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Le commerce international est un
des thèmes dominants de l’économie
mondiale contemporaine, en particulier la question
de savoir si les populations des pays en développement
obtiennent des accords commerciaux régionaux
les bénéfices qu’elles en attendent
en termes d’emploi et d’amélioration
des services publics. C’est à cette
question qu’a répondu Richard Newfarmer,
principal auteur des Perspectives économiques
mondiales 2005, au cours de cette session en ligne
de « Vous avez la parole! » le 23 novembre
2004. La transcription de cet entretien se trouve
ci-dessous.
Pour plus d’informations
sur les "Perspectives économiques mondiales
2005", veuillez consulter les sites suivants
:
Communiqué
de presse
Informations régionales: Moyen-Orient
& Afrique du Nord -- Afrique
subsaharienne
Jonas Hedum :
Quelle est la différence entre les programmes
de commerce à l’échelle régionale
et les programmes économiques à l’échelle
nationale, sachant que la réussite de ces
derniers est liée à une coordination
solide et efficace entre les secteurs public et
privé ?
Richard Newfarmer :
Ces programmes ne sont pas vraiment différents.
En fait ils se complètent. Des politiques
commerciales qui s’intègrent dans un
climat d’investissement national assorti de
stabilité macroéconomique, de mise
en application des droits essentiels de la propriété
et de marchés concurrentiels, donnent aux
producteurs des occasions nouvelles qu’ils
n’auraient pas autrement. De même, le
commerce peut augmenter la concurrence sur le marché
national en même temps que fournir de nouvelles
occasions d’exportation à l’étranger.
Par conséquent, les politiques commerciales
sont un élément, mais certainement
pas le seul élément, d’un bon
climat d’investissement national. Un bon climat
d’investissement et de bonnes politiques commerciales
peuvent accélérer à la fois
la croissance économique et la réduction
de la pauvreté.
Fabio Rua : Quels
sont les effets que pourraient avoir les nombreux
accords bilatéraux qui sont signés
dans le monde aujourd’hui sur le système
multilatéral ?
Richard Newfarmer :
Les accords bilatéraux et multilatéraux
se sont développés à l’échelle
mondiale, et se sont accélérés
au cours des années 1990. cette accélération
des accords commerciaux régionaux (ACR) va
accorder des préférences à
certains des pays, ce qui en soit est parfaitement
acceptable, mais peut aussi s’avérer
discriminatoire à l’encontre d’autres
pays, ce qui n’est pas acceptable. Donnons
un exemple. Lorsque la Tunisie signe un accord avec
l’Europe, elle gagne un accès en franchise
de droits aux marché européens, mais
les producteurs des autres pays qui sont en concurrence
avec la Tunisie auront à payer les tarifs
européens, et par conséquent n’auront
pas le même niveau d’accès au
marché européen. Le résultat
est que les pays qui sont exclus de ces types d’accord
risquent de perdre, tandis que les pays qui ont
signé les accords pourront bénéficier.
Le problème de la discrimination
est pourtant moindre que celui qui existait au moment
de la fondation du GATT après la guerre.
Les barrières tarifaires et non tarifaires
ont été éliminées, et
de façon générale, les marges
de préférence sont moindres. De plus,
les pays deviennent signataires de nombreux accords.
Néanmoins, il est vrai que certains pays
jouiront d’un meilleur accès par rapport
à d’autres, et c’est le sort
de ces derniers qui nous inquiètent, surtout
s’il s’agit de pays en développement.
La question importante ici est
de savoir quelle est la forme de libéralisation
qui servira le mieux de tremplin à la mise
au point d’accords multilatéraux et
plus libéraux. Les pays apprennent-ils les
bénéfices qu’ils peuvent retirer
du commerce en s’ouvrant d’abord à
leur partenaire régional, et par conséquent
appuient ensuite une libéralisation multilatérale
? Ou bien jouissent-ils d’abord d’un
accès préférentiel et ensuite
s’opposent à des accords multilatéraux
parce qu’ils ne veulent pas risquer l’érosion
de leurs préférences ? La réponse
à ces questions est loin d’être
claire. Doha, en fait, constituera leur premier
test véritable.
