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M. Steen Jorgensen est directeur
du Développement social à la Banque
mondiale. Le 11 mai 2004, il a participé
à une discussion en direct sur les dimensions
sociales de l’efficacité du développement.
Les dimensions sociales du développement
constituent un champ particulièrement vaste.
Pour assurer une prise en compte opérationnelle
de ce thème essentiel, la Banque mondiale
a défini trois principes pour guider ces
opérations :
- mettre l’être
humain au centre du développement (principe
d’inclusion) ;
- renforcer le tissu social des
communautés pour assurer que leurs membres
travaillent ensemble de façon harmonieuse
(principe de cohésion) ;
- permettre à tous de s’exprimer
et faire entendre leur voix par les responsables
(principe de responsabilisation).
Ce qui suit est un compte rendu
de cette discussion en ligne.
Alpha Diedhiou
: Comme vous le savez, nombreux sont ceux qui pensent
que l’accent mis par la Banque sur les dimensions
sociales du développement n’est qu’un
moyen pour maintenir en vie les programmes d’ajustement
structurel. Comment répondriez-vous à
leurs critiques.
Steen Jorgensen
: La première chose que je dirais est que,
si c’est effectivement ce que nous avions
l’intention de faire, nous aurions failli
à la tâche de façon épouvantable.
Mais je pense aussi qu’il est très
important de répéter que à
tous les niveaux de l’institution, nous entendons
et nous voyons des actions qui vont dans cette direction
et qu’il ne s’agit pas simplement d’une
espèce de vernis qu’on met sur les
programmes existants. Il s’agit véritablement
d’un changement fondamental d’orientation.
Nous pouvons retourner aux heures de la crise de
l’Asie de l’Est, où nous avons
vu le Président Wolfensohn faire face à
tous les ministres des finances du monde et parler
d’une autre crise, la crise de tous les gens
qui n’ont pas suffisamment d’argent
pour acheter des repas pour leurs enfants, des femmes
qui devaient à dire à leurs filles
que le riz était en train de cuire pour que
leurs filles finissent par s’endormir, alors
qu’il n’y avait pas de riz. Nous avons
vu aussi combien ces ajustements structurel dont
on a dit tant de mal sont aujourd’hui utilisés
pour donner à l’ensemble des gens plus
de voix, plus d’influence dans les différents
débats de société. Il existe
un programme très intéressant au Pérou,
en Amérique latine, dans lequel nous utilisons
l’analogie du pays dans un prêt d’ajustement
structurel pour aider les gens à avoir accès
à des informations sur le budget, de façon
à pouvoir obliger leur gouvernement à
rendre compte de la gestion de ces programmes, et
par conséquent nous augmentons l’inclusion,
un de nos trois principes, par ce processus.
Je pense sincèrement que
nous pouvons changer la façon dont la Banque
mondiale opère. Je le dis à cause
des changements très positifs que nous avons
vu au cours des 10 dernières années,
et je compte sur votre franchise pour que nous continuions
à faire ce que nous faisons. Si vous pensez
que tout ce que nous faisons n’est que de
mettre du vernis sur des concepts éculés,
je veux être le premier à le savoir.
Asuncion St. Clair
: Comment pensez-vous qu’une institution comme
la Banque mondiale puisse contribuer à l’élaboration
d’institutions qui éventuellement pourraient
mener à la possibilité d’une
politique sociale mondiale qui soit inclusive, responsable
et cohérente ?
Steen Jorgensen
: Je pense que nous pouvons probablement réaliser
cela de trois façons différentes.
La première est de continuer ce que nous
disons dans tous nos documents stratégiques,
le travail de défense au niveau mondial de
l’équité, le besoin de ne pas
penser à un monde dual, mais à un
monde unique, de montrer le lien entre le manque
de confusion et par exemple, le conflit grâce
à plus de recherches, plus de travaux pour
convaincre les gens qui sont les meneurs d’opinion
du monde. Mais manifestement, la Banque a des limites
dans ce qu’elle peut faire. Nous avons des
programmes avec des pays en développement.
Nous n’avons pas de programmes avec les pays
développés. Par conséquent,
il existe un point où la Banque doit prendre
du recul. Egalement, je pense qu’il est important
de dire que notre gouvernance n’est pas démocratique
dans le sens d’un pays un vote, comme le sont
par exemple les Nations Unies, et par conséquent,
je serais très inquiet si on m’annonçait
que la Banque a reçu pour mandat de concevoir
une politique sociale à l’échelle
planétaire. Ceci, c’est manifestement
le travail des Nations Unies et je pense que la
Commission des Nations Unies sur le développement
social, qui a été mise en place pour
effectuer le suivi de Copenhague et de Genève,
fait un excellent travail. Nous voulons appuyer
ce processus, mais il est bien évident qu’en
fin de compte, ceci ne peut être mené
à bon port que par les Nations Unies. C’est
la seule institution qui a la portée planétaire
pour pouvoir faire cela. Mais certainement, nous
pouvons jouer un rôle important par notre
plaidoyer, par la recherche, et également
en montrant qu’il n’est pas possible
d’avoir le type de développement mondial,
qui est notre but à tous, sans faire ceci
très bien.
Ben Leeman : La
Banque a des ressources, une expertise et une influence
considérables. Que fait la Banque mondiale
pour aider les Palestiniens à mettre en place
leur état indépendant et souverain
?
