|
La mondialisation a-t-elle
permis aux pays à faibles revenus de lutter
contre la pauvreté ou a-t-elle perpétué
les inégalités dans le monde ? Le
2 février, David Dollar, Directeur des politiques
de développement à la Banque mondiale
et spécialiste des effets de la mondialisation,
a participé à une discussion en ligne
d’une heure sur cette dernière.
Erkan BAYIR :
Reconnaissez-vous que la mondialisation a tendance
à creuser l’écart entre les
riches et les pauvres ? Je pense que les multinationales
se préoccupent uniquement de maximiser leurs
bénéfices. La pauvreté dans
le monde ou le fait notamment que des personnes
touchent moins d’un dollar par jour ne les
intéressent pas. La mondialisation est une
occidentalisation des systèmes économiques
ainsi que des cultures, des valeurs et des styles
de vie autochtones.
David Dollar :
Il est exact que les entreprises du monde entier
cherchent avant tout à maximiser leurs bénéfices.
Il est important de disposer de cadres législatifs
et réglementaires solides si l’on veut
que la recherche du profit ait des retombées
sociales positives. Je ne pense pas que la mondialisation
ait tendance à creuser l’écart
entre les riches et les pauvres. Les plus fortes
croissances sont enregistrées dans les économies
de pays en développement, ce qui indique
que l’intégration peut être un
véritable catalyseur pour le développement
qui permet de réduire les inégalités
dans le monde. À l’heure actuelle,
la tendance à l’inégalité
dans le monde provient du fait que près de
la moitié de la population des pays en développement
vit dans des pays qui parviennent à s’intégrer
et à combler leur retard sur les pays riches,
alors que l’autre moitié vit dans des
pays qui ne sont, pratiquement, pas touchés
par la mondialisation. Les piètres performances
enregistrées par l’Argentine, la majeure
partie de l’Afrique subsaharienne, le Pakistan,
le Myanmar et d’autres pays sont-elles imputables
à leur intégration à l’économie
mondiale ou à leur mauvaise gouvernance ?
Selon moi, tout indique qu’elles sont liées
à ce dernier facteur.
rhoda letang :
Prenons les petites économies des Caraïbes
telles que la Dominique, qui compte 72.000 habitants.
De quelle manière peut-on utiliser la mondialisation
pour le développement, quand on sait que
le processus de mondialisation et de libéralisation
a provoqué la disparition de nos principales
cultures de bananes à l’exportation
? Il semble qu’un certain nombre d’institutions
mises en place sous le couvert de la mondialisation
ne font qu’entraver le développement
des petits états insulaires. Je pense ici
à l’OMC, à la ZELA proposée,
etc. Pour les Caraïbes, la mondialisation constitue
une véritable menace pour nos économies.
David Dollar :
Cela fait longtemps que de petites économies
telles que la Dominique sont mondialisées.
Vous mentionnez qu’elles dépendaient
auparavant des exportations de bananes. Or, c’est
de cette manière qu’à une certaine
époque la Dominique a réagi à
l’intégration. Sans ces exportations,
une pauvreté extrême se serait installée
dans le pays. Les petites économies ont tout
particulièrement besoin d’intégration
pour atteindre un niveau de vie décent (faute
de quoi elles sont condamnées à essayer
de tout produire elles-mêmes, ce qui serait
très peu efficace dans un petit pays). Toutefois,
en contrepartie, ces petites économies sont
alors assez vulnérables aux chocs extérieurs
et, de manière plus générale,
aux modifications de l’environnement externe.
Les mutations à l’œuvre dans le
commerce international amèneront donc la
Dominique à abandonner une ligne de produits
pour se spécialiser dans une autre (principalement
le tourisme, désormais).
Amit Sharma :
Comment la mondialisation est-elle possible sans
même comprendre les aspects culturels de chaque
pays ? (Ce n’est pas parce que cela fonctionne
à l’ouest qu’il en sera de même
à l’est). Les entreprises s’y
engagent en imposant une culture d’entreprise
pure et dure. N’est-il pas temps de considérer
la question de l’intégration aux économies
mondiales sous un angle différent ?
David Dollar :
Je reconnais que chaque pays (voire, différentes
régions au sein d’un même pays)
a sa propre culture. C’est pour cette raison
que les entrepreneurs locaux disposent d’un
énorme avantage sur les multinationales.
L’intégration bénéficie
en majeure partie à des petites et moyennes
entreprises dans les pays en développement
capables d’adapter les institutions et pratiques
locales pour fabriquer des produits utiles pour
le marché international. L’intégration
influencera inévitablement les cultures (comme
c’est le cas depuis l’aube des temps).
La question à laquelle chaque société
doit répondre consiste à déterminer
si elle souhaite vivre dans l’isolement ou
si elle considère que l’interaction
avec d’autres cultures est quelque chose de
sain.
Baruch Ramirez-Rodriguez
: L’économie informelle peut-elle
être une contrainte pour le processus de mondialisation
? Je parle ici des petites entreprises familiales,
des vendeurs de rue et des personnes qui exercent
des activités non réglementées.
David Dollar :
L’économie informelle existe dans tous
les pays à des degrés divers. Ce type
d’économie indique bien si un pays
dispose de bonnes politiques et institutions. Dans
un environnement favorable, bon nombre de petites
et moyennes entreprises formelles feront surface.
En revanche, dans les environnements fortement désorganisés,
en raison d’une réglementation excessive,
d’une forte corruption ou d’infrastructures
non fonctionnelles, tout reste informel et le développement
est quasi impossible. Presque tout le monde reste
pauvre. Aussi, j’aimerais dire que les distorsions
donnant lieu à une économie largement
informelle sont des freins à l’intégration.
