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"Au-delà de la ville:
la contribution du secteur rural au développement"
est la principale étude publiée cette
année par la Banque mondiale sur l'Amérique
Latine et les Caraïbes. Ce document évalue
le rôle du secteur rural dans la croissance
de l'économie, la réduction de la
pauvreté et la dégradation de l'environnement
tant en milieu rural qu'ailleurs.
Daniel Lederman, économiste
principal pour l'Amérique latine et les Caraïbes
, a participé à une discussion en
direct, le 24 février 2005. Merci d’avoir
pris part à cette discussion.
Pour plus d’informations
sur ce sujet, nous vous conseillons de lire:
- le
communiqué de presse
- le
rapport intégral en anglais
Martin Satney :
En théorie, on ne peut qu’être
d’accord avec les grands principes de votre
publication. Cependant, les petits états
insulaires en développement (PEID) des Caraïbes,
comme Sainte Lucie, connaissent une situation particulière
à cause de leur taille, leurs ressources,
leur capacité de résistance, etc.).
Pourquoi le groupe de la Banque mondiale ne montre-t-il
pas plus de sensibilité aux questions de
développement (rural, social, économique)
et à leur impact sur les plus petits, et
plus vulnérables PEID de la région
des Caraïbes ? C’est d’ailleurs
ce que demande aussi le Secrétaire général
des Nations Unies, M. Koffi Annan, dans une de ses
récentes déclarations.
Daniel Lederman :
Merci de votre question. Je suis bien sûr
d’accord avec vous que des petits pays comme
de nombreuses îles des Caraïbes ont à
faire face à des défis de développement
particuliers, notamment en termes de réduction
de la pauvreté. Je voudrais vous signaler
que nous avons été parmi les premiers
au monde à pousser pour une dynamique mondiale
pour vaincre l’épidémie du SIDA,
et nous sommes particulièrement conscients
des liens qui existent entre les jeunes dans les
Caraïbes et les défis de santé
publique posés par le SIDA. Egalement, dans
certains pays ces défis prennent la forme
de violence sociale.
Les défis à relever
par les îles sont aussi particulièrement
difficiles à cause du rôle majeur joué
par le tourisme dans leur économie. Nous
croyons que l’industrie touristique peut être
une source de richesse pour les îles et pour
le développement. C’est un défi
que peuvent probablement mieux relever des îles
ayant des économies plus importantes, et
une structure de production plus diversifiée.
Nous sommes prêts à collaborer avec
tous les gouvernements des Caraïbes sur les
différentes questions de développement
et de pauvreté que vous nous avez posées.
Nous essaierons de faire du mieux que nous pouvons
pour apporter des réponses, et si nous n’avons
pas de réponses, nous les recherchons.
Carlos Hinestrosa :
En Amérique latine, nous pouvons identifier
de nombreux projets de développement rural,
et de nombreuses institutions internationales qui
ont investi dans ces programmes. Á votre
avis, que devrait être la stratégie
pour lutter contre la pauvreté rurale ? Ces
projets sont-ils suffisamment efficaces ? Ont-ils
un impact significatif, particulièrement
si l’on tient compte de leurs coûts
élevés ?
Daniel Lederman : Vous poser là
des questions importantes parce qu’elles nous
forcent à réfléchir sur la
façon dont nous évaluons les bénéfices
sociaux des investissements publics ou des programmes
d’investissement sociaux exécutés
par le secteur public. Permettez-moi de vous donner
un exemple. Le programme mexicain « PROCAMPO
» a été évalué
par des chercheurs de l’Université
de Berkeley. Les données d’enquête
auprès des ménages qu’ils ont
recueillies permettent de déterminer le revenu
des familles rurales au Mexique qui ont pu bénéficier
des services du PROCAMPO et de les comparer à
ceux de familles semblables qui n’étaient
pas desservies par le PROCAMPO.
Ces chercheurs ont découvert
que les bénéficiaires du PROCAMPO
ont pu créer entre 1,4 et 1,8 Pesos pour
chaque Peso qu’ils recevaient du programme.
Ceci signifie que la rentabilité
des avantages apportés par le PROCAMPO atteint
entre 40 et 80%. Ce sont des chiffres importants,
et nous avons encore aujourd’hui des doutes
sur ces chiffres à cause de leur importance.
