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La «grippe aviaire»,
connue également sous le nom de «grippe
du poulet», est une maladie contagieuse qui
touche essentiellement les oiseaux. Selon les chercheurs,
le virus H5N1, responsable de la maladie, est susceptible
d'infecter toutes les espèces d'oiseaux,
mais la volaille domestique est particulièrement
vulnérable aux infections à caractère
épidémique. Des rapports récents
ont confirmé la propagation du virus H5N14
en dehors de l’Asie (son bastion), en Russie
et au Kazakhstan par le biais des oiseaux migrateurs.
Si la grippe aviaire se transmet à l’homme
et cause une épidémie de grippe, elle
pourrait provoquer des pertes graves en vies humaines
et avoir un coût économique énorme,
non seulement pour la région Asie de l'est
et Pacifique, mais aussi pour le monde. Le coût
d’une pandémie de grippe aviaire pourrait
être de 800 milliards de dollars par an.
Le 5 décembre 2005, Milan
Brahmbhatt, Économiste en chef pour la région
Asie de l'Est et Pacifique, et Fadia Sadaah, Chef
sectoriel ont participé à une discussion
en direct sur les coûts possibles de la grippe
aviaire, les moyens de prévention…
etc.
En
savoir plus sur la grippe aviaire.
Milan Brahmbhatt :
Introduction de Milan
Milan Brahmbhatt :
Avant de répondre à vos questions,
je pense qu’il serait utile de résumer
brièvement les principales caractéristiques
des grippes pandémiques aviaires et humaines.
La grippe aviaire, aussi appelée
« peste aviaire », est due à
des sous-types du virus de la grippe qui, normalement,
n’infectent que les oiseaux et, plus rarement,
les porcs. Dans sa forme la plus pathogénique,
ce virus se propage très rapidement parmi
les troupeaux de volaille avec un taux de mortalité
qui peut atteindre 100%, souvent dans les 48 heures
qui suivent l’apparition des premiers symptômes.
La flambée actuelle du virus de la grippe
aviaire H5N1 a commencé en Asie, il y a environ
2 ans. Cette flambée est de loin la plus
importante et la plus grave qui ait eu lieu jusqu’ici.
La persistance et la propagation du H5N1 dans les
troupeaux de volaille posent 2 risques principaux
pour la santé de l’homme. Le premier
est le risque d’une infection directe due
au passage du virus de la volaille à l’être
humain. À l’heure actuelle, le virus
H5N1 ne se transmet pas très facilement,
et, par conséquent, le nombre de cas de grippe
humaine confirmés par l’OMS est relativement
faible, environ 133 jusqu’ici. Ceci dit, lorsque
l’infection a lieu, la maladie causée
par le H5N1 offre un tableau clinique particulièrement
agressif, avec une détérioration rapide
et un taux de mortalité très élevé.
Ce tableau comprend souvent des pneumopathies virales
et des défaillances d’organes multiples,
avec pour conséquence le décès
du patient dans la moitié des cas.
Le deuxième risque est plus
préoccupant : sous certaines conditions,
le virus peut se transformer pour devenir hautement
infectieux pour l’être humain, et se
propager facilement de personne à personne.
Ce changement dans la forme du virus pourrait alors
marquer le début d’une épidémie
mondiale (une pandémie de grippe humaine).
L’Organisation mondiale de la santé
(OMS) et d’autres organisations internationales
ont récemment déclaré qu’une
pandémie de grippe serait à la fois
«inévitable », et « imminente
». Ceci dit, personne ne peut aujourd'hui
dire avec précision quand cette pandémie
humaine pourrait se déclarer, quelles seraient
sa virulence et son étendue, le nombre de
personnes susceptibles de contracter la maladie
ou d’en mourir, et les impacts économiques
et sociaux qu’elle pourrait avoir.
Ximena Suarez :
Quelle différence y a-t-il entre une pandémie
et une épidémie ? Pourquoi parle-t-on
d’une pandémie de la grippe aviaire
et d’une épidémie de grippe
chez l’être humain, par exemple ?
Milan Brahmbhatt : La différence
entre une épidémie et une pandémie
est essentiellement une question d’échelle.
Une épidémie se définit comme
une situation où le nombre de cas d’une
maladie humaine se multiplie à un rythme
beaucoup plus rapide que ce qu’on attendrait
normalement. Lorsqu’une épidémie
est essentiellement limitée à un seul
endroit, on parle d’habitude de flambée.
D’autre part, lorsqu’une épidémie
affecte une zone géographique importante
qui peut couvrir plusieurs pays, voire le monde,
on parle alors d’une pandémie.
Pour être complet, j’ajouterai
que l’équivalent d’une pandémie
chez les animaux s’appelle une panzootie.
La grippe aviaire dans son état actuel est
déjà devenue une panzootie. Elle affecte
en effet de nombreux pays dans le monde.
Imen : Comment
la grippe aviaire pourrait-elle se transmettre à
l’homme ? Merci.
Milan Brahmbhatt : La transmission
à l’homme peut se faire soit par des
contacts directs entre l’homme et des oiseaux
infectés, soit par la manipulation d’objets
dont les surfaces ont été contaminées
par des excréments d’oiseaux.
Jusqu’ici, la plupart des
transmissions observées se sont produites
dans des zones rurales ou semi rurales, où
de nombreux ménages possèdent de petits
troupeaux de volaille. Dans ces conditions, le risque
de transmission est particulièrement élevé
au moment de l’abattage ou du déplumage,
ou au moment de la préparation de la volaille
pour la cuisson. Néanmoins, il n’y
a aucun danger à consommer de la volaille
ou des produits à base de volaille, qui ont
été correctement préparés
et cuits.