Steen Jorgensen
: La Banque est très activement engagée
dans les territoires palestiniens pour aider sur
plusieurs fronts : celui de la gouvernance, celui
de l’infrastructure de base, etc. Manifestement,
nous ne sommes pas et nous n’avons pas le
type de gouvernance à l’intérieur
de notre institution pour aider un pays à
construire une nation. C’est un domaine où
les Nations Unies ont le premier rôle et nous
devons les suivre. Mais nous avons été
actifs et nous sommes fiers de notre programme d’action
qui a aidé les Palestiniens dans leur travail
de construction d’une nation. Nous espérons
donc que les Palestiniens démontreront qu’ils
sont capables de mener à bien leurs programmes
de développement. S’ils le font, ils
pourront alors convaincre le reste du monde que
ce souhait que je sens être au coeur de votre
question pourra effectivement se réaliser.
C’est un programme qui est assez actif, grâce
à plusieurs bailleurs de fonds qui financent
au moyen de dons le développement des territoires
palestiniens.
Chishimba chimba :
Comment la Banque définit-elle les termes
de développement et de communications et
dans quel ordre les place-t-elle ? Quel est celui
qui vient le premier ?
Steen Jorgensen
: Je crains que la Banque n’ait pas véritablement
une définition claire. Et même si elle
en avait, il n’est pas clair non plus que
nous devions être ceux qui définissent
ces termes. Permettez-moi de vous de vous parler
du fond du cœur et de vous donner la réponse
que j’apporterais personnellement. Le développement,
c’est le progrès. Maintenant, ceci
a plusieurs aspects : économique, social,
environnemental, etc. Je pense ici que la question
essentielle c’est qu’il y ait de l’espoir,
qu’il y ait du progrès, que les gens
sentent que peut-être même si leur vie
ne s’améliore pas tout de suite, les
choses sont dans la bonne voie, et il est permis
d’espérer que leurs enfants, voire
les enfants de leurs enfants, auront une vie meilleure.
La communication a trait aux liaisons, aux conversations.
Ce sont des conversations qui vont mener à
l’action, du moins on l’espère.
Lequel des deux termes doit venir le premier ? Je
suis désolé, mais je suis un matérialiste
de vieille souche. Je pense que le progrès
doit venir le premier et alors, nous parlerons de
ce progrès. Ce sera le sujet de notre communication.
Concentrons nous d’abord sur ce progrès
de façon à pouvoir mieux le réaliser.
Daniel Amponsah :
Je voudrais d’abord féliciter la Banque
pour ce pas important qu’elle a franchi en
allant au-delà du simple développement
économique et en cherchant à mettre
fin à la pauvreté dans le monde. Je
voudrais savoir comment ces idéaux de développement
social se traduisent en Indonésie, et la
façon dont ils se relient aux populations
de Papouasie Occidentale. En d’autres termes,
comment la Banque assure-t-elle l’inclusion,
la cohérence et la responsabilisation lorsque
des régimes, des gouvernements ou des états
jouent la carte de l’intégrité
territoriale et de la souveraineté ? Merci.
Steen Jorgensen
: Je crains qu’il ne soit pas approprié
pour moi de discuter de façon spécifique
la situation en Papouasie occidentale. La question
plus large avec laquelle nous devons nous débattre
chaque jour est la suivante : Quel est le meilleur
moyen de convaincre un gouvernement ? La réponse
c’est que cela se fait en montrant ce qui
marche, en montrant ce que l’inclusion, la
cohésion et la responsabilisation ne sont
pas simplement des mots aimables sur un morceau
de papier, mais actuellement des choses qui vont
amener le développement à leur population.
En Indonésie, il y a un programme très
célèbre, avec lequel nous sommes très
heureux d’être associés, qui
s’appelle le Programme de développement
Kecataman, et je sais que lorsque Timor Leste a
obtenu son indépendance, c’est un des
très rares programmes qui a continué
à fonctionner. Pourquoi marche-t-il ? C’est
très simple. Parce que des gens ont été
inclus dans ce programme, des gens ont pris des
décisions, des gens ont montré qu’ils
pouvaient travailler ensemble. Ils ont montré
de la cohésion et ils ont réussi contre
toute attente, et ils avaient un sens profond de
leurs responsabilités, de telle façon
à ce que tout le monde savait ce qui se passait.
Il y avait énormément de transparence.
Maintenant, je pense que tout gouvernement
est intéressé par le développement.
Par conséquent, nous devons montrer que l’inclusion,
la cohésion et la responsabilisation peuvent
aider à réaliser d’une meilleure
façon le développement. Je pense qu’au
moins en Indonésie, ceci s’est passé
en résultat de développement Kecataman.
Comme nous le faisons dans beaucoup de pays, parfois
il faut commencer au niveau de la base, en travaillant
directement avec les gens pour leur montrer que
vous pouvez les aider à réaliser des
systèmes d’adduction d’eau, à
mettre en place des écoles. Et, petit à
petit, convaincre le gouvernement. Il est également
important de dire que de nombreux gouvernements
dans le monde croient à ces principes et
les ont épousés, et sont souvent en
avance sur la Banque mondiale, et nous poussent
en nous demandant pourquoi nous ne faisons pas plus.