Guna Raj Pathak
: Cher Monsieur, pouvez-vous expliquer
en quoi votre stratégie de lutte contre la
pauvreté est liée à la mondialisation
? Les résultats de sa mise en œuvre
sont-ils visibles et dénombrables ? Le Groupe
de la Banque mondiale envisage-t-il des mesures
concrètes contre l’exploitation invisible
des ressources nationales à laquelle se livrent
les souverains féodaux et leurs agents ?
David Dollar :
La Banque mondiale aide les pays en développement
à préparer leurs stratégies
de lutte contre la pauvreté. Ces dernières
traitent en majeure partie de questions liées
à l’éducation primaire universelle,
la santé de base, aux infrastructures rurales
et à d’autres services publics. Nous
constatons que la plupart des pays en développement
veulent être intégrés dans une
certaine mesure à l’économie
mondiale. Si c’est le cas, nous les y aidons
de diverses manières (réforme de l’administration
des douanes, tarifs à l’importation,
ports). La majeure partie du débat sur la
mondialisation oublie de mentionner que l’intégration
ne constitue pas à elle seule une stratégie
efficace de lutte contre la pauvreté.
Marco Maestroni
: Je pense que la croissance du PIB n’est
pas un indicateur fiable de la lutte contre la pauvreté.
Des taux de croissance élevés du PIB
sont accompagnés de fortes inégalités.
Toutefois, cet indice est toujours utilisé
pour rendre compte de l’état de santé
d’un pays. Par conséquent, si une intensification
du commerce a une influence positive sur le PIB,
la mondialisation est bénéfique pour
le pays. Il est difficile d’en déterminer
l’impact réel sur la lutte contre la
pauvreté. Pourquoi l’indice de Gini
a-t-il moins d’importance que la croissance
du PIB pour cette analyse ?
David Dollar :
Pour ce qui est de l’évaluation de
l’impact, je conviens que la croissance du
PIB en tant que telle n’est pas un bon indicateur
du niveau de bien-être de la population. La
Banque mondiale a travaillé avec les pays
pauvres pour élaborer des enquêtes
de grande qualité auprès des ménages
permettant de mesurer minutieusement le taux de
pauvreté et d’inégalité
ainsi que des résultats à caractère
social tels que l’alphabétisation et
l’état de santé. C’est
là l’une de ses meilleures contributions.
J’ai passé plus de six ans à
conseiller le Vietnam sur des questions macroéconomiques
et commerciales (1989-95). Des études poussées
au début et à la fin de cette période
indiquent que la pauvreté a très rapidement
baissé de moitié. Lorsque j’affirme
que l’intégration peut fortement contribuer
à la lutte contre la pauvreté, je
me base sur l’analyse des données relatives
aux ménages, laquelle indique leur consommation
réelle ainsi que leur niveau d’éducation
et de santé.
Brad Hazelwood :
Je suis loin d’être un écologiste
radical. Cela étant dit, pensez-vous que
la mondialisation contraint les pays à faibles
revenus à restreindre leurs normes environnementales
et leurs frais généraux afin d’être
compétitifs ?
David Dollar :
Les pays en développement qui affichent les
meilleurs résultats en termes de mondialisation
– la Chine, l’Inde, le Chili, l’Ouganda,
le Maroc, pour n’en nommer que quelques-uns
dans différentes régions du monde
– n’ont pas limité leurs normes
environnementales. En réalité, la
plupart d’entre eux ont renforcé leur
réglementation au cours de la dernière
décennie. Rien ne prouve que les investissements
sont concentrés dans des endroits sales et
pollués – c’est plutôt
l’inverse. L’intégration peut
renforcer la pression économique et épuiser
des ressources, notamment celles des forêts
et de la pêche. L’ouverture doit donc
s’accompagner d’une forte réglementation
de l’environnement. Dans les pays les plus
mondialisés (Pays-Bas, Singapour), la réglementation
environnementale est rigoureuse. Il est dès
lors évident que ces deux éléments
ne sont pas nécessairement en contradiction.
Indra Prasad Mandal
: Comment la mondialisation contribue-t-elle
à réduire le nombre de pauvres dans
les pays en développement ? Pour autant que
je sache, elle y a renforcé les inégalités
et accéléré la dégradation
de l’environnement. La plupart des démunis
et des marginalisés qui y vivent n’en
tirent aucun bénéfice. J’ai
constaté que la majeure partie des sociétés
établies dans des pays en développement
tels que le Népal se demandent comment elles
peuvent satisfaire leurs besoins de base. Elles
ne disposent même pas de quoi se nourrir le
lendemain. Dans de telles conditions, comment la
mondialisation peut-elle aider les pauvres des pays
en développement à satisfaire leurs
besoins de base ?
David Dollar :
La mondialisation est une question d’intégration
économique et sociale entre les pays. Au
cours des 20 dernières années, les
pays en développement les mieux intégrés
à l’économie mondiale ont enregistré
les taux de croissance et de réduction de
la pauvreté les plus rapides. Le Vietnam
en est un bon exemple puisqu’il est parvenu
à faire baisser de moitié la population
de pauvres en une décennie. L’intégration
a engendré une augmentation du prix des produits
proposés par de pauvres agriculteurs –
le riz, le poisson, les noix de cajou - et a également
créé un nombre important d’emplois
dans des entreprises de fabrication de chaussures
et de vêtements, emplois qui permettent de
gagner davantage que les opportunités proposées
au Vietnam. Il n’est en général
pas exact d’affirmer que la mondialisation
accroît les inégalités au sein
des pays. Au Vietnam, l’ouverture du pays
n’a eu aucune influence sur la répartition
des revenus. Si les inégalités se
sont renforcées dans certains pays, elles
se sont aussi atténuées dans d’autres.
L’intégration est une source d’opportunités
mais les pauvres ne peuvent en bénéficier
que s’ils ont été éduqués
et ils disposent notamment d’une terre ou
d’avoirs. Bon nombre d’entre eux sont
délaissés par la mondialisation parce
que leurs gouvernements ne fournissent pas ces services
de base.
