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John Wilton, le Vice-président de la Stratégie,
la Finance et la Gestion des risques de la Banque
mondiale et également l'un des organisateurs
du Marché du développement (Development
Marketplace), a répondu à vos questions
sur la manière avec laquelle les bonnes idées
peuvent stimuler le développement.
Pour en savoir davantage sur le
Marché du développement, veuillez
vous rendre à l’adresse suivante :
http://www.banquemondiale.org/developmentmarketplace.
Kayoko : Comment
le Marché du développement a-t-il
vu le jour ?
John Wilton :
Le Marché du développement a été
lancé parce qu'il était nécessaire
de trouver des idées novatrices au sein de
la Banque pour les produits et les services développés
dans le cadre du Pacte stratégique de la
Banque mondiale en 1997. Cette approche a permis
de déboucher sur un certain nombre de nouvelles
idées, telles que l’initiative «
Faire reculer le paludisme » dont le succès
a été jugé suffisant pour ouvrir
la porte aux idées venant de l’extérieur
en 2000. Cette année-là, marquant
l’ouverture du concours, nous avons reçu
plus de 1200 candidatures provenant de plus de 100
pays. C’était là le premier
indice d’un nouveau tournant. Depuis, nous
avons continué à organiser des concours
internationaux dans le cadre du Marché du
développement tous les 18 à 24 mois.
Cette année, l’accent a été
mis quasi exclusivement sur les candidatures venant
de l’extérieur seulement, deux des
47 projets sélectionnés provenant
du Groupe de la Banque mondiale. Cela s’est
révélé être une excellente
solution pour découvrir des idées
novatrices que nous n'aurions jamais pu les trouver.
Lee : Quels sont
les projets qui ont tout particulièrement
réussi ? Ces projets ont-ils des choses en
commun ou sont-ils tous différents ?
John Wilton : Parlons tout d'abord
d’une évaluation externe des projets
du Marché du développement qui a été
réalisée en février 2003. L’analyse
des projets financés en 2000 a conclu que
près de 40 pour cent d’entre eux méritaient
un investissement supplémentaire et qu’on
s’y attarde. C’est un excellent pourcentage
pour une approche basée sur le capital risque
et bon nombre d’investisseurs en capital risque
seraient enchantés de pouvoir en bénéficier
pour leurs portefeuilles. Parmi certains éléments
communs des projets qui sont considérés
comme un gage de réussite, citons : 1) des
partenaires locaux sur le terrain pour gérer
la mise en œuvre, 2) des projets se concentrant
sur la livraison de biens et de services plutôt
que des conférences, des livres ou des rapports
et 3) des projets ciblés ne cherchant pas
à ressembler à « un arbre de
Noël des services ». En plus des 40 pour
cent, l'évaluation a épinglé
d'autres projets qui ont rencontré un certain
succès sans toutefois être véritablement
reproductibles -- nous avons par exemple financé
un projet au Brésil qui a permis de modifier
la législation sur les squatteurs et sur
la réforme agraire. Bien que la réussite
ait été totale, ce n’est pas
le genre de chose qu’il est possible de mettre
en œuvre et de développer dans sept
autres pays pour la simple et bonne raison que le
cadre législatif est propre à chaque
pays.
Luis : L’argent
doit-il être dépensé en un an
?
John Wilton : En effet. Nous demandons
aux candidats de tester ou de mener une approche
novatrice et donc d’essayer d’aboutir
à des résultats en un an afin de démontrer
si cette approche est réalisable ou non.
Nous reconnaissons cependant que lorsqu'il s'agit
d'activités de lancement et novatrices, les
choses ne se déroulent pas toujours comme
prévu. C'est la raison pour laquelle nous
accordons parfois une période de grâce
dans des circonstances exceptionnelles. En 2002,
par exemple, nous avons financé un projet
éducatif en Chine qui a été
retardé par le SRAS. Nous avons été
heureux de leur donner plus de temps pour le mener
à bien. C’est une des raisons qui nous
incitent à demander aux équipes de
projet de se concentrer sur les biens et services
plutôt que sur des conférences car
il est plus simple d'évaluer les résultats
obtenus en un an. Mais nous sommes conscients qu'une
année est loin de suffire pour pouvoir évaluer
le degré de développement d’un
projet.
