| Quels
sont les progrès accomplis dans la réalisation
des objectifs de développement pour le millénaire
? Comment accélérer les résultats
? Comment les pérenniser ?
Informations complémentaires:
- Le
Rapport mondial sur le suivi (a)
Harry bellow :
Est-il juste de dire que la Chine parviendra à
éradiquer la pauvreté . . . alors
que certaines parties du pays . . . en particulier
les provinces occidentales, demeurent très
pauvres ?
Zia Qureshi :
Vous avez raison. Il n’a jamais été
dit que la pauvreté serait réduite
de moitié en 2015 dans toutes les parties
de la Chine dans le cadre des Objectifs de développement
pour le millénaire. Mais, sur le plan national,
cet objectif sera réalisé. Tous les
rapports, y compris le Rapport mondial sur le suivi,
indiquent que la pauvreté est très
élevée dans certaines provinces du
pays, en particulier dans la partie occidentale,
et les efforts pour les développer continueront.
Il est important de noter que les
ODM ne concernent pas seulement les pays à
faible revenu, mais aussi certains grands pays à
revenu intermédiaire comme le Brésil
ou le Mexique (pour les pays du sud). Les pays à
revenu intermédiaire ont accompli des progrès
remarquables pour développer des pans entiers
de leur territoire, mais on y retrouve des endroits
où la pauvreté est élevée,
comme c’est le cas en Chine.
Je reviens à la Chine. Il
faut noter que l’objectif relatif à
la pauvreté sera réalisé à
l’échelle nationale, mais d’autres
objectifs pourront ne pas être réalisés,
même au niveau national. Dans le cas de la
santé, les objectifs ne seront pas réalisés.
Il est donc important de garder ces différences
à l’esprit lorsqu’on évalue
les possibilités d’accomplir les ODM
aux niveaux mondial et régional. Il est important
de se rappeler que les variations dépassent
le cadre des régions et des pays, et que
le niveau de réalisation des ODM peut varier
selon les zones ou les objectifs dans un même
pays.
Bishnu Shrestha :
Comment les principaux acteurs des Objectifs de
développement pour le millénaire abordent-ils
la situation des pays comme le Népal ? Les
Népalais peuvent-ils espérer voir
leur qualité de vie s’améliorer
à l’horizon 2015 ?
Zia Qureshi : Absolument. Les pays
comme le Népal sont au cœur de la discussion
qui se tient sur le programme des ODM, sur ce qu’il
faut faire pour renforcer les progrès réalisés
par les pays dans le cadre de leurs politiques et
institutions, et l’appui que pourraient leur
fournir les bailleurs de fonds internationaux.
Encore une fois, le Népal
aura bien sûr des priorités et des
besoins spécifiques. Mais, je pense que les
éléments essentiels du programme des
ODM resteront d’application pour ce pays.
Il s’agit en particulier de la nécessité
d’améliorer les politiques et les institutions
qui renforcent la croissance économique ;
d’améliorer l’ensemble des programmes
de développement humain et de services essentiels,
surtout ceux en faveur des pauvres ; et de la nécessité
d’accorder davantage d’aide et de le
faire de manière plus efficace, et d’offrir
de meilleures opportunités pour le commerce.
Voici les principaux éléments de l’aide
au développement que nous voulons apporter
au Népal et aux pays dans des situations
similaires.
Il faudra bien sûr que le
Népal identifie ses propres priorités,
et nos politiques et diverses actions doivent être
en ligne avec celles-ci. Mais je pense que si la
communauté internationale coordonne ses efforts
pour réaliser les objectifs de développement,
et que l’appui des pays riches est obtenu,
alors les pays comme le Népal en seront les
bénéficiaires.
Bernard WATSULU :
Comment vous assurez-vous que les sommes accordées
aux pays du tiers monde sont bien utilisées
dans le cadre des projets qui ont été
définis et qu’elles ne sont pas détournées
? Quelles mesures prenez-vous dans le cas d’un
détournement et considérez-vous ces
mesures assez fortes, et surtout, sont-elles en
ligne avec les intérêts du pays ?
Zia Qureshi : L’amélioration
de la gouvernance, y compris la réduction
de la corruption, est un élément très
important de notre dialogue avec les pays. L’attention
que nous accordons à ce sujet dans les relations
que nous entretenons avec les pays a considérablement
augmenté au cours de la dernière décennie.