Lilly Spokey :
Comment peut-on prédire que cette pandémie
pourrait coûter 800 milliards de dollars EU,
vu qu’il n’y a jamais eu de pandémie
de ce type jusqu’ici ? Comment êtes-vous
arrivé à ce chiffre ?
Milan Brahmbhatt : Votre question
est loin d’être la seule sur ce sujet.
Par conséquent, pour éviter des répétitions
inutiles, j’ai pensé qu’il serait
peut-être plus utile de regrouper mes réponses
de façon à couvrir au mieux des sujets
similaires abordés dans d’autres questions.
La première chose qu’il
faut noter est l’immense incertitude qui existe
en ce qui concerne les dimensions d’une future
pandémie de grippe humaine. Par conséquent,
toute discussion des impacts économiques
ne peut être basée que sur des hypothèses
et des scénarios très généraux
de ce que pourrait être le faciès d’une
pandémie. L’épidémie
du syndrome respiratoire aigu sévère
(SRAS) en Asie de l’Est en 2003 a fourni plusieurs
données essentielles qui nous permettent
de mieux cerner l’échelle des effets
économiques possibles de la grippe aviaire.
En fait, je pense que les estimations des impacts
économiques, qui ont été faites
jusqu’ici, utilisent comme point de départ
les faits associés à l’épidémie
de SRAS.
Il y a, de façon générale,
trois types d’impacts économiques envisageables.
Le premier a trait au stade actuel de transmission
de la grippe aviaire entre des oiseaux, ou sa transmission
de l’oiseau à l’homme. Les deux
autres types ont trait à l’impact potentiel
d’une pandémie de grippe humaine.
À l’heure actuelle,
les pertes économiques sont essentiellement
dues à des pertes de production de volaille
et d’exportations dues à la maladie,
ou à la mise à la réforme,
ou aux restrictions apportées à l’exportation
de volaille.
Sur le plan macro-économique,
les coûts de cette pandémie pour les
économies d’Asie de l’Est ont
été jusqu’ici relativement limités.
On pourrait presque parler d’égratignure
à certains des PIB de la région, qui
connaissait par ailleurs une croissance économique
d’ensemble extrêmement vigoureuse. Cependant,
les dégâts pourraient s’accroître
à l’avenir. Ils ont déjà
été particulièrement sévères
pour certains secteurs et certaines communautés.
Par exemple, dans des économies comme celle
du Vietnam, où la majorité de la production
de volaille provient de petits producteurs ruraux,
l’impact a été profondément
ressenti par les ménages ruraux producteurs
individuels. Nous possédons aujourd’hui
des données qui montrent qu’au Vietnam,
les revenus du cinquième le plus pauvre des
ménages dépendent beaucoup plus de
l’élevage de volaille que ceux des
ménages les plus riches. Par conséquent,
les pauvres seront les plus affectés pas
la maladie. Si, maintenant, nous examinons l’impact
potentiel d’une pandémie de grippe
humaine, l’impact économique le plus
immédiat proviendra non des décès
ou des maladies, mais des efforts faits par les
individus pour éviter l’infection.
C’est ce qu’a d’ailleurs montré
l’expérience du SRAS : les gens ont
tenté d’éviter l’infection
en minimisant le nombre d’interactions directes,
avec pour résultat une chute grave de la
demande dans des secteurs de service comme le tourisme,
le transport, la vente au détail, les hôtels
et les restaurants.
L’épidémie
de SRAS a entraîné une perte économique
immédiate d’environ 2% du PIB de l’Asie
de l’Est au cours du second trimestre 2003,
même si seulement environ 800 personnes sont
décédées des suites de la maladie.
La pandémie de grippe aviaire
pourrait être une maladie de dimension mondiale
dont la durée serait supérieure à
celle du SRAS. Par conséquent, on peut prendre
comme hypothèse que ce type de choc économique
pourrait se produire à l’échelle
mondiale et pourrait avoir une durée supérieure
à celle du choc provoqué par le SRAS.
Par exemple, si nous considérons le monde
comme étant une seule économie sans
exportations et importations, un scénario
de chute de 2% du PIB mondial pendant 1 an représenterait
une perte d’environ 800 milliards de dollars
EU.
Le but de ce calcul tout simple
a pour seul objectif de nous donner une idée
de l’ordre de grandeur des effets économiques.
C’est cette même logique qu’utilise,
par exemple, la firme de consultants Oxford
Economic Forecasting, qui estime que l’impact
minimal de la maladie serait une chute de 2% du
PIB mondial pour une durée de 6 mois, ce
qui correspondrait à une perte de 400 milliards
de dollars EU. Je considère personnellement
que cette interprétation est correcte.
Un tel choc au niveau mondial entraînerait
également un repli du commerce mondial, qui
pourrait d’ailleurs être beaucoup plus
sérieux que celui provoqué par le
SRAS, essentiellement concentré en Asie de
l’Est. Ce repli du PIB mondial serait de l’ordre
de 4 à 5%, selon Oxford Economic Forecasting,
soit un montant de 1.500 à 2.000 milliards
de dollars EU. C’est vous dire que notre estimation
de 800 millions de dollars EU est comparativement
très conservatrice.
En plus des coûts immédiats
dus aux perturbations strictement économiques,
une pandémie mondiale grave de grippe pourrait
également entraîner une chute importante
de la production à l’échelle
mondiale, causée par la maladie et les décès
parmi la population active. À l’heure
actuelle, personne ne peut prévoir ce que
pourrait être la mortalité de cette
pandémie. Une étude effectuée
pour les États-Unis a révélé
qu’une épidémie relativement
faible, semblable à celle qui a eu lieu en
1968, pourrait entraîner pour ce pays des
pertes d’une valeur actualisée de 100
à 200 milliards de dollars EU d’aujourd’hui.
