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Discussion en direct avec Zia Qureshi sur le suivi des Objectifs de développement pour le millénaire - 26 octobre 2004
Quels sont les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs de développement pour le millénaire ? Comment accélérer les résultats ? Comment les pérenniser ?

Informations complémentaires:
- Le Rapport mondial sur le suivi (a)


Harry bellow : Est-il juste de dire que la Chine parviendra à éradiquer la pauvreté . . . alors que certaines parties du pays . . . en particulier les provinces occidentales, demeurent très pauvres ?

Zia Qureshi : Vous avez raison. Il n’a jamais été dit que la pauvreté serait réduite de moitié en 2015 dans toutes les parties de la Chine dans le cadre des Objectifs de développement pour le millénaire. Mais, sur le plan national, cet objectif sera réalisé. Tous les rapports, y compris le Rapport mondial sur le suivi, indiquent que la pauvreté est très élevée dans certaines provinces du pays, en particulier dans la partie occidentale, et les efforts pour les développer continueront.

Il est important de noter que les ODM ne concernent pas seulement les pays à faible revenu, mais aussi certains grands pays à revenu intermédiaire comme le Brésil ou le Mexique (pour les pays du sud). Les pays à revenu intermédiaire ont accompli des progrès remarquables pour développer des pans entiers de leur territoire, mais on y retrouve des endroits où la pauvreté est élevée, comme c’est le cas en Chine.

Je reviens à la Chine. Il faut noter que l’objectif relatif à la pauvreté sera réalisé à l’échelle nationale, mais d’autres objectifs pourront ne pas être réalisés, même au niveau national. Dans le cas de la santé, les objectifs ne seront pas réalisés. Il est donc important de garder ces différences à l’esprit lorsqu’on évalue les possibilités d’accomplir les ODM aux niveaux mondial et régional. Il est important de se rappeler que les variations dépassent le cadre des régions et des pays, et que le niveau de réalisation des ODM peut varier selon les zones ou les objectifs dans un même pays.


Bishnu Shrestha : Comment les principaux acteurs des Objectifs de développement pour le millénaire abordent-ils la situation des pays comme le Népal ? Les Népalais peuvent-ils espérer voir leur qualité de vie s’améliorer à l’horizon 2015 ?

Zia Qureshi : Absolument. Les pays comme le Népal sont au cœur de la discussion qui se tient sur le programme des ODM, sur ce qu’il faut faire pour renforcer les progrès réalisés par les pays dans le cadre de leurs politiques et institutions, et l’appui que pourraient leur fournir les bailleurs de fonds internationaux.

Encore une fois, le Népal aura bien sûr des priorités et des besoins spécifiques. Mais, je pense que les éléments essentiels du programme des ODM resteront d’application pour ce pays. Il s’agit en particulier de la nécessité d’améliorer les politiques et les institutions qui renforcent la croissance économique ; d’améliorer l’ensemble des programmes de développement humain et de services essentiels, surtout ceux en faveur des pauvres ; et de la nécessité d’accorder davantage d’aide et de le faire de manière plus efficace, et d’offrir de meilleures opportunités pour le commerce. Voici les principaux éléments de l’aide au développement que nous voulons apporter au Népal et aux pays dans des situations similaires.

Il faudra bien sûr que le Népal identifie ses propres priorités, et nos politiques et diverses actions doivent être en ligne avec celles-ci. Mais je pense que si la communauté internationale coordonne ses efforts pour réaliser les objectifs de développement, et que l’appui des pays riches est obtenu, alors les pays comme le Népal en seront les bénéficiaires.


Bernard WATSULU : Comment vous assurez-vous que les sommes accordées aux pays du tiers monde sont bien utilisées dans le cadre des projets qui ont été définis et qu’elles ne sont pas détournées ? Quelles mesures prenez-vous dans le cas d’un détournement et considérez-vous ces mesures assez fortes, et surtout, sont-elles en ligne avec les intérêts du pays ?