La Banque a développé des indicateurs
de gouvernance qu’elle a mis à la disposition
du public par le canal de l’Institut de la
Banque mondiale (WBI) par exemple. Ces indicateurs
concernent les différents aspects de nos
activités : le dialogue politique, la définition
des objectifs de nos projets et leurs conditions,
nos opérations hors prêt, comme nos
études économiques et sectorielles,
notre assistance technique, la diffusion des informations
et l’allocation des ressources. La gouvernance
est un élément clé de l’aide
accordée aux pays par l’IDA.
La gouvernance imprègne
donc toutes les relations que la Banque entretient
avec ses pays membres aujourd’hui.
LKD : Quel rôle
joue le secteur privé dans la réalisation
des ODM ?
Zia Qureshi : Comme je vous l’ai
déjà dit, l’un des éléments
essentiels à la réalisation du programme
des ODM est d’assurer une croissance économique
solide, et le secteur privé joue un rôle
essentiel dans cette dynamique de croissance. Le
rôle du gouvernement est de fournir un environnement
favorable aux investissements privés. Ensuite,
il faut que le secteur privé soit assez solide
pour pouvoir profiter de cet environnement et engendrer
la croissance, créer des emplois, ce qui
conduira à la réduction de la pauvreté.
Ainsi donc, le secteur privé
dans les pays en développement doit jouer
un rôle important pour produire et soutenir
la croissance qui aidera ces pays à réduire
la pauvreté et à générer
les ressources nécessaires pour améliorer
les prestations de services sociaux.
Une autre dimension du rôle
du secteur privé revient à ce dont
nous avons parlé un peu plus tôt. Il
s’agit du rôle que jouent les flux de
capitaux privés des pays développés
aux pays en développement. Les investissements
directs étrangers sont de toute évidence
très importants et constituent la plus grande
composante des flux de capitaux privés vers
les pays en développement.
Mais un autre type de flux économique
prend de plus en plus d’importance : il s’agit
des transferts d’argent provenant du secteur
privé, notamment des sommes transférées
dans leurs pays d’origine par les travailleurs
des pays pauvres vivant dans les pays développés.
Aux dernières estimations, ces transferts
s’élevaient à 93 milliards de
dollars l’année dernière, ce
qui, en termes de flux de capitaux privés
vers les pays en développement, se situe
en deuxième place juste après les
investissements directs étrangers.
Donc le rôle du secteur privé
est primordial : la croissance du secteur privé
est au cœur du programme, et le secteur privé
est essentiel à la croissance.
Laurence Chandi :
J’ai deux questions. Quelle action ou quel
engagement (de la part des gouvernements des pays
développés ou en développement)
pourrait au mieux contribuer à la réalisation
des objectifs du développement pour le millénaire
? Ma deuxième question a trait à l’objectif
du développement du millénium relatif
au nombre de personnes qui doivent sortir de la
pauvreté. Si cet objectif était réalisé
en général en 2015 sauf en Afrique
subsaharienne, s’agirait-il d’un échec
? Autrement dit, est-il important que les ODM soient
réalisés dans toutes les régions,
et pas seulement dans quelques zones « privilégiées
» ? Doit-on mettre en avant l’efficacité
(par exemple concentrer les efforts en Inde et en
Chine qui sont déjà sur la bonne voie),
ou serait-il plus équitable de redoubler
d’efforts dans les zones à problèmes
que les statistiques générales ne
révèlent pas, mais qui sont les véritables
réservoirs de misère du monde ?
Zia Qureshi : La tâche aurait
été plus facile s’il y avait
une formule magique par laquelle une seule intervention
résoudrait tous les problèmes de développement.
Hélas, le développement est une affaire
très complexe qui nécessite un programme
beaucoup plus vaste, avec une gamme très
variée de politiques, d’institutions
et d’interventions, dont les spécificités
varieront selon les pays. Mais selon notre évaluation,
la priorité des pays en développement
doit être donnée à la gouvernance,
c'est-à-dire, à l’amélioration
des qualités et de la capacité des
institutions. La réduction de la corruption
en fait partie, mais il faut davantage. Il s’agit
par exemple dans le secteur financier d’avoir
des institutions capables de superviser et de réglementer
les activités. Dans d’autres secteurs
comme la santé et l’éducation,
il faut développer les capacités institutionnelles
pour améliorer l’efficacité
des prestations et élargir le nombre de bénéficiaires.
