Banque mondiale

Accueil •  Plan du site •  Index •  FAQ •  Contacts 

À propos Pays et régions Données et recherche Apprentissage Actualités Projets Publications Thèmes
Discussion-Vous avez la parole!  

Recherche

 

  
 
 
Discussion en direct avec John Wilton sur le Marché du développement - 17 decémbre 2003
John Wilton, le Vice-président de la Stratégie, la Finance et la Gestion des risques de la Banque mondiale et également l'un des organisateurs du Marché du développement (Development Marketplace), a répondu à vos questions sur la manière avec laquelle les bonnes idées peuvent stimuler le développement.

Pour en savoir davantage sur le Marché du développement, veuillez vous rendre à l’adresse suivante : http://www.banquemondiale.org/developmentmarketplace.


Kayoko : Comment le Marché du développement a-t-il vu le jour ?

John Wilton : Le Marché du développement a été lancé parce qu'il était nécessaire de trouver des idées novatrices au sein de la Banque pour les produits et les services développés dans le cadre du Pacte stratégique de la Banque mondiale en 1997. Cette approche a permis de déboucher sur un certain nombre de nouvelles idées, telles que l’initiative « Faire reculer le paludisme » dont le succès a été jugé suffisant pour ouvrir la porte aux idées venant de l’extérieur en 2000. Cette année-là, marquant l’ouverture du concours, nous avons reçu plus de 1200 candidatures provenant de plus de 100 pays. C’était là le premier indice d’un nouveau tournant. Depuis, nous avons continué à organiser des concours internationaux dans le cadre du Marché du développement tous les 18 à 24 mois. Cette année, l’accent a été mis quasi exclusivement sur les candidatures venant de l’extérieur seulement, deux des 47 projets sélectionnés provenant du Groupe de la Banque mondiale. Cela s’est révélé être une excellente solution pour découvrir des idées novatrices que nous n'aurions jamais pu les trouver.


Lee : Quels sont les projets qui ont tout particulièrement réussi ? Ces projets ont-ils des choses en commun ou sont-ils tous différents ?

John Wilton : Parlons tout d'abord d’une évaluation externe des projets du Marché du développement qui a été réalisée en février 2003. L’analyse des projets financés en 2000 a conclu que près de 40 pour cent d’entre eux méritaient un investissement supplémentaire et qu’on s’y attarde. C’est un excellent pourcentage pour une approche basée sur le capital risque et bon nombre d’investisseurs en capital risque seraient enchantés de pouvoir en bénéficier pour leurs portefeuilles. Parmi certains éléments communs des projets qui sont considérés comme un gage de réussite, citons : 1) des partenaires locaux sur le terrain pour gérer la mise en œuvre, 2) des projets se concentrant sur la livraison de biens et de services plutôt que des conférences, des livres ou des rapports et 3) des projets ciblés ne cherchant pas à ressembler à « un arbre de Noël des services ». En plus des 40 pour cent, l'évaluation a épinglé d'autres projets qui ont rencontré un certain succès sans toutefois être véritablement reproductibles -- nous avons par exemple financé un projet au Brésil qui a permis de modifier la législation sur les squatteurs et sur la réforme agraire. Bien que la réussite ait été totale, ce n’est pas le genre de chose qu’il est possible de mettre en œuvre et de développer dans sept autres pays pour la simple et bonne raison que le cadre législatif est propre à chaque pays.


Luis : L’argent doit-il être dépensé en un an ?

John Wilton : En effet. Nous demandons aux candidats de tester ou de mener une approche novatrice et donc d’essayer d’aboutir à des résultats en un an afin de démontrer si cette approche est réalisable ou non. Nous reconnaissons cependant que lorsqu'il s'agit d'activités de lancement et novatrices, les choses ne se déroulent pas toujours comme prévu. C'est la raison pour laquelle nous accordons parfois une période de grâce dans des circonstances exceptionnelles. En 2002, par exemple, nous avons financé un projet éducatif en Chine qui a été retardé par le SRAS. Nous avons été heureux de leur donner plus de temps pour le mener à bien. C’est une des raisons qui nous incitent à demander aux équipes de projet de se concentrer sur les biens et services plutôt que sur des conférences car il est plus simple d'évaluer les résultats obtenus en un an. Mais nous sommes conscients qu'une année est loin de suffire pour pouvoir évaluer le degré de développement d’un projet.