Zia Qureshi : L’amélioration de la gouvernance, y compris la réduction de la corruption, est un élément très important de notre dialogue avec les pays. L’attention que nous accordons à ce sujet dans les relations que nous entretenons avec les pays a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie. La Banque a développé des indicateurs de gouvernance qu’elle a mis à la disposition du public par le canal de l’Institut de la Banque mondiale (WBI) par exemple. Ces indicateurs concernent les différents aspects de nos activités : le dialogue politique, la définition des objectifs de nos projets et leurs conditions, nos opérations hors prêt, comme nos études économiques et sectorielles, notre assistance technique, la diffusion des informations et l’allocation des ressources. La gouvernance est un élément clé de l’aide accordée aux pays par l’IDA.

La gouvernance imprègne donc toutes les relations que la Banque entretient avec ses pays membres aujourd’hui.


LKD : Quel rôle joue le secteur privé dans la réalisation des ODM ?

Zia Qureshi : Comme je vous l’ai déjà dit, l’un des éléments essentiels à la réalisation du programme des ODM est d’assurer une croissance économique solide, et le secteur privé joue un rôle essentiel dans cette dynamique de croissance. Le rôle du gouvernement est de fournir un environnement favorable aux investissements privés. Ensuite, il faut que le secteur privé soit assez solide pour pouvoir profiter de cet environnement et engendrer la croissance, créer des emplois, ce qui conduira à la réduction de la pauvreté.

Ainsi donc, le secteur privé dans les pays en développement doit jouer un rôle important pour produire et soutenir la croissance qui aidera ces pays à réduire la pauvreté et à générer les ressources nécessaires pour améliorer les prestations de services sociaux.

Une autre dimension du rôle du secteur privé revient à ce dont nous avons parlé un peu plus tôt. Il s’agit du rôle que jouent les flux de capitaux privés des pays développés aux pays en développement. Les investissements directs étrangers sont de toute évidence très importants et constituent la plus grande composante des flux de capitaux privés vers les pays en développement.

Mais un autre type de flux économique prend de plus en plus d’importance : il s’agit des transferts d’argent provenant du secteur privé, notamment des sommes transférées dans leurs pays d’origine par les travailleurs des pays pauvres vivant dans les pays développés. Aux dernières estimations, ces transferts s’élevaient à 93 milliards de dollars l’année dernière, ce qui, en termes de flux de capitaux privés vers les pays en développement, se situe en deuxième place juste après les investissements directs étrangers.

Donc le rôle du secteur privé est primordial : la croissance du secteur privé est au cœur du programme, et le secteur privé est essentiel à la croissance.


Laurence Chandi : J’ai deux questions. Quelle action ou quel engagement (de la part des gouvernements des pays développés ou en développement) pourrait au mieux contribuer à la réalisation des objectifs du développement pour le millénaire ? Ma deuxième question a trait à l’objectif du développement du millénium relatif au nombre de personnes qui doivent sortir de la pauvreté. Si cet objectif était réalisé en général en 2015 sauf en Afrique subsaharienne, s’agirait-il d’un échec ? Autrement dit, est-il important que les ODM soient réalisés dans toutes les régions, et pas seulement dans quelques zones « privilégiées » ? Doit-on mettre en avant l’efficacité (par exemple concentrer les efforts en Inde et en Chine qui sont déjà sur la bonne voie), ou serait-il plus équitable de redoubler d’efforts dans les zones à problèmes que les statistiques générales ne révèlent pas, mais qui sont les véritables réservoirs de misère du monde ?

Zia Qureshi : La tâche aurait été plus facile s’il y avait une formule magique par laquelle une seule intervention résoudrait tous les problèmes de développement. Hélas, le développement est une affaire très complexe qui nécessite un programme beaucoup plus vaste, avec une gamme très variée de politiques, d’institutions et d’interventions, dont les spécificités varieront selon les pays. Mais selon notre évaluation, la priorité des pays en développement doit être donnée à la gouvernance, c'est-à-dire, à l’amélioration des qualités et de la capacité des institutions. La réduction de la corruption en fait partie, mais il faut davantage. Il s’agit par exemple dans le secteur financier d’avoir des institutions capables de superviser et de réglementer les activités. Dans d’autres secteurs comme la santé et l’éducation, il faut développer les capacités institutionnelles pour améliorer l’efficacité des prestations et élargir le nombre de bénéficiaires.