Pour réaliser leur programme
de développement. tous les pays en développement
ont en commun la nécessité d’améliorer
la qualité et la capacité des institutions.
Mais chacun aura un programme institutionnel précis,
différent de celui des autres pays.
La problématique des pays
développés est différente.
L leurs politiques ont souvent un impact sur le
développement des pays pauvres et il est
important de s’assurer de leur cohérence.
Mais les deux principaux domaines d’intervention
sont le commerce et l’aide au développement.
Il est absolument important que les réunions
de Doha aboutissent à temps à un programme
qui renforce le développement. De même,
il faut augmenter l’aide publique au développement
(APD) et faire en sorte qu’elle soit utilisée
plus efficacement par les pays récipiendaires.
Donc les grands domaines de responsabilités
en matière de politiques pour les pays riches
sont essentiellement le commerce et l’aide
au développement.
Anne Brickman :
Si j’ai bien compris, votre rapport dit que
les pays développés doivent accorder
davantage d’aide, mais n’est-ce pas
ce qu’ils font déjà ? Comment
de nouvelles contributions financières aideront-elles
à réaliser ces objectifs internationaux
?
Zia Qureshi : L’aide au développement
est un élément important du programme
pour réaliser les objectifs, en plus des
autres éléments. Les pays en développement
doivent améliorer leurs politiques et leurs
gouvernances et faire une meilleure utilisation
des ressources qui leur sont accordées. Mais
l’aide au développement doit continuer
et fournir aux pays pauvres les moyens de construire
les infrastructures et de renforcer les services
sociaux.
Le niveau de l’aide au développement
a considérablement baissé au cours
de la dernière décade. Dans les années
90, elle se situait à 0,35 pour cent du produit
national brut des pays donateurs. En 2002, ce taux
a chuté à 0,23 pour cent, bien qu’on
observe aujourd'hui une certaine remontée.
Mais malheureusement, on a assisté à
une période de chute continue de l’aide
internationale, à un moment où tous
les indicateurs de la banque et des autres agences
donatrices indiquaient une amélioration des
politiques et institutions des pays en développement.
Le niveau d’amélioration varie selon
les pays, mais ces pays peuvent de façon
générale utiliser plus efficacement
l’aide au développement. Il est donc
regrettable que cette aide ait diminué au
moment même où on l’utilisait
plus efficacement.
Nos évaluations et celles
des autres agences indiquent que l’aide au
développement doit augmenter de manière
significative. Cependant, il faut s’assurer
que cette aide va aux pays qui pourront en faire
le meilleur usage, car comme je l’ai dit,
les capacités des pays ne sont pas les mêmes.
Donc les ressources doivent être
allouées selon un rythme compatible avec
leur capacité d’absorption, mais il
n’y a aucun doute que pour réaliser
les objectifs, il faut davantage d’aide en
plus des autres éléments du programme.
Par rapport au passé les pays peuvent aujourd’hui
mieux utiliser l’aide qui leur est accordée.
Il est évident aujourd’hui qu’il
y a une relation entre l’efficacité
de l’aide et la capacité des pays à
mieux l’utiliser.
Otabor Isaac :
Les institutions internationales telles que la Banque
Mondiale et les autres grands défenseurs
du développement parlent plus qu’ils
n’agissent concrètement pour réduire
la pauvreté dans le monde. Quelle approche,
ou quelles approches la Banque Mondiale et les gouvernements
(des pays développés et de ceux en
développement) peuvent utiliser pour véritablement
réduire la pauvreté dans le monde
? Que peut-on faire si une des parties prenantes
à la réalisation des Objectifs de
développement pour le millénaire ne
remplit pas son mandat ?
Zia Qureshi : Le programme de développement
lié aux ODM ne constitue pas de vaines paroles.
Il s’agit bien d’un programme concret.
Les ODM ont contribué à fixer l’attention
de la communauté internationale sur les questions
de développement. Cela s’est traduit
en la mise en place d’actions nécessaires
pour accomplir ces objectifs. Remarquez qu’il
ne s’agit pas d’un nouvel effort : les
pays avaient déjà engagé des
actions de développement qui étaient
appuyées par la communauté internationale.
L’objectif maintenant est de voir comment
renforcer ces efforts pour accélérer
la réalisation de ces objectifs.
Ainsi, les discussions concernant
les actions que les pays en développement
doivent prendre, et l’appui que les pays développés
doivent leur apporter sont très pratiques
et concrètes.