Une des possibilités est que les ménages
pauvres en milieu rural ont à faire face
à de sérieux échecs du marché
dans l’accès au crédit rural,
et, par conséquent, lorsqu’ils reçoivent
un peso, ils font un investissement productif qu’il
n’aurait probablement pas fait sans le programme,
comme par exemple des investissements visant à
rendre leur exploitation agricole plus efficace,
ou à financer des emplois hors exploitation
dans les communautés rurales des environs.
Ces résultats dépassent ceux qu’on
pourrait attendre normalement de la seule assistance
du gouvernement, et c’est pourquoi, parfois,
l’assistance des services publics est susceptible
de générer plus qu’un peso pour
chaque peso reçu du PROCAMPO.
Le désavantage de programmes,
tel le PROCAMPO, est le suivant : nous savons qu’ils
bénéficient directement aux familles
qui reçoivent les transferts, mais nous ne
sommes pas certains s’ils apportent des bénéfices
à l’ensemble des communautés
rurales.
En d’autres termes, on peut
s’attendre à ce que les gens qui reçoivent
de l’argent du gouvernement soient avantagés
par rapport à ceux qui n’en reçoivent
pas. Mais ce qu’on ne sait pas, c’est
si la situation d’ensemble de la communauté,
voire celle du pays, s’améliore suite
à ces transferts aux familles rurales pauvres.
D’un autre côté,
il existe des programmes comme Bolsa Familia au
Brésil où l’assistance du secteur
public est liée à la capacité
des familles et des communautés de faire
des investissements en capital humain, c’est-à-dire
dans les domaines de l’éducation et
de la santé. Et une société
mieux éduquée et en meilleure santé
produit des bénéfices pour tous, non
seulement pour les enfants qui peuvent se rendre
à des consultations médicales et recevoir
une bonne éducation.
Par conséquent, il faut
que nous réfléchissions sérieusement,
en particulier au niveau de la Banque mondiale,
au type de méthodologie utilisée pour
évaluer les gains sociaux ou les gains à
la société dans son ensemble, provenant
de programmes tels Bolsa Familia, ou même
PROCAMPO. Ceci est une question complexe et difficile,
et nous espérons, au cours des années
à venir, mettre en place des outils d’évaluation
de programmes appropriés, qui permettront
d’aider les chefs de file, tant au niveau
des gouvernements que des communautés, à
identifier les politiques les meilleures possibles
qui permettront de faire des progrès importants
dans la lutte contre la pauvreté rurale.
Preston Montes :
Ma question a trait aux dépenses en faveur
du R&D (Recherche et Développement).
Une augmentation du R&D pourrait-elle garantir
la croissance en Amérique latine ? Quel est
le niveau de stabilité politique que la Banque
mondiale recherche dans un pays tel la Bolivie ?
Quelle est votre opinion sur la situation du gaz
naturel en Bolivie ? La Bolivie devrait-elle exporter
son gaz naturel, ou, au contraire, devrait-elle
l’utiliser pour sa propre industrialisation
? À cause des dettes encourues par la Bolivie,
la vente du gaz naturel est-elle une condition de
futurs prêts ?
Daniel Lederman : Vous posez là
de nombreuses questions difficiles. Je vais tenter
de répondre à la question sur les
dépenses en faveur de la Recherche et du
Développement. Permettez-moi de vous dire
dès le départ qu’il n’existe
aucune formule magique pour le développement.
Il n’existe en fait aucune garantie qu’une
politique particulière donnera des résultats.
Cependant, nous savons, grâce à des
preuves empiriques, que la rentabilité des
dépenses en faveur de la Recherche et du
Développement dans des projets typiques de
R&D agricoles en Amérique latine et aux
Caraïbes est très élevée.
Par exemple, certaines études ont montré
qu’un projet de R&D agricole typique a
un taux de rentabilité d’environ 40%.
Ceci veut dire que chaque dollar investi dans le
R&D agricole va rapporter 1,4 dollar EU. Par
conséquent, le R&D, qu’il soit
public ou privé, est ce qu’on pourrait
appeler une « bonne affaire », et constitue
donc une bonne politique de développement,
bien que, comme je l’ai dit au début,
il n’existe pas de formule magique.