Carina Nucci :
Le Brésil est en train de perdre les préférences
commerciales de ses partenaires latino-américains
au profit des Etats-Unis à cause des accords
bilatéraux entre les Etats Unis et les pays
d’Amérique latine. Ceci ne démontre-t-il
pas que les pays préfèrent établir
des relations commerciales avec des acteurs plus
solides, malgré les accords régionaux
? Le Brésil devrait-il étendre ou,
au contraire, restreindre Mercosur ? Faut-il mieux
signer des accords de type ALENA ou UE ? Quelle
est votre opinion sur la politique brésilienne
qui tente à donner à la Chine une
priorité absolue et au risque de restreindre
ses relations avec la Russie ?
Richard Newfarmer :
Vous posez ici plusieurs questions. Il est vrai
que les pays en développement cherchent à
établir des accords avec des marchés
plus vastes, particulièrement le marché
des Etats-Unis et de l’Union européenne,
simplement parce que ces marchés sont plus
riches en perspectives d’affaires pour les
exportateurs des pays en développement. Obtenir
un accès préférentiel à
un marché extrêmement important comme
celui des Etats-Unis offre évidemment beaucoup
plus de promesses que la signature d’un accord
avec un autre pays plus petit.
En fait, si nous examinons la couverture
commerciale des accords régionaux en matière
de commerce, nous voyons que les accords passés
avec les Etats-Unis ou l’Union européenne
constituent aujourd’hui environ 80% de l’ensemble
du commerce effectué par le canal des mécanismes
commerciaux régionaux. Il est donc clair
que ce sont des acteurs extrêmement importants.
La deuxième partie de votre
question a trait à la stratégie du
Brésil. Vous demandez si le Brésil
devrait se concentrer sur Mercosur, ou arriver à
un accord avec l’UE ou encore se concentrer
en priorité sur la Chine. En fait, il serait
judicieux pour le Brésil de mettre en oeuvre
ces trois stratégies de façon simultanée,
mais de le faire de façon cohérente.
Se concentrer sur le Mercosur lui permet de prendre
parti des opportunités que donne le Mercosur
d’améliorer les transactions trans-frontalières,
de réduire la durée des formalités
d’exportation, ce qui grève les coûts
de ces exportations, et, de poursuivre l’harmonisation
des réglementations. Ces différentes
actions auront pour effet d’accroître
le commerce et n’ont aucun coût d’efficacité.
A un moment donné, les mesures de diminution
des tarifs sous l’égide du Mercosur
ramèneront ses tarifs extérieurs au
niveau concurrentiel de l’ALENA, ce qui améliorera
la compétitivité de chacun de ses
membres.
Parallèlement, le Brésil
cherche aussi à conquérir d’autres
marchés dans les pays voisins d’Amérique
latine, en Chine et dans l’Union européenne
par le canal d’accords bilatéraux.
Peut-être plus important, le Brésil
tient beaucoup à ce que le cycle de Doha
de l’OMC aboutisse à un accord multilatéral.
En fait, le Brésil a joué un rôle
très important dans ce cycle. Il a permis
de faire évoluer les discussions de Doha
en faveur du développement, en insistant,
particulièrement auprès des pays riches,
dont les tarifs et les subventions sont très
élevés, pour une véritable
libéralisation de l’agriculture. Ceci
bénéfice non seulement au Brésil,
mais aussi aux pays en développement.
Senda : Pensez-vous
qu’il pourrait être bénéfique
pour les pays d’Asie de l’Est de développer
des blocs économiques à l’instar
de l’Union européenne, de façon
à former en quelque sorte un contrepoids
vis-à-vis de l’UE et des Etats-Unis
? Je pense en effet qu’il est injuste d’obliger
les pays d’Asie de l’Est à traiter
avec l’UE par le canal d’accords multilatéraux,
car l’UE constitue un groupe économique
très solide tandis que les pays d’Asie
de l’Est sont essentiellement engagés
les uns vis-à-vis des autres. Prenons par
exemple le cas de l’ASEM (Asia Europe Meeting).
L’ASEAN se compose de dix pays, alors que
l’Union européenne en a bien plus.
Richard Newfarmer :
En termes simples, l’Asie de l’Est a
beaucoup à gagner du système multilatéral,
mais peut aussi retirer des bénéfices
de la coordination en participant à des coalitions
de négociations susceptibles de mieux servir
leurs intérêts spécifiques qu’en
formant accord commercial régional.