L’équipe d’Oxford propose de
prendre comme règle pratique une chute de
la production mondiale d’environ 0,5% (soit
une perte de 200 milliards de dollars EU) pour chaque
1% de la population mondiale rendu inactif ou perdu
à cause de la pandémie. Vu que ces
effets de la maladie sur la population active sont
susceptibles de persister pendant de nombreuses
années, la valeur actualisée de la
perte pourrait être en fait nettement supérieure.
À l’avenir, les analystes,
y compris ceux de la Banque mondiale, produiront
des calculs d’impact économique beaucoup
plus sophistiqués, fondés sur des
modèles économiques plus développés,
mais aussi sur des données plus précises
quant aux caractéristiques de la maladie,
qui deviendront disponibles avec le temps.
Steve Omanufeme :
Vos chiffres de coûts comprennent-ils les
coûts de recherche ou les pertes d’opportunités
commerciales ? De façon plus précise
comment êtes-vous arrivé à ce
chiffre ? L’Afrique subsaharienne est-elle
inclue dans votre évaluation globale de l’impact
de la grippe ? Quels sont les symptômes de
la grippe aviaire, et quels sont l’étendue
et les coûts des recherches qui ont été
entrepris pour trouver des remèdes pour la
soigner.
Milan Brahmbhatt : Votre question
aborde un thème qui revient souvent dans
les questions qui m’ont été
adressées. De nouveau, pour éviter
des duplications, j’ai pensé qu’il
serait plus utile de regrouper mes réponses
de façon à couvrir au mieux des sujets
similaires abordés dans d’autres questions.
La première chose qu’il faut noter
est qu’il existe de nombreuses incertitudes
en ce qui concerne les dimensions d’une future
pandémie de grippe humaine. Par conséquent,
toute discussion des impacts économiques
ne pourra être basée que sur des hypothèses
et des scénarios très généraux
de ce qu’une pandémie pourrait être.
L’épidémie de SRAS en Asie de
l’Est en 2003 nous a fourni un certain nombre
de données essentielles, en ce qui concerne
l’échelle des effets économiques.
En fait, je pense que la plupart des estimations
des impacts économiques qui ont été
faits jusqu’ici utilisent l’expérience
de l’épidémie SRAS comme point
de départ.
Wasilwa Nyongesa :
1. Comment peut-on maîtriser la grippe aviaire
? 2. La grippe aviaire est-elle une maladie à
virus ou une maladie bactérielle ? S’il
s’agit d’une maladie virale, sa multiplication
est-elle plus rapide ? 3. Quel est le tableau épidémiologique
d’une grippe aviaire ?
Milan Brahmbhatt : Votre question
est représentative de nombreuses interrogations
sur ce que les gouvernements, les organisations
internationales, et le secteur privé pourraient
faire pour prévenir ou répondre à
des menaces de pandémie de grippe aviaire
et humaine. J’ai par conséquent à
nouveau choisi quelques questions qui me paraissaient
typiques, et je tenterai d’y répondre
de façon à couvrir la plupart des
sujets abordés. Les organisations internationales
et les gouvernements ont, en fait, déjà
tenu des réunions très importantes
pour discuter de la préparation et des réponses
en matière de politique à la pandémie.
La plus récente a eu lieu à Genève
au cours d’une conférence co-parrainée
par l’Organisation mondiale de la santé
(OMS), l’Organisation des Nations Unies pour
l’alimentation et l’agriculture (FAO),
l’Organisation mondiale de la santé
animale (OIE), et la Banque mondiale. Les principales
conclusions de ces réunions sont les suivantes
: tout d’abord, chaque pays joue un rôle
central dans toute réponse coordonnée.
Les stratégies nationales qui sont mises
au point par les gouvernements pour faire face à
la menace de grippe constitueront la fondation d’une
réponse à l’échelle mondiale.
Deuxièmement, vu les liens
étroits entre la santé animale et
la santé humaine, ces réponses au
niveau des pays devront s’articuler sur une
planification intersectorielle où interviendront
les différents ministères concernés
dans chaque pays, tel celui de l’agriculture,
de la santé animale, de la santé humaine,
des finances, les collectivités locales,
et les communautés locales. Tout ceci, bien
sûr, devra se passer sous la houlette d’un
leadership politique fort au plus haut niveau.
Il est bien évident que
tous les pays n’ont pas les mêmes capacités
de planifier et d’exécuter les réponses
appropriées. Par conséquent, et troisièmement,
vu la nature mondiale du problème, il faudra
donc une réponse coordonnée et forte
au niveau mondial et au niveau régional.
Des organismes comme l’OMS, la FAO, et l’OIE
seront, sur le plan technique, les chefs de file
de ce combat. La FAO et l’OIE ont déjà
préparé une stratégie conjointe
pour la maîtrise de la grippe aviaire au niveau
animal. L’OMS est en train de mettre au point
un plan stratégique pour chacun des pays
individuels et pour la communauté internationale
dans son ensemble, en cas de pandémie de
grippe humaine.
À ce stade, la Banque mondiale
fournit aux pays concernés des prêts
à faible taux d’intérêt
et des dons pour une valeur de 500 millions de dollars
EU, de façon à aider ces pays à
entreprendre les préparatifs nécessaires.
Elle travaille avec d’autres donateurs et
d’autres agences de façon à
avoir un effet multiplicateur sur la mobilisation
de ressources financières supplémentaires.
La Banque a également l’expérience
de ce type d’approche multidisciplinaire et
multisectorielle. Elle peut aussi utiliser sa capacité
de mobilisation pour unir les efforts de tous les
ministères, agences et donateurs, ainsi que
pour mobiliser une coordination politique au plus
haut niveau. La Banque peut fournir son expérience
et ses compétences dans l’abord des
effets économiques et sociaux.