Rama : Comment
veillez-vous à ce que l’argent soit
dépensé à bon escient ?
John Wilton : Les responsables
des projets ne se voient pas octroyés systématiquement
la totalité des subventions prévues.
Celles-ci sont plutôt accordées par
tranche en fonction d’étapes à
atteindre dans le cadre de la mise en œuvre
du projet afin de s’assurer que les équipes
de projet ne peuvent recevoir une partie du montant
avant d'avoir concrétisé l’objectif
précédent. Nous demandons à
un membre du personnel de la Banque Mondiale (provenant
en règle générale du pays dans
lequel le projet est mis en œuvre) de superviser
et de contrôler l'état d'avancement
du projet. Par ailleurs, cette personne joue également
un rôle important car elle prodigue des conseils
aux équipes du projet et répercute
les succès obtenus au sein de la communauté
du développement et de la Banque Mondiale.
Ana : La Banque
Mondiale intègre-t-elle certains éléments
de ces projets dans ceux qu'elle met régulièrement
en oeuvre ?
John Wilton : Dernièrement,
nous avons eu plusieurs cas de réussite à
cet égard. Un de nos projets lauréats
de 2000, une assurance indexée sur la météorologie
destinée aux petits agriculteurs, a été
appliqué récemment par la Société
Financière Internationale (SFI) et par des
assureurs privés en Inde à titre expérimental.
Par ailleurs, en 2002, nous avons financé
un bureau de crédit sur Internet pour des
institutions de micro-crédit au Bénin.
Un prochain prêt au développement du
secteur privé pour ce pays envisage à
présent d'intégrer un bureau de micro-crédit
pour les activités de prêts. Et pour
en revenir à l’initiative Faire Reculer
le Paludisme, financée en 1998, l’éradication
du paludisme fait l'objet de 25 prêts, octroyés
ou en passe de l’être par la Banque
Mondiale en Afrique. Nous avons encore du chemin
à parcourir sur ce plan. Gardons à
l'esprit que le Marché du développement
verse aux organisations des fonds de l'ordre de
250.000 dollars pour tester et concrétiser
une idée, alors que dans le cas de la Banque
Mondiale, il s’agit de prêts bien plus
importants coordonnés par des gouvernements
souverains. Il est donc important de tester certaines
de ces idées novatrices avant de les intégrer
à des activités de si grande envergure.
Adriana : Voilà
plusieurs années que le Marché du
développement existe. Pouvez-vous citer un
projet qui commence à faire la différence
à grande échelle ?
John Wilton : Plusieurs projets
du Marché du développement ont commencé
à prendre de l’ampleur de manière
significative. Je vais en citer trois mais je vous
encourage à consulter la rubrique «
Portefeuille de projets » du site Web du Marché
du développement pour en savoir davantage.
En 2000, nous avons financé un entrepreneur
social en Afrique du Sud qui a eu l’idée
d'utiliser des ronds-points ou des « pompes
manèges » pour offrir de l'eau potable
dans les zones rurales. Le Marché du développement
lui a attribué un financement suffisant pour
installer 40 « manèges » dans
les régions rurales d’Afrique du Sud.
Depuis, il travaille sur l’installation de
500 autres pompes de ce type avec le soutien de
la Kaiser Foundation Coca Cola, SAB (South African
Breweries) et le ministère sud-africain des
Eaux. Roundabout vient de signer un contrat avec
le ministère de l'Éducation du Kwazoulou-Natal
en Afrique du Sud pour ouvrir des milliers d’autres
écoles rurales, un contrat s’élevant
à près de 10 millions de dollars.
Le projet est clairement appelé à
avoir un impact majeur et divers bailleurs de fonds
ont approché les responsables pour l’étendre
au Mozambique et à d'autres régions
d’Afrique.
Le deuxième projet s'intitule
« Affordable Hearing Aid ». Ce projet,
que le Marché du développement a subventionné
en 2002, permet de fabriquer des prothèses
auditives abordables en Inde et de les vendre aux
prix du marché dans les pays industrialisés.