Senda Diona :
La plupart des pays de l’OCDE subissent, d’après
ce que je comprends, un ralentissement de leur économie.
Quel sera l’effet de ce ralentissement sur
des pays en développement comme les Philippines
?
Richard Newfarmer :
Nous prévoyons un ralentissement modéré
de l’économie mondiale en 2005, dont
la croissance pourrait tomber à 3,2% alors
qu’elle était de 4% en 2004, ce qui
reste un très bon rythme. Ce ralentissement,
à son tour, pourrait modérer la croissance
des pays de l’Asie de l’Est. Néanmoins,
l’Asie de l’Est a aujourd'hui une croissance
très rapide de 7,8%, et le ralentissement
la ramènerait à 7,1% en 2005.
Dans ce contexte, le taux de croissance
des Philippines pourrait quelque peu se ralentir,
mais ceci ne devrait en aucun cas être une
cause d’inquiétude. Au contraire, ceci
ne fait que refléter des développements
conjoncturels de l’économie mondiale,
et un retour à des taux de croissance plus
soutenables.
Cette situation crée une
période privilégiée pour entreprendre
de nouvelles réformes, ou consolider les
réformes en cours. En profitant de la période
faste que nous connaissons à l’heure
actuelle, et que nous connaîtrons probablement
encore au cours des 12 à 24 prochains mois,
il est plus facile d’entreprendre des réformes
et de protéger des taux de croissance à
long terme.
Moses : Pourquoi
faut-il recommander aux petites économies
insulaires du Pacifique une libéralisation
du commerce pour leur permettre de réaliser
leurs objectifs de développement pour le
millénaire ?
Richard Newfarmer :
Comme pour tous les pays, qu’il s’agisse
d’économies insulaires ou de petites
économies, les tarifs d’importation
représentent en fait également une
taxe sur les exportations. Ces pays ont besoin de
vendre leurs services et leurs exportations sur
le marché mondial, de façon à
faire croître leur économie et à
réduire la pauvreté. Des politiques
qui taxent les exportations auront probablement
des effets négatifs sur les taux de croissance,
et pourraient remettre en question les taux de croissance
et la productivité nationale. Il est évident
que pour de petites économies, les tarifs
constituent une importante source de revenus, et
ceci est une des raisons pour lesquelles les réformes
des politiques commerciales doivent s’accompagner
d’autres réformes de politiques pour
relancer la croissance économique. Par exemple,
une réforme de la taxation pourrait être
nécessaire de façon à remplacer
les recettes tarifaires qui auront été
perdues.
Mazhar Siraj :
Compte tenu du conflit entre le Pakistan et l’Inde,
pensez-vous que la Zone de libre échange
de l’Asie du Sud, la SAFTA, peut fournir une
base pour l’intégration régionale
et fournir une solution au chômage, fut-elle
partielle ?
Richard Newfarmer :
Un accord régional en Asie du sud n’est
pas le seul moyen de réduire les tensions
entre l’Inde et le Pakistan, ni peut-être
même le meilleur moyen d’arriver à
cet objectif. Néanmoins, un accord peut,
avec le temps, aider à intégrer non
seulement ces deux grandes économies de l’Asie
du sud, mais également la région tout
entière.
Cependant, pour obtenir ces résultats,
il faut que le mécanisme du SAFTA soit bien
conçu. Un accord mal conçu pourrait
en effet faire plus de tort que de bien en terme
de coopération régionale en dehors
du commerce. Les caractéristiques d’un
accord bien conçu pourraient être les
suivantes : premièrement, abaisser le niveau
de protection interne, qui reste très élevé
en Asie du sud, en fait un des plus élevés
du monde ; deuxièmement, simplifier les tests
pour les règles d’origine ; troisièmement,
s’efforcer d’améliorer les transactions
transfrontalières, et ici la coopération
entre le Pakistan et l’Inde serait un élément
particulièrement important ; et quatrièmement
assurer à l’accord de libre échange
la plus large couverture possible en termes de catégories
tarifaires et de produits, ce qui offrira le p[lus
de possibilités en matière de marchés.
Finalement, l’ouverture des marchés
à la concurrence dans les secteurs de service
peut également être particulièrement
importante.
La mise en place d’un tel
programme pourrait avoir un effet important en Asie
du Sud, où le niveau d’intégration
le plus faible de toutes les régions du monde.