Abdurashid Solijonov
: Quelles sont les principales politiques
qui permettent d’éviter que la mondialisation
nuise aux pays en développement ? Pensez-vous
que ces politiques peuvent être mises en œuvre
sans limiter le rôle des pays riches ?
David Dollar :
Selon moi, tout le monde peut bénéficier
de la mondialisation, riches et pauvres. Les populations
des pays riches sont vieillissantes mais jouissent
encore d’un capital conséquent et d’un
grand nombre de technologies. Les populations des
pays en développement sont importantes et
jeunes. Ces deniers doivent donc créer de
nombreux emplois au cours des prochaines décennies.
La mondialisation peut bénéficier
aux pays nantis ou non si elle facilite le transfert
de capitaux et de technologies vers le sud et de
la main d’œuvre vers le nord. Ce processus
donnera lieu à une certaine désorganisation,
et l’intégration ne pourra réussir
qu’à condition d’être gérée
par des institutions et des politiques adaptées.
Gillian Virata :
Tant de spécialistes ont écrit et
déclaré qu’il faut supprimer
les subventions agricoles pour aider les plus pauvres.
Ne faudrait-il pas encourager de nouvelles initiatives
pour que ces déclarations parviennent aux
ONG, aux consommateurs et à d’autres
groupes dans le but de déclencher une levée
de boucliers contre les subsides, laquelle a cruellement
fait défaut ?
David Dollar :
Je suis tout à fait d’accord avec vous
lorsque vous dites qu’il faut convaincre les
ONG, les consommateurs et d’autres groupes
de réduire les subventions agricoles des
pays riches. Cela permettrait aux pays pauvres de
disposer d’un plus grand nombre d’opportunités
commerciales et d’augmenter les revenus des
agriculteurs. Je crains que le mouvement anti-mondialisation
n’ait donné, à tort, l’impression
aux pays riches que le commerce nuit aux pays pauvres
et aux pauvres eux-mêmes et qu’il est
plus difficile de convaincre les groupes de soutenir
des efforts permettant aux pays défavorisés
de procéder plus facilement à des
échanges commerciaux. Les activistes qui
souhaitent défendre la cause des pauvres
dans les pays en développement devraient
faire tout ce qui est en leur pouvoir pour leur
faciliter l’accès aux marchés
américains ou autres - et non l’inverse.
Rachel Lauer :
Pensez-vous que les initiatives récentes
visant à supprimer la dette du tiers-monde
vont amener à modifier le modèle actuel
de la mondialisation ? Quelle est la prochaine étape
?
David Dollar :
Les engagements pris en faveur de la réduction
des dettes des pays pauvres ont constitué
une initiative importante qui a permis à
bon nombre d’entre eux de faire table rase
et d’aborder l’intégration sans
avoir à supporter le fardeau d’anciennes
dettes. Le soulagement des dettes à lui seul
ne constitue toutefois pas une solution magique
en matière de lutte contre la pauvreté.
Reste à savoir si le pays est en mesure ou
non de mettre en place des institutions et des politiques
fonctionnelles. Soulager les dettes permet de repartir
à zéro mais les pays doivent encore
pouvoir instaurer des institutions telles que la
propriété et l’autorité
de la loi.
Catalina Quintero
: Selon la théorie de la dépendance,
les pays du tiers monde doivent renoncer aux liens
noués avec les pays industrialisés
oppresseurs pour se développer. Considérez-vous
que ce point de vue est valable et dans ce cas,
pourquoi ? Par ailleurs, s’il m’est
permis de poser une autre question, j’aimerais
vous demander comment des politiques généralement
uniquement favorables aux pays industrialisés
peuvent bénéficier au tiers-monde
s’il est vrai que les pays industrialisés
contrôlent à ce point la Banque mondiale
et d’autres organisations. Merci beaucoup.
David Dollar :
Les pays en développement influencés
par la théorie de la dépendance ont
tenté d’évoluer en s’isolant
au cours de la majeure partie des années
60 et 70. ,Les résultats ne se sont toutefois
pas révélés très satisfaisants.
La pauvreté mondiale a continué à
progresser tout au long de cette période.
Sous l’impulsion de la Chine et de l’Inde,
les pays en développement ont modifié
leur stratégie pour l’axer sur l’intégration
et cette évolution semble être payante
(le nombre absolu de pauvres dans le monde est en
baisse depuis 1980 environ). En ce qui concerne
la Banque mondiale, il est exact que les pays riches
représentent la majeure partie de l’actionnariat.
Mais je pense que des états tels que la Chine,
l’Inde, le Mexique et le Brésil sont
parvenus à utiliser la Banque très
efficacement pour faciliter leurs propres programmes
de développement. Aucun d’entre eux
n’emprunterait de l’argent à
la Banque ou ne lui demanderait conseil s’il
ne considérait ces services comme extrêmement
utiles.
Mehmet Babacan :
Que pensez-vous de l’aide apportée
par les multinationales aux pauvres des pays en
développement ? Font-elles progresser les
politiques gouvernementales des pays industrialisés
ou leur nuisent-elles ?
David Dollar :
Les pays en développement se sont montrés
hostiles aux multinationales pendant de nombreuses
décennies. Cependant, au cours des dix dernières
années, la plupart d’entre eux a changé
son fusil d’épaule et a reconnu leur
utilité que ce soit en matière de
nouvelles technologies, de réseaux de marketing
ou de création d’emplois. Il est à
craindre que dans les petits pays, les multinationales
exercent une influence négative sur la politique
gouvernementale, alors que les gouvernements de
grands pays tels que la Chine, le Brésil,
l’Inde et le Mexique sont parvenus à
mettre en place des cadres solides qui contraignent
ces entreprises à s’adapter à
la stratégie de développement du pays.
shamsi mhina :
Monsieur, j’aimerais savoir de quelle manière
la mondialisation va réduire le taux d’analphabétisme
dans des pays en développement tels que la
Tanzanie ? Quelles seront les conséquences
de la fuite des cerveaux pour les pays en développement
?