Il est important d’établir
un bon équilibre entre les mesures à
court terme et à long terme. Le principal
objectif immédiat est de réduire le
risque pour l’être humain en maîtrisant
la propagation de la grippe aviaire, là où
elle existe, ainsi qu’en accélérant
les préparatifs en vue d’une éventuelle
pandémie humaine. Ceci demande la mise en
place de mécanismes de détection précoce,
de réponse rapide et de mesures de contrôle
au niveau de la source animale, de façon
à réduire la charge de virus dans
l’environnement, et les chances d’une
transformation génétique du virus.
La stratégie à plus
long terme consiste à minimiser la menace
mondiale de grippe aviaire en prenant des mesures
concrètes de contrôle et d’éradication
progressives de la grippe aviaire, tout en mettant
en place des mesures plus générales
et à long terme pour renforcer la surveillance,
la recherche réglementaire institutionnelle,
et les capacités techniques en matière
de santé animale, de santé humaine,
et dans les autres secteurs pertinents. Ces mesures
seront extrêmement importantes à la
fois à court terme et à long terme.
Charles : En cas
de mutation de H5N1 qui permettrait une transmission
d’homme à homme, notre capacité
à réduire l’impact va dépendre
essentiellement de mécanismes de réponse
rapide que les pays et les organismes auront mis
en place. Malheureusement, les conditions idéales
de mutation ont lieu dans des pays dont les niveaux
de transparence sont particulièrement faibles.
Que fait-on pour améliorer les mécanismes
d’information ?
Milan Brahmbhatt : Je pense que
la question de Charles soulève un point très
important en matière de transparence, et
du rôle de la transparence en matière
de politique de réponse à la pandémie.
Au cours de l’épidémie de SRAS,
certains faits montrent que les coûts dus
à la panique et aux perturbations ont eu
tendance à être exagérés
à cause d’un manque initial d’information
du public dans certains pays Au cours de la grande
pandémie de 1918, les gouvernements ont en
fait essayé de cacher la vérité
de façon à maintenir le moral de la
population pendant ces temps de guerre, bien que
ceci ait en dernier ressort contribué à
accélérer la propagation de la maladie
à l’échelle mondiale, et à
faire perdre la confiance du public vis-à-vis
du gouvernement. Par conséquent, une leçon
essentielle pour les gouvernements est d’établir
un historique de crédibilité, en divulguant
les informations de façon honnête,
précise, et en temps opportun, à leurs
populations et au monde extérieur. La surveillance
de la santé animale exige des investissements
dans les systèmes d’information épidémiologique,
y compris au niveau de l’exploitation agricole.
Il s’agit en effet de former les exploitants
pour qu’ils puissent reconnaître les
symptômes de la grippe aviaire, pour qu’ils
puissent également être compensés
pour les pertes qu’ils auraient à subir,
et pour les encourager à rapporter ces symptômes
aux autorités. Nous avons également
besoin d’améliorer les systèmes
d’information au niveau national, de façon
à ce que les services vétérinaires
officiels opèrent de façon transparente
et indépendante des pressions politiques,
et soient susceptibles de fournir des informations
sur toute flambée dans le pays au système
de surveillance à l’échelle
mondiale, qui est géré par l’OIE.
Dr. Elivra Beracochea :
À mon sens, toutes les actions entreprises
pour prévenir ou atténuer la pandémie
de grippe aviaire devraient veiller à être
en cohérence avec les efforts actuels entrepris
pour réaliser les Objectifs de développement
pour le millénaire. La Banque voit-elle une
occasion de mettre en cohérence ces deux
types d’efforts au niveau mondial, ou bien,
au contraire, considère-t-elle qu’ils
doivent se faire de façon séparée
?
Milan Brahmbhatt : C’est
une excellente question. Il existe un programme
à long terme très important qui a
pour objectif de traiter les problèmes liés
à la grippe en termes de renforcement des
systèmes de santé animale et humaine.
Ces investissements permettront non seulement d’aborder
les problèmes liés à la grippe,
mais également ceux liés à
d’autres maladies. Ces efforts sont en cohérence
avec ceux déployés pour réaliser
les objectifs de santé humaine et de réduction
de la pauvreté des Objectifs de développement
pour le millénaire. Et comme l’a observé
un autre participant à ce débat, le
niveau d’alerte actuel pour la grippe va permettre
également une évaluation mondiale
de plus grande envergure de l’importance des
conditions de santé humaine et animale dans
les pays en développement, non seulement
d’un point de vue de santé, mais également
dans une perspective économique, et même
dans une perspective politique et sécuritaire.
Martin Schreiber :
On a beaucoup parlé du besoin de compenser
les fermiers pour l’abattage de leurs poulets
atteints de grippe aviaire. Est-ce le cas à
l’heure actuelle ? Est-ce un phénomène
courant ? Et ne faudrait-il pas avoir des mécanismes
de compensation dans chaque pays à l’heure
actuelle, si nous voulons véritablement traiter
une épidémie aviaire ?
Milan Brahmbhatt : En fait, les
gouvernements d’Asie de l’Est sont,
de façon générale, arrivés
à la conclusion que la compensation des paysans
jouait un rôle important dans les efforts
entrepris pour maîtriser la grippe. Un manque
de compensation, ou des compensations trop faibles
décourageront les paysans d’abattre
ou de réformer leurs troupeaux. D’autre
part, il faut également mentionner que les
gouvernements désirent éviter de débourser
des sommes trop importantes, car cela risquerait
d’encourager les fermiers à infecter
de façon délibérée leurs
troupeaux, un phénomène qui, semble-t-il,
aurait déjà eu lieu. Mais le point
général est bien évident :
la compensation est une arme importante dans le
renforcement de la lutte contre la grippe.
CTaylor : Quel
est, selon vous, le rôle du secteur privé
dans la préparation d’une pandémie
humaine ? Quel rôle devrait-il jouer dans
le cas d’une pandémie ?