Réaliser ce type de développement
n’est pas une panacée universelle et
la modulation est de rigueur. Mais nous avons pu
avoir de très bons résultats, même
dans des circonstances difficiles en nous fiant
directement à l’ingénuité
et à la volonté des gens d’améliorer
leur propre vie avec un tout petit peu d’appui
du monde extérieur.
Debottam Bose :
Comment cherchez-vous à aborder les différentes
forces en concurrence avec des groupes d’intérêt
très étroits qui ne cherchent qu’à
déstabiliser une communauté, une société,
une région particulière. A titre d’exemple,
je prendrai les émeutes de Gujrat en 2003.
Steen Jorgensen
: Votre question se rapproche de la question précédente
sur la façon de convaincre les gouvernements.
La réponse est simple : il suffit de leur
montrer ce qui marche, et ce qui ne marche pas.
Il est clair que toute communauté qui est
déchirée par une guerre civile ou
déchirée par des émeutes religieuses
ou autres, ou tout autre aspect négatif d’un
manque de cohésion, ne sera pas capable de
se développer. Mais nous avons vu des renversements
de situation très importants, par exemple
dans des pays comme le Rwanda, où des gens,
après le génocide, ont réappris
à travailler ensemble, et je pense que nous
apprenons beaucoup, non pas seulement de ce que
vous faites, mais surtout de la façon dont
vous le faites. Par exemple, s’assurer de
fournir des opportunités aux différents
groupes pour qu’ils travaillent ensemble vers
un but commun. Et alors vous pouvez remporter le
réaliser. A nouveau, il y a eu des expériences
intéressantes en Indonésie où
nous essayons de tester cette hypothèse,
où nous travaillons avec des communautés
en introduisant des ressources. La ressource est
une source de conflits. Mais nous voyons que les
communautés peuvent travailler ensemble et
décider de la façon dont elles vont
utiliser ces ressources convenablement, de façon
à éviter des conflits dans le futur.
En un sens, la communauté apprend à
gérer le conflit de manière non violente.
Il est très important de dire qu’en
fait, nous ne devons pas essayer d’éviter
les conflits, mais nous devons empêcher qu’un
conflit, c’est-à-dire ce conflit latent
à des situations conflictuelles, ne débouche
sur la violence, comme ces émeutes de 2003
que vous avez mentionnées.
Eric Wilson Assonfack :
Une question pour M. Steen Jorgensen
L'engagement de la Banque dans les projets sociaux
et de réduction de la pauvreté ne
saurait être mis en doute. Seulement, il me
semble que cet engagement intervienne ex-post, après
que les Etats bénéficiaires ont pour
la plupart signé des accords ultralibéraux
avec le FMI.
Monsieur le Directeur, cette postériorité
des actions que vous menez ne confine-t-elle pas
votre institution à un rôle de 'sapeur-pompier',
dont le but est finalement de donner bonne conscience
aux grands pays industrialisés, majoritaires
(dans la décision) dans la Banque, mais par
ailleurs apôtres de l'ultralibéralisme
à travers le FMI et l'OMC ?
Je vous remercie…
Steen Jorgensen
: Cette critique ressemble un petit peu à
celle de mettre du vernis mis sur l’ajustement
structurel. Mais je dois avouer que si vous m’aviez
posé la question il y a cinq ans, j’aurais
probablement été tout à fait
d’accord avec vous. Nous sommes très
fiers des progrès qui ont été
faits dans ce que nous appelons l’analyse
d’impact de la pauvreté et l’impact
social, qui, si vous avez visité d’autres
parties de notre site web, constituent un outil
très important sur lequel nous avons travaillé,
en fait en collaboration avec le Fonds monétaire
international. Ce type d’outil examine la
situation qui prévaut avant que les réformes
ne soient mises en place, et étudie les impacts
positifs et négatifs possibles de la réforme,
de telle façon à pouvoir y apporter
des corrections. Ceci n’est pas toujours facile
à faire. En pratique, nous émettons
des hypothèses sur ce que seront les conséquences
de la réforme, et nous mettons ensuite en
place des systèmes d’indicateur pour
assurer le suivi de ce que nous pensons être
les conséquences.
J’ai moi-même une expérience
personnelle, ayant été impliqué
dans un de ces exercices en Zambie, en Afrique et
j’ai été très impressionné
par l’implication très forte de la
société civile et les conséquences
de cette implication sur le processus, conséquences
qui ont conduit à des discussions franches
sur les effets possibles de la réforme. Le
danger d’une telle étude est, évidemment,
qu’elle ne reste qu’une étude,
un rapport. Cependant, nous voyons de plus en plus
de gouvernements prendre ces résultats au
sérieux et dire au FMI, à la Banque
mondiale, et à l’Organisation du commerce
mondial que peut-être il faut repenser ces
choses, peut-être il faut les reconsidérer.
Le réel danger est pour nous est de nous
déconnecter de la réalité,
d’être superficiel, bref d’être
ce que vous appeler le sapeur pompier avec comme
seul effet de donner bonne conscience. C’est
pourquoi nous ne voulons pas seulement être
impliqués dans tous les projets et dans toutes
les activités au niveau des communautés
de base. Nous voulons être impliqués
au niveau macro, là où les décisions
sont prises. L’expérience très
positive de ces dernières années nous
a d’ailleurs montré que lorsque nous
pensons à la problématique du social
au tout début du dialogue macroéconomique,
il est possible de changer le cadre des politiques,
et d’assurer qu’il entraîne de
meilleurs résultats pour les populations
pauvres et marginalisées.