David Dollar :
La mondialisation peut encourager l’alphabétisation
de diverses manières : en augmentant les
revenus familiaux pour inciter ces familles à
envoyer les enfants à l’école,
en aidant les gouvernements à prélever
plus d’impôts pour qu’ils soient
en mesure de financer l’éducation de
manière plus efficace ou en améliorant
les technologies utilisées dans le domaine
de l’éducation (à travers l’apprentissage
à distance par exemple). D’un autre
côté, le risque d’exode des cerveaux
sera plus grand en cas de mobilité accrue
de la main-d’œuvre internationale. Plusieurs
économies en développement sont parvenues
à convaincre des personnes instruites de
revenir en mettant en place des environnements favorisant
le lancement d’entreprises et les amenant
à utiliser leur esprit d’entreprise.
Ivan Kozic de Croatie
: La mondialisation a posé un énorme
défi pour la Banque mondiale. Tout le monde
conviendra que la politique de la Banque n’a
pas toujours produit des résultats satisfaisants.
Prépare-t-elle une nouvelle politique globale
pour traiter les problèmes de la mondialisation
?
David Dollar :
La Banque mondiale enregistre des succès
et des échecs au fil du temps. Elle a appris
qu’il n’était pas très
efficace d’essayer de changer les politiques
d’un pays en posant des conditions précises.
Aussi avons-nous choisi de nous orienter vers un
mode axé davantage sur l’apprentissage
nous permettant d’aider les gouvernements
locaux et nationaux à déterminer les
changements institutionnels et politiques grâce
auxquels ils pourront atteindre leurs objectifs.
Vous seriez surpris d’apprendre que la Banque
est assez populaire dans de nombreux pays qui considèrent
qu’elle aide les communautés à
développer et financer de nouvelles approches
en matière d’éducation, de santé,
d’eau et d’autres services publics importants.
Diakité Ismael :
La mondialisation va de pair avec le commerce, les
investissements, l’environnement matériel
ainsi que l’aide dans la lutte contre le SIDA.
Tous ces domaines sont maîtrisés par
des « pays riches ». Comment les pays
pauvres et les plus pauvres d’entre eux, fortement
influencés et dominés par les pays
riches et industrialisés, peuvent-ils faire
face aux multinationales et négocier des
accords susceptibles de leur apporter des solutions
garantissant un commerce rentable, des investissements
de capitaux bénéfiques, un environnement
propre, sûr et durable, une aide sans corruption
et des ressources humaines en bonne santé
?
David Dollar :
De grands pays en développement tels que
le Brésil, la Chine, le Mexique et l’Inde
sont parvenus à inciter les multinationales
à se livrer concurrence pour fournir des
services de bonne qualité et transférer
des technologies. C’est plus difficile lorsqu’il
s’agit de petits états et je pense
qu’il importe en Afrique de procéder
à une intégration plus régionale
et de mettre en place des institutions à
ce niveau pour développer une économie
nationale capable de tirer parti de l’interaction
avec l’économie mondiale.
rishi :
Qu’entend-t-on par mondialisation ?
David Dollar :
Je me plais à définir la mondialisation
comme l’intégration croissante des
économies et des sociétés du
monde entier résultant du développement
des échanges de biens, de services, de capitaux,
de technologies et d’idées.
sicelo (étudiant
à l’UCONN) : Dr Dollar, sans
vous attacher à considérer la mondialisation
comme un échec pour les pauvres, comment
en faire une question de respect des droits de l’Homme
? Pouvez-vous nous parler des liens entre la pauvreté
et la faim, véritables violations des droits
de l’homme ? Que faire ? Et de quelle manière
? Quel est le rôle de la Banque mondiale en
la matière ? Ses programmes d’ajustement
structurels ne la rendent-ils pas responsable d’une
partie voire de l’ensemble de la pauvreté
dans les pays en développement ? Pourquoi
les pauvres doivent-ils avoir confiance en la Banque
mondiale ? Merci. Sicelo.
David Dollar :
J’estime personnellement que la faim et l’analphabétisme
sont des questions relevant des droits de l’Homme.
La Banque a pour rôle de lutter contre la
pauvreté, terme englobant largement l’illettrisme
et l’absence de soins de santé de base.
La Banque a certainement commis des erreurs, mais
elle a également contribué à
de nombreux succès. J’affirme, en me
basant sur les éléments qui l’indiquent,
que les institutions et les politiques des pays
en développement constituent la solution
par excellence pour lutter contre la pauvreté
et améliorer le quotidien de la population.
Lorsque des institutions et des politiques raisonnables
sont en place, comme c’est le cas aujourd’hui
dans de nombreux pays en développement, l’aide
financière de la Banque mondiale est très
productive et accélère la croissance
ainsi que la lutte contre la pauvreté. D’un
autre côté, lorsque des institutions
sont déstabilisées et corrompues,
il est difficile de fournir une aide financière
utile à grande échelle. La Banque
mondiale a tiré cette leçon et concentre
désormais son aide sur des gouvernements
relativement satisfaisants dans les pays en développement.
Melissa Yan :
M. Dollar, je suis étudiant à l’Université
de New York et je travaille actuellement sur une
thèse de premier cycle qui traite de l’économie
du travail dans les pays en développement
et, en particulier, des effets de la mondialisation
sur la main-d’œuvre enfantine dans le
tiers-monde. Pensez-vous être en mesure de
me soumettre les coordonnées de quelqu’un
qui pourrait me fournir un complément d’information
sur ce sujet ? Merci beaucoup !