Pour réaliser leur programme de développement. tous les pays en développement ont en commun la nécessité d’améliorer la qualité et la capacité des institutions. Mais chacun aura un programme institutionnel précis, différent de celui des autres pays.

La problématique des pays développés est différente. L leurs politiques ont souvent un impact sur le développement des pays pauvres et il est important de s’assurer de leur cohérence. Mais les deux principaux domaines d’intervention sont le commerce et l’aide au développement. Il est absolument important que les réunions de Doha aboutissent à temps à un programme qui renforce le développement. De même, il faut augmenter l’aide publique au développement (APD) et faire en sorte qu’elle soit utilisée plus efficacement par les pays récipiendaires. Donc les grands domaines de responsabilités en matière de politiques pour les pays riches sont essentiellement le commerce et l’aide au développement.


Anne Brickman : Si j’ai bien compris, votre rapport dit que les pays développés doivent accorder davantage d’aide, mais n’est-ce pas ce qu’ils font déjà ? Comment de nouvelles contributions financières aideront-elles à réaliser ces objectifs internationaux ?

Zia Qureshi : L’aide au développement est un élément important du programme pour réaliser les objectifs, en plus des autres éléments. Les pays en développement doivent améliorer leurs politiques et leurs gouvernances et faire une meilleure utilisation des ressources qui leur sont accordées. Mais l’aide au développement doit continuer et fournir aux pays pauvres les moyens de construire les infrastructures et de renforcer les services sociaux.

Le niveau de l’aide au développement a considérablement baissé au cours de la dernière décade. Dans les années 90, elle se situait à 0,35 pour cent du produit national brut des pays donateurs. En 2002, ce taux a chuté à 0,23 pour cent, bien qu’on observe aujourd'hui une certaine remontée. Mais malheureusement, on a assisté à une période de chute continue de l’aide internationale, à un moment où tous les indicateurs de la banque et des autres agences donatrices indiquaient une amélioration des politiques et institutions des pays en développement. Le niveau d’amélioration varie selon les pays, mais ces pays peuvent de façon générale utiliser plus efficacement l’aide au développement. Il est donc regrettable que cette aide ait diminué au moment même où on l’utilisait plus efficacement.

Nos évaluations et celles des autres agences indiquent que l’aide au développement doit augmenter de manière significative. Cependant, il faut s’assurer que cette aide va aux pays qui pourront en faire le meilleur usage, car comme je l’ai dit, les capacités des pays ne sont pas les mêmes.

Donc les ressources doivent être allouées selon un rythme compatible avec leur capacité d’absorption, mais il n’y a aucun doute que pour réaliser les objectifs, il faut davantage d’aide en plus des autres éléments du programme. Par rapport au passé les pays peuvent aujourd’hui mieux utiliser l’aide qui leur est accordée. Il est évident aujourd’hui qu’il y a une relation entre l’efficacité de l’aide et la capacité des pays à mieux l’utiliser.


Otabor Isaac : Les institutions internationales telles que la Banque Mondiale et les autres grands défenseurs du développement parlent plus qu’ils n’agissent concrètement pour réduire la pauvreté dans le monde. Quelle approche, ou quelles approches la Banque Mondiale et les gouvernements (des pays développés et de ceux en développement) peuvent utiliser pour véritablement réduire la pauvreté dans le monde ? Que peut-on faire si une des parties prenantes à la réalisation des Objectifs de développement pour le millénaire ne remplit pas son mandat ?

Zia Qureshi : Le programme de développement lié aux ODM ne constitue pas de vaines paroles. Il s’agit bien d’un programme concret. Les ODM ont contribué à fixer l’attention de la communauté internationale sur les questions de développement. Cela s’est traduit en la mise en place d’actions nécessaires pour accomplir ces objectifs. Remarquez qu’il ne s’agit pas d’un nouvel effort : les pays avaient déjà engagé des actions de développement qui étaient appuyées par la communauté internationale. L’objectif maintenant est de voir comment renforcer ces efforts pour accélérer la réalisation de ces objectifs.