J’espère ici que de
nouveau vous resterez francs avec nous. Restez les
juges vigilants de notre réussite dans la
réalisation de ces objectifs ambitieux, ou
de notre échec, car la transparence est ici
essentielle. Vous devez nous garder comptables de
nos actions, exactement comme nous demandons aux
gouvernements d’être comptables de leur
gestion.
Ignacio Garcia Tellez
: Comment la Banque mondiale pourra-t-elle réussir
une réorientation stratégique en Amérique
latine d’un investissement dans le capital
humain vers un investissement centré sur
la société, si les pays en développement
ne font que reproduire des structures coloniales
d’exploitation de l’individu dans leurs
politiques macroéconomiques ? Comment dans
ces conditions pourra-t-on réinsuffler ce
respect de soi qui est essentiel à l’émergence
d’une nouvelle société, reflétant
ce principe de cohésion et susceptible d’entretenir
une dynamique de développement durable ?
Steen Jorgensen
: Je ne pense pas qu’il faille établir
une distinction aussi stricte entre ces deux investissements.
Ce ne sont pas deux choix différents. Ce
que nous recherchons tous et ce que recherchent
les gouvernements de l’Amérique latine,
c’est l’inclusion. Et l’inclusion
nécessite un investissement dans le capital
humain. Si vous êtes éduqués,
que vous ne souffrez pas de malnutrition, si vous
avez accès à des services de santé
adéquats, et si vous êtes en bonne
santé, vous serez plus susceptibles de vous
respecter et d’assurer que les autres vous
respectent. Il faut que nous nous rendions compte
que le seul investissement dans le capital humain
n’est peut-être pas suffisant, mais
que nous ne devons pas le laisser tomber. L’Amérique
latine a accompli beaucoup de progrès à
grâce à l’investissement qu’elle
a fait dans le capital humain.
Une des voies par lesquelles nous
essayons d’étudier les barrières
de la société à l’inclusion
est en mettant en place des initiatives très
simples en apparence, mais qui ont en fait des implications
profondes, comme par exemple recenser la population.
Il existe un vaste atelier appelé «
nous comptons tous ». L’expression sonne
mieux en espagnol. Le but de l’atelier est
de s’assurer que toute la population d’origine
africaine est recensée et que tous les descendants
des populations indigènes de l’Amérique
latine sont recensées. Ce recensement nous
permet de savoir comment ces populations ont accès
aux ressources, qui elles sont, quel est leur nombre,
etc. Ces paramètres sont très importantes
pour désagréger les Objectifs de développement
du millénaire. Les Objectifs de développement
du millénaire comme vous le savez tous, sont
un ensemble d’objectifs sur lesquels la communauté
internationale s’est accordée. Nous
pensons qu’il n’est pas suffisant de
remplir ces objectifs en général,
mais que nous devons examiner la question à
l’échelle de la personne et étudier
comment mettre ces services à la portée
de l’individu, comment inclure l’opinion
de ces personnes pour qu’il y ait une responsabilisation
à leur égard.
Au cours des récentes rencontres
que j’ai eu la chance de faire avec de nombreux
leaders locaux, je les ai entendu dire ceci «
nous n’avons pas besoin de protection, ce
que nous voulons est le développement selon
nos propres termes. Nous voulons un développement
qui engendre le respect de soi ». Nous collaborons
avec eux pour trouver les voies par lesquelles nous
travaillerons avec les gouvernements et avec eux-mêmes
non pas pour les protéger, mais pour les
aider à se développer selon leurs
propres termes, pour assurer le respect d’eux-mêmes.
Je pense que la meilleure manière d’accomplir
cela est de mettre en place ce que nous proposons
dans les priorités stratégiques, c’est-à-dire,
s’assurer que les questions sociales sont
prises en compte dans la formulation de politiques
au niveau macro, et comme nous venons de le discuter
dans la question précédente, à
l’échelle du projet. Cela permettra
aux groupes marginalisés de faire valoir
leurs points de vue. Une troisième manière
est en établissant des programmes autonomes
dont les bénéfices retomberont directement
aux populations marginalisées, et il y a
un certain nombre de programmes que nous supportons
en Équateur par exemple dans ce cadre.
Donc je pense qu’il est nécessaire
de mener des actions sur tous ces trois axes, et
je sais que nos collègues de l’Amérique
latine étudient la question, c’est-à-dire
comment faire en sorte que la cohésion, la
responsabilisation et l’inclusion fassent
partie intégrale de toutes nos actions. Il
n’y a pas de sortie magique : cela nécessitera
des actions sur toutes les priorités stratégiques
que nous avons décrit dans notre document.
Jason Paiement :
Est-ce que le fait de conduire plus ou de meilleures
analyses sociales a aboutit à de meilleurs
résultats dans le développement ?