Les bénéfices sont utilisés
pour subventionner les ventes à bas prix
dans les pays en développement. Nous leur
avons donné 100.000 dollars et ils sont parvenus
à réunir 2,7 millions de dollars de
plus grâce à d'autres partenaires,
dont Acumen Fund, Lions Club International et la
Fondation Al Noor. Ils prévoyaient de distribuer
10.000 appareils auditifs aux habitants ayant un
faible revenu dans les pays en développement
du monde entier.
Enfin, le troisième projet,
également financé en 2002, est implanté
aux Philippines et n'est autre que notre programme
de formation au commerce électronique pour
les petits agriculteurs. Nous avons octroyé
des subventions à d’anciens négociants
de produits de base pour qu’ils forment de
petits agriculteurs regroupés en coopératives
à l’utilisation d’ordinateurs
et, par la suite, de téléphones portables
de manière à ce qu’ils puissent
obtenir, en temps réel, des informations
sur les tarifications des produits de base qu’ils
cultivent. L’objectif était de passer
outre les intermédiaires et d’éliminer
leurs marges commerciales ainsi que de permettre
aux agriculteurs de faire de meilleurs choix dans
le cadre de leurs achats, ventes, cultures,…
En l'espace d'un peu plus d’un an seulement,
ce projet a impliqué 1900 coopératives
agricoles en partenariat avec LandBank, Unisys et
d’autres. L’entreprise est déjà
bénéficiaire et commercialise plus
de 50 millions de dollars de produits agricoles
à travers son site. De plus, des pourparlers
sont d’ores et déjà en cours
pour développer cette approche en Thaïlande
et dans d’autres pays d'Asie orientale.
Guna Raj Pathak :
Cher Monsieur, est-il exact que seules des personnes
ou des organisations affiliées ont le droit
de proposer des idées novatrices ? Que se
passe-t-il si certains souhaitent participer de
manière indépendante ? Y a-t-il des
interdictions ?
John Wilton : Le Marché
du développement encourage tous ceux qui
disposent d’une idée novatrice pour
le développement à poser leur candidature.
La seule exigence que les candidats doivent respecter
s'ils veulent être sélectionnés,
est qu’ils doivent soumettre leur idée
en partenariat avec un autre groupe. Dans le cas
de personnes isolées, il doit alors s'agir
d'ONG, d'agences gouvernementales, d'universités
ou encore d'autres « organisations ayant une
finalité publique ». Toutefois, comme
vous pouvez vous en rendre compte sur base de certaines
de nos précédentes réussites,
de bonnes idées proviennent de firmes privées,
d’ONG, du milieu universitaire ainsi que de
bien d’autres sources encore - et même
du personnel de la Banque mondiale.
Dr. Manoj Varma
: En Inde, le gouvernement a de nombreux projets
et plans qui permettront de satisfaire les besoins
de tous les secteurs. Néanmoins, pour diverses
raisons, qu’il s’agisse d’une
indifférence bureaucratique, d’un manque
d'information à la base ou encore d’un
manque de confiance dans le système gouvernemental...
au lieu de déposer de nouveaux projets, ne
vaut-il pas mieux rechercher des méthodes
meilleures permettant de renforcer l’infrastructure
actuelle la rendant ainsi plus efficace ?
John Wilton : La Banque Mondiale
travaille en collaboration avec les gouvernements
pour s'attaquer à ce genre de problèmes
sectoriels et nationaux par leur intermédiaire
et nous continuerons à le faire. Le Marché
du développement entend permettre à
la Banque d’atteindre la base à travers
les gouvernements. Nous considérons que ces
activités sont complémentaires et
qu’elles ne sont pas incompatibles.
Stevan : D’où
provient l’argent utilisé pour les
dotations du Marché du développement
? Les mêmes bailleurs de fonds envisagent-ils
de financer l’évènement de l’année
prochaine ?
John Wilton : Les fonds du Marché
du développement proviennent de plusieurs
sources faisant partie ou non de la Banque mondiale.
En ce qui concerne les sources extérieures,
nous avons reçu cette année d’importantes
contributions financières d'ONUSIDA, du Fonds
pour l’environnement mondial, d’USAID,
de Microsoft et d’une fondation mondiale importante
qui souhaite garder l'anonymat. Cet argent a permis
d’épauler des projets portant sur le
VIH/SIDA, la diversité biologique, le changement
climatique, les technologies de l'information et
de la communication et d'autres secteurs. Par ailleurs,
la Société de Financement International
a débloqué plusieurs centaines de
milliers de dollars pour venir en aide à
des projets ayant des finalités commerciales
tels que « les Chiffres du Fossé numérique»
au Cambodge. Bien que parmi ces partenaires, plusieurs
se joignaient à nous la première fois
cette année, nos expériences précédentes
avec la SFI et InfoDev portent à croire que
les partenaires ont tendance à renouveler
leurs engagements.