Intissar Eshtayeh :
Comment peut-on concevoir un commerce économique
mondial s’il n’y a pas au préalable
des projets soutenables qui permettent d’encourager
des accords commerciaux régionaux susceptibles
de favoriser le développement économique
des pays membres concernés ? Je pense en
particulier à la Palestine et à la
Cisjordanie, mon pays, lequel n’est pas mentionné
d’ailleurs dans la liste des pays.
Richard Newfarmer :
Il est important d’essayer de développer
le marché régional, en même
temps que de s’efforcer de s’introduire
sur le marché mondial. Ces deux stratégies
commerciales peuvent être en effet complémentaires.
Prenez, par exemple, l’Asie de l’Est.
C’est une région où le commerce
intra régional est très développé.
Mais c’est également celle où
le commerce extra régional, mesuré
en termes de contribution au PIB, est également
le plus développé. C’est aussi
une des régions les plus intégrées
au marché mondial. Cet exemple nous montre
que les stratégies commerciales régionales
et les stratégies commerciales mondiales
sont intrinsèquement complémentaires
pour autant qu’elles soient conçues
correctement. Il est bien évident que si
les stratégies régionales impliquent
la création d’investissements et de
nouvelles opportunités d’investissement,
en particulier pour des investissements supplémentaires
en dehors de la région, elles auront un rôle
catalytique à la fois sur le commerce intra
régional et sur le commerce mondial. Ceci
démontre encore une fois pourquoi la conception
des mécanismes commerciaux est importante
pour leur succès futur.
Elisa Patterson :
Avez-vous fait (ou d’autres que vous ont-ils
fait) une évaluation de la cohérence
des accords commerciaux régionaux sur le
plan de l’OMC ? Je remarque dans les articles
écrits sur le rapport que vous demandez une
revue des règles de l’OMC en matière
d’accords commerciaux régionaux (ACR).
Richard Newfarmer :
Ceci est exactement ce que le Comité de l’OMC
sur les ACR devrait faire. Cependant, pour des raisons
politiques, les membres de l’OMC ont refusé
de prendre position sur les ACR et il n’y
a eu que des efforts très limités
pour examiner leurs mécanismes. En conséquent,
plus de 140 accords sont aujourd’hui soit
en cours d’examen soit doivent encore faire
l’objet d’un examen. Et aucun rapport
relatif à un tel examen n’a encore
été approuvé par les membres
de l’OMC. La raison de ceci est très
simple : pratiquement tous les pays du monde sont
en fait en contravention avec les règles
de l’OMC, et, par conséquent, tous
les membres de l’OMC ont intérêt
à s’assurer que l’accord dont
ils font partie ne face pas l’objet d’un
examen.
C’est pourquoi nous recommandons
dans notre rapport d’adopter une stratégie
différente de celle basée sur la notification
et l’approbation. La stratégie que
nous suggérons est de réorienter les
efforts des experts de l’OMC vers plus de
transparence en effectuant des examens annuels ou
biannuels de chaque accord. Ce système permettrait
à la communauté mondiale de connaître
le niveau de mise en œuvre de ces accords,
leur contenu, et d’évaluer de façon
indépendante s’ils ont des effets discriminatoires.
Le deuxième volet de notre
stratégie est de centrer les efforts des
membres de l’OMC et de la communauté
internationale dans son ensemble sur la réalisation
d’un résultat en faveur du développement
au cours du cycle de Doha. Une réduction
multilatérale de la protection aura deux
conséquences importantes pour les accords
commerciaux régionaux. La première
est qu’un accord multilatéral bien
conçu, fondé sur une libéralisation
générale, permettra d’abord
de minimiser le détournement des courants
commerciaux et les coûts qu’impose aux
pays membres la signature de tout accord commercial
régional spécifique. La deuxième
sera de diminuer la discrimination vis-à-vis
des pays qui auraient été exclus de
cet accord.
Dans une perspective de développement,
nous pensons que la première priorité
en matière de commerce est conclure de façon
satisfaisante le cycle de Doha.
Maxtiel Hoxha :
La plupart du temps, les pays impliqués dans
des accords de commerce régional sont très
différents en termes de leur développement
économique, ou ont des structures de l’économie
nationale très différentes. Ces différences
peuvent-elles expliquer le manque de succès,
ou le succès d’un accord commercial
régional ?