Comment peut-on encourager la confiance et le respect
mutuels indispensables aux changements sociaux dans
des environnements où les inégalités
sont très prononcées ? Que répondez-vous
aux critiques selon lesquels le développement
social tel que le pratiquent les agences de développement
n’est rien d’autre que du plaidoyer
et non une planification pour assister à
la mise en œuvre des projets ?
Steen Jorgensen
: La réponse à la première
question, à savoir si l’analyse sociale
produit de meilleurs résultats, est oui.
Et vous n’avez qu’à lire le rapport
du Département de l’évaluation
des opérations qui démontre de manière
convaincante selon moi, que lorsque entre autres
facteurs, les questions sociales sont prises en
compte, grâce notamment à une bonne
analyse sociale, on obtient de meilleurs résultats.
Je pense que nous savons cela instinctivement, notre
bon sens nous le dit. Mais maintenant nous avons
en fait des évidences et je pense que le
titre du rapport du Département de l’évaluation
des opérations résume tout à
ce sujet « Le développement social
marche ». Donc la réponse ici est simplement
oui.
Le défi qui se pose maintenant
est de savoir exactement avec quel type d’analyse
il faut et dans quelles circonstances on obtient
les meilleurs résultats : ce n’est
pas une question à laquelle on peut nécessairement
répondre par oui ou par non. Cela revient
à la deuxième partie de la question,
comment encourage t-on la confiance et le respect
mutuels ? Ici encore ma réponse est simple
: ce qu’il faut c’est de démontrer
que cela marche. On doit démontrer que travailler
ensemble produit de meilleurs résultats que
travailler l’un contre l’autre. Dans
certaines sociétés, les inégalités
sont tellement prononcées que d’autres
interventions sont aussi nécessaires. Mais
je pense que nous, en tant qu’agence de développement,
toutes les agences de développement d’ailleurs,
doivent conduire des activités de pré
investissement. Nous le faisons de toutes façons
pour nous assurer que la route est bien conçue,
que nous savons exactement comment l’eau sera
conduite à travers les tuyaux, quelle doit
être la dimension des tuyaux, etc. De la même
manière, nous devons nous rendre compte que
parfois, il nous sera nécessaire de conduire
des activités de pré investissement
comme par exemple faciliter la conception par les
communautés en emmenant leurs membres dans
d’autres communautés qui ont entrepris
des activités similaires. Toujours dans le
même sens, il faut encourager un pays à
créer un environnement qui « habilite
» sa population. C’est pourquoi nous
parlons beaucoup de l’échelle macro,
l’échelle de politique dans les priorités
stratégiques, pour nous assurer que la collaboration
est en fait possible entre les personnes, et qu’il
n’existe pas dans le système, des choses
qui freinent la collaboration au sein de la population.
Donc aux critiques qui disent que
le développement social ne dépasse
pas le stade du plaidoyer, je dirai venez me rejoindre
dans quelques communautés, venez avec moi
dans les villages de la Zambie, dans les quartiers
pauvres des zones urbaines du Brésil, chez
les populations tribales des zones montagneuses
du Népal. Vous entendrez les populations
elles-mêmes vous dire qu’en prenant
en compte ces choses dès le début,
et en persévérant jusqu’au bout,
on obtient de meilleurs résultats –
pas seulement un beau slogan à mettre sur
une affiche ou quelques belles photos à afficher
sur un site Internet. Je pense que le défi
qui se pose à nous tous, c’est de rester
ouvert pour écouter les populations, les
personnes concernées, et saisir ce qu’ils
disent. Lorsque vous verrez la fierté dans
leurs yeux, que vous verrez les batailles qu’elles
ont gagnées, et dans des conditions difficiles,
vous comprendrez que ce sont là des arguments
bien plus convaincants que les longs discours. J’espère
que mes amis du Département de l’évaluation
des opérations ne m’en voudront pas
de dire que ces arguments sont plus convaincants
que leurs données, toute fiables qu’elles
soient.
Karen Feinberg :
Je voudrais savoir s’il y a une discussion
en ligne à ce sujet. Merci.
Steen Jorgensen
: Oui, il y a une discussion sur les principes du
développement social, les principes d’inclusion,
de cohésion et de responsabilisation. Elle
prend fin à la fin de ce mois. Je vous encourage
à aller sur le site http://www.worldbank.org/socialdevelopment.
Luis Alberto Torres Alvarez
: Comment est-ce qu’on peut faire de la paix
une politique de coexistence dans le cadre du développement
? Comment faire de l’enseignement de la paix
un outil de transformation social ?
Steen Jorgensen
: Je pense que nous devons rester modestes. La Banque
mondiale, en tant qu’institution, ne vas pas
construire la paix, et ne va pas par elle-même
engendrer la coexistence. Nous pouvons aider à
créer les conditions qui permettent aux populations
elles mêmes de construire la paix. Cela revient
à créer un cadre où tout le
monde peut participer, faire valoir son point de
vue, en bref donner les mêmes chances à
tout le monde : c’est cela l’inclusion.
Cela créera un environnement où tout
le monde aura un intérêt dans le processus
de développement, un environnement paisible.
Je pense donc que nous ne devons pas nous voir comme
des étrangers qui vont transformer les sociétés,
mais comme des étrangers qui habilitent les
populations à se changer elles mêmes.
Otabor Isaac :
C’est formidable de voir la Banque mondiale
mettre les populations au centre du débat
du développement dans leurs principes opérationnels
pour promouvoir le développement social.