David Dollar :
D’excellentes études indiquent que
l’intégration permet également
de lutter contre la main-d’œuvre enfantine,
comme au Vietnam par exemple. Eric Edmonds du Dartmouth
College en a publié plusieurs sur ce thème.
Vous pourrez probablement mettre la main dessus
sur Internet. Le site Web de la Banque mondiale
sur la recherche propose également des documents
sur la main-d’œuvre enfantine, à
l’adresse suivante http://econ.worldbank.org.
Joseph Silva :
Que fait la Banque pour encourager les États-Unis,
l’Europe et d’autres pays du nord à
réduire les subventions agricoles ou autres
et à ouvrir leurs marchés aux produits
pour lesquels les pays du sud sont les plus compétitifs
?
David Dollar :
La Banque mondiale est devenue l’un des principaux
défenseurs de la réduction du protectionnisme
dans les pays riches pour le plus grand bénéfice
des produits des pays en développement. Les
études de la Banque mondiale sur les coûts
que ces pays riches imposent aux pays pauvres sont
fréquemment mentionnées dans ce débat
et je pense que la recherche est l’une des
contributions majeures de la Banque. En plus de
la recherche, ses principaux porte-parole essaient
de maintenir cette question à l’avant-plan
des débats portant sur les politiques industrielles
nationales.
Joseph Silva :
Que pouvez-vous nous dire de la lettre que Robert
Zoellick a adressée au journal The Economist
dans laquelle il explique à force de détails
que les subventions de l’Amérique doivent
être maintenues parce que ses importations
dépassent ses exportations de 500 milliards
de dollars ? Considérez-vous qu’il
s’agit là d’un argument équitable
pour tous les pays en développement (même
ceux dont le déficit commercial n’est
pas important) ?
David Dollar :
Selon moi, les subventions agricoles et le protectionnisme
du Japon, de l’Europe et des États-Unis
nuisent véritablement aux pays en développement
et ne sont pas particulièrement des politiques
efficaces pour ces pays riches. Il devrait être
possible d’aider les agriculteurs et les communautés
rurales des pays riches à l’aide de
méthodes plus favorables aux pays en développement.
Nam Long :
En cas de mondialisation, comment préserver
les emplois des pauvres ? Celle-ci a-t-elle des
retombées négatives pour les pays
en développement ?
David Dollar :
L’intégration à l’économie
mondiale comporte des coûts et des avantages.
Il y aura sans nul doute une suppression d’emplois
et les entreprises ainsi que les employés
seront encouragés à se tourner vers
de nouvelles activités. Il a été
démontré que l’intégration
permet de créer davantage d’emplois
qu’elle n’en supprime et que, dans les
pays en développement, elle peut engendrer
une croissance rapide et diminuer la population
de pauvres. Le Bangladesh, le Vietnam, la Chine,
l’Inde et l’Ouganda par exemple ont
enregistré la plus forte réduction
du taux de pauvreté au cours des 15 dernières
années, ce qui a renforcé leur intégration
à l’économie internationale.
Lorsque la suppression et la création d’emplois
s’accélèrent, il est important
que des filets de sécurité efficaces
soient mis en place pour aider les gens à
opérer la transition.
Dr Ashok Khemka
: Cher M. Dollar, permettez-moi de signaler
que l’anti-intégration (ou l’anti-mondialisation)
n’est en aucun cas faisable étant donné
qu’il est nécessaire d’adopter
de nouvelles technologies pour exister sur la scène
internationale. Cette intégration n’est
pas un phénomène datant du 20ème
ou du 21ème siècle ; il remonte à
l’aube des temps, tout d’abord à
l’avènement de la Révolution
industrielle et à présent à
celle de la communication et de l’information.
Permettez-moi cependant de vous demander si l’intégration
économique est uniquement une intégration
des marchés de capitaux, à savoir,
la facilitation du commerce et des investissements
au-delà des frontières politiques
? Qu’en est-il de l’intégration
des marchés du travail ? Pourquoi les institutions
telles que la Banque mondiale, le FMI ou l’OMC
n’encouragent-elles pas des régimes
plus souples pour les visas afin de faciliter la
mobilité des travailleurs d’une frontière
politique à l’autre ? Les mesures législatives
s’opposant à la délocalisation
ou celles limitant le nombre de visas H1-B ne sont-elles
pas défavorables à un esprit d’intégration
économique plus large et ne permettent-elles
pas de lutter plus facilement contre la pauvreté
et l’inégalité ? Dans quelle
mesure la mondialisation peut-elle améliorer
la santé et l’éducation de la
population, le transfert des connaissances et la
mise en place d’institutions, y compris le
développement de marchés dans des
pays moins développés ? Pouvez-vous
dépeindre le rôle des institutions
internationales à cet égard ?
David Dollar :
Des études de la Banque mondiale font ressortir
que différents types d’intégration
peuvent aider les pays en développement à
s’épanouir et à lutter contre
la pauvreté. Dans notre rapport, intitulé
« Mondialisation, croissance et pauvreté
», nous indiquons que la migration des pays
en développement vers les pays riches a contribué
à freiner la pauvreté dans des pays
tels que le Mexique en créant un flux d’envois
de fonds et en ôtant la pression exercée
sur le marché du travail dans le pays d’origine.
Notre programme de recherche sur la migration internationale
prend de l’importance et nous avons souligné
que cette question est primordiale pour les pays
pauvres. À l’heure actuelle, les envois
de fonds émanant des travailleurs de pays
en développement au sein des membres de l’OCDE,
destinés à leurs familles, représentent
près du double de l’aide étrangère.
La preuve en est que l’intégration
peut aider les pays en développement à
améliorer le niveau de vie de leur population,
dont la qualité de la santé et de
l’éducation. Selon moi, cela vaut pour
les échanges commerciaux, les investissements
directs et la migration de la main-d’œuvre.
konan françois
kouadio : Que pensez-vous de l’attitude
des pays en développement dans le cadre de
la mondialisation ? Que doivent-ils faire pour aider
l’Afrique ? Merci.