Rama : Comment veillez-vous à ce que l’argent soit dépensé à bon escient ?

John Wilton : Les responsables des projets ne se voient pas octroyés systématiquement la totalité des subventions prévues. Celles-ci sont plutôt accordées par tranche en fonction d’étapes à atteindre dans le cadre de la mise en œuvre du projet afin de s’assurer que les équipes de projet ne peuvent recevoir une partie du montant avant d'avoir concrétisé l’objectif précédent. Nous demandons à un membre du personnel de la Banque Mondiale (provenant en règle générale du pays dans lequel le projet est mis en œuvre) de superviser et de contrôler l'état d'avancement du projet. Par ailleurs, cette personne joue également un rôle important car elle prodigue des conseils aux équipes du projet et répercute les succès obtenus au sein de la communauté du développement et de la Banque Mondiale.


Ana : La Banque Mondiale intègre-t-elle certains éléments de ces projets dans ceux qu'elle met régulièrement en oeuvre ?

John Wilton : Dernièrement, nous avons eu plusieurs cas de réussite à cet égard. Un de nos projets lauréats de 2000, une assurance indexée sur la météorologie destinée aux petits agriculteurs, a été appliqué récemment par la Société Financière Internationale (SFI) et par des assureurs privés en Inde à titre expérimental. Par ailleurs, en 2002, nous avons financé un bureau de crédit sur Internet pour des institutions de micro-crédit au Bénin. Un prochain prêt au développement du secteur privé pour ce pays envisage à présent d'intégrer un bureau de micro-crédit pour les activités de prêts. Et pour en revenir à l’initiative Faire Reculer le Paludisme, financée en 1998, l’éradication du paludisme fait l'objet de 25 prêts, octroyés ou en passe de l’être par la Banque Mondiale en Afrique. Nous avons encore du chemin à parcourir sur ce plan. Gardons à l'esprit que le Marché du développement verse aux organisations des fonds de l'ordre de 250.000 dollars pour tester et concrétiser une idée, alors que dans le cas de la Banque Mondiale, il s’agit de prêts bien plus importants coordonnés par des gouvernements souverains. Il est donc important de tester certaines de ces idées novatrices avant de les intégrer à des activités de si grande envergure.


Adriana : Voilà plusieurs années que le Marché du développement existe. Pouvez-vous citer un projet qui commence à faire la différence à grande échelle ?

John Wilton : Plusieurs projets du Marché du développement ont commencé à prendre de l’ampleur de manière significative. Je vais en citer trois mais je vous encourage à consulter la rubrique « Portefeuille de projets » du site Web du Marché du développement pour en savoir davantage. En 2000, nous avons financé un entrepreneur social en Afrique du Sud qui a eu l’idée d'utiliser des ronds-points ou des « pompes manèges » pour offrir de l'eau potable dans les zones rurales. Le Marché du développement lui a attribué un financement suffisant pour installer 40 « manèges » dans les régions rurales d’Afrique du Sud. Depuis, il travaille sur l’installation de 500 autres pompes de ce type avec le soutien de la Kaiser Foundation Coca Cola, SAB (South African Breweries) et le ministère sud-africain des Eaux. Roundabout vient de signer un contrat avec le ministère de l'Éducation du Kwazoulou-Natal en Afrique du Sud pour ouvrir des milliers d’autres écoles rurales, un contrat s’élevant à près de 10 millions de dollars. Le projet est clairement appelé à avoir un impact majeur et divers bailleurs de fonds ont approché les responsables pour l’étendre au Mozambique et à d'autres régions d’Afrique.

Le deuxième projet s'intitule « Affordable Hearing Aid ». Ce projet, que le Marché du développement a subventionné en 2002, permet de fabriquer des prothèses auditives abordables en Inde et de les vendre aux prix du marché dans les pays industrialisés. Les bénéfices sont utilisés pour subventionner les ventes à bas prix dans les pays en développement. Nous leur avons donné 100.000 dollars et ils sont parvenus à réunir 2,7 millions de dollars de plus grâce à d'autres partenaires, dont Acumen Fund, Lions Club International et la Fondation Al Noor. Ils prévoyaient de distribuer 10.000 appareils auditifs aux habitants ayant un faible revenu dans les pays en développement du monde entier.