Jusqu’à quel point la Banque reçoit-elle
l’appui des gouvernements des pays en développement
en ce qui concerne les questions de développement
social ?
Steen Jorgensen
: À ce jour, tous les gouvernement avec lesquels
nous avons discuté, au nord, au sud, à
l’est et à l’ouest, supportent
les principes fondamentaux et ces points essentiels.
La discussion devient plus précise et le
ton monte lorsqu’on parle du rôle de
la Banque dans ce processus. Certains pays en développement
nous rappellent que l’objectif ultime de la
Banque mondiale est le développement économique
et que nous n’avons donc pas le droit de nous
immiscer dans la politique interne des pays membres.
C’est un point de vue. L’autre
point de vue est que nous avons une responsabilité
envers les populations pauvres du monde, et cette
responsabilité est partagée par les
gouvernements. Nous pouvons donc collaborer avec
les gouvernements pour encore une fois, aider à
créer un environnement propice pour accroître
les possibilités de collaboration entre les
gouvernements et les populations de ces pays, afin
d’atteindre les objectifs de développement
social. Pour le moment du moins, l’essentiel
est que jusqu’à présent au moins,
nous n’avons pas eu de réaction négative
sur les principes ou sur le fait que ces points
soient importants pour la réduction de la
pauvreté. La discussion porte plus sur la
division du travail (comment doit-elle se faire,
pourquoi?) entre les gouvernements et les agences
externes comme la Banque mondiale et je pense que
cela est lié à une des questions précédentes
qui mentionnait la dominance des pays riches dans
le système de gouvernance de la Banque. Je
pense que certains représentants des gouvernements
des pays en développement ne seront pas du
tout d’accord sur ce point.
À la Banque mondiale, nous
voyons une tendance très positive qui se
voit un peu partout dans le monde, qui est de voir
les pays en développement fortement élever
leur voix pour dire « voilà ce que
nous croyons, voici nos priorités, oeuvrons
ensemble pour les réaliser ». Donc
même si sur le papier les votes n’ont
pas changé, nous avons certainement entendu
les points de vue des gouvernements des pays en
développement beaucoup plus clairement au
cours des dernières années.
Paul Ntim : Avec
la tendance actuelle à rejeter de manière
flagrante la famille et les valeurs sociales au
nom de la « modernisation », comment
peut-on réaliser la cohésion sociale
dans nos actions de développement socio-économiques
?
Steen Jorgensen
: Je pense que nous devons utiliser les expressions
valeurs familiales et sociales avec précaution.
Elles peuvent avoir des connotations aussi bien
positives que négatives. Si les valeurs sociales
veulent par exemple que la femme demeure au foyer,
que la femme ne soit pas autorisée à
sortir, qu’elle n’ait pas accès
à l’éducation, alors peut-être
que nous devrions donner aux gens l’opportunité
de changer ces valeurs sociales. Nous devons faire
attention à ne pas donner aux normes de la
société une sorte de puissance divine.
Elles ont été créées
par les hommes et peuvent être changées
par les hommes.
Je pense que la voie vers la modernisation
--je voudrais revenir aux responsables des peuples
autochtones auxquels j’ai parlé pendant
les 18 derniers mois. Ces leaders disent en fait
qu’on peut parvenir au développement
avec une nouvelle définition de la modernisation
qui respecte leurs valeurs et leurs croyances ;
c’est ce qu’ils attendent des agences
de développement et des gouvernements aujourd’hui.
Ce n’est pas à nous
d’inventer ces solutions, mais notre rôle
est d’aider les personnes concernées
à inventer ces solutions, et cela est valable
pour les populations indigènes aussi bien
que pour les minorités ethniques, ou la majorité
des femmes dans beaucoup de pays. Avec l’avertissement
que nous ne devons pas – que parfois nous
devons aider à changer certaines valeurs
– je pense qu’il est possible de respecter
les valeurs en menant des actions de développement
si cela est fait selon les principes de cohésion,
inclusion et de responsabilisation.
Rae Porter : De
quelles manières concrètes et pratiques
la Banque mondiale s’assure t-elle que les
principes opérationnels du développement
social font partie intégrante de tous leurs
projets et programmes ?
Steen Jorgensen
: Je pense que répondre entièrement
à cette question serait équivalent
à écrire le plan d’action qui
suivra le document qui est à votre disposition
en ce moment. Cependant, je vais vous donner des
exemples et j’espère qu’elles
seront utiles au delà de leur zone spécifique.
En ce qui concerne l’inclusion
des principes opérationnels du développement
social à nos projets et programmes, nous
avons fait le plus de progrès au niveau des
projets et là, il s’agit en fait de
compléter le travail. Aujourd’hui,
la plupart des projets conduisent une analyse sociale.
Donc nous sommes bien loin des projets traditionnels.
Ce dont il s’agit est de le faire plus efficacement
et que l’analyse soit dirigée par les
populations locales. Ainsi, au lieu de laisser les
experts faire l’analyse sociale, nous basons
l’analyse sociale sur les perceptions des
populations, leurs points de vue et leurs aspirations.
Il s’agit ici de faire des ajustements mineurs
pour achever le processus d’inclusion. Nous
ne proposons rien de nouveau, nous proposons de
faire les mêmes choses que nous faisons aujourd’hui,
mais plus efficacement.