Dans les pays à faible revenu
par exemple, les documents stratégiques de
réduction de la pauvreté aident à
renforcer les politiques et les priorités
qui permettent d’accomplir ce programme. Au
niveau international, les discussions portent sur
les actions concrètes que les pays riches
peuvent prendre pour améliorer l’accès
des pays en développement au commerce international
et à l’aide au développement.
En outre, des discussions concrètes sont
menées dans le cadre des réunions
de Doha, et par le Comité d’aide au
développement (CAD) de l’Organisation
de coopération et de développement
économique (OCDE), pour augmenter le niveau
de l’aide, améliorer les conditions
qui y sont attachées et la rendre plus efficace.
En conséquence, les ODM agissent comme un
forum, mais la discussion porte véritablement
sur les actions (politiques, institutionnelles et
autres) que les différents acteurs peuvent
engager pour accomplir ces objectifs. Il s’agit
bien d’un programme concret.
De même, ces dernières
années, vous aurez remarqué qu’on
accorde beaucoup plus d’attention aux impacts
réels des programmes dans les pays. La banque
et ses partenaires recherchent beaucoup plus des
résultats concrets, et l’appui accordé
aux pays, tant dans le cadre de la planification
des opérations que dans le suivi de leurs
impacts, est orienté vers l’obtention
des résultats recherchés. Il est donc
faux de croire que les ODM ne sont que des discussions
théoriques menées au niveau international,
et qu’ils n’engagent pas d’actions
concrètes. L’objectif ultime de toutes
les actions engagées dans le cadre des ODM
est le développement grâce à
des actions concrètes et la production de
résultats visibles.
Caron Whitaker :
Le rapport donne des recommandations générales
sur ce qui doit être fait pour accomplir les
Objectifs de développement pour le millénaire,
mais y a-t-il un plan de travail plus ou moins détaillé
qui indique les actions à mettre en place,
et qui situe les responsabilités par rapport
à celles-ci ? Dans l’évaluation
des besoins à l’échelle nationale
et internationale, la croissance de la population
est-elle prise en compte ? Est-il possible de réaliser
les Objectifs de développement pour le millénaire
sans investir davantage dans la planification familiale
et la santé de la reproduction ?
Zia Qureshi : La plupart des évaluations
menées par la Banque mondiale, le FMI et
les Nations Unies, indiquent que les ODM peuvent
être accomplis si le programme de développement
est entièrement et efficacement mis en œuvre,
grâce aux efforts des pays en développement
et à l’appui de la communauté
internationale dans les domaines du commerce et
de l’aide au développement.
Les tendances de la croissance
de la population sont prises en compte dans ces
évaluations.
Le deuxième point que je
voudrais faire à cet égard est que
le programme politique inclus des opérations
relatives à la planification familiale. Encore
une fois, les spécificités seront
différentes selon les pays mais la planification
familiale fait bien partie intégrante des
programmes nationaux.
Mais ce sont les pays eux-mêmes qui décident
ce qui doit être fait dans ce domaine. La
communauté internationale doit, bien sûr,
leur apporter son appui.
Riaz Khan : Comment
peut-on espérer que ces objectifs qui ont
été définis au cours d’une
rencontre des grands dirigeants du monde soient
réalisés par tous les pays en développement
? Ces objectifs sont-ils réalistes pour les
pays pauvres ? Dans les pays concernés, personne
ne sait comment ils ont été élaborés,
comment ils seront réalisés, et comment
ils seront suivis. Personne ne croit à ces
objectifs et le programme actuel des ODM n’est
qu’une discussion théorique qui se
tient au niveau des bailleurs de fonds. Pourquoi
ne demande t-on pas aux pays de présenter
ce qu’ils pensent accomplir à l’horizon
2015 ? Cet exercice serait plus réaliste
et les pays seraient tenus responsables de leurs
engagements. Les ODM doivent être une initiative
planifiée à la base. Par exemple au
Pakistan, les objectifs ne devraient-ils pas être
établis par les gouvernements locaux responsables
de leur exécution ? Aujourd’hui, ces
gouvernements n’ont aucune idée de
ce que sont ces objectifs. De quel progrès
s’agit-il alors ?
Zia Qureshi : Les ODM ne sont pas
une initiative menée par les bailleurs de
fonds. Ils proviennent d’une déclaration
des Chefs d’Etat ou Chefs de gouvernement
de 189 pays. C’est un programme de développement
sur lequel les pays eux-mêmes se sont accordés.