Enfin, le troisième projet, également financé en 2002, est implanté aux Philippines et n'est autre que notre programme de formation au commerce électronique pour les petits agriculteurs. Nous avons octroyé des subventions à d’anciens négociants de produits de base pour qu’ils forment de petits agriculteurs regroupés en coopératives à l’utilisation d’ordinateurs et, par la suite, de téléphones portables de manière à ce qu’ils puissent obtenir, en temps réel, des informations sur les tarifications des produits de base qu’ils cultivent. L’objectif était de passer outre les intermédiaires et d’éliminer leurs marges commerciales ainsi que de permettre aux agriculteurs de faire de meilleurs choix dans le cadre de leurs achats, ventes, cultures,… En l'espace d'un peu plus d’un an seulement, ce projet a impliqué 1900 coopératives agricoles en partenariat avec LandBank, Unisys et d’autres. L’entreprise est déjà bénéficiaire et commercialise plus de 50 millions de dollars de produits agricoles à travers son site. De plus, des pourparlers sont d’ores et déjà en cours pour développer cette approche en Thaïlande et dans d’autres pays d'Asie orientale.


Guna Raj Pathak : Cher Monsieur, est-il exact que seules des personnes ou des organisations affiliées ont le droit de proposer des idées novatrices ? Que se passe-t-il si certains souhaitent participer de manière indépendante ? Y a-t-il des interdictions ?

John Wilton : Le Marché du développement encourage tous ceux qui disposent d’une idée novatrice pour le développement à poser leur candidature. La seule exigence que les candidats doivent respecter s'ils veulent être sélectionnés, est qu’ils doivent soumettre leur idée en partenariat avec un autre groupe. Dans le cas de personnes isolées, il doit alors s'agir d'ONG, d'agences gouvernementales, d'universités ou encore d'autres « organisations ayant une finalité publique ». Toutefois, comme vous pouvez vous en rendre compte sur base de certaines de nos précédentes réussites, de bonnes idées proviennent de firmes privées, d’ONG, du milieu universitaire ainsi que de bien d’autres sources encore - et même du personnel de la Banque mondiale.


Dr. Manoj Varma : En Inde, le gouvernement a de nombreux projets et plans qui permettront de satisfaire les besoins de tous les secteurs. Néanmoins, pour diverses raisons, qu’il s’agisse d’une indifférence bureaucratique, d’un manque d'information à la base ou encore d’un manque de confiance dans le système gouvernemental... au lieu de déposer de nouveaux projets, ne vaut-il pas mieux rechercher des méthodes meilleures permettant de renforcer l’infrastructure actuelle la rendant ainsi plus efficace ?

John Wilton : La Banque Mondiale travaille en collaboration avec les gouvernements pour s'attaquer à ce genre de problèmes sectoriels et nationaux par leur intermédiaire et nous continuerons à le faire. Le Marché du développement entend permettre à la Banque d’atteindre la base à travers les gouvernements. Nous considérons que ces activités sont complémentaires et qu’elles ne sont pas incompatibles.


Stevan : D’où provient l’argent utilisé pour les dotations du Marché du développement ? Les mêmes bailleurs de fonds envisagent-ils de financer l’évènement de l’année prochaine ?

John Wilton : Les fonds du Marché du développement proviennent de plusieurs sources faisant partie ou non de la Banque mondiale. En ce qui concerne les sources extérieures, nous avons reçu cette année d’importantes contributions financières d'ONUSIDA, du Fonds pour l’environnement mondial, d’USAID, de Microsoft et d’une fondation mondiale importante qui souhaite garder l'anonymat. Cet argent a permis d’épauler des projets portant sur le VIH/SIDA, la diversité biologique, le changement climatique, les technologies de l'information et de la communication et d'autres secteurs. Par ailleurs, la Société de Financement International a débloqué plusieurs centaines de milliers de dollars pour venir en aide à des projets ayant des finalités commerciales tels que « les Chiffres du Fossé numérique» au Cambodge. Bien que parmi ces partenaires, plusieurs se joignaient à nous la première fois cette année, nos expériences précédentes avec la SFI et InfoDev portent à croire que les partenaires ont tendance à renouveler leurs engagements.