Là où il y a beaucoup
à faire encore est au niveau macro, au niveau
des politiques et c’est ce dont il est question
dans notre premier document de priorité stratégique.
Ici nous avons la chance d’avoir eu des débuts
positifs. Nous avons aussi remarqué aujourd’hui
une plus large participation aux documents de stratégie
de réduction de la pauvreté (SRP)
que pendant nos essais antérieurs. Nous avons
vu plus de participation dans le développement
des stratégies d’assistance de la Banque
aux pays que dans le passé. Donc en fait,
il s’agit surtout de compléter le processus
et de l’améliorer. Je ne pense pas
que quiconque dira que la situation sur les documents
de stratégie de réduction de la pauvreté
est parfaite, mais je pense – je sais –
que plusieurs d’entre nous diront que la situation
est bien meilleure que dans le passé et tant
que nous continuerons à nous encourager à
l’améliorer, alors nous avons de bonnes
chances de réussir.
Sur les autres questions de politiques
macro, il s’agit surtout de faire l’analyse,
prévoir ce que sera l’impact, de faire
des analyses d’impact social, de comprendre
le contexte du pays dans lequel la Banque mondiale
appuie les changements de politiques. C’est
ainsi que ces changements auront le maximum de retombées
positives pour les populations pauvres qui seraient
autrement exclues ou qui subiraient même des
dommages.
Donc je pense que des outils sont
disponibles au niveau macro aussi. Le défi
est de les utiliser pour aller de l’avant.
Cela implique une familiarité suffisante
du personnel de la Banque mondiale avec le développement
social pour qu’il soit conscient des enjeux.
Ils ne doivent pas nécessairement être
des experts. Des experts, il y en a à la
Banque et dans les pays en développement.
Mais il est très important de changer les
mentalités. Il faut comprendre que le développement
social est une réalité et que la prendre
en compte aide à obtenir de meilleurs résultats,
y compris au niveau le plus concret : par exemple,
assurer un accès meilleur et soutenable à
l’eau peut souvent impliquer d’aborder
le développement social en amont.
A la Banque mondiale, nous sommes
attelés à définir exactement
ce que chaque bureau régional, chaque bureau
de la Banque pourrait faire différemment
(plus de ceci, moins de cela, plus jamais de cet
autre) pour promouvoir le développement social.
J’encourage tout un chacun à nous faire
des suggestions spécifiques sur ce que vous
pensez être nos réussites et nos échecs,
sur ce qui a été productif ou non.
Bref, soyez francs, je vous encourage à nous
faire vos suggestions en rejoignant la discussion
en ligne. Cela nous aidera car nous savons tous
qu’on ne voit pas les choses de la même
façon quand on est assis dans un Bureau à
Washington, que lorsqu’on se trouve sur le
terrain, et qu’on observe les interventions
de la Banque mondiale.
Sophia Ahmed :
On parle d’obligation de rendre compte. Comment
les bailleurs de fonds sont-ils certains que leurs
prêts et leurs dons aboutissent à l’objectif
visé du développement durable ? Conduisent-ils
des analyses d’impact, par exemple cinq à
dix ans après la fin du programme, pour s’assurer
que les résultats seront véritablement
durables et que leur action n’était
pas simplement de la poudre aux yeux ?
Steen Jorgensen
: La réponse est oui, mais nous devons faire
un peu plus. Les bailleurs de fonds, y compris la
Banque mondiale, conduisent des évaluations.
Je pense qu’il est essentiel de repenser les
partenariats qui existent depuis longtemps entre
les pays en développement et les bailleurs
de fonds, y compris la Banque mondiale. Il faut
abandonner l’idée qu’un projet
est un évènement isolé, avec
un début et une fin, et dont on fait l’évaluation
et puis on passe à autre chose. En fait,
pour véritablement obtenir un développement
durable, nous pensons qu’il faut habiliter
les sociétés à se transformer
elles-mêmes pour aboutir à une meilleure
responsabilisation, une meilleure cohésion,
une meilleure inclusion. Or ces transformations
ne peuvent pas se faire au cours de la vie d’un
projet. Donc, si je suis tout à fait d’accord
que nous devons conduire plus d’évaluations
ex post, je pense aussi que nous devons repenser
entièrement le modèle de projet, et
former des partenariats et des processus à
long terme. Je pense aussi qu’il faut les
évaluer pour nous assurer que nous sommes
sur la bonne voie.
William Gartner
: Les principes du développement social (inclusion,
cohésion et responsabilisation) sont très
bien. Mais étant donné la tendance
de la Banque mondiale à financer de larges
projets d’infrastructures (barrages, autoroutes,
etc. qui déplacent souvent les peuples indigènes
et les pauvres, et qui détruisent les écosystèmes)
et de promouvoir une vision plutôt étroite
du libre échange et du commerce international
(visions qui favorisent plutôt les riches
et les multinationales et non les pauvres), peut-on
dire que les principes du développement social
sont compatibles avec les politiques de prêt
de la Banque mondiale ? Plus précisément,
est-ce que l’accent sera mis maintenant sur
les micro crédits aux pauvres plutôt
que sur les grandes entreprises et les industries,
sur la montée en puissance de la justice
et la protection des droits de propriété
plutôt que sur d’autres aspects du gouvernement,
sur la conservation de l’énergie plutôt
que sur l’exploration de sources d’énergie,
sur le control de la pollution plutôt que
l’industrie lourde, et sur l’investissement
dans les institutions de service public comme les
écoles et les services de santé plutôt
que sur les institutions économiques ?