Milan Brahmbhatt : Votre question,
à nouveau, au sujet du secteur privé
dans la préparation, et son rôle dans
la lutte contre une pandémie de grippe, a
été reprise par plusieurs autres participants.
Certainement, en tant que principaux acteurs d’une
économie de marchés, les actions menées
par les entreprises auront une influence importante
sur la sévérité des impacts
économiques d’une pandémie,
si elle a lieu. Plusieurs questions méritent
d’être mentionnées, bien que
la liste ci-dessous soit loin d’être
exhaustive.
Tout d’abord, comme nous
l’avons déjà noté, des
secteurs comme celui des voyages, du tourisme, et
d’autres secteurs caractérisés
par des dépenses de type discrétionnaire
ou de luxe seront ceux où l’impact
sera le plus immédiat et le plus lourd de
conséquences. Les entreprises devront par
conséquent tenter de mobiliser des financements
suffisants de façon à pouvoir survivre
à un repli sévère de la demande
et à une chute de leur trésorerie,
qui pourraient durer de 6 mois à 2 ans. Les
banques centrales devront probablement diminuer
les taux d’intérêt. Mais, d’un
autre côté, les banques pourraient
devenir beaucoup plus conservatrices en matière
de risques dans ce type d’environnement incertain.
Par conséquent, les entreprises dont les
bilans seront positifs auront un avantage, tandis
qu’on pourrait voir des faillites affecter
les secteurs les plus touchés, par exemple
les compagnies aériennes.
Dans de nombreux pays en développement,
les gouvernements auront donc à planifier
des politiques permettant de faciliter la restructuration
des entreprises et leur redémarrage une fois
la crise maîtrisée. Ceci va demander
d’accélérer les réformes,
notamment celles des cadres juridiques de la faillite
qui sont souvent obsolètes et inefficaces.
Deuxièmement, les entreprises
auront également à prendre des dispositions
pour faire face à des perturbations inattendues
de leur approvisionnement en intrants et des prestations
de services essentiels en matière d’affaires,
notamment au niveau des déplacements d’affaires.
Par conséquent, il est important de travailler
avec les fournisseurs sur la façon de planifier
les approvisionnements en cas de perturbations,
de trouver d’autres sources d’approvisionnement,
et également d’envisager d’autres
moyens de conduire les affaires. Le télétravail
et les vidéoconférences pourraient
être les types de technologie de substitution
auxquels les entreprises pourront avoir recours.
Évidemment, ces technologies s’appliquent
surtout aux entreprises des économies les
plus avancées, ainsi qu’aux grandes
entreprises du secteur moderne et formel des économies
en développement.
Troisièmement, les entreprises
devront également prendre des mesures pour
atténuer l’impact de l’épidémie
sur leur personnel. Ces mesures viseront à
minimiser les risques de propagation de la maladie
parmi le personnel. Elles pourront inclure des directives
à appliquer pour (i) identifier les travailleurs
qui pourraient être infectés, et pour
leur demander de rester chez eux ; (ii) créer
un environnement de travail plus salubre, de façon
à réduire la probabilité d’une
infection sur le lieu du travail, par exemple en
exigeant un lavage des mains beaucoup plus fréquent,
l’utilisation de désinfectants ; et
(iii) réduire le nombre de rassemblements
massifs de personnel.
Walter Nsoh :
Où en est-on dans le développement
d’un vaccin contre le virus de la grippe aviaire
? Quelle est la position de la Banque mondiale à
ce sujet ?
Milan Brahmbhatt : Il y a eu plusieurs
questions sur l’efficacité et la disponibilité
de vaccins, et de médicaments anti-viraux
comme le Tamiflu. À l’heure actuelle,
il n’existe pas encore de vaccins efficaces
contre le virus de la pandémie de la grippe.
Les vaccins sont produits chaque année pour
la saison normale de la grippe, mais ils n’offriront
pas de protection en cas de pandémie de grippe.
Bien qu’un vaccin contre le virus de la grippe
aviaire H5N1 soit en cours de développement
dans de nombreux pays, il n’en existe pas
encore aujourd’hui qui puissent être
produits de façon commerciale. On ne peut
espérer avoir des vaccins disponibles que
plusieurs mois après le début de la
pandémie.
Il y a aujourd'hui 2 médicaments
anti-viraux, Oseltamivir, connu sous le nom de Tamiflu,
et le Zanamivir, connu commercialement sous le nom
de Relenza. Ces 2 médicaments peuvent réduire
la gravité et la durée de la maladie
causée par la grippe saisonnière.
Leur utilité va dépendre de leur administration
dans les 48 heures suivant l’apparition des
premiers symptômes. Ces mêmes médicaments
pourront probablement améliorer les perspectives
de survie en cas d’infection humaine de grippe
aviaire, pour autant qu’ils soient administrés
suffisamment tôt. Cependant, les données
cliniques sont limitées, et, par conséquent,
il y a encore beaucoup d’incertitudes quant
à leur effet.
Dr. Ashish Manohar Urkude
: « Il est grand temps que la Banque
mondiale ait sa propre équipe de recherche
médicale et ses propres usines de production
pharmaceutique de façon à mettre des
médicaments à un prix abordable à
disposition des simples citoyens dans l’ensemble
du monde. » C’est ce qu’a dit
le Dr. Ashish Manohar Urkude au cours d’une
conférence. Mr. Brahmbhatt, quelle est votre
opinion en tant qu’économiste ?
Milan Brahmbhatt : Manifestement,
une fois qu’un vaccin sera disponible, et
même si les médicaments anti-viraux
s’avèrent être efficaces, les
réponses en terme d’approvisionnement
seront probablement inadéquates, du moins
à court terme, pour ce qui est de la production
et du stockage des anti-viraux, et du développement
et de la production des vaccins, en particulier
pour leur utilisation par les pays en développement.
