent environ deux milliards de dollars à
l’Égypte et trois milliards de dollars
à Israël chaque année. Consacrer
seulement 600 millions de dollars à l’Afghanistan,
c’est ce que d’autres personnes et moi-même
appelons « bâtir une nation à
petits sous ». Pourquoi ces soit disant superpuissances
ne tirent-elles pas des enseignements de leurs erreurs
passées
Stephane Guimbert
: Au cours des trois à quatre dernières
années, l’Afghanistan a bénéficié
d’une aide extérieure importante. Par
exemple, en 2004, l’aide extérieure
était dix fois supérieure au revenu
national. Mais au-delà du montant, il est
important d’examiner les modalités
de fourniture de l’aide dans le pays. C’est
ce qui déterminera l’efficacité
ou la non efficacité de l’aide.
La première modalité est la prévisibilité
de l’aide. Le gouvernement a besoin de souplesse,
dans le moyen terme, pour gérer les ressources
qui sont mises à sa disposition, faute de
quoi il ne peut pas prendre des décisions
sur les projets à financer et les projets
à ne pas financer.
Une autre modalité consiste à s’assurer
que les responsabilités sont clairement définies
en ce qui concerne l’aide qui est supposée
être fournie. Comme le soutient le rapport,
l’option privilégiée devrait
être de tenir le gouvernement entièrement
comptable des résultats, ce qui implique
qu’il exerce un certain contrôle sur
l’aide extérieure.
Et enfin, dernière modalité, l’opportunité
de l’aide. Comme il a été noté
dans une réponse précédente,
il faut du temps pour renforcer les capacités
afin que l’aide soit efficace en Afghanistan.
À la lumière de l’expérience
d’autres pays, il est possible que l’aide
décroisse au moment même où
les capacités sont en train d’être
renforcées.
Vishal : Pourquoi la pauvreté
n’est-elle pas éliminée dans
les pays en développement comme l’Afghanistan
alors que la Banque mondiale est une organisation
couronnée de succès depuis fort longtemps
?
William Byrd :
La véritable réponse est que la pauvreté
est un phénomène profondément
enraciné et un défi à plusieurs
facettes ; et l’aide fournie par la Banque
mondiale ou d’autres organismes peut contribuer
à éliminer la pauvreté, mais
elle ne peut certainement pas, à elle toute
seule, éliminer la pauvreté, sans
que d’autres conditions ne soient réunies.
Et, ne perdons pas de vue que, pris comme portion
du PIB des pays développés, ou suivant
d’autres bases de mesure, le montant réel
de l’aide est relativement faible.
Un aspect clé de l’efficacité
de l’aide est d’arriver à assurer
au fil du temps un niveau de sécurité
des institutions permettant au pays de prendre lui-même
la responsabilité de réduire et éventuellement
d’éliminer la pauvreté ; et
je pense que cet aspect des choses est une raison
essentielle pour laquelle l’appareil étatique
et les institutions gouvernementales doivent être
construits d’une manière viable, aussi
bien au plan financier qu’institutionnel,
en termes de ressources humaines et d’organisations,
toutes choses qui sont si capitales.
L’aide peut donc permettre un soulagement
à court terme, si vous voulez, en atténuant
les symptômes de la pauvreté, mais
ce qui est beaucoup plus important c’est l’impact
de l’aide, à long terme, sur l’assistance
fournie aux pays en vue de mettre en place leurs
institutions et de renforcer leurs capacités
à réduire eux-mêmes la pauvreté,
et c’est cela même qui fait l’objet
de notre rapport, à savoir comment l’aide
et les ressources peuvent être exploitées
de manière à renforcer l’appareil
étatique et, à terme, éliminer
la pauvreté, plutôt que de trouver
des palliatifs pour amoindrir le problème
sur le long terme.