Sema Baran : M.
Wilton, j’ai eu vent de cette discussion en
ligne sur la manière avec laquelle de bonnes
idées locales peuvent stimuler le développement
grâce au Worldbank Weekly Web Update.
Je trouve que partager des informations et communiquer
des nouvelles sur Internet est une excellente idée.
En tant qu’ancien membre du personnel du siège
de la Banque mondiale (BIRD de 1982 à 1995)
et désormais de retour à Istanbul
dans mon pays natal, en Turquie, et en tant que
membre actif de trois ONG, je considère que
de petits projets peuvent faire une énorme
différence si des groupes d’initiatives
locaux se voient accorder des subventions de démarrage
et le soutien nécessaires. Mon expérience
m’a également permis de me rendre compte
qu’il est très difficile de recevoir
des commentaires et un soutien de la part des missions
résidentes de la Banque mondiale …
Comme vous le savez peut-être, la Turquie
continue à payer des pénalités
pour des prêts qui n’ont pas été
engagés/utilisés. Par exemple, selon
la presse, la Turquie aurait versé 3 millions
de dollars il y a un mois environ pour une partie
d'un prêt n’ayant pas été
utilisé et qui était destiné
à l'éducation, un secteur qui doit
être grandement rénové. Une
discussion ouverte et franche sur les prêts
de la Banque mondiale et sur l’implication
des ONG et de la population permettrait également
de redorer l'image de la Banque mondiale au sein
des états membres. Merci de nous donner cette
opportunité et j'espère avoir de vos
nouvelles.
John Wilton : Comme vous le savez
sans doute, la Banque mondiale analyse fréquemment
son portefeuille de projets avec les pays clients
et si l'un d'entre eux ne souhaite plus honorer
ses engagements dans le cadre d'un prêt, nous
ne l’en empêchons pas. La décision
finale de continuer ou non à honorer un prêt
particulier appartient au pays et à son gouvernement.
Kyung : Que deviennent
les projets une fois écoulée l'année
du financement ? La Banque assure-t-elle un suivi
ou les projets sont-ils tenus de voler de leurs
propres ailes ?
John Wilton : Une fois le financement
épuisé, la plupart des responsables
des projets continuent la mise en œuvre et
en supervisent les retombées. La durabilité
garantie après la période de financement
initiale est un critère de sélection
important sur lequel se base le jury lors de la
sélection des projets. C’est l'une
des raisons pour lesquelles le Marché du
développement exige que les candidatures
soient déposées dans le cadre de partenariats.
Nous espérons qu’au moins un partenaire
dispose de la capacité organisationnelle
et financière pour assurer la viabilité
du projet. Cela étant dit, dans le cas de
la plupart de nos projets couronnés de succès,
le Marché du développement s’engage
activement, que ce soit à l'intérieur
de la Banque mondiale ou plus largement avec les
organisations qui financent l'innovation dans le
secteur du développement, à faire
connaître les approches prometteuses qui mériteraient
d'être financées par d'autres.
Le projet « Élevage
de dendrobates pumilio pour protéger
la forêt équatoriale » que nous
avons financé en 2002 au Pérou en
est un parfait exemple. Ce projet entendait accorder
des primes aux campesinos vivant aux abords de la
forêt afin qu’ils puissent toucher un
revenu en préservant la forêt et en
vendant des grenouilles sur les marchés de
collectionneurs en Amérique du Nord et en
Europe. Ce projet s’est vu attribuer 800.000
dollars de la part du FEM pour garantir son suivi
et son développement. Cette initiative est
particulièrement réussie mais nous
connaissons de nombreux autres projets qui ont été
appuyés par la Skoll Foundation, les gouvernements
locaux et nationaux, le BIT, le PNUD, USAID, le
gouvernement suisse et d'autres donateurs afin que
les idées sur lesquelles ils reposent poursuivent
leur chemin.
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