Comme je l’ai dit plus tôt, ces objectifs
ont joué un rôle très important
en focalisant l’attention de la communauté
internationale sur les questions de développement
et l’encourager à appuyer ces efforts.
Ils agissent donc comme un point focal servant à
accélérer les actions de développement
et à mobiliser l’aide au développement.
Pour son exécution, le programme
de développement sera bien sûr adapté
à la situation spécifique de chaque
pays. Il y a aujourd'hui consensus au sein de la
communauté internationale pour que les actions
visant à réduire la pauvreté
et les autres formes de souffrance soient renforcées.
La manière de procéder, le rythme
et les priorités politiques sont spécifiques
à chaque pays. Ce sont les pays à
faible revenu qui dirigent cet effort et c’est
d’ailleurs la seule façon de réussir.
Dans leurs Documents stratégiques de réduction
de la pauvreté (DSRP), ces pays définissent
leurs approches en ce qui concerne la réforme
des politiques, l’investissement, la gouvernance,
etc.
La communauté internationale
n’impose donc pas son point de vue pour les
actions spécifiques que les pays doivent
prendre. C’est un effort qui est et qui doit
rester entièrement local pour être
efficace.
L’idée que les ODM
sont un programme dicté par les bailleurs
de fonds ou une stratégie unique que l’on
applique à tous les pays sans discrimination
est donc fausse. Ce sont les pays eux-mêmes
qui déterminent leurs propres actions, politiques
et priorités. Et dans ce contexte, les DRSP
jouent un rôle clé car ce sont des
stratégies de développement conçues
et exécutées par les pays eux-mêmes.
Il se peut que les Objectifs de développement
pour le millénaire ne soient pas connus dans
certaines régions du monde et c’est
notre rôle à tous de mieux disséminer
cette information.
Les Nations Unies ont mis en place
un programme appelé la Campagne du millénaire
(Millenium Campaign) dont l’objectif
est précisément de vulgariser les
ODM, ce dont il s’agit, leur rôle, et
de les mettre en rapport avec les actions nationales,
car l’exécution du programme ne peut
se faire qu’au niveau national et ne sera
efficace que lorsque dirigé par les pays
eux-mêmes.
Pernille Forno :
Bien que la réalisation des ODM soit lente
ou même stationnaire dans certaines régions,
il me semble que les obstacles principaux à
cette réalisation proviennent des pays riches
qui tardent à réaliser les cibles
12 à 18 de l’objectif 8. Cet objectif
est le moins bien défini de tous les objectifs
; il est donc difficile de suivre son évolution.
Je voudrais savoir, quels sont selon vous, les problèmes
et les domaines où les pays riches doivent
d’abord et surtout se concentrer ?
Zia Qureshi : Je voudrais encore
une fois insister sur le fait qu’il faut des
actions des deux côtés : les pays riches,
aussi bien que les pays pauvres, doivent renforcer
leurs programmes. Pour les pays en développement,
il s’agit des programmes à mettre en
œuvre, et pour les pays riches, il s’agit
de l’aide qu’ils doivent fournir. Votre
question concerne les responsabilités des
pays développés.
A ce sujet, les priorités
se situent au niveau du commerce, de l’ouverture
des marchés, de l’aide au développement
et de son augmentation de façon à
répondre aux besoins des récipiendaires.
De meilleurs indicateurs sont en cours de développement
pour suivre l’évolution des progrès
réalisés dans ces domaines. Par exemple,
dans le premier Rapport mondial sur le suivi, nous
avons conçu des indicateurs pour évaluer
les politiques de commerce et d’aide au développement
des pays riches. Ces indicateurs sont plus complets
que ceux que nous avons utilisé auparavant
et nous permettent de quantifier certaines dimensions
de ces politiques qui nous échappaient dans
le passé. Par exemple dans le domaine du
commerce, le Rapport mondial sur le suivi introduit
un indicateur qui couvre non seulement les tarifs
douaniers, mais aussi les barrières non tarifaires,
les restrictions quantitatives et les subventions
nationales. Un seul indicateur couvre tous ces aspects,
alors que traditionnellement on n’étudiait
que les tarifs douaniers qui ne constituent qu’un
seul aspect des politiques commerciales qui nuisent
aux pays en développement. Cet indicateur
de la politique commerciale est donc plus complet
et permet de mieux suivre les progrès réalisés
dans ce domaine.