Manuel Sarlin : Lorsqu’un projet
de renforcement des capacités est mis en œuvre
par le gouvernement (ou un organisme d’exécution
engagé par le gouvernement), comment les bailleurs
de fonds peuvent-ils suivre les résultats et
éviter le népotisme ? Pourquoi les dons
conditionnels sont-ils si rares ? Il semble si évident
que tout don qui n’est pas assorti d’indicateurs
de performance ni de conditions pour le déblocage
des fonds ouvre largement la voie à l’inefficacité.
Donneriez-vous 300 dollars d’argent de poche
à vos enfants sans aucune condition ? Je préfèrerais
donner 20 dollars par semaine et attendre les résultats
avant de continuer à donner de l’argent,
à moins que je ne me soucie pas vraiment de
l’autonomie future de mes enfants (ou que je
ne me soucie pas de mon argent) !
Stephane Guimbert : Cette question
soulève l’important problème du
suivi et de l’évaluation de la dépense
publique et de l’aide octroyée à
l’Afghanistan. Le rapport examine ce problème
plus ou moins en détail, et souligne en particulier
les réalisations décisives faites par
le gouvernement dans les domaines de la gestion financière
et de l’établissement de rapports financiers.
Le gouvernement a en effet mis en place un système
informatisé qui lui permet de produire régulièrement
des rapports financiers sur la gestion des fonds publics.
Comme le note le rapport toutefois, la question plus
large du suivi et de l’évaluation et
la question plus large des capacités en matière
de statistiques demeurent une véritable gageure
en Afghanistan. En effet, l’absence de données
constitue une entrave majeure lorsqu’il s’agit
de savoir si les programmes du gouvernement n’atteignent
pas leurs objectifs.
Parlant spécifiquement des projets de renforcement
des capacités mentionnés dans la question,
il va de soi que les mêmes questions de suivi
et d’évaluation s’appliquent à
ce type de projet ; mais dans ce cas, il est particulièrement
important, si l’on voudrait vraiment que le
projet permette de renforcer les capacités,
de donner aux pouvoirs publics la possibilité
de le faire et par conséquent, de ne pas chercher
à gérer le projet en outrepassant complètement
le gouvernement.
Mohammad N Azizi : Quatre années
se sont écoulées depuis la chute du
pouvoir des talibans. Il y a eu de nombreuses réalisations
dans plusieurs domaines en Afghanistan, cependant
le pays reste bien en marge du train du développement
réel. Pendant combien d’années
encore l’Afghanistan aura-t-il besoin des
faramineux montants de fonds octroyés par
les bailleurs de fonds ? Et si nous disons que l’Afghanistan
a besoin de 7 à 10 années supplémentaires,
que sera ce pays dans 7 à 10 ans comparé
à ses voisins immédiats de la région.
William Byrd :
Le rapport fait effectivement une analyse et des
prévisions ou des projections du revenu national
de l’Afghanistan et des dépenses courantes
du gouvernement, c’est-à-dire celles
nécessaires à son fonctionnement,
parce que l’une des principales exigences
est que le gouvernement mobilise un revenu national
suffisant pour pouvoir couvrir ses besoins essentiels
de fonctionnement. L’Afghanistan n’en
est pas encore là. À l’heure
actuelle, le revenu national ne couvre que près
de la moitié de ce qui est prévu dans
le budget de fonctionnement de l’État,
soit les dépenses courantes.
Le rapport révèle que grâce
à de sérieux efforts de mobilisation
de plus de recettes fiscales et de maîtrise
de la dépense globale, il est possible que,
dans les deux prochaines années, les revenus
couvrent au moins la masse salariale de la fonction
publique, c.-à-d. le coût des employés
de l’État, et d’ici 2011 ou 2012,
le budget devrait pouvoir couvrir les dépenses
courantes.
Mais ce n’est pas tout, car il y a également
des dépenses courantes qui font partie du
budget d’équipement, comme par exemple,
les services de santé et les transferts,
qui constituent également, dans un certain
sens, une partie des dépenses courantes du
gouvernement, et il faudra plus de temps pour recouvrer
ces dépenses.