Ainsi, les discussions concernant les actions que les pays en développement doivent prendre, et l’appui que les pays développés doivent leur apporter sont très pratiques et concrètes.

Dans les pays à faible revenu par exemple, les documents stratégiques de réduction de la pauvreté aident à renforcer les politiques et les priorités qui permettent d’accomplir ce programme. Au niveau international, les discussions portent sur les actions concrètes que les pays riches peuvent prendre pour améliorer l’accès des pays en développement au commerce international et à l’aide au développement. En outre, des discussions concrètes sont menées dans le cadre des réunions de Doha, et par le Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), pour augmenter le niveau de l’aide, améliorer les conditions qui y sont attachées et la rendre plus efficace. En conséquence, les ODM agissent comme un forum, mais la discussion porte véritablement sur les actions (politiques, institutionnelles et autres) que les différents acteurs peuvent engager pour accomplir ces objectifs. Il s’agit bien d’un programme concret.

De même, ces dernières années, vous aurez remarqué qu’on accorde beaucoup plus d’attention aux impacts réels des programmes dans les pays. La banque et ses partenaires recherchent beaucoup plus des résultats concrets, et l’appui accordé aux pays, tant dans le cadre de la planification des opérations que dans le suivi de leurs impacts, est orienté vers l’obtention des résultats recherchés. Il est donc faux de croire que les ODM ne sont que des discussions théoriques menées au niveau international, et qu’ils n’engagent pas d’actions concrètes. L’objectif ultime de toutes les actions engagées dans le cadre des ODM est le développement grâce à des actions concrètes et la production de résultats visibles.


Caron Whitaker : Le rapport donne des recommandations générales sur ce qui doit être fait pour accomplir les Objectifs de développement pour le millénaire, mais y a-t-il un plan de travail plus ou moins détaillé qui indique les actions à mettre en place, et qui situe les responsabilités par rapport à celles-ci ? Dans l’évaluation des besoins à l’échelle nationale et internationale, la croissance de la population est-elle prise en compte ? Est-il possible de réaliser les Objectifs de développement pour le millénaire sans investir davantage dans la planification familiale et la santé de la reproduction ?

Zia Qureshi : La plupart des évaluations menées par la Banque mondiale, le FMI et les Nations Unies, indiquent que les ODM peuvent être accomplis si le programme de développement est entièrement et efficacement mis en œuvre, grâce aux efforts des pays en développement et à l’appui de la communauté internationale dans les domaines du commerce et de l’aide au développement.

Les tendances de la croissance de la population sont prises en compte dans ces évaluations.

Le deuxième point que je voudrais faire à cet égard est que le programme politique inclus des opérations relatives à la planification familiale. Encore une fois, les spécificités seront différentes selon les pays mais la planification familiale fait bien partie intégrante des programmes nationaux.

Mais ce sont les pays eux-mêmes qui décident ce qui doit être fait dans ce domaine. La communauté internationale doit, bien sûr, leur apporter son appui.


Riaz Khan : Comment peut-on espérer que ces objectifs qui ont été définis au cours d’une rencontre des grands dirigeants du monde soient réalisés par tous les pays en développement ? Ces objectifs sont-ils réalistes pour les pays pauvres ? Dans les pays concernés, personne ne sait comment ils ont été élaborés, comment ils seront réalisés, et comment ils seront suivis. Personne ne croit à ces objectifs et le programme actuel des ODM n’est qu’une discussion théorique qui se tient au niveau des bailleurs de fonds. Pourquoi ne demande t-on pas aux pays de présenter ce qu’ils pensent accomplir à l’horizon 2015 ? Cet exercice serait plus réaliste et les pays seraient tenus responsables de leurs engagements. Les ODM doivent être une initiative planifiée à la base. Par exemple au Pakistan, les objectifs ne devraient-ils pas être établis par les gouvernements locaux responsables de leur exécution ? Aujourd’hui, ces gouvernements n’ont aucune idée de ce que sont ces objectifs. De quel progrès s’agit-il alors ?