Sema Baran : M. Wilton, j’ai eu vent de cette discussion en ligne sur la manière avec laquelle de bonnes idées locales peuvent stimuler le développement grâce au Worldbank Weekly Web Update. Je trouve que partager des informations et communiquer des nouvelles sur Internet est une excellente idée. En tant qu’ancien membre du personnel du siège de la Banque mondiale (BIRD de 1982 à 1995) et désormais de retour à Istanbul dans mon pays natal, en Turquie, et en tant que membre actif de trois ONG, je considère que de petits projets peuvent faire une énorme différence si des groupes d’initiatives locaux se voient accorder des subventions de démarrage et le soutien nécessaires. Mon expérience m’a également permis de me rendre compte qu’il est très difficile de recevoir des commentaires et un soutien de la part des missions résidentes de la Banque mondiale … Comme vous le savez peut-être, la Turquie continue à payer des pénalités pour des prêts qui n’ont pas été engagés/utilisés. Par exemple, selon la presse, la Turquie aurait versé 3 millions de dollars il y a un mois environ pour une partie d'un prêt n’ayant pas été utilisé et qui était destiné à l'éducation, un secteur qui doit être grandement rénové. Une discussion ouverte et franche sur les prêts de la Banque mondiale et sur l’implication des ONG et de la population permettrait également de redorer l'image de la Banque mondiale au sein des états membres. Merci de nous donner cette opportunité et j'espère avoir de vos nouvelles.

John Wilton : Comme vous le savez sans doute, la Banque mondiale analyse fréquemment son portefeuille de projets avec les pays clients et si l'un d'entre eux ne souhaite plus honorer ses engagements dans le cadre d'un prêt, nous ne l’en empêchons pas. La décision finale de continuer ou non à honorer un prêt particulier appartient au pays et à son gouvernement.


Kyung : Que deviennent les projets une fois écoulée l'année du financement ? La Banque assure-t-elle un suivi ou les projets sont-ils tenus de voler de leurs propres ailes ?

John Wilton : Une fois le financement épuisé, la plupart des responsables des projets continuent la mise en œuvre et en supervisent les retombées. La durabilité garantie après la période de financement initiale est un critère de sélection important sur lequel se base le jury lors de la sélection des projets. C’est l'une des raisons pour lesquelles le Marché du développement exige que les candidatures soient déposées dans le cadre de partenariats. Nous espérons qu’au moins un partenaire dispose de la capacité organisationnelle et financière pour assurer la viabilité du projet. Cela étant dit, dans le cas de la plupart de nos projets couronnés de succès, le Marché du développement s’engage activement, que ce soit à l'intérieur de la Banque mondiale ou plus largement avec les organisations qui financent l'innovation dans le secteur du développement, à faire connaître les approches prometteuses qui mériteraient d'être financées par d'autres.

Le projet « Élevage de dendrobates pumilio pour protéger la forêt équatoriale » que nous avons financé en 2002 au Pérou en est un parfait exemple. Ce projet entendait accorder des primes aux campesinos vivant aux abords de la forêt afin qu’ils puissent toucher un revenu en préservant la forêt et en vendant des grenouilles sur les marchés de collectionneurs en Amérique du Nord et en Europe. Ce projet s’est vu attribuer 800.000 dollars de la part du FEM pour garantir son suivi et son développement. Cette initiative est particulièrement réussie mais nous connaissons de nombreux autres projets qui ont été appuyés par la Skoll Foundation, les gouvernements locaux et nationaux, le BIT, le PNUD, USAID, le gouvernement suisse et d'autres donateurs afin que les idées sur lesquelles ils reposent poursuivent leur chemin.

 

 

(a) indique une page en anglais.

 
 

 

 

Globe logo
Accueil | Plan du site | Index | FAQ | Contacts | Recherche
© Le Groupe Banque mondiale, tous droits réservés. Droits.