Donc, l’Afghanistan aura besoin de l’aide
extérieure pendant longtemps et, comme beaucoup
d’autres pays en développement, de
l’aide extérieure pour financer son
budget d’équipement pour les projets
d’investissement, qu’il s’agisse
de barrages, de routes ou de projets similaires.
Cela sera nécessaire pendant encore un certain
temps, mais le principal effort à fournir
dans les prochaines années consistera à
mobiliser plus de revenus pour couvrir le budget
de fonctionnement et réduire, et progressivement
éliminer, les besoins en aide extérieure
pour le budget de fonctionnement ; le rapport présente
une série de mesures et un programme stratégique
pour y parvenir, et le gouvernement est résolu
à le faire dans le cadre de la Stratégie
nationale de développement élaborée
récemment.
Marcus Ridner : Pourquoi aidons-nous
les autres pays, alors que beaucoup d’entre
eux ont gaspillé notre argent ? Et il nous
faudra en présenter le retour sur investissement
dans 50 ans. Si nous donnons 5 milliards de dollars
à un pays, nous devrions contrôler
cet argent et ne le dépenser que pour des
acquisitions légitimes, contre reçu,
de sorte qu’ils ne puissent pas l’empocher,
et grâce à ce type de responsabilisation,
le pays s’en porterait mieux. L’excès
de générosité libérale
entraîne l’excès de dépendance.
Qu’ont fait les pays avec l’argent qu’ils
ont reçu ? Je ne vois pas de progrès
dans beaucoup de pays, vous les connaissez, et vous
ne les connaissez que trop bien. C’est stupide
d’annuler 40 milliards de dette d’un
pays ; il faut apprendre aux gens comment gagner
de l’argent, et non en faire grâce.
Il semble qu’aucun dirigeant d’un pays
étranger ayant emprunté de l’argent
auprès des États-Unis ou d’autres
pays n’a la capacité d’en faire
profiter son pays ou n’engage la démarche
prospective consistant à maintenir à
disposition un compte en prévisions des catastrophes
naturelles se chiffrant à plusieurs milliards
de dollars ; ils pourraient retenir 10 % de leur
PIB pour les situations d’urgence. Soit personne
ne pense à l’avenir de leurs pays ou
ne le planifie soit ils n’en ont cure. Qu’est-ce
qui nous rend responsables de l’irresponsabilité
des autres ? Veuillez m’expliquer cela, et
ne vous donnez surtout pas de mal si vous ne pouvez
pas répondre à mes questions. Un véritable
dirigeant de quelque type que ce soit a le devoir
de créer et de trouver des solutions pour
améliorer la qualité de la vie de
tous ceux et celles dont il a la charge ou les possibilités
pour eux d’en titrer parti, y compris améliorer
l’économie. Certains dirigeants ne
pensent qu’à eux-mêmes, et c’est
pathétique. Des solutions peuvent être
trouvées et les personnes qui en veulent
peuvent réussir. Veuillez me répondre
par courrier électronique, il me tarde de
voir quelles sont vos solutions. Vous m’avez
l’air d’une bande de personnes futées.
Certains des hommes d’affaires les plus légitimement
riches peuvent apporter leur aide sous forme de
conseils et d’orientation sur comment améliorer
presque toute économie étrangère,
et non les économistes formés à
Harvard, parce que je n’en connais pas qui
soit multimillionnaire. Ce ne sont que des professeurs
qui gagnent un salaire en travaillant pour quelqu’un
d’autre, qui vivent de dons de 30 à
40 millions de dollars octroyés à
leur université par les plus nantis pour
qu’ils puissent bénéficier d’un
salaire. Peut-être devriez-vous vous renseigner
auprès des personnes qui ont réalisé
plus de 100 millions de dollars de bénéfice
en faisant du commerce international, pour obtenir
des conseils, moi je le ferais. Rappelez-vous qu’il
ne s’agit pas de moi, mais de vos collègues
et de vous qui êtes en quête de solutions.
Merci de vous être donné la peine de
lire, de débattre et de mettre en pratique
mes propos. Rappelez-vous : c’est l’action
qui entraîne le changement, et non Ie racquetball
intellectuel. Une fois de plus, merci !