De même en ce qui concerne
l’aide au développement, en plus d’évaluer
le montant de l’aide accordée en dollars,
nous essayons de déterminer certains aspects
de sa qualité, ce qui est très important
pour son efficacité. Donc le premier rapport
a introduit un index de sélectivité
de l’aide qui évalue jusqu’à
quelle mesure les pays bénéficiaires
de l’aide possèdent des politiques
et une gouvernance qui leur permettent d’utiliser
ces ressources plus efficacement. Cet index permet
aussi de mesurer si l’aide est accordée
aux plus pauvres des pays en développement,
plutôt qu’à ceux dont la situation
est meilleure. Le système des Nations Unies
et les autres agences fournissent un effort supplémentaire
pour suivre l’évolution des politiques
des pays riches. Finalement, des négociations
internationales aident à fixer l’attention
internationale sur les actions à prendre
dans ces domaines clés. Il s’agit en
particulier les réunions de Doha dans le
domaine du commerce, et des diverses négociations
dans le cadre de l’OCDE, du forum de Rome
de 2002, du Forum de Paris en mars prochain dans
le domaine de l’aide au développement.
Margaret Tobin :
Que sont les Objectifs de développement pour
le millénaire ?
Zia Qureshi : Les Objectifs de
développement pour le millénaire sont
issus de la déclaration pour le millénaire
signée par 189 pays en l’an 2000. Ils
comprennent 8 objectifs, subdivisés en 18
cibles concrètes. Leur but est de réduire
la pauvreté et les autres formes de misère
dans les pays en développement. Ces objectifs
visent à éradiquer la pauvreté,
à améliorer les services sociaux,
à réduire la mortalité infantile
et maternelle, et à améliorer l’accès
à l’éducation et aux autres
besoins essentiels tels que l’eau potable
et l’hygiène.
Le huitième objectif concerne
les responsabilités des pays développés
pour appuyer les actions de développement
des pays pauvres grâce l’aide au développement,
l’ouverture de leurs marchés aux exportations
en provenance des pays en développement,
l’allègement de la dette, etc.
Les ODM établissent des
objectifs pour le développement. Ils soulignent
la dimension internationale du partenariat qui doit
être mis en place, c'est-à-dire que
les pays développés et les pays en
développement doivent tous contribuer à
cet effort.
Alan Hudson :
Comment les progrès réalisés
dans le cadre de l’objectif 8 sont-ils suivis
? Pourquoi la Charte des Nations Unies sur l’état
des Objectifs de développement pour le millénaire
en 2004, ne mentionne-t-elle pas les progrès
réalisés dans le cadre de l’objectif
8 qui exige le plus des pays développés
? Si cet objectif sort du programme, les autres
ODM ne seront pas réalisés et les
pays riches ne seront pas tenus responsables de
n’avoir pas respecté leurs engagements
dans le cadre du partenariat mondial pour le développement.
Si la réalisation des ODM doit être
un partenariat alors toute charte indiquant le progrès
réalisé dans leur accomplissement
doit inclure l’objectif 8.
Zia Qureshi : L’ODM 8 est
une partie intégrale du programme des ODM
et ceci a été indiqué de manière
explicite dans le cadre du Consensus de Monterrey
où étaient représentés
aussi bien les pays développés que
les pays en développement. Les pays en développement
doivent améliorer leur gouvernance, et parallèlement
les pays développés doivent accorder
davantage d’assistance dans les domaines de
l’aide au développement, du commerce,
etc. Donc l’importance de l’objectif
8 pour le programme des ODM est indéniable.
Tous les programmes de suivi qui
ont été mis en place depuis l’adoption
des ODM couvrent l’objectif 8 et tous les
autres objectifs aussi. Par exemple le Rapport mondial
sur le suivi que nous venons de publier, examine
aussi bien les politiques des pays en développement
que ceux des pays développés quant
à leur impact sur le développement,
l’aide, le commerce, les services, la migration,
etc.