Steen Jorgensen
: Est-ce que les principes du développement
social sont vraiment compatibles avec les politiques
de prêt de la Banque mondiale ? Si elles ne
l’étaient pas, nos politiques de prêt
seraient vraiment très mauvaises.
Je ne pense pas que le seul résultat
des barrages et des autoroutes est de déplacer
les populations indigènes. Je connais beaucoup
de populations indigènes qui voudraient une
route près de chez elles pour écouler
leur production et selon leurs propres termes participer
au marché. Et quand on pense au nombre de
personnes qui n’ont pas d’énergie,
je pense que nous devons nous garder à ne
pas les exclure de l’énergie, alors
que nous vivons ici dans les pays développés,
utilisant beaucoup d’énergie tous les
jours. Nous devons nous garder de juger les autres
et de leur dire qu’ils n’ont pas vraiment
besoin d’énergie, donc qu’il
ne faut pas construire des barrages.
Ce avec quoi je suis complètement
d’accord est que lorsqu’on encourage
le développement social, on est forcé
d’examiner ces questions et de se demander
comment s’assurer que les populations bénéficient
des larges projets d’infrastructures. Les
projets ne doivent certainement pas leur faire du
tord, et nous avons mis en place des politiques
de sécurité pour protéger les
populations. Le premier principe du développement
doit être de ne pas faire de tort. Mais ce
n’est pas suffisant. Il faut s’assurer
que les grands barrages profitent aux populations
locales, pas seulement savoir que cela ne leur a
pas fait de tort.
Je ne veux pas non plus rejeter
complètement l’économie du marché.
Je pense que tous ceux qui ont vécu sous
les anciens régimes socialistes apprécient
le libre échange. L’économie
de marché a un sens, mais nous ne devons
pas croire naïvement qu’elle peut tout
résoudre. l’Etat non plus ne peut pas
tout faire, et des personnes comme moi doivent aussi
se rappeler que les communautés et les populations
non plus ne peuvent pas tout faire par elles mêmes.
L’environnement d’aujourd'hui
est plus passionnant que celui du passé,
mais aussi plus désordonné, où
il n’y a plus de certitudes, et où
tout est relatif. Il y a très peu d’économies
de marché complètement libres, très
peu d’économies totalement contrôlées
par l’Etat, et aucun état n’est
exclusivement gouverné par les actions individuelles.
En résumé, je dirais
ceci : en tant qu’institution, nous devons
promouvoir les barrages, les autoroutes, les infrastructures,
et le libre échange selon les principes d’inclusion,
de responsabilisation et de cohésion, et
tout le monde alors y trouvera son compte. Il ne
suffit pas de dire que le développement social
marche. Il est important de dire que grâce
au développement social, les autres interventions
de développement profitent à tout
le monde, ou du moins, à un plus large groupe
de personnes. Nous avons donc examiné avec
attention les politiques de la Banque mondiale et
nous n’y avons rien trouvé qui puisse
nous empêcher de continuer. En fait, plusieurs
des politiques de la Banque (qui sont disponibles
sur le site Internet de la Banque) encouragent exactement
ces mêmes principes, alors que nos principes
sur la réduction de la pauvreté, sur
le genre, ont tous un langage très clair
sur ce sujet.
Le défi qui se pose, ainsi
que plusieurs d’entre vous l’ont mentionné
au cours de cette discussion, est de transformer
ceci en des actions pratiques, et c’est bien
cela le véritable enjeu de la définition
de priorités stratégiques. Comment
s’assurer qu’il ne s’agit pas
seulement de belles paroles, mais que les prochaines
constructions de barrages, d’autoroutes bénéficieront
aux populations qui autrement seraient déplacées.
Un dernier point sur les principes de liberté
du marché, ce fameux libre échange.
Ce que nous encourageons ici est en fait de nature
semblable. Il faut que tout le monde soit sur un
pied d’égalité, non seulement
sur les questions économiques, mais aussi
sur les questions sociales. Nous disons qu’aujourd’hui,
le marché de l’information n’est
pas accessible à tous de façon égale.
Ceux qui sont riches et puissants ont accès
aux preneurs de décision et font entendre
leurs points de vue. Notre mandat en tant qu’agence
externe est d’assurer que d’autres voix
se font entendre dans le débat, que les points
de vue des pauvres soient entendus, que les groupes
marginalisés se fassent entendre, pour que
nous puissions aider à restaurer plus d’égalité.
Ceci pourrait être vu par certains économistes
comme une distorsion insupportable de l’économie
de marché, mais il est très clair
que le principe fondamental est de donner des chances
égales à tout le monde.
Je vous remercie d’avoir
participé à la
discussion. Plusieurs des ressources
mentionnées par Steen Jorgensen sont disponibles
sur le site Internet de la Banque mondiale:
-
World Bank Social Development website (a)
- World
Bank Social Development Strategy (a)
- Operations
Evaluation Department Review of Social Development
in World Bank Activities (a)
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