Par conséquent, des efforts à l’échelle
mondiale sont nécessaires de façon
à palier à ces défaillances
du marché. Ces efforts vont demander des
partenariats entre secteurs public et privé,
et leur aboutissement doit être considéré
comme un objectif à long terme important.
Il y a également des questions techniques
en ce qui concerne l’efficacité des
différentes stratégies pour l’utilisation
des anti-viraux dans la vaccination, ainsi que des
questions sur la façon la meilleure et la
plus rapide de développer ces anti-viraux
à court terme.
Ces différentes questions
ont suscité beaucoup d’intérêt
parmi les chercheurs, et ont encouragé des
formulations nouvelles et intéressantes sur
le plan des politiques. Elles sont à l’heure
actuelle en cours de discussion, notamment en ce
qui concerne l’accélération
des processus et la disponibilité des vaccins
et des médicaments.
Alberto : Peut-on
imaginer d’arriver à changer le style
de vie ? Par exemple, arrêter pour l’instant
la consommation de volaille ? Éduquer tous
les enfants et les adultes pour qu’ils se
lavent les mains ?
Milan Brahmbhatt : Ceci est certainement
une très bonne idée. Se laver fréquemment
les mains est la mesure de protection la plus efficace
et la plus facile à prendre, et c’est
quelque chose que tout un chacun devrait savoir
et pratiquer.
Ndihokubwayo Athanase :
Quel conseil donneriez-vous à celui qui avait
un projet d’investissement à court
terme dans l’élevage des volailles
? Faut-il changer de domaine d’investissement
?
Milan Brahmbhatt : Il nous est
difficile de donner des conseils d’investissement
précis dans ce contexte. Manifestement, vu
les dangers d’une infection de grippe aviaire,
il faut améliorer la sécurité,
les conditions sanitaires, et les conditions générales
de production à tous les stades de la production
de volaille, et de la chaîne de distribution.
Ceci va demander des investissements de façon
à réaliser ces améliorations
dans les conditions sécuritaires et sanitaires.
Scott : Je crois
avoir compris qu’un des problèmes dans
la maîtrise de la grippe aviaire parmi les
animaux a trait à la pénurie de vétérinaires.
Que fait la Banque mondiale pour aborder ce problème
?
Milan Brahmbhatt : La capacité
d’un pays à prévenir et à
maîtriser une épidémie de grippe
aviaire va dépendre en grande partie de la
qualité de ses services vétérinaires.
Dans de nombreux pays en développement, les
services nationaux se sont détériorés
au cours des récentes décennies. Par
conséquent, améliorer les services
vétérinaires constitue une partie
importante de la réponse aux problèmes
actuels. L’Organisation de la santé
animale, OIE, a mis au point des instruments qui
permettent d’aider les services vétérinaires
nationaux à effectuer leurs propres évaluations,
de façon à déterminer leur
niveau actuel de performance, à développer
une vision partagée avec le secteur privé,
et finalement à établir des priorités
et à faciliter une planification stratégique.
Une fois l’évaluation
des services vétérinaires et autres
services auxiliaires terminée, les partenaires
au développement, y compris la Banque mondiale,
peuvent fournir un appui visant à renforcer
les services vétérinaires et à
les mettre en cohérence avec les normes OIE.
Cet appui pourrait comprendre, par exemple, un soutien
technique pour renforcer la gouvernance et moderniser
la législation, un appui à des restructurations
organisationnelles à caractère exceptionnel,
un appui à la formation de personnel, l’amélioration
des infrastructures prioritaires, l’équipement,
le matériel, les fournitures, ainsi que de
l’assistance technique, etc.
Laura Henry :
J’ai entendu que le Gouvernement chinois a
l’intention de vacciner tous les poulets.
Les risques d’une mutation, qui sont implicites
à un tel plan, ne sont-ils pas supérieurs
aux bénéfices que ce plan pourrait
entraîner ?
Milan Brahmbhatt : La vaccination
de masse de la volaille est nécessaire lorsque
des mesures sanitaires telles la mise à la
réforme, la désinfection et le contrôle
sur les mouvements de volaille n’ont pas pu
être mis en place suffisamment rapidement,
ou ne sont pas suffisamment fortes après
l’apparition des premières flambées.
Ces défaillances ont conduit à une
propagation rapide de la maladie. Dans ce type de
situation, la vaccination est souvent utilisée
précisément pour abaisser la charge
virale, et pour réduire le risque de changements
génétiques qui pourrait conduire à
une pandémie de grippe humaine.
Oz Mansoor : 1.
La priorité immédiate est la prévention
d’une apparition d’une pandémie
virale à partir du H5N1 actuel. La principale
difficulté ici est la taille énorme
du secteur de l’élevage artisanal de
poulets, estimé par la FAO à 500 millions
de personnes. Des vies et des moyens de subsistance
dans ce secteur ont déjà été
détruits ou sont gravement affectés.
Pour assurer la santé des populations concernées
et leurs moyens de subsistance, ainsi que pour prévenir
les risques sur la santé mondiale, il paraît
urgent de trouver les moyens d’aider ces gens,
dont la plupart vivent dans une économie
de subsistance, de trouver de nouvelles façons
de trouver une alimentation protéinique et
de nouveaux revenus. Comment la Banque peut-elle
aider dans ce processus ? Quels sont ses plans ?
2. Les dégâts économiques du
SRAS ont été entièrement dus
aux réponses humaines au virus. Ceci reflète
en partie la médiocrité de la communication
des risques par les autorités sanitaires
(aggravés par un manque de confiance du public).