Zia Qureshi : Les ODM ne sont pas une initiative menée par les bailleurs de fonds. Ils proviennent d’une déclaration des Chefs d’Etat ou Chefs de gouvernement de 189 pays. C’est un programme de développement sur lequel les pays eux-mêmes se sont accordés. Comme je l’ai dit plus tôt, ces objectifs ont joué un rôle très important en focalisant l’attention de la communauté internationale sur les questions de développement et l’encourager à appuyer ces efforts. Ils agissent donc comme un point focal servant à accélérer les actions de développement et à mobiliser l’aide au développement.

Pour son exécution, le programme de développement sera bien sûr adapté à la situation spécifique de chaque pays. Il y a aujourd'hui consensus au sein de la communauté internationale pour que les actions visant à réduire la pauvreté et les autres formes de souffrance soient renforcées. La manière de procéder, le rythme et les priorités politiques sont spécifiques à chaque pays. Ce sont les pays à faible revenu qui dirigent cet effort et c’est d’ailleurs la seule façon de réussir. Dans leurs Documents stratégiques de réduction de la pauvreté (DSRP), ces pays définissent leurs approches en ce qui concerne la réforme des politiques, l’investissement, la gouvernance, etc.

La communauté internationale n’impose donc pas son point de vue pour les actions spécifiques que les pays doivent prendre. C’est un effort qui est et qui doit rester entièrement local pour être efficace.

L’idée que les ODM sont un programme dicté par les bailleurs de fonds ou une stratégie unique que l’on applique à tous les pays sans discrimination est donc fausse. Ce sont les pays eux-mêmes qui déterminent leurs propres actions, politiques et priorités. Et dans ce contexte, les DRSP jouent un rôle clé car ce sont des stratégies de développement conçues et exécutées par les pays eux-mêmes. Il se peut que les Objectifs de développement pour le millénaire ne soient pas connus dans certaines régions du monde et c’est notre rôle à tous de mieux disséminer cette information.

Les Nations Unies ont mis en place un programme appelé la Campagne du millénaire (Millenium Campaign) dont l’objectif est précisément de vulgariser les ODM, ce dont il s’agit, leur rôle, et de les mettre en rapport avec les actions nationales, car l’exécution du programme ne peut se faire qu’au niveau national et ne sera efficace que lorsque dirigé par les pays eux-mêmes.


Pernille Forno : Bien que la réalisation des ODM soit lente ou même stationnaire dans certaines régions, il me semble que les obstacles principaux à cette réalisation proviennent des pays riches qui tardent à réaliser les cibles 12 à 18 de l’objectif 8. Cet objectif est le moins bien défini de tous les objectifs ; il est donc difficile de suivre son évolution. Je voudrais savoir, quels sont selon vous, les problèmes et les domaines où les pays riches doivent d’abord et surtout se concentrer ?

Zia Qureshi : Je voudrais encore une fois insister sur le fait qu’il faut des actions des deux côtés : les pays riches, aussi bien que les pays pauvres, doivent renforcer leurs programmes. Pour les pays en développement, il s’agit des programmes à mettre en œuvre, et pour les pays riches, il s’agit de l’aide qu’ils doivent fournir. Votre question concerne les responsabilités des pays développés.

A ce sujet, les priorités se situent au niveau du commerce, de l’ouverture des marchés, de l’aide au développement et de son augmentation de façon à répondre aux besoins des récipiendaires. De meilleurs indicateurs sont en cours de développement pour suivre l’évolution des progrès réalisés dans ces domaines. Par exemple, dans le premier Rapport mondial sur le suivi, nous avons conçu des indicateurs pour évaluer les politiques de commerce et d’aide au développement des pays riches. Ces indicateurs sont plus complets que ceux que nous avons utilisé auparavant et nous permettent de quantifier certaines dimensions de ces politiques qui nous échappaient dans le passé. Par exemple dans le domaine du commerce, le Rapport mondial sur le suivi introduit un indicateur qui couvre non seulement les tarifs douaniers, mais aussi les barrières non tarifaires, les restrictions quantitatives et les subventions nationales. Un seul indicateur couvre tous ces aspects, alors que traditionnellement on n’étudiait que les tarifs douaniers qui ne constituent qu’un seul aspect des politiques commerciales qui nuisent aux pays en développement. Cet indicateur de la politique commerciale est donc plus complet et permet de mieux suivre les progrès réalisés dans ce domaine.