Il peut se faire qu’une charte
ou un tableau spécifique examine seulement
une partie des ODM mais, au niveau des Nations Unies
et de la Banque mondiale, le suivi global que nous
faisons examine tous les objectifs y compris l’objectif
8. En plus de ces suivis, certains pays développés
ont commencé à évaluer eux-mêmes
leurs actions et leurs contributions au programme
des ODM. C’est ainsi que le Danemark est le
premier pays à publier un rapport relatif
à l’objectif 8 où le pays évalue
sa performance par rapport aux contributions attendues
de sa part. Plusieurs autres pays OCDE préparent
de tels rapports dans l’intention de le faire
régulièrement.
Certains pays, comme la Suède,
essaient d’évaluer leurs politiques
globales et leur impact sur le développement
dans les domaines de l’aide, du commerce,
de l’agriculture, de la migration, et de l’environnement.
L’objectif est de voir dans quelle mesure
les politiques menées dans ces domaines favorisent
le développement et la réduction de
la pauvreté.
En fait, la Suède a passé
une loi cette année-ci qui exige que pour
toute opération touchant le développement
international (c’est-à-dire, dans les
domaines du commerce, de l’aide, de la migration
et de l’agriculture), les impacts sur la réduction
de la pauvreté mondiale et le développement
soient clairement pris en compte. Donc les pays
riches sont de plus en plus conscients de leurs
responsabilités telles qu'établies
par l’objectif 8 des ODM.
Je pense donc qu’il n’y
a aucun doute que l’objectif 8 est une partie
intégrale du programme. D’ailleurs,
si les progrès accomplis dans le cadre de
cet objectif sont insuffisants, les autres objectifs
ne seront pas réalisés.
Louise Croot :
Quelles questions relatives à la promotion
féminine seront suivies? Par qui et comment
?
Zia Qureshi : Le programme d’exécution
des ODM comprend des objectifs visant à améliorer
l’accès des femmes aux services essentiels
tels que l’éducation, et à les
responsabiliser davantage. Le suivi se fait sur
le plan international. À la Banque et au
Fonds, nous avons commencé un suivi mondial
sur la réalisation des ODM, y compris les
objectifs relatifs aux questions de genre. Dans
le cadre de ce suivi mondial, nous examinerons les
progrès réalisés en matière
de genre.
Les Nations Unies conduisent leur
propre suivi qui englobe bien sûr les questions
de genre. Depuis quelques années, leur Rapport
sur le développement humain contient une
importante composante genre. Parmi les indicateurs
de développement régulièrement
évalués par les Nations Unies, on
trouve des indicateurs relatifs au genre. Dans les
domaines spécifiques comme l’accès
des femmes à l’éducation et
aux services de santé, ce suivi est assuré
par d agences spécialisées des Nations
Unies, comme l’UNESCO pour l’éducation
et l’OMS pour la santé.
Il y a donc un vaste programme
de suivi au niveau international pour évaluer
les progrès accomplis dans la réalisation
des ODM, et dans ce cadre, les questions de genre
qui sont extrêmement importantes, sont incluses.
Remarquez qu’à propos
de genre, il ne s’agit pas d’un seul
objectif, bien que cela soit mentionné spécifiquement
dans l’objectif ODM relatif à l’éducation.
Le genre est un de ces thèmes transsectoriels
qui recoupent tous les aspects du développement.
La prise en compte du genre dépasse donc
le seul domaine de l’éducation car
le genre a un impact sur la croissance et le développement
en général.
Enrique : Quel
est le facteur le plus important pour réaliser
ces objectifs : la politique gouvernementale, l’aide
au développement, les Investissements directs
étrangers, ou quoi d’autre ?
Zia Qureshi : Les spécificités
du programme dépendent des conditions initiales
du pays. En général, la stratégie
comprend des éléments de tout ce que
vous avez cité. Le Rapport mondial sur le
suivi présente ce genre d’information,
c'est-à-dire que les pays en développement
doivent améliorer leurs politiques et gouvernance
pour encourager un environnement favorable à
la croissance et améliorer les services essentiels
de développement humain. Parallèlement,
et en accord avec le Consensus de Monterrey, les
pays en développement ont besoin de l’appui
des pays riches pour effectivement réaliser
des progrès suffisants. Cet appui concerne
l’ouverture des marchés des pays développés
aux produits des pays en développement, une
aide au développement plus importante et
plus efficace, l’allégement de la dette,
et un apport régulier et important de capitaux
privés, y compris les investissements étrangers
directs.
Donc c’est un programme qui
touche à tous ces domaines, et c’est
au pays de déterminer lequel est le plus
important selon sa situation.
Le programme global doit être
traduit par chaque pays en programme national dans
le contexte de ses stratégies de développement.