David Dollar :
Un sondage récent du Pew Center sur les comportements
en matière de mondialisation dans le monde
indique que la mondialisation suscite un enthousiasme
plus important dans les pays en développement
que dans les pays riches. En Afrique par exemple,
la plupart des ménages estiment que les investissements
des multinationales sont une bonne chose pour leur
pays et pour le développement du commerce.
Je pense que bon nombre de pays en développement
désirent intensifier leurs échanges
commerciaux internationaux et les investissements.
Néanmoins, les pays à faibles revenus
ont besoin d’une aide importante pour les
doter de ports, de routes et d’une administration
douanière. L’aide étrangère
est très importante pour les pays qui tentent
de s’intégrer au commerce mondial.
Il faudrait dès lors la renforcer.
Subbiah :
La mondialisation n’est pas une nouvelle théorie
ou pratique. Dès lors, pourquoi ce mot fait-il
réagir tout le monde et de quelle manière
les pays industrialisés contribuent-ils à
un tel usage abusif ?
David Dollar :
Il est exact que la mondialisation existe depuis
l’aube des temps. Cependant, je pense que
le processus s’est accéléré
au cours de ces dernières décennies
en raison d’avancées technologiques
et de réformes dans les pays en développement.
Ce changement rapide est souvent déstabilisant
et la plupart des sociétés souhaitent
le contrôler ou le gérer de manière
rationnelle, ce qui est certainement possible.
steven :
Pourriez-vous me donner la définition exacte
de la mondialisation?
David Dollar :
Je me plais à définir la mondialisation
comme étant l’intégration croissante
des économies et des sociétés
du monde entier résultant du développement
des échanges de biens, de services, de capitaux,
de technologies et d’idées.
M. Rajeev Sen :
Peut-on considérer que la mondialisation
est durable alors que le déficit américain
va atteindre un record cette année (477 milliards
de dollars en 2004) et se creuser davantage en cas
de réduction supplémentaire des impôts
ou d’augmentation des dépenses, que
le nombre d’emplois est en baisse et que 56
pour cent des personnes estiment qu’il est
difficile de trouver un emploi ? Cela affectera-t-il
le financement des programmes de lutte contre la
pauvreté, en sachant que l’aide a chuté
de 0,5 pour cent du PIB au début des années
60 pour atteindre environ 0,22 % ?
David Dollar :
Étant donné que la population des
pays riches est vieillissante, elle doit épargner
pour l’avenir. Les importants déficits
fiscaux sont tout sauf des épargnes ; ils
rendent peu probable la perspective d’une
croissance et d’une intégration en
douceur à l’avenir.
Chaquimone Da Conceicao
Gumbe : Dans quelle mesure peut-on affirmer
que le processus de mondialisation économique
délaisse le tiers-monde ?
David Dollar :
Le tiers-monde est assez divisé. Certains
pays s’intègrent rapidement à
l’économie mondiale et en tirent des
avantages importants. La Chine en est le meilleur
exemple. L’Inde, le Vietnam, le Chili, le
Mexique, l’Ouganda en sont d’autres
pour ne citer que ceux-là. D’un autre
côté, les échanges commerciaux
de certains pays du tiers-monde sont moins importants
qu’il y a 20 ans et ces états ne sont
pas du tout impliqués dans la mondialisation.
Il faut également tenir compte des pays qui
connaissent une situation intermédiaire.
Chaquimone Da Conceicao
Gumbe : Est-il exact que le processus de
mondialisation économique n’est ni
nouveau ni équitable ? Veuillez justifier
votre réponse.
David Dollar :
La mondialisation existe depuis longtemps (depuis
l’aube des temps), mais ce qui fait l’originalité
de ce cycle, c’est la rapidité des
communications contemporaines et des déplacements.
Les personnes du monde entier se connaissent mieux
que jamais. Je pense qu’un sentiment de communauté
mondiale est en train de se mettre en place. La
mondialisation n’est pas un processus équitable.
Les pays riches évoluent progressivement
pour la plupart. Ce que je trouve intéressant,
c’est que la moitié des pays en développement
s’intègre très rapidement à
l’économie mondiale et que c’est
dans ces pays que l’on constate la croissance
et la réduction de la pauvreté les
plus élevées au monde. La Chine, l’Inde,
le Vietnam, le Chili, le Mexique, l’Ouganda
en sont des exemples. D’un autre côté,
l’autre moitié des pays en développement
ou presque semble à peine intégrée.
Gerardo Angeles
: La libéralisation économique
a-t-elle renforcé les inégalités
au sein des pays et entre ceux-ci au cours des deux
dernières décennies ?
David Dollar :
Non. Les inégalités se sont creusées
dans le monde pendant plus de 100 ans, jusqu’en
1980 environ. Depuis cette date, une baisse timide
a été provoquée par une croissance
mondiale plus rapide dans des pays tels que la Chine
et l’Inde, assez pauvres il y a 20 ans. Les
années 90 ont été la première
décennie au cours de laquelle les pays en
développement se sont développés
plus rapidement que les pays industrialisés.
Il est probable que cette tendance se poursuivra.
Au sein des pays, certains ont enregistré
des inégalités plus importantes (comme
la Chine et les États-Unis), mais d’autres
ont vu ces inégalités s’atténuer.
Dans bon nombre de pays, elles sont restées
relativement stables. Un complément d’information
à ce sujet vous est proposé sur mon
site Web. Cliquez sur David Dollar dans le répertoire
du personnel du département de la recherche
(http://econ.worldbank.org).
Michal Korczynski
: Bonjour. J’aimerais demander à
M. David Dollar ce qu’il pense de l’asymétrie
relative au capital social généré
entre les pays à revenus faibles et élevés.