Nous voyons aujourd’hui se développer
une situation analogue, avec une méfiance
de plus en plus grande du public pour les aliments
à base de volaille, alors qu’il n’y
a aucun risque à manger du poulet qui a été
correctement cuit. La Banque a-t-elle mis au point
des stratégies pour l’analyse du risque
et sa gestion ? Quel est le rôle de la Banque
dans la mise au point de stratégies de communication
?
Milan Brahmbhatt : La restructuration
du secteur de la volaille est un élément
important de toute stratégie visant à
se prémunir contre les effets nuisibles de
la grippe aviaire. Mais c’est également
une intervention compliquée qui demande une
très bonne compréhension de l’ensemble
du système socio-économique. De plus,
cette restructuration va demander des approches
différenciées selon les pays, en fonction
des caractéristiques de leur filière
volaille, de ses infrastructures et de ses canaux
de distribution. De même, l’approche
sera différente selon que la production se
fait de façon artisanale ou industrielle.
La restructuration doit être
considérée comme un processus graduel,
qui affecte différents segments de la filière,
selon des modalités et à des rythmes
différents. Théoriquement, les principales
activités à envisager comprennent
la restructuration de la production, la compartimentalisation,
et le zonage, l’adaptation à de nouveaux
systèmes de commercialisation et de transport,
de nouvelles réglementations pour le commerce
intérieur et le commerce international en
matière de volaille, la réévaluation
des systèmes de production agricole, en introduisant
la ségrégation de différentes
espèces animales, la relance de l’approvisionnement
en volaille de reproduction, et, comme je l’ai
déjà mentionné, le renforcement
de la sécurité biologique sur les
lieux de production et de commercialisation.
Mr. Mansur avait également
une question sur les stratégies de communication
des risques, un thème qui a déjà
été abordé dans notre discussion
par la réponse à une question similaire.
Rama Murphy :
Existe-t-il une cartographie de la distribution
et de l’intensité de la maladie ? Si
de telles cartes existent, où peut-on les
trouver ? Ces cartes pourraient être utiles
pour prendre à l’avance certaines précautions,
par exemple en visitant les zones d’épidémie.
Y a-t-il également des études qui
ont été faites en ce qui concerne
la consommation de viande de volaille ?
Milan Brahmbhatt : Je crois que
les sites web de l’OIE et de la FAO contiennent
des cartes indiquant la progression de l’épidémie
de grippe aviaire, et les migrations des oiseaux
sauvages. Ces sites comprennent également
des directives en matière de sécurité
alimentaire en ce qui concerne la consommation de
viande de volaille. En les consultant, vous trouverez
probablement la réponse à vos questions.
Filiz Toprak :
Je voudrais aborder deux thèmes : tout d’abord
le comportement prévisible du virus et les
groupes à risque, où j’ai plusieurs
questions, en espérant ne pas être
trop spécifique, et en évitant de
vous demander de spéculer. Tout d’abord,
y a-t-il moyen de déterminer quels sont les
autres virus qui peuvent infecter les espèces
animales que le sous-type H5N1 de la grippe aviaire
a tendance à infecter ? Par exemple, en plus
des oiseaux, devrions-nous nous préoccuper
à l’avenir d’autres vecteurs
potentiels, où les risques de prolifération
sont peut être plus importants, comme les
mouches ou les moustiques, l’eau ou l’air?
De même, que faut-il penser du cri d’alarme
de Robert Webster quant à la possibilité
pour le VIH d’acquérir un mécanisme
plus commode de transmission par hybridation avec
le virus de la grippe aviaire ? Est-il fondé,
notamment si l’on prend en compte les trajets
migrateurs des oiseaux vers l’Afrique et en
Afrique ? De même, y a-t-il des progrès
en matière de tests d’efficacité
de médicaments anti-sens permettant de dé-activer
plusieurs sous-types viraux en même temps.
Mon deuxième thème est d’ordre
statistique. Malgré le fait qu’il n’y
ait pas un nombre suffisant de cas sur le plan statistique,
y a-t-il des données disponibles quant à
la possibilité de distinguer des profils
de mortalité en fonction de l’âge
(profil en V, en W, ou d’autres) pour les
êtres humains infectés avec le virus
de la grippe aviaire ? En d’autres termes,
quel est le groupe d’âge qui a la plus
haute probabilité d’être gravement
affecté par cette maladie ?
Milan Brahmbhatt : La grippe aviaire
a actuellement plus ou moins un profil en W, affectant
certains groupes d’âges adultes, ainsi
que les très jeunes et les vieux. Ceci fait
craindre qu’une pandémie de grippe
aviaire humaine pourrait également avoir
un profil en W, comme l’avait la pandémie
particulièrement mortelle de 1918.
Remy Harvey :
Quelle région du monde a-t-elle la plus haute
probabilité de servir de point de départ
à la pandémie ?
Milan Brahmbhatt : La probabilité
d’une pandémie de grippe humaine est
liée à la probabilité d’un
réassortiment génétique des
virus de la grippe aviaire avec le virus de la grippe
humaine. Ceci dépend de la charge virale
de la grippe aviaire dans l’environnement.
La grippe aviaire est, à
l’heure actuelle, endémique dans plusieurs
pays d’Asie de l’Est. Par conséquent,
si une pandémie de grippe humaine devait
se déclarer, il est fort probable qu’elle
démarre en Asie de l’Est. Cependant,
le virus de la grippe aviaire pourrait être
également emporté dans une autre région
du monde par des oiseaux migrateurs, ou par le commerce
illégal des oiseaux ou de la volaille, ce
qui pourrait conduire à un réassortiment
génétique et au début d’une
pandémie humaine dans certaines autres régions.
Une fois que démarre une pandémie
de grippe humaine contagieuse pour les êtres
humains, sa propagation est considérée
comme inévitable. Cependant, les pays concernés
pourraient prendre des mesures telles que la fermeture
des frontières et la restriction des déplacements
de façon à retarder l’arrivée
du virus, mais généralement ces mesures
sont considérées comme étant
peu susceptibles d’arrêter entièrement
la pandémie.