De même en ce qui concerne l’aide au développement, en plus d’évaluer le montant de l’aide accordée en dollars, nous essayons de déterminer certains aspects de sa qualité, ce qui est très important pour son efficacité. Donc le premier rapport a introduit un index de sélectivité de l’aide qui évalue jusqu’à quelle mesure les pays bénéficiaires de l’aide possèdent des politiques et une gouvernance qui leur permettent d’utiliser ces ressources plus efficacement. Cet index permet aussi de mesurer si l’aide est accordée aux plus pauvres des pays en développement, plutôt qu’à ceux dont la situation est meilleure. Le système des Nations Unies et les autres agences fournissent un effort supplémentaire pour suivre l’évolution des politiques des pays riches. Finalement, des négociations internationales aident à fixer l’attention internationale sur les actions à prendre dans ces domaines clés. Il s’agit en particulier les réunions de Doha dans le domaine du commerce, et des diverses négociations dans le cadre de l’OCDE, du forum de Rome de 2002, du Forum de Paris en mars prochain dans le domaine de l’aide au développement.


Margaret Tobin : Que sont les Objectifs de développement pour le millénaire ?

Zia Qureshi : Les Objectifs de développement pour le millénaire sont issus de la déclaration pour le millénaire signée par 189 pays en l’an 2000. Ils comprennent 8 objectifs, subdivisés en 18 cibles concrètes. Leur but est de réduire la pauvreté et les autres formes de misère dans les pays en développement. Ces objectifs visent à éradiquer la pauvreté, à améliorer les services sociaux, à réduire la mortalité infantile et maternelle, et à améliorer l’accès à l’éducation et aux autres besoins essentiels tels que l’eau potable et l’hygiène.

Le huitième objectif concerne les responsabilités des pays développés pour appuyer les actions de développement des pays pauvres grâce l’aide au développement, l’ouverture de leurs marchés aux exportations en provenance des pays en développement, l’allègement de la dette, etc.

Les ODM établissent des objectifs pour le développement. Ils soulignent la dimension internationale du partenariat qui doit être mis en place, c'est-à-dire que les pays développés et les pays en développement doivent tous contribuer à cet effort.


Alan Hudson : Comment les progrès réalisés dans le cadre de l’objectif 8 sont-ils suivis ? Pourquoi la Charte des Nations Unies sur l’état des Objectifs de développement pour le millénaire en 2004, ne mentionne-t-elle pas les progrès réalisés dans le cadre de l’objectif 8 qui exige le plus des pays développés ? Si cet objectif sort du programme, les autres ODM ne seront pas réalisés et les pays riches ne seront pas tenus responsables de n’avoir pas respecté leurs engagements dans le cadre du partenariat mondial pour le développement. Si la réalisation des ODM doit être un partenariat alors toute charte indiquant le progrès réalisé dans leur accomplissement doit inclure l’objectif 8.

Zia Qureshi : L’ODM 8 est une partie intégrale du programme des ODM et ceci a été indiqué de manière explicite dans le cadre du Consensus de Monterrey où étaient représentés aussi bien les pays développés que les pays en développement. Les pays en développement doivent améliorer leur gouvernance, et parallèlement les pays développés doivent accorder davantage d’assistance dans les domaines de l’aide au développement, du commerce, etc. Donc l’importance de l’objectif 8 pour le programme des ODM est indéniable.

Tous les programmes de suivi qui ont été mis en place depuis l’adoption des ODM couvrent l’objectif 8 et tous les autres objectifs aussi. Par exemple le Rapport mondial sur le suivi que nous venons de publier, examine aussi bien les politiques des pays en développement que ceux des pays développés quant à leur impact sur le développement, l’aide, le commerce, les services, la migration, etc.

Il peut se faire qu’une charte ou un tableau spécifique examine seulement une partie des ODM mais, au niveau des Nations Unies et de la Banque mondiale, le suivi global que nous faisons examine tous les objectifs y compris l’objectif 8. En plus de ces suivis, certains pays développés ont commencé à évaluer eux-mêmes leurs actions et leurs contributions au programme des ODM. C’est ainsi que le Danemark est le premier pays à publier un rapport relatif à l’objectif 8 où le pays évalue sa performance par rapport aux contributions attendues de sa part. Plusieurs autres pays OCDE préparent de tels rapports dans l’intention de le faire régulièrement.