Richard Newfarmer :
En fait, ces différences sont le plus souvent
des facteurs de succès des accords commerciaux
régionaux. Lorsque vous avez un pays riche
du Nord, à haute intensité de capital,
qui signe un accord commercial avec un pays relativement
pauvre du Sud, à haute intensité de
main-d’œuvre, les complémentarités
de leurs économies et les différences
qui en résultent vont favoriser le développement
des échanges.
Réfléchissez à
ceci de façon intuitive. Si vous aviez deux
pays qui étaient virtuellement identiques,
les opportunités d’échange seraient
beaucoup moindres que lorsque vous avez deux pays
qui ont des caractéristiques économiques
très différentes. Et toute chose étant
égale par ailleurs, les différences
vont probablement favoriser le commerce.
Umar Gbobe Aminu :
Je ne doute pas que la coopération régionale
puisse améliorer la croissance économique
et le développement des pays pauvres. Cependant,
prenez vous en compte la diversité culturelle
et l’intégration des petites entreprises
locales à un marché mondial, tout
particulièrement du point de vue des pays
en développement dont l’infrastructure
est déficiente, mais dont les ressources
humaines et naturelles sont riches de promesse ?
Richard Newfarmer :
Le commerce international réduit-il la diversité
culturelle ? Il est évident que, dans certains
cas, il le fait. Nous savons, par exemple, que l’intégration
au marché mondial, du fait de la communication,
du commerce et de la technologie, a tendance à
réduire le nombre de langues parlées
dans le monde. En fait, certaines langues ne sont
plus parlées aujourd’hui et on pourrait
craindre que d’autres éléments
de la culture subissent le même sort. La question
que toute société doit se poser est
de trouver les moyens le plus efficace pour préserver
les principaux éléments de sa culture,
et la manière d’utiliser le commerce
international pour non seulement préserver
sa culture, mais mieux la mettre en valeur. Par
exemple, plusieurs pays dans le monde utilisent
leurs cultures indigènes pour attirer les
touristes et vendre de l’artisanat d’origine
locale. Par conséquent, dans ces pays, l’industrie
de l’artisanat est en expansion grâce
au commerce international.
L’impact du commerce sur
la diversité culturelle à long terme
n’est pas toujours clair. Ce qui est clair,
par contre, c’est que le meilleur moyen de
préserver les cultures locales n’est
pas de s’opposer au commerce international,
mais de faire adopter par le gouvernement des programmes
qui vont encourager, préserver, voire subventionner
si nécessaire le maintien des différents
éléments de la culture dans l’intérêt
national.
Cependant, il ne faudrait pas utiliser
la diversité culturelle comme argument pour
protéger des activités qui ne devraient
pas l’être, comme par exemple, des petites
fermes familiales que l’on maintiendrait en
vie à coup de mesures de protection et de
subventions importantes. Il est toujours possible
de concevoir des programmes qui permettront d’atteindre
des objectifs précis en matière de
préservation de la culture, et il n’est
donc pas nécessaire de recourir à
des distorsions du commerce, et de freiner l’accès
ses agriculteurs des pays en développement
aux marchés internationaux.
Shakeb Nabi :
On a beaucoup insisté sur le commerce international.
Ce dernier est pourtant perçu par la plupart
des pays du sud non seulement comme une ingérence
dans leur politique et leur gouvernance mais aussi
comme une menace pour la décentralisation
démocratique. Qu’en pensez vous ?
Richard Newfarmer :
Et bien, je me permets, avec tout le respect que
je vous dois, de ne pas être d’accord
sur cette vision des choses : le commerce, en lui-même,
ne constitue pas une ingérence dans la gouvernance
et la politique nationales. Le fait est que dans
pratiquement tous les pays du monde, quelque soit
leur régime politique, les gouvernements
ont su tirer parti des nouvelles occasions offertes
par le marché mondial pour vendre leurs marchandises,
pour faire fructifier l’économie nationale
et pour réduire la pauvreté. Je ne
vois comment ceci peut s’opposer aux aspirations
des pays à devenir plus démocratiques
ou à améliorer leurs structures démocratiques.