Admet-il que ce type de capital social exclusif
rend la participation des pays à faibles
revenus quasi-impossible ? Si c’est exact,
cela voudrait dire que la mondialisation ne peut
aider les pays à faibles revenus à
lutter contre la pauvreté. Cette situation
ne se justifie toutefois pas uniquement par des
arguments d’ordre économique. De plus,
cela signifierait que même certaines activités
du secteur économique ne peuvent être
utiles pour lutter contre la pauvreté lorsque
les barrières sociales et la non-participation
aux réseaux sociaux mondiaux atteignent un
tel niveau (comme dans les pays pauvres).
David Dollar :
Je reconnais qu’un certain capital social
permet de tirer parti de la mondialisation mais
je ne suis pas d’accord pour dire que les
pays à faibles revenus en manquent continuellement.
Il y a 20 ans, la Chine et l’Inde étaient
plus pauvres que l’Afrique sub-saharienne
et comptaient près de 70 pour cent de la
population mondiale extrêmement pauvre (disposant
de moins de 1 dollar par jour). La Chine et l’Inde
ont grandement bénéficié de
l’intégration à l’économie
mondiale et j’ajouterais qu’ils se sont
servis de leurs excellentes institutions et de leur
capital social avec des politiques plus ouvertes
qui ont stimulé une croissance rapide et
une réduction sans précédent
de leur taux de pauvreté. D’autres
pays à faibles revenus ont enregistré
une croissance impressionnante et une forte diminution
de leur population de pauvres, en partie grâce
à la mondialisation : le Bangladesh, l’Ouganda
et le Vietnam en sont des exemples. Il est toutefois
évident que bon nombre de pays à faibles
revenus disposent d’institutions et de gouvernements
faibles et qu’ils ne participent pas beaucoup
ou ne jouissent pas énormément de
la mondialisation.
N A S :
Quelles sont les conséquences de la mondialisation
en matière d’inégalité
des sexes dans les pays en développement
?
David Dollar :
Les conséquences sont sans nul doute complexes.
Dans certains pays en développement, la mondialisation
a créé de nombreux emplois pour les
femmes (par exemple au Mexique, au Bangladesh et
en Chine) et a renforcé leur rentabilité
ainsi que leur statut économique. Dans les
économies les plus ouvertes, comme celles
des Pays-Bas ou de la Suède, les femmes ont
tendance à avoir un statut relativement élevé,
alors que bon nombre de sociétés fermées
affichent une discrimination à leur égard
(le régime Taliban en Afghanistan par exemple).
Christopher Lee
: Peut-on faire quelque chose pour les
pays dans lesquels la mondialisation n’a pas
été bénéfique ou n’a
eu aucun effet ?
David Dollar :
La mondialisation ressemble à un train à
grande vitesse : pour monter à bord, les
pays doivent « construire un quai ».
J’entends par là mettre en place un
cadre législatif favorable, une éducation
de base et des services de santé pour la
population ainsi que des infrastructures fiables.
Lorsque le gouvernement est réellement corrompu
et incompétent, une agence extérieure
ne peut faire grand chose. D’un autre côté,
lorsque le gouvernement fait réellement ce
qu’il peut pour proposer des services essentiels,
diverses aides extérieures peuvent permettre
au pays d’atteindre ses objectifs.
R. Ponnusamy :
Cher Monsieur, pouvez-vous certifier que la mondialisation
a aidé les pays à faibles revenus
à lutter contre la pauvreté ? Beaucoup
d’autres questions environnementales et sociales
jouent également bien souvent un rôle
vital dans ce domaine. Avez-vous pris des mesures
efficaces sur ce plan ? Je vous remercie. Bien à
vous, M. R. Ponnusamy
David Dollar :
Il est impossible de le garantir. Tout indique que
l’intégration va aider les pays en
développement à s’épanouir
plus rapidement et à créer davantage
d’emplois mais que des emplois seront également
supprimés et qu’il y aura une certaine
désorganisation. Rien ne prouve que l’intégration
restreint les normes environnementales ou sociales.
Les pays les mieux intégrés, tels
que les Pays-Bas et la Suède, disposent de
mesures solides en matière de protection
de l’environnement et de développement
social.
Giby Varghese :
En Inde, si les riches sont de plus en plus riches
et les pauvres de plus en plus pauvres, cela s’explique-t-il
par la mondialisation. Dans ce cas, quelle solution
apporter à ce problème ?
David Dollar :
Il n’est pas exact que les pauvres sont de
plus en plus pauvres en Inde. Les sondages auprès
des ménages en Inde révèlent
que ce pays a enregistré une forte réduction
de la pauvreté au cours des années
nonante. L’intégration à l’économie
mondiale a stimulé les emplois à l’extérieur
des fermes, ce qui a été l’un
des éléments essentiels pour améliorer
l’existence des pauvres. Le site Web de la
Commission de planification de l’État
vous fournit des données détaillées
sur la lutte contre la pauvreté en Inde,
ainsi que sur les améliorations réalisées
en matière d’éducation et d’autres
indicateurs sociaux.
Ralf Leiteritz :
Ne faut-il pas se demander comment les pauvres sont
dénombrés dans le monde ? Plusieurs
études empiriques utilisent diverses techniques
de comptage, que ce soit entre ou au sein des pays,
et arrivent à des conclusions totalement
différentes quant à l’impact
de la mondialisation. Dès lors, pouvez-vous
affirmer honnêtement être en mesure
d’apporter une réponse sans ambiguïté
à une question complexe sans déclarer
« ça dépend » comme c’est
si souvent le cas ?
David Dollar :
Plusieurs chercheurs sérieux du milieu universitaire
qui ont étudié la pauvreté
conviennent que la Chine et l’Inde ont tous
deux enregistré une réduction considérable
de la pauvreté depuis 1980 environ. À
cette époque, ces pays comptaient la plus
forte population de pauvres au monde. Dès
lors, il ne fait aucun doute que la pauvreté
a diminué au cours de cette récente
vague de mondialisation. Il est vrai qu’il
est possible de recourir à diverses approches
qui aboutissent à des estimations différentes.