Dominique Enzo :
Votre rapport recommande d’arrêter les
subventions dans les pays de la région. Comment
faudra-t-il compenser les paysans pauvres de ces
pays, qui, manifestement, vont avoir besoin d’aide
pour pouvoir s’ajuster ?
Daniel Lederman : Je vous remercie
pour cette question, car elle est très importante.
Dans le rapport, nous concluons que, en prenant
un point de vue mondial, il est essentiel que les
négociations sur le commerce international
réussissent de façon à réduire,
voire à éliminer, les subventions
agricoles dans les pays riches, parce que les subventions
des pays riches maintiennent les prix des produits
agricoles, en particulier les céréales
et les denrées alimentaires, à des
niveaux artificiellement bas, ce qui, par conséquent,
nuit aux producteurs de produits sensibles dans
les pays en développement.
Cependant, nous sommes également
réalistes, car nous réalisons que
la majorité des pays d’Amérique
latine et des Caraïbes sont en fait des importateurs
nets de ces mêmes produits agricoles qui sont
subventionnés dans les pays riches. Par conséquent,
si nos efforts visant à limiter ces subventions
réussissent, nous pourrons nous attendre
à voir les prix de ces produits monter, et,
par conséquent, la grande majorité
des pays d’Amérique latine et des Caraïbes
auront à payer plus pour les denrées
alimentaires. Ces prix plus élevés
des denrées alimentaires vont bénéficier
aux producteurs de ces produits, mais vont porter
préjudice aux consommateurs et aux pays dans
leur ensemble, en particulier aux familles pauvres
des zones rurales et urbaines, qui sont de grandes
consommatrices de denrées alimentaires, tels
le pain, les tortillas, le riz. Nous avons, par
conséquent, réalisé que, de
façon à réduire les effets
potentiellement négatifs d’une augmentation
du prix des denrées alimentaires sur les
sociétés latino-américaines,
nous devons en même temps réduire les
taxes, parfois exagérément élevées,
sur les importations de denrées alimentaires
dans nos pays.
Il faut que nous soyons très
prudents avec les producteurs ruraux, souvent de
petites exploitations familiales et pauvres, qui
produisent des cultures dites « sensibles
», de façon à les aider à
s’ajuster à un contexte dans lequel
il n’y aura plus de subvention dans les pays
riches, mais où les taxes d’importation
seront élevées.
Nous devons donc les aider à
prendre les mesures nécessaires de façon
à ce que les futures générations
de familles rurales en Amérique latine et
aux Caraïbes ne doivent pas faire face aux
mêmes obstacles à leur bien-être.
La véritable question est de savoir quelles
sont les ressources financières qui seront
requises pour aider ces familles. La réponse,
en fait, va varier selon la situation. D’habitude,
ces programmes fournissent une assistance financière
offerte par le gouvernement aux petits producteurs,
ou aux familles pauvres, qui est à peine
suffisante pour leur permettre d’acquérir
le minimum de nourriture dont elles ont besoin pour
vivre. Le coût de ces denrées varie
non seulement selon les pays, mais même selon
les régions à l’intérieur
des pays, et il est par conséquent difficile
de répondre à cette question avec
précision. D’habitude, il s’agit
d’un pourcentage du seuil de pauvreté,
ou un pourcentage du salaire minimum dans chaque
pays.
Je pense que la question la plus
importante est de savoir le type d’assistance
dont ces gens ont besoin. Comment allons-nous dépenser
ce peso ou ce dollar supplémentaires au profit
des communautés rurales ? C’est aussi,
d’ailleurs, à mon avis, la question
la plus difficile, et nous disons dans notre rapport
que nous aiderons plus la réduction de la
pauvreté et la compétitivité
de l’agriculture de l’Amérique
latine et des Caraïbes si nous dépensons
plus de fonds publics dans des investissements nécessaires
à la prestation des services sociaux plutôt
que si nous accordons des subventions directes aux
producteurs de produits particuliers, qui, très
souvent, finissent dans les mains de grandes exploitations
commerciales sans jamais atteindre les familles
rurales pauvres.