Certains pays, comme la Suède, essaient d’évaluer leurs politiques globales et leur impact sur le développement dans les domaines de l’aide, du commerce, de l’agriculture, de la migration, et de l’environnement. L’objectif est de voir dans quelle mesure les politiques menées dans ces domaines favorisent le développement et la réduction de la pauvreté.

En fait, la Suède a passé une loi cette année-ci qui exige que pour toute opération touchant le développement international (c’est-à-dire, dans les domaines du commerce, de l’aide, de la migration et de l’agriculture), les impacts sur la réduction de la pauvreté mondiale et le développement soient clairement pris en compte. Donc les pays riches sont de plus en plus conscients de leurs responsabilités telles qu'établies par l’objectif 8 des ODM.

Je pense donc qu’il n’y a aucun doute que l’objectif 8 est une partie intégrale du programme. D’ailleurs, si les progrès accomplis dans le cadre de cet objectif sont insuffisants, les autres objectifs ne seront pas réalisés.


Louise Croot : Quelles questions relatives à la promotion féminine seront suivies? Par qui et comment ?

Zia Qureshi : Le programme d’exécution des ODM comprend des objectifs visant à améliorer l’accès des femmes aux services essentiels tels que l’éducation, et à les responsabiliser davantage. Le suivi se fait sur le plan international. À la Banque et au Fonds, nous avons commencé un suivi mondial sur la réalisation des ODM, y compris les objectifs relatifs aux questions de genre. Dans le cadre de ce suivi mondial, nous examinerons les progrès réalisés en matière de genre.

Les Nations Unies conduisent leur propre suivi qui englobe bien sûr les questions de genre. Depuis quelques années, leur Rapport sur le développement humain contient une importante composante genre. Parmi les indicateurs de développement régulièrement évalués par les Nations Unies, on trouve des indicateurs relatifs au genre. Dans les domaines spécifiques comme l’accès des femmes à l’éducation et aux services de santé, ce suivi est assuré par d agences spécialisées des Nations Unies, comme l’UNESCO pour l’éducation et l’OMS pour la santé.

Il y a donc un vaste programme de suivi au niveau international pour évaluer les progrès accomplis dans la réalisation des ODM, et dans ce cadre, les questions de genre qui sont extrêmement importantes, sont incluses.

Remarquez qu’à propos de genre, il ne s’agit pas d’un seul objectif, bien que cela soit mentionné spécifiquement dans l’objectif ODM relatif à l’éducation. Le genre est un de ces thèmes transsectoriels qui recoupent tous les aspects du développement. La prise en compte du genre dépasse donc le seul domaine de l’éducation car le genre a un impact sur la croissance et le développement en général.


Enrique : Quel est le facteur le plus important pour réaliser ces objectifs : la politique gouvernementale, l’aide au développement, les Investissements directs étrangers, ou quoi d’autre ?

Zia Qureshi : Les spécificités du programme dépendent des conditions initiales du pays. En général, la stratégie comprend des éléments de tout ce que vous avez cité. Le Rapport mondial sur le suivi présente ce genre d’information, c'est-à-dire que les pays en développement doivent améliorer leurs politiques et gouvernance pour encourager un environnement favorable à la croissance et améliorer les services essentiels de développement humain. Parallèlement, et en accord avec le Consensus de Monterrey, les pays en développement ont besoin de l’appui des pays riches pour effectivement réaliser des progrès suffisants. Cet appui concerne l’ouverture des marchés des pays développés aux produits des pays en développement, une aide au développement plus importante et plus efficace, l’allégement de la dette, et un apport régulier et important de capitaux privés, y compris les investissements étrangers directs.

Donc c’est un programme qui touche à tous ces domaines, et c’est au pays de déterminer lequel est le plus important selon sa situation.