R. Mendoza : Possède-t-on
des informations quant à la répartition
du coût de la grippe aviaire de 800 milliards
de dollars EU par an selon les régions et/ou
les pays ? Quels sont les pays qui seront probablement
les plus affectés ?
Milan Brahmbhatt : À l’heure
actuelle, la Banque mondiale a entrepris une étude
plus fine des impacts économiques en examinant
l’effet potentiel sur les différentes
régions et économies. En général,
l’hypothèse est que les pays dont l’économie
est très dépendante du tourisme, et
ceux qui sont le plus ouvert au commerce international
seront également les pays qui risquent d’être
les plus affectés par une réduction
de la demande suite à la maladie. D’autre
part, des pays où les systèmes de
santé humaine et animale sont les mieux développés
seront probablement les mieux à même
de faire face à une offre en matière
de volailles qui pourrait être menacée
par la maladie et la mortalité qu’elle
entraîne parmi les élevages.
Velody Heung : 1. La Banque mondiale
aura-t-elle des estimations plus détaillées
de l’impact économique de la pandémie,
en particulier l’impact sur le PIB dans la
région Asie-Pacifique ? Y a-t-il des estimations
de l’impact sur l’industrie touristique
pour la région Asie-Pacifique ? Et, plus
précisément, quel pourrait être
l’impact de la pandémie sur les compagnies
aériennes ? 2. Selon l’OMS, la pandémie
risque d’arriver par vagues. La Banque mondiale
possède-t-elle des estimations de l’impact
économique pour les cinq premières
années après le déclenchement
de la pandémie ? 3. Combien de temps prendra
la reprise ? En partant de l’hypothèse
que la plupart des pays de la région Asie-Pacifique
seront affectés, quel est le pays qui sera
susceptible d’avoir le redressement le plus
rapide sur les plans économique et social,
et celui pour lequel la reprise sera la plus longue
? Comment la reprise sur le continent nord-américain
se comparera-t-elle à celle de l’Europe
?
Milan Brahmbhatt : La Banque asiatique
de développement a préparé
des estimations macro-économiques plus détaillées
pour l’Asie de l’Est, aujourd’hui
disponibles sur son site web. Comme nous l’avons
déjà mentionné, la Banque mondiale
va également fournir une évaluation
plus fine à l’échelle mondiale,
qui comprendra également une évaluation
des impacts sur l’Asie de l’Est, ainsi
que sur les autres régions. Ces travaux permettront
de mieux comprendre le rythme possible de la reprise
après la pandémie.
De plus, nous envisageons également
de travailler avec des modèles multisectoriels
qui nous aideront à développer des
évaluations d’impact sur les différents
secteurs de l’économie.
Yannick : Quelles
sont les causes de la grippe aviaire et leurs impacts
sur l’homme ? L’Afrique n’étant
pas épargnée et ne disposant pas des
ressources nécessaires pour y faire face,
quels conseils donneriez-vous à nos populations
qui, non seulement, ne sont pas informées
de son existence, mais qui, malheureusement, risquent
de payer un lourd tribut si la grippe aviaire se
matérialise sur le continent ? Le virus étant
connu, quel est l’état d’avancement
de vos recherches sur cette maladie ? Y a-t-il un
vaccin ou des produits anti-grippe aviaire ? Bien
à vous.
Milan Brahmbhatt : Nous avons eu
plusieurs questions concernant la grippe aviaire
en Afrique, en particulier comment cette région
pourrait éventuellement y faire face, compte
tenu de ressources économiques généralement
faibles, et de son manque de capacités techniques.
Il y a risque que le virus de la grippe aviaire
H5N1 puisse être transporté par les
migrations d’oiseaux sauvages vers l’Afrique.
Les oiseaux vecteurs du virus de la grippe aviaire
pourraient en effet atteindre l’Afrique du
Nord et de l’Est au cours d’une des
saisons migratoires à venir, en commençant
avec celle de la fin de 2005 et du début
de 2006. À l’exception de quelques
fermes commerciales en Afrique du Nord et de l’Est
qui sont susceptibles de mettre en place des mesures
de biosécurité, la plupart des systèmes
de production courent un risque très élevé.
Des perturbations graves du commerce et du tourisme
pourraient également avoir lieu. L’impact
d’une pandémie de grippe humaine serait
beaucoup plus grave. Les pays ont déjà
commencé à prendre les mesures qu’exige
la situation en préparant des plans d’épidémie,
en plus de plans de contrôle de la volaille.
Mais compte tenu des faiblesses de la région
que nous avons mentionnées, il y a un besoin
particulièrement important d’assistance
technique et financière internationale dans
cette région.
German Cardenas :
Quelle est la probabilité que la grippe aviaire
atteigne l’Équateur ?
Milan Brahmbhatt : Il y a eu plusieurs
questions en ce qui concerne les Amériques.
Depuis près de 20 ans, la filière
volaille constitue en effet le secteur de l’industrie
de la viande en Amérique latine où
la croissance est la plus rapide. Les pays de la
région peuvent donc s’estimer heureux
de ne pas encore avoir eu de cas de grippe aviaire
attribuable au virus H5N1 parmi leurs populations
d’oiseaux. Jusqu’ici, la région
a été considérablement isolée
en termes de route migratoire des autres régions
du globe où la maladie a été
identifiée.
Néanmoins, la plupart des
pays d’Amérique latine ont commencé
à se préparer pour une flambée
possible de grippe aviaire. Il y a eu plusieurs
réunions de commissions pour l’industrie
avicole dans la région, et les autorités
régionales ont pris des mesures préventives,
y compris une amélioration de la surveillance
des fermes avicoles, et une surveillance des oiseaux
migrateurs.
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