Tony Sebiani S :
Je suis d’accord avec M. Lederman que les
pays en développement doivent promouvoir
le développement rural pour réduire
la pauvreté, la pression sur les ressources
naturelles, et les migrations de la campagne vers
la ville. De plus, le développement rural
apporte avec lui d’autres avantages intrinsèques,
tels la réduction des crimes dans les villes,
parmi d’autres. Néanmoins, comment
les pays en développement devront-ils mettre
en œuvre ce développement rural ? Ce
que je veux dire par là, c’est quels
sont les investissements qu’ils devront faire,
les investissements directs étrangers, les
dettes nationales ou extérieures des gouvernements,
les crédits aux conditions douces qui pourront
financer de tels projets ? Je pense que les gouvernements
devraient lancer le mouvement en investissant dans
les routes, les ponts, l’éducation
(et ceci est essentiel), la santé, l’eau
et d’autres services qui permettent d’améliorer
la qualité de la vie dans les zones rurales
et de créer les conditions favorables à
ce type de développement. Il faut que nous
soyons clairs et que nous puissions différencier
entre dépenses et investissements. Si les
fonds sont alloués à des investissements,
le creusement du déficit des finances publiques,
du moins à court terme, n’est pas véritablement
important, vu qu’une fois la phase initiale
terminée, il deviendra possible d’attirer
des investissements directs étrangers, et
même des investissements privés nationaux.
D’autre part, il est également important
que nos exportations apportent la plus grande valeur
possible à l’économie nationale
et que l’argent recueilli par les fonds de
pension soit réinvesti dans nos pays, non
à l’étranger. Salutations, Tony
Sebiani S., Costa Rica.
Daniel Lederman : Votre question
est extrêmement importante. Elle comporte
en fait deux points essentiels. Tout d’abord,
comment investissons-nous les ressources limitées
dont nous disposons pour le secteur rural ? Et ensuite,
comment pouvons-nous financer la dépense
publique en faveur du secteur rural ?
À mon avis, la réponse
au premier point est la suivante : Comme vous l’avez
dit, la dépense rurale doit mettre l’accent
sur la fourniture de biens publics, comme l’éducation,
la santé, les routes et les investissements
dans la recherche agricole et le développement.
Je pense également qu’une plus grande
part de la dépense publique doit être
financée initialement grâce à
une réallocation des ressources, c’est-à-dire
en réduisant les subventions accordées
à des groupes d’intérêt
particulier et en augmentant la dépense sociale.
Une fois que cette réforme a été
accomplie, nous pourrons alors discuter de la façon
d’augmenter la dépense publique totale
en faveur du secteur rural. Mais d’abord,
il faut que nous mettions l’accent sur la
qualité de la dépense publique dont
nous disposons à l’heure actuelle.
Gustavo Durán Araújo
: L’intensité des conflits
armés en Colombie affecte principalement
les zones rurales, mais en même temps, et
à cause d’une connexion particulièrement
importante, le phénomène du trafic
de drogue influence de façon notoire la productivité
des zones rurales. La Colombie est un pays riche
en terres qui conviennent à l’exploitation
agricole et à l’élevage, ainsi
qu’à la conservation environnementale.
Jusqu’à quel point la Banque a-t-elle
décidé de diversifier son assistance
de telle façon que les investissements en
faveur du secteur rural colombien puissent être
servir à la fois à développer
le monde rural colombien et à atténuer
les conflits ? Merci. Gracias.
Daniel Lederman : Il est en effet
possible que le développement rural puisse
aider à réduire des conflits armés
comme ceux produits par le trafic de drogue. Mais
la vérité est que nous n’en
sommes pas totalement certains, parce qu’il
est aussi possible que les investissements en faveur
du monde rural peuvent aider la culture et le trafic
de produits illégaux. Il est absolument certain
que nous devons étudier cette question plus
profondément.
Rhodante Ahlers :
Le rapport est sans ambiguïté sur la
nécessité de la dépense publique
en faveur du secteur rural. Etant donné la
participation de la Banque à un véritable
massacre du secteur public en Amérique latine
au cours des années 1980, en encourageant
des changements législatifs dans le secteur
rural (Mexique : crédit rural de 1989, et
la nouvelle loi agraire et sur les ressources hydrauliques
de 1992, appuyés et influencés par
la Banque), et au cours de la dernière décennie
en encourageant des financements à des états
souverains, et tout cela combiné avec une
priorité à une cote de solvabilité
élevée, que pourra apprendre la Banque
de ce rapport ? Comment ce rapport va-t-il changer
: (1) ses politiques, et (2) son approche aux gouvernements
nationaux et infranationaux ? N’est-il pas
temps que la Banque rende finalement compte de politiques
mal avisées ? Quand et comment la Banque
appuiera-t-elle le développement social et
soutenable, en mettant plus l’accent sur le
secteur public que sur le secteur privé ?