Stephane Guimbert
: Tout d’abord, le rapport fait état
des progrès réalisés par les
gouvernements et par l’Afghanistan au cours
de ces dernières années. Nous avons
déjà mentionné la scolarisation.
Nous avons également mentionné l’expansion
de la croissance. La croissance économique
a été sensible, le taux se situant
entre 10 et 20 % au cours des deux dernières
années. Ce sont des réalisations majeures
dont une partie est le fait de l’aide extérieure
fournie au gouvernement.
Alors, les défis futurs demeurent gigantesques,
et il faudra effectivement de vrais dirigeants pour
trouver les solutions à ces défis.
La Stratégie nationale afghane de développement,
qui fait l’objet d’une conférence
aujourd’hui à Londres, est le processus
par lequel le gouvernement devra faire face à
ces défis et proposer une démarche
à suivre pour l’avenir.
Marcus Ridner : Autre question
: Se pourrait-il que les dirigeants étrangers
manquent de s’entourer de personnes plus intelligentes,
plus capables, qui réussissent mieux et qui
ont plus d’aplomb qu’eux, et ont effectivement
créé une entreprise ou savent comment
obtenir le bon conseil ? Peut-être que certains
de ces dirigeants font ou ont fait certaines de
ces choses, tant mieux pour eux. Si un dirigeant
étranger vient à la Banque mondiale
pour solliciter un prêt, je pense que des
conditions très strictes de responsabilité
devraient lui être imposées quelles
que soient ses protestations ou son mécontentement.
S’il demande 10 millions de dollars, ne lui
donnez que 500 000 dollars et lorsqu’il a
remboursé cette somme, donnez-lui un petit
plus. J’espère que mes questions incitent
et provoquent quiconque pourrait les lire et susciter
un changement profond et durable chez des dirigeants
qui les écoutent concernant toute sorte d’aide
extérieure. Merci encore. J’attends
avec impatience vos impressionnants résultats.
William Byrd :
L’argument concernant la nécessité
d’une responsabilité et de résultats
stricts est très important, et, comme le
stipule le rapport, ce n’est pas seulement
important pour les bailleurs de fonds qui octroient
l’aide, ou pour la Banque mondiale comme Marcus
l’a proposé dans son exemple, mais
il est également très important que
les populations du pays qui reçoit l’argent
sachent qu’il a été judicieusement
utilisé. C’est un point de vue très
important que nous partageons entièrement.
Je crois qu’il est nécessaire de constituer
un volume critique de sorte que le montant de l’aide
soit approprié pour vraiment partir du bon
pied. Et fractionner ce montant en de toutes petites
portions pourrait en réalité aboutir
à l’inefficacité de l’utilisation
de l’aide ou à une utilisation pas
tout aussi efficace que nécessaire. Aussi
a-t-on besoin d’une approche programmatique
qui considère l’essentiel du pays dans
une perspective sectorielle, qu’il s’agisse
de l’éducation, de la santé
ou de tout autre secteur ; donc un niveau programmatique
englobant beaucoup de petits projets fragmentés,
ce qui aurait une incidence certaine sur le volume
de l’aide requise.
En outre, le rapport révèle que l’Afghanistan
ne peut simplement pas se permettre de contracter
trop de prêts à l’heure actuelle.
La majeure partie de l’aide extérieure
fournie à l’Afghanistan doit donc revêtir
la forme de dons parce qu’autrement le pays
ne sera pas en mesure de rembourser sa dette, et
il ne sert vraiment à rien d’accorder
des prêts à un pays qui est incapable
de les rembourser, même en déployant
les plus gros efforts pour mobiliser plus de revenus
et même avec les meilleures politiques.
Pankaj Kumar : Quel est le rôle
de la société civile et des médias
et quel est la place de la démocratie dans
le processus de reconstruction en Afghanistan ?