Dans le cadre des pays à faible revenu la
stratégie de développement et les
priorités seront établies dans les
Documents de la stratégie de réduction
de pauvreté (DSRP) spécifiques au
pays. Mais la stratégie générale
inclura tous les éléments cités
dans la question.
Marcel Howat :
Quels sont les pays ou les régions qui ont
accompli le plus de progrès dans le cadre
des ODM et ceux qui en ont fait le moins ?
Zia Qureshi : La situation varie
selon les régions, et dans une même
région elle varie selon les pays. En général,
l’Afrique subsaharienne est la région
qui a accompli le moins de progrès, et l’Asie
de l’Est a accompli les progrès les
plus rapides. Entre ces deux pôles, on retrouve
des régions à différents stades
dans la réalisation de ces objectifs. Certaines
régions comme l’Amérique latine
et les Caraïbes ont commencé à
un niveau de développement plus élevé
que l’Afrique par exemple, et dans leur cas,
la tâche est différente.
Il en est de même dans une
certaine mesure pour les pays exportateurs de pétrole
du Moyen Orient. Le cas de l’Asie du Sud est
très intéressant car c’est une
région qui a débuté au même
niveau que l’Afrique en termes de revenu et
de développement. Cependant, au cours de
ces dernières années cependant, le
développement de cette région s’est
accéléré, particulièrement
en Inde. En conséquence, elle a plus de chances
de réaliser ses objectifs que l’Afrique
subsaharienne.
A mon avis ce qui distingue les
pays ou les régions dont les progrès
sont satisfaisants de celles où ils le sont
moins, c’est la présence d’une
croissance économique forte et soutenue.
Cela montre combien il est important d’améliorer
les politiques et les institutions qui accélèrent
durablement la croissance économique.
Jane Singleton
: Votre rapport indique la nécessité
pour les pays d’améliorer leur capacité
à générer des données
statistiques. Si cela n’est pas encore le
cas, comment peut-on évaluer avec précision
si les pays ont réalisé les Objectifs
de développement pour le millénaire
ou pas ?
Zia Qureshi : Pour suivre les progrès
réalisés, nous avons bien sûr
besoin de statistiques fiables sur ces objectifs
et sur les politiques dont dépend leur réalisation.
Aujourd’hui il y a un manque crucial de statistiques,
surtout dans le domaine social. Cependant, au niveau
international, un plus grand effort est fournit
pour améliorer la disponibilité et
la qualité de ces données. Cela ne
sera pas accompli tout de suite mais, les ODM ont
aidé à attirer l’attention de
la communauté internationale sur la nécessité
d’améliorer la collecte des statistiques
de développement. En outre, les ODM ont contribué
à attirer l’attention sur les défaillances
en la matière.
La Banque mondiale coordonne ses
actions avec ses partenaires, en particulier les
Nations Unies, pour améliorer la qualité
des données au niveau international de deux
façons. La première est d’intensifier
et de coordonner la collecte au niveau international.
Il s’agit entre autres des statistiques générées
par les agences internationales, les Nations Unies,
la Banque mondiale et autres. Deuxièmement,
un accent a été mis sur le renforcement
des capacités des pays à collecter
et à gérer les données, à
conduire des enquêtes et à utiliser
d’autres outils pertinents.
Ainsi donc le renforcement des
capacités nationales dans le domaine des
statistiques est de plus en plus important. Cela
se fait par exemple dans le cadre de Paris 21, qui
est l’acronyme du Partnership for Statistics
and Development for the 21st Century, en français
le Partenariat pour les statistiques et le développement
pour le 21e siècle, un consortium qui réunit
les utilisateurs de données dans le but d’améliorer
la disponibilité et la qualité des
données sur le développement.
Un autre fait important à
noter est la deuxième Table Ronde sur la
gestion orientée vers l’obtention de
résultats, tenue à Marrakech en début
de cette année. Les participants à
cette rencontre se sont mis d’accord sur un
plan international pour accélérer
le développement de la collecte des statistiques
nationales dans le cadre du renforcement des capacités
des pays, et au niveau international. Donc, bien
qu’il existe des défaillances actuellement,
les ODM ont attiré l’attention de la
communauté internationale sur celles-ci,
et je pense que si les opérations en cours
sont bien exécutées, nous aurons de
meilleures données pour renforcer le suivi
dans l’avenir.
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