Daniel Lederman : Merci pour cette
question très critique. Nous l’apprécions
parce que nous passons beaucoup de temps et d’efforts
à évaluer les politiques des gouvernements
et des secteurs publics dans l’ensemble du
monde en développement, et nous sommes d’habitude
parmi les premiers dans la communauté du
développement et la communauté du
secteur public, à reconnaître les politiques
qui ont donné des résultats, et là
où elles l’ont fait, quelles sont les
politiques qui n’ont pas donné de résultats,
ou celles pour lesquelles nous n’avons pas
de réponse solide en ce qui concerne leur
efficacité.
Mon espoir est que ce rapport entraîne
un débat, non seulement au sein du groupe
de la Banque mondiale, mais également dans
le monde en développement, et en particulier
dans la région Amérique latine et
Caraïbes sur la façon dont nos sociétés
veulent relever les défis posés par
une pauvreté rurale extrême et celui
posé par la nécessité de maximiser
l’énorme potentiel que les secteurs
ruraux possèdent pour contribuer au bien-être
et au développement non seulement des communautés
rurales, mais aussi de la société
dans son ensemble.
Nous n’avons pas encore toutes
les réponses. Mais nous tentons de créer
de nouvelles façons de lutter contre la pauvreté
rurale de façon plus efficace, en fait, contre
la pauvreté dans son ensemble. Qu’avons-nous
fait en termes de nos relations avec les gouvernements
? Un des principaux messages de ce rapport est que
les programmes de développement rural doivent
être conçus et exécutés
en partenariat non seulement avec les gouvernements
centraux et les collectivités locales, mais
en particulier avec des communautés locales,
de façon à ce qu’ils soient
plus susceptibles d’atteindre leurs résultats.
Il faut aussi identifier les besoins des communautés
locales en termes de prestations de service public,
tels des services de transport, l’infrastructure,
les communications, l’eau, les écoles,
la santé, etc. Personne ne connaît
mieux les obstacles à la réduction
de la pauvreté dans les communautés
rurales que les habitants de ces communautés
eux-mêmes. De plus, la qualité de l’investissement
public dans les services sociaux, en particulier
dans les services d’infrastructure et de transport,
dépend en grande partie des efforts des communautés
locales à assurer l’entretien des routes,
et des lignes électriques. Et, par conséquent,
il n’existe pas de choix ni d’alternatives
meilleurs que les programmes de développement
conduits par les communautés.
Ceci ne veut pas dire que le gouvernement
devrait se désengager au profit des communautés
locales. Au contraire, le gouvernement central a
un rôle essentiel à jouer dans la coordination
des efforts nationaux pour lutter contre la pauvreté,
où qu’elle soit, y compris la pauvreté
urbaine. Il a un rôle central de coordination,
et un rôle important dans l’information
des communautés quant aux expériences
d’autres communautés, de telle façon
à éviter que des erreurs se répètent
et à assurer que les bonnes idées
soient reproduites.
Le gouvernement a également
un rôle important dans l’information
des leaders des communautés locales et, de
façon plus générale, de la
société civile. Il doit également
superviser l’entretien et l’exécution
des projets d’investissement locaux.
Ceci complique notre travail, mais
le développement et la lutte contre la pauvreté
n’ont jamais été faciles.
Daniel Parsons :
Selon le rapport, la réussite des efforts
de réduction de la pauvreté dans les
régions rurales, souvent marginalisées,
va dépendre de la capacité du gouvernement
au niveau central et local de collaborer avec les
communautés locales pour identifier les opportunités
et contraintes économiques, et pour trouver
un point d’équilibre entre les intérêts
nationaux et les intérêts locaux. Dans
certains cas, ceci va demander de déterminer
la valeur des services environnementaux, que pourraient
rendre des communautés peu développées
mais écologiquement riches et de trouver
des moyens efficaces et innovateurs de faire payer
pour ces services la communauté nationale
et mondiale. Comment ceci se fait-il dans la pratique,
et pouvez-vous nous donner des exemples de moyens
efficaces et innovateurs que l’on pourrait
envisager ?