Stephane Guimbert
: La société civile, le parlement,
le conseil provincial récemment élu,
les médias, toutes ces parties prenantes
ont un rôle important à jouer dans
le processus de reconstruction en Afghanistan. Le
rapport met l’accent sur la gestion des finances
publiques et, de ce fait, sur le rôle de la
société civile dans le processus budgétaire.
Nous pouvons y voir deux rôles pour la société
civile : tout d’abord il y a le rôle
de participation dans le processus budgétaire
à travers la communication d’informations
au gouvernement sur les priorités et les
besoins des populations ; ensuite il y a le rôle
de supervision de l’exécution du budget,
c’est-à-dire après son approbation,
la société civile, et surtout le parlement,
jouent le rôle d’examiner la manière
dont le gouvernement exécute le budget, passent
en revue les états financiers du gouvernement
et les rapports des auditeurs externes.
Le parlement récemment élu jouera
un rôle capital dans le renforcement de la
société civile en double qualité
: d’abord en tant qu’approbateur du
budget, ensuite en tant qu’examinateur de
l’exécution du budget.
Nicole : Combien faut-il pour reconstruire
l’Afghanistan? Et pourquoi les progrès
sont-ils si timides ? La Banque est-elle toujours
un « reconstructeur » efficace des économies
?
William Byrd :
En réponse à la première question,
disons que la Gouvernement afghan, avec le soutien
des institutions internationales, la Banque mondiale
y comprise, a présenté une estimation
détaillée du montant des sommes nécessaires
pour la reconstruction de l’Afghanistan, et
le montant total requis se situe autour de 4 milliards
de dollars par an pendant les sept prochaines années
ou plus. Ce montant est énorme, à
coup sûr, mais même par rapport aux
besoins, il n’est pas aussi important que
ça dans la mesure où si vous prenez
les très grands projets qui changeront effectivement
les acquis de l’Afghanistan en termes de capacité
à utiliser ses ressources en eau, ses ressources
hydroélectriques ou ses ressources minières,
les investissements deviennent colossaux.
Avec le temps, beaucoup de ces investissements pourront
être entrepris par le secteur privé,
mais pour l’instant il est très difficile
d’inciter le secteur privé à
investir dans certaines de ces activités
de grande envergure.
Concernant la raison pour laquelle les progrès
sont si timides, je pense que la réponse
a plusieurs volets, mais parmi les principaux facteurs
figure la sécurité, tel que l’ont
fait ressortir d’autres questions. L’effort
de reconstruction alors que le conflit perdure,
d’autres formes d’insécurité,
y compris le marché des stupéfiants,
concourent certainement à ralentir les progrès
dans la reconstruction.
Un autre facteur majeur est celui lié au
fait que le problème de capacités
qui se pose pour le gouvernement se pose également
pour le secteur privé afghan qui sort d’un
conflit, et c’est la raison pour laquelle
le rapport souligne tant la nécessité
de renforcer les capacités dans toutes les
sphères de l’économie afghane
et du gouvernement. Voilà deux éléments
de réponse à cette question.
L’autre élément de réponse
est que dans toute situation de pays sortant d’un
conflit, il y a une période de relance qui
peut durer de la première à la troisième
année. C’est une phase où on
a difficilement des résultats parce que les
institutions et les capacités de base sont
en train d’être renforcées, et
c’est en fait entre la troisième et
la septième, voire la dixième année
de la reconstruction que l’on commence à
enregistrer des progrès réels dans
l’obtention de résultats sur le terrain,
ce qui, évidemment, est important pour les
populations. Et l’Afghanistan n’en fait
nullement l’exception. En fait, compte tenu
de ce que le conflit a duré pendant 25 ans
et sérieusement détruit le capital
humain, matériel et institutionnel, ce processus
de relance sera, à coup sûr, plus long
que dans les autres pays sortant d’un conflit.
Pour ce qui est de la question concernant la Banque,
je pense qu’elle peut aider à financer
le développement, mais la reconstruction
des économies est un effort entièrement
national, la Banque n’est qu’un partenaire
mineur dans cet effort et peut être utile.
Mais elle ne peut certainement pas faire une grosse
différence sans la cohésion et la
direction du pays.
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