Le programme global doit être traduit par chaque pays en programme national dans le contexte de ses stratégies de développement. Dans le cadre des pays à faible revenu la stratégie de développement et les priorités seront établies dans les Documents de la stratégie de réduction de pauvreté (DSRP) spécifiques au pays. Mais la stratégie générale inclura tous les éléments cités dans la question.


Marcel Howat : Quels sont les pays ou les régions qui ont accompli le plus de progrès dans le cadre des ODM et ceux qui en ont fait le moins ?

Zia Qureshi : La situation varie selon les régions, et dans une même région elle varie selon les pays. En général, l’Afrique subsaharienne est la région qui a accompli le moins de progrès, et l’Asie de l’Est a accompli les progrès les plus rapides. Entre ces deux pôles, on retrouve des régions à différents stades dans la réalisation de ces objectifs. Certaines régions comme l’Amérique latine et les Caraïbes ont commencé à un niveau de développement plus élevé que l’Afrique par exemple, et dans leur cas, la tâche est différente.

Il en est de même dans une certaine mesure pour les pays exportateurs de pétrole du Moyen Orient. Le cas de l’Asie du Sud est très intéressant car c’est une région qui a débuté au même niveau que l’Afrique en termes de revenu et de développement. Cependant, au cours de ces dernières années cependant, le développement de cette région s’est accéléré, particulièrement en Inde. En conséquence, elle a plus de chances de réaliser ses objectifs que l’Afrique subsaharienne.

A mon avis ce qui distingue les pays ou les régions dont les progrès sont satisfaisants de celles où ils le sont moins, c’est la présence d’une croissance économique forte et soutenue. Cela montre combien il est important d’améliorer les politiques et les institutions qui accélèrent durablement la croissance économique.


Jane Singleton : Votre rapport indique la nécessité pour les pays d’améliorer leur capacité à générer des données statistiques. Si cela n’est pas encore le cas, comment peut-on évaluer avec précision si les pays ont réalisé les Objectifs de développement pour le millénaire ou pas ?

Zia Qureshi : Pour suivre les progrès réalisés, nous avons bien sûr besoin de statistiques fiables sur ces objectifs et sur les politiques dont dépend leur réalisation. Aujourd’hui il y a un manque crucial de statistiques, surtout dans le domaine social. Cependant, au niveau international, un plus grand effort est fournit pour améliorer la disponibilité et la qualité de ces données. Cela ne sera pas accompli tout de suite mais, les ODM ont aidé à attirer l’attention de la communauté internationale sur la nécessité d’améliorer la collecte des statistiques de développement. En outre, les ODM ont contribué à attirer l’attention sur les défaillances en la matière.

La Banque mondiale coordonne ses actions avec ses partenaires, en particulier les Nations Unies, pour améliorer la qualité des données au niveau international de deux façons. La première est d’intensifier et de coordonner la collecte au niveau international. Il s’agit entre autres des statistiques générées par les agences internationales, les Nations Unies, la Banque mondiale et autres. Deuxièmement, un accent a été mis sur le renforcement des capacités des pays à collecter et à gérer les données, à conduire des enquêtes et à utiliser d’autres outils pertinents.

Ainsi donc le renforcement des capacités nationales dans le domaine des statistiques est de plus en plus important. Cela se fait par exemple dans le cadre de Paris 21, qui est l’acronyme du Partnership for Statistics and Development for the 21st Century, en français le Partenariat pour les statistiques et le développement pour le 21e siècle, un consortium qui réunit les utilisateurs de données dans le but d’améliorer la disponibilité et la qualité des données sur le développement.

Un autre fait important à noter est la deuxième Table Ronde sur la gestion orientée vers l’obtention de résultats, tenue à Marrakech en début de cette année. Les participants à cette rencontre se sont mis d’accord sur un plan international pour accélérer le développement de la collecte des statistiques nationales dans le cadre du renforcement des capacités des pays, et au niveau international. Donc, bien qu’il existe des défaillances actuellement, les ODM ont attiré l’attention de la communauté internationale sur celles-ci, et je pense que si les opérations en cours sont bien exécutées, nous aurons de meilleures données pour renforcer le suivi dans l’avenir.

 

 

(a) indique une page en anglais.

 
 

 

 

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