Daniel Lederman : Voici encore
une question difficile qui a trait aux politiques
et aux méthodologies, avec pour objectif
de nous dire quelle est la valeur en dollar des
services environnementaux prestés par nos
forêts et par nos cours d’eau naturelle.
C’est un problème technique complexe,
mais récemment, il y a eu des progrès
un peu partout dans le monde. D’un côté,
au niveau mondial, des marchés ont été
mis au point de façon à permettre
les échanges de limites de pollution, l’idée
étant que le pollueur, ou le pollueur potentiel
connaît exactement la valeur qu’il peut
extraire de nos ressources naturelles, et le prix
de la pollution augmente avec la concurrence pour
des ressources environnementales limitées.
Au niveau national, les pays développés,
mais aussi certains pays pauvres, sont pratiquement
dans l’incapacité de déterminer
avec précision la valeur d’une ressource
naturelle, qu’il s’agisse de la beauté
naturelle, ou d’un service environnemental.
Par conséquent, historiquement, la réponse
a été de réserver des domaines
destinés à la conservation environnementale,
qui, selon la communauté scientifique, sont
essentiels pour la soutenabilité de l’environnement
et pour la biodiversité dans les pays, mais
aussi à l’échelle mondiale.
Cependant, cette politique doit
s’accompagner d’investissements internationaux
et nationaux, par les gouvernements, de façon
à aider les habitants de ces zones où
se trouvent des ressources naturelles de valeur
à trouver d’autres moyens de subsistance
qui permettent de préserver les forêts
et d’éviter la contamination de nos
cours d’eau.
Le problème n’est
pas simple, parce que le contexte national de chaque
pays est différent et que les coûts
encourus dans la transformation de ces communautés
vont varier. Mais nous pensons certainement que
le reste du monde, et le reste de la société
dans nos pays doit au minimum être conscient
que ces communautés et ces régions
sont riches en termes de ressources environnementales
et de biodiversité, et en fait, nous fournissent
à tous un service de cette façon.
Sara Tamayo Insuasti :
Mon pays, l’Equateur, souffre de plusieurs
problèmes structurels et de crises économiques.
Par conséquent, lorsque vous mentionnez des
programmes spéciaux de restructuration destinés
aux petits producteurs, pourriez-vous être
plus spécifique et mentionner, par exemple,
un programme de restructuration qui peut s’appliquer
à notre situation ?
Daniel Lederman : En général,
il existe deux types de programmes d’appui
pour les petits producteurs au cours de périodes
de transformation productive. Le premier type se
base sur des transferts financiers inconditionnels,
c’est-à-dire des subventions aux producteurs.
C’est par exemple le type de programme qui
avait été exécuté au
Mexique au travers du « PROCAMPO ».
L’autre option est de fournir un appui financier
conditionnel, où les petits producteurs sont
obligés de faire des investissements productifs,
par exemple, en éduquant les enfants ou en
développant le capital social des communautés.
C’est le type de programmes qu’on retrouve
dans Oportunidades au Mexique ou Bolsa Familia au
Brésil.
Eduardo G. Ramirez H. :
Pensez-vous que le faible niveau de développement
agro-industriel des Amériques est l’une
des barrières à la croissance économique
dans les zones rurales et urbaines ?
Daniel Lederman : Certainement,
nous pensons que le développement agro-industriel
en Amérique latine pourrait dynamiser l’économie
et devenir une composante importante de la lutte
contre la pauvreté. En fait, dans notre étude,
nous présentons des statistiques et des analyses
qui montrent que lorsque le secteur agricole est
en croissance, cette dernière bénéficie
également à la totalité de
l’économie.
En même temps, lorsqu’il
y a croissance du secteur agricole, le taux de croissance
du revenu des ménages les plus pauvres est
plus élevé que ce que pourrait suggérer
la taille relative du secteur.
Merci d’avoir pris
part à cette discussion.
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