Mais si vous étudiez la période écoulée
avec méthodologie, vous ne pouvez que conclure
que la pauvreté en Chine et en Inde a connu
une baisse spectaculaire. Par ailleurs, il est incontestable
que le taux de croissance des pays en développement
est plus rapide que celui des pays industrialisés.
Il s’agit là du principal moteur d’inégalité
dans le monde. Beaucoup de choses horribles se passent
sur la planète, mais commençons au
moins le débat en considérant des
faits exacts. L’émergence de la Chine
et, dans une moindre mesure, de l’Inde est
un phénomène mondial nouveau et important.
Si la tendance actuelle persiste, il s’agira
des deux économies les plus importantes au
monde d’ici le milieu de ce siècle.
Saleem Ali :
Comment réagissez-vous aux critiques émises
par des internes de la Banque mondiale tels que
Stiglitz et Easterly ?
David Dollar :
Stiglitz et Easterly n’ont jamais pris part
aux opérations de la Banque mondiale. Aussi,
je ne les considère pas comme des «
internes ». C’est une bonne chose de
disposer de critiques universitaires avisés
comme eux. Toutefois, il semble qu’ils reviennent
tous les deux sans cesse sur des aspects négatifs
de l’intégration et des activités
de la Banque mondiale. La Chine et l’Inde
sont les deux pays qui ont reçu le plus d’aide
de la part de la Banque mondiale au cours des années
90 ; l’Ouganda, le Bangladesh et le Vietnam
comptent parmi les autres pays en ayant largement
bénéficié. Tous ceux-ci ont
connu un certain succès en matière
de lutte contre la pauvreté (la Chine y est
parvenue de manière spectaculaire). Le mérite
revient évidemment en grande partie aux sociétés
et aux gouvernements de ces pays mais je pense que
la Banque mondiale a pu apporter des contributions
utiles dans chacun d’entre eux. La moindre
des choses, c’est que les contribuables qui
soutiennent la Banque mondiale sachent que la majeure
partie de leur aide est apportée via la Banque
mondiale à des pays qui sont parvenus à
réduire le taux de pauvreté. Je ne
suis pas certain que ce soit le sentiment que procurent
les ouvrages de Stiglitz et Easterly. Les erreurs
en matière de développement sont nombreuses
et la Banque mondiale peut tirer bien des leçons
de ses propres erreurs – que Lant Pritchett
et moi-même avons répertoriées
dans le cadre d’Assessing Aid – mais
dans l’ensemble, je pense que la Banque mondiale
parvient à compenser les quelques erreurs
commises avec bon nombre d’excellents travaux
et de réussites. Mais l’équilibre,
cela ne fait probablement pas vendre de livres.
Roberto b :
En partant du principe que la mondialisation résulte
en majeure partie des nouvelles technologies et
des échanges entre pays industrialisés,
serait-il exact d’affirmer qu’il y a
d’une part les pays MONDIALISANTS et d’autre
part les pays MONDIALISÉS ?
David Dollar :
Les pays riches ont fait preuve d’ouverture
de bien des manières pendant un certain temps
(mais pas à tous les égards, comme
en matière d’immigration). J’estime
que la véritable nouveauté des vingt
dernières années est la décision
de nombreux pays en développement de s’intégrer
à l’économie mondiale. Dès
lors, je pense qu’il est utile de considérer
la Chine, le Vietnam, le Mexique et d’autres
pays comme des pays en développement mondialisants.
Bon nombre d’autre pays en développement
sont à peine impliqués dans la mondialisation
moderne, généralement parce qu’ils
ne disposent pas d’institutions complémentaires
tels que des droits de propriété,
une autorité de la loi ou des infrastructures
fonctionnelles.
Stojan Jakotyc :
Pourquoi la mondialisation a-t-elle amélioré
la situation des pays asiatiques et non celle des
pays d’Afrique subsaharienne ? Est-ce parce
que certains sont trop paresseux ou trop stupides
pour travailler correctement ?
David Dollar :
Je n’affirmerais pas que les échecs
en matière de développement sont dus
à la paresse ou la stupidité. Tout
indique que les pays peuvent tirer parti de la mondialisation
s’ils ont mis en place certains éléments
fondamentaux, dont des droits de propriété,
des cadres législatifs adaptés, une
éducation et des services de santé
de base ainsi que des infrastructures décentes.
Il est encourageant de constater que des pays aux
profils très variés sont parvenus
à trouver diverses méthodes pour évoluer
dans ce cadre. En Afrique, les progrès de
l’Ouganda et d’autres pays sont prometteurs.
Je persiste à croire qu’avec le temps,
l’intégration bénéficiera
à tous.
Joseph Chen :
Dans quelle mesure la Chine tire-t-elle parti de
la mondialisation ?
David Dollar :
Les Chinois appellent leur mouvement réformateur
« gai ge kai fang », ce qui a été
traduit de manière assez globale par «
réformer le système, ouvrir la porte.
» Ils considèrent clairement qu’il
est essentiel de faire preuve d’ouverture
pour leur développement. L’accroissement
de leurs échanges a été extraordinaire.
Des pays en développement, c’est celui
qui reçoit le plus grand nombre d’investissements
directs. De plus, beaucoup d’étudiants
partent à l’étranger pour retourner
ensuite en Chine. Je dirais que ces divers aspects
de la mondialisation ont tous été
très importants pour permettre à la
Chine d’émerger rapidement en tant
que puissance économique mondiale.
Merci d'avoir participé
à cette discussion.
Pour un complément d’information, voici
quelques ressources que David Dollar a mentionnées
dans le cadre de cet échange :
|