En fait, nous voyons que les pays qui ont adopté
des régimes démocratiques sont aussi
ceux qui pratiquent le plus les échanges
commerciaux. Ceci est en partie dû au fait
que les pays à revenu élevé
sont, dans leur grande majorité, aujourd’hui
des pays démocratiques, qui depuis longtemps
participent au commerce international. Et don, il
n’y a pas en soi de conflit entre commerce
et démocratie.
Elisabeth Lind :
On pourrait faire valoir que l’environnement
politique aux Etats-Unis en matière de commerce
et d’investissement est devenu plus divisé
et plus politisé qu’au cours de la
période de l’après-guerre. A
votre avis, quel est l’impact que ceci peut
avoir eu sur l’établissement d’accords
commerciaux bilatéraux et quels sont les
avantages ou désavantages que ces accords
peuvent avoir eu sur les économies en développement
?
Richard Newfarmer :
Les Etats-Unis font un peu figure de retardataires
en matière d’accords commerciaux régionaux,
bien qu’évidemment, ils aient signé
des accords avec le Canada et Israël au cours
des années 1980, et ont entamé des
discussions avec le Mexique et le Canada sur l’ALENA
à la fin des années 1980. Mais, dans
une très large mesure, ils se sont abstenus
de signer des accords préférentiels
régionaux et ont préféré
des accords multilatéraux. L’Europe,
par contre, a été plus active dans
ce domaine, et pendant plus longtemps.
Depuis 2001, les Etats-Unis ont
considérablement assoupli leur position vis-à-vis
des accords régionaux, en partie en réaction
aux activités de l’Union européenne,
mais aussi en réaction à la nouvelle
philosophie du département fédéral
du Commerce des Etats-Unis, selon laquelle la libéralisation
peut se faire de façon séquentielle,
si pas de façon multilatérale. Ceci
a conduit les Etats-Unis à signer au moins
une demi-douzaine ou plus d’accords de libre-échange.
Je ne pense pas que ceci soit associé avec
une atmosphère plus politisée ou plus
divisée, mais que ceci reflète des
objectifs plus larges de la politique étrangère
et commerciale des Etats-Unis.
La deuxième partie de votre
question me paraît particulièrement
importante. Quels sont les désavantages et
les avantages de ces accords pour les pays en développement
? Ces accords ont à la fois des points forts
et des points faibles. Les points forts incluent,
par exemple, le fait que des économies très
dissemblables peuvent s’intégrer, ce
qui tend à multiplier les occasions de faire
du commerce. Ils contiennent des clauses favorables
à l’ouverture des marchés de
service, lesquels sont particulièrement intéressants
pour la plupart des pays en développement,
et, en particulier, s’ils sont signataires
de tels accords, car des services plus compétitifs
entraînent des gains de productivité
pour l’économie nationale.
Le troisième avantage de
ces accords est qu’ils sont en général
bien exécutés, ce qui reflète
à la fois la capacité institutionnelle
du partenaire du nord, ainsi que l’incitation
pour le partenaire du sud d’avoir accès,
dans le cas qui nous concerne, au marché
des Etats-Unis.
Ceci dit, les ACR co-signés
par les Etats-Unis ont également des inconvénients.
Notre étude montre que de nombreux produits
importants des pays en développement, notamment
de nombreux produits agricoles, ne sont pas couverts
par ces accords, et donc les bénéfices
qu’en retirent les pays en développement
sont moindres que ceux qu’ils retireraient
d’accords de libre-échange couvrant
la gamme complète des produits.
Le deuxième point faible
est qu’ils sont souvent des règles
d’origine qui sont beaucoup plus restrictives
que celles de certains accords entre pays en développement
et autres mécanismes sud-sud.
Le troisième point faible
tient aux réglementations, souvent très
spécifiques, qu’ils imposent aux pays
en développement, par exemple, en matière
de droits de la propriété ou des investissements,
comme conditions de leur accès au marché
des Etats-Unis. Or ces réglementations peuvent
parfois s’avérer inopportunes dans
les conditions de développement spécifiques
de ces pays, voire empêcher la réalisation
des bénéfices attendus en termes de
développement. Comme d’ailleurs les
accords avec l’UE, les accords avec les Etats-Unis
ont à la fois des forces et des faiblesses,
et certainement on peut espérer qu’avec
le temps ils pourront s’améliorer.
Merci pour votre participation
